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REYUE D'ALSACE
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REVUE D'ALSACE
t:^-<l <^ e— -g:- ■
NOUVELLE SERIE
TOME i2«
TOME miT m LA COLLKGTION
NKUiLLY-SUR-SEINI':
Villa-Blaarhe, 30, Ituc du NonI, 30
F-'aubnurg de Frinn, !l
48!)8
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STRASISOUR& & VIEUX-liRISACH
AUTEUR DU XVII' SIÈCLE
Alî^atia ! Tous les voyageurs qui en parlent sont tes bien-
venus et je ne manquerai pas de copier ce qu'ils en rappor-
Lunl, suivanl en cela rexcinpie du rcgrellé Auguste Stœber,
qui préparait avec humour une seconde édition ou une
nouvelle série de ses Curioniléx i/e voyages en Algace, aux-
quelles s'inU'ressait fort un autre maître, en faitd'Alsatiques,
fi-u Ignace (Ihauiïour.
On apprend toujours quelque chose en lisant les descrip-
tions anciennes de l'Alsace, qu'elles soient tiri.'es d'un Jeanne
(lu tempu, comme et qu'on va lire en ce moment, ou quelles
sijienl lies souvenirs de voyage. Tous ceux qui ont parcouru
notre belle pi-ovince ne cessent de parler avec enlhousiasme
■lésa fertilité, de la beanli' de ses sites, de l'aménité et de
l'industrie de ses habitants.
Mulgn' que le TliMfre du Monde (in-12, 2t8 pagesj
ne soit qu'une compilation bien souvent réimprimée, il y a
de bonnes choses à glaner. Après avoir parlé de l'Alsace,
l'aulfur ne cite que Strasbourg, la libre cité impériale
et Vieux-ltrisach, l'importa nie forteresse do la Guerre de
Tn'nte Ans « l'oreiller de rAUeningne (1) », J'ai ajouté
(1) I,* C'w»-iet«ef Jn/jywnniw.- //awiorff, 1720, 488 p, appelle la
ville der Schliistel von Teutschland, « la clef de l'Allem^nc ».
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n REVUE D ALSACE
quelques Dotec sur cette vieille cité du Briggau que l'on voit
des Vosges se détacher si bien de la ligne des montagnes de
de la Forét-Noire et de son rocher dominant le fleuve impétu-
eux et la Plaine du Rhin. La ville mérite bien une excursion,
ne serait-ce que pour son église gothique, son jubé et les
sculptures sur bois du mattre-autel ilont nous parlait demiè-
remeut M. Charles Goutzwiller.
Neuf-Brisach et le Fort-Mortier auront aussi quelques notes
comme Taisant partie du rayon au milieu duquel se dessine
l'antique forteresse.
De l'Alsace
« L'Alsace est une illustre province de l'Almagne, située
au long du Rhin (1), bornée li l'Orient par la Suisse, au Cou-
chant par la Lorraine, au Midi par une partie de la Bourgo-
gne et la Suisse, et au Nord par le duché de Wurtemberg. Sa
longueur est de neuf lieues germaniques et sa largeur est de
(rois. Son terroir est très plaisant et fertile en toutes choses
pour la vie, Bleds, vins, pâturages et fruits; si bien qu'elle
(I) Voici une singulière boutade sur les travaux du Rhin, impri-
mée en 1789 ; qu'on en juge :
M foHrquoi, me dirM-vous, si nés travaux n'élaienl pas autrefois
H forcés, en avoir encore exécutés ? C'est une suite et une contt'-
i|uence funeste de tous ceux qui ont été faits. Lorsque le Kbin
n'élail pas contenu, il suivait sa pente naturelle cl ses dévasta-
tions s'élendaient lanlôl sur une rive, tantôt sur une autre. Lors-
qu'on a voulu sauver quelques terres qu'il eut peut-cltrc mieux
valu lui abanduiiner, parce qu'il rend toujours d'un côté ce qu'il
a pris de l'autre en lui opposant des obstacles, on ne fit qu'aug-
menter la fureur qu'il déployait avec d'autant plus de force k quel-
que distance plus bas. Alors nécessairement, on était forcé d'y
construire de nouveaux ouvrages et c'est ainsi qu'on s'est vu hors
de mesure d'en lixer dorénavant le nombre, ni l'étendue. C'est un
mal auquel on a peut-être donné soi-m^me naissance et qu'il faut
supporter patiemment puisqu'il est sans remède (Lettre du sindic
d'une municioali té d'Alsace à un de tes amis à Paris, i789).
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STRASBOURG ET NBLT-BRISACII 7
est appelée la nourrice de l'Allemagne. Ses monls abondent
en mines d'argent, airain et plomb. Othon III, empereur,
érigea l'Alsace en Landgraviat ou Coml^, l'ayant retranchée
du duché de Lorrraine. Elle est à présent le cinquième cercle
de l'Empire. On y compte 46 villes et 50 ch&teaox, et un
grand nombre de villages. Elle est divisée en Haute et
Basse.
H L'Alsace produit du froment en abondance et Burloot en
la plaine où il y a aussi de très irans fruits.
« Les monlagnes et les collines portent de très bons vins
el les pâturages sont aussi extrémenent bons aux montagnes
et aux vallées.
De la Tille de Strasbourg
«I Cette ville, qui est dans la Basse-Alsace, est connue des
Anciens sous le nom A'Argenloratum et d'Argentina, c'est-
b-dire Ville d'Argent, et témoigne par ses noms les avantages
qu'elle reçoit du commerce et ha richesses de ses habitang.
Strasbourg signîTie en .Vllemanrl la Ville des chemins à cause
de s(;s chemins pleins qui conduisent aux Pays-Bas, en Lor-
raine, en Italie et ailleurs. Elle est située dans nne plaine
grandement fertile, k un quart de lieu du Rhin dont elle
i-etoit toutes commoditt^s par un canal et par une petite rivière
qui, venant des montagnes de la Suisse, passe par le milieu
de la ville. Elle a un pont de bois sur le Rhin en forme d'une
S |K>ur le rendre plus ferme et assuré. L'assiette de Stras-
bourg est très avantageuse pour la guerre et ses murailles
sont fort bien terrassées, le terre plein pouvant être de
quinze à dix-huit toises par en bas, en quoi consiste toute sa
force, car les courtines ne sont aucunement flanquées princi-
palement du côté de la Porte-Neuve, qui regarde le Soleil
levant. Elle est irrégulière en sa figure aussi bien qu'en sa
fortification .
« La ville est divisée en neuve et vieille par une muraille
et une fausse braye entourée d'eau et toutes deux ensemble
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8 RBVUE D ALSACE
peuvent avuir huit milles de circuit et contenir IKtOO
ménages.
« Les rues sunl larges et les maisons belles ; car bien
qu'elles ne soient la plupart bâties que de charpenterie, elles
sont néanmoins tellement enjolivées par dehors, avec des
peintures et autres ornemens, que l'aspect en est très
agréable.
« Ce qui s'y voit de plus ifinarquahle est la Tour merveil-
leuse de Mynsler, allachée îi l'église de Notre-Dame qui est
la Cathédrale. Cette tour qui sert de clocher est estimée
comme une des merveilles du monde ; en son rez-de-chauss(?e
elle a douze pas en œuvre ; et cette largeur rfgne Jusqu^à la
moitié de la Tour où l'on peut monter pnr quatre escaliers
difTérens; le l'esté va diminuant jusqu'en haut; oii l'on va
par huit escaliers, mais avec un peu de peine et de danger,
l'our monter depuis le bas jusqu'en haut, il y a sept cens
degrés, et est aussi haute que les Pyramides d'Egypte et ce
qui en rend ia Fabrique plus admirable, c'est qu'elle est toute
à jour, avec diverses ligures de relief et que les pierres en
sont taillées ave»: tel arlilÎM et industrie qu'il est aisé d'y
monter par dehors. Ceux de Strasbourg tiennent toujours un
homme en sentinelle dans cette Tour qui découvre plus de
quatre lieues loin à l'entour de la ville.
K L'Horloge pleine d'artifice, qui est dans la mi*me t'-glise,
où l'on voit les périorles ries Plam'ites et leurs lieux moyens à
chaque heure, les Kclypses, le Calendrier, les Fé les -Mo bit es,
un enfant qui niaïque le premier qnatl d'heure avec un coup
de clochette, un Jeune Homme, le second avec deux, un
Homme fait te troisième avec trois et un vieillard lu troisième
partie de l'heure avec quatre ; puis la Mort vient k sortir et
sonne Chcure avec sa clochette ft Notre Seigneur qui va
comme au devant de chaque statue des quatre &ges, les clo-
ches qui psalmodient et le coq qui chante k la lin de chaque
heure.
H Cette église est encore remarquable pour son merveilleux
frontispice orné de plusieurs figures de relief délicates au
piissible. Ses belles et hautes vitres à personnages. Sa chaire
d'albâtre, l'une des plus belles piûces qu'on puisse voir.
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STRASDOiyRiJ ET NBl'K'BKlSA(;ll M
« La Tour du Trésor où l'on garde l'or el l'argent de la
Kûpublique.
0 Le Palais accompagné de plusieurs belles maisons et de
plusieui'S grandes places.
H La maison des Chevaliers de Halte, sa bibliothèque
ancienne, l'Arsenal et l'Universitt'.
« Strasbourg, cumme toutes les autres villes impériales, se
gouverne selon ses lois; mais il n'y en a point dont l'état soit si
populaire, car il faut que les six qu'ils appellent Ammaistres,
(]ui sont les suprêmes eu dignités, fassent preuve de roture
de huit races.
Il Cette ville a porté autrefois le nom d'Argentine (Ij, à
cause de l'argent qu'on y apportait do toutes parts, comme
au bureau de recepte des Péages que les Romains y avait
établis. Devant la maison des Arquebusiers, on voit un gros
Tillot, qui, par ses branches étendues de cinquante pas de
circonférence, forme deux chambres, l'une basse et l'autre
haute.
M L'.Arsenal de Straslwiirg, celui de Urrsdc et de Cassel,
sont les plus remarquables rie l'Allemagne.
De la Ville de Brisac
« Celte ville est située sur une montagne au delà du Kliin,
et par un pont aboutit k l'.Msace et par deux autres ponts
elle se joint ù deux petites Iles prochaines. On dit qu'elle
était anciennement au dui;a du Rio, mais que le Fleuve
(I) Le P. Bacb S. J. prétend guc l'emiilaccmeat de Strasbourg
était du temps des MédiomalHcicns une station de chasse aux oies
sauTages, d'où le nom Ar-gento-rat, c'ejt-à-dire le passage ou le
chemin des oies. Les romains en changeant la statiaii en camp
retranché, conservèrenl le nom gaulois en lui donnant une dési-
nence latine. Ils dirent Argentorntiim : Ar-geMo ^ des oies,
raliim = le passage. (P. IIACII, Ettai philologique iiir les ori-
f/inei gaulohea de i/uelgae» villes, (Jlém. de ta Soc. d'hitloire
et d'archéologie de ta Moselle, Met:, 186*^6).
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10 HBVUE d'ALSACB
ayant changé de lit, luy n aussi fait changer de situation.
C'est une Place désirée, tant à cause qu'elle est très bonne,
que pour la commodité de son assiette. Depuis quelle est
entre les mains de la Fiance, le Roy a fait abattre toutes les
rorliflcaUons irrégulii^res el en a fait faire de régulières. C'est
une place des plus importantes de l'Allemagne.
« Urisac est très forte et est la capitale de l'Alsace. .Son
assiette est fortifiée naturellement, car le Rhin luy sert d'un
grand fossé et au Levant, outre que l'abord en est encore
plus droit et diFTidle k monter que du cAté du Rhin ; il y a
cinq grands Bastions royaux avec des demi-lunes devant,
qui sont revêtus, fraisés et palissades avec une seconde palis-
sade dans le fossé qui est souvent rempli par le Rhin qu'on
y fait entrer et il serait assez mal aisé de s'y retrancher sans
avoir l'eau jusqu'aux genoux, pour peu qu'on y creuse. La
ville est petite et longue et ne consiste presqu'en une
seule rue qui est sur le sommet et tout le long de la Monta-
gne, il un bout de liiquelle est le Château, et h l'autre la
Grande Église dans laquelle le tableau du Maitre Autel, avec
ses deux portes et le Retable, est d'une taille de bois la plus
belle el la plus délicate que l'on voie. 11 y a des feuillages el
des draperies, mais suitout l'imago d'un Dieu le V^ve, qui a
Jésus-Christ h s;i gauche el la Couronne de la Vierge, qui est
la chose la mieux travaillée du monde. De cette Église et du
Château, qui sont environnés de terrasse, on voit toutes les
fortifications d'un coup d'œil el tout ce qu'il y a dans la cam-
pagne à dix lieues ti la ronde.
« Dans te milieu de la Grand'Kue, on voit un très grand
puits carré (tj, taillé dans le roc aussi profond, k peu-près
que le Rhin, où il y a une source de la meilleure eau de
l'Europe ; elle fournil de boisson abondamment à toute la
ville.
« On remarque dans le château une grasse tour carrée qui
semble un ouvrage antique bftti de grosses pierres, taillées
en pointes de diamant, dont les Murailles ont bien une toise
(1) La Tour du puits, surmontée d'un élégant carapanille, n'a
plus que la hauteur d'un premier étage depuis le bombardement
néfaste de i7!)3.
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STRASBOURG ET KBL'K-BHISACH 11
d'épaisseur. C'est pourtant un bAtiment moderne, fait parles
Archiducs d'inspnigh ».
C'est tout ce que dit l'aQleur du Théâtre du Monde,
volume qui a dû être souvent réimprimé, car c'était un véri-
table guide pour le voyageur.
Nous allons y ajouter quelques notes sur le Vieux-Brisach
et ses environs en Alsace, le Port-Horlier, Uiesheim et
Neuf-Brisach.
Et d'abord, H. Cestre (1) se livre Rur les deux villes à des
considérations qui méritent bien d'être reproduites k titre de
curiosité. 11 voit dans Vieux-Brisach cinq collines, savoir :
1* U Ech-harts-berg, au sud de la ville formant promon-
toire dans le Rhin. — C'est VEggardsberg, autrefois la cita-
delle de Brisach et oîi il y a le monument en l'honneur du
grand-duc Frédéric-Charles.
a* La Falaise du couvent d'où la vue s'étend sur l'Alsace.
3° Le Schlossberg, promenade publique par ?uile de la
ilémolition du chAteau.
-io La Falaise de l'église.
3» h'iseberg, VEmenberg (la montagne du fer), la plus
petite des cinq collines ; Jadis fortin en amont de la ville,
pris pendant le siège de 1638. Turenne y lit dresser une
batterie contre la porte même de la forteresse pour empêcher
loute sortie (le la garnison. Louis XIV fit raser le rocher et
employa les matériaux à bâtir la ville de paille (Strohntadt 2),
commune de Bieshoim. Une porte k gauche de la ville impé-
riale, après avoir passé le pout du Giessen est tout ce qui
reste de cette ville, dont le plan figure sur la Carte de l'Elat-
Major. En face sont des guinguettes.
(1) Hémoires de la Société BelfoHaine, 18ffî(.
(S) La ville neuve de Sainl-LouiB est appelée d'après H. Cestre :
Srohtadt ou SlraUladl (tIIIc Jcléc à bas (Steuem, faire litière)
«elon l'infleiioa. On sail que le conseil souverain d'Alsace y résida
de 1681 h iim.
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13 iiEVLii d'alsacb
Au milieu Au Pont du Rhin, cnntinui.- M. Oslre, se trouvait
une redoute, dito des Italiens: il y a prôs de trente ans, on
découvrit dans le lleuve divers objets, entre autres le fourneau
en fonte du poste t1)
« Le nom celtique de Bri^ach nous apprend qu'elle fut
i( fondée par les liretons |!) Ùrei-nar/i — Bris-ach = Breton
« d'origine {'.'.)
« De lu vient que nos Bas-Bretona venant jadis ii Neuf-
« Brisach en garnison, ne se faisaient point faute de dire: «Mais
n Brisanh, c'est chez nous, Brisach ! » Ils ne se trompaient
« pas du moins, quant H l'origine...
« Tout poussa riiabilant ii s'établir sur le .Vons-Iirisiacnx.
M surtout les cinq c<illines, toutes de roche volcanique, se
« dresï^eut eti faloixe au milieu du fleuve, défense facile
K conti'e toute attaque. Cetto disposition des lieux eut natu-
« rellement pour conséquence de faire de .i/om'-Brisiarns
« un lieu de refuge. Il fut mi^me un lieu de refuge si fameux
H qu'un auti'ur du Vlll" siècle le dépeint ainsi :
DrisacumCastcllum laliliulum scmper De",
Itegique rebellanliiim...
M (Brisach, forteresse et lieu de refuge des gens toujours
< en révolte et contre Dieu et contre le Uoi^ ».
« .le ne m'étimne pas, dit l'auteur du A'nureau roi/Offe
« d'Italie (t), que Vieux-Biisach fut autrefois nommé
« l'n Oreiller (2i de l'I-Jupire », et sa foruie et sa force ont
« bien \m lui <lonner c<; nom. Iteprésen lez- vous une hauteur
« ijui semble être de terre.'; raportées au milieu d'un païs uni
A comme la glace. I.a villf est sur un des bouts de cet oreiller,
a sur l'autre bout est la Citadelle et uue excellente forlilica-
« lion embrasse le tout au pied du cIuIIphii. On passe le llliin
« sur un pont de pierre; et ce pont, du côté de la France est
« extrêmement fortilié ».
(1) A La Hajc, )Wl-90.
(2) Ou mieux « Oreiller de la maisnn d'Autriri.e ». On In unm-
aussi la Cilailelle d'Allcniaguc et la clef d'.Vtlemagne. mais tnus
ces noraa appartiennent beaucoup mieux à Strasbourg, observe
l'auteur.
Itrisach était l'oredler sur lequel reposait la surelé dds états de
l'Empire.
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STRASBOinC BT NBUF-BRISACH 13
Quand on est k Vieux Brisach, il faut parier du sire de
Ilagenbach, ce féal bailli de Gharles-le-Téméraireel que noire
collègue, M. Charles Ncriingcr, a monlré sous un point de vue
tout nouveau ot très juste. C'est dans les intéressants
Mémoires iur la romposilion des armées de C/iartes-le~
Téméraire par M, de In Clmvalays, paras dans les Mémoires
de l'Académie de Dijon, année 1H78-1819, p. 139, que
nous trouvons quelques d<^lails sur les forces dont pouvait
disposer le lenihlc bailli qui se vantail de rendre les routes
du Sundgau si sûres qu'on pouvait y voyager sans armes le
jour et la nuit. Au moment des guerres de son souverain,
Pierre de Ilagenbacb. siour de Belmont, maftre d'hôtel du
duc, son bailli h Ferrette et dans l'.Au^ïuis, fait & Dannemaric
la montre de !<es mercenaires, composés d'.Vlsaciens, de mon-
tagnards de la Forél-Noire, de Suisses et des peuples des
alliances, il était en outre capitaine d'une compagnie d'ordon-
nance. Il y avait en 4468, 3 lances, 51 demi lances, 41 cra-
nequiniors à cheval, 2;U longues lances k pied, 116 couleu-
viiniers. 169 cranequiniers !i pied et 68 ballebardiers qui
prêtent le serment habituel. A Havi&res, le 9 octobre, le reste
de la compagnie parait, 9 demi lances, et 55 gens de pied bien
babilles et armés.
La compagnie élail d'un homme d'armes, de 60 demi
lances à cheval, 48 cranequiniers montés et de 732 balle-
bai-diers, tous cantonnés en Bourgogne. En 1471, Jean
digny en était lieutenant. En 1474. le lieutenant Garchacelt
commandait la compagnie, forte de cent lances et de trois
rents archers. Ils avaieni tous la croix de Saint-André en
velours vermeil. Ilagenbacb était mort en soutenant haut et
ferme le droit de son seigneur et maître.
Il ne faut pas oublier que Brisach possédait depuis des
siJ^cle» une petite synagogue où les.luifs faisaient les cérémo-
nies de leur loi en payant un tribut pour chaque famille. En
1823, le beau-père du receveur général de Colmar — un pari-
sien— trouvait leur temple plus propre que les hiboux qui
le fi-équenlenl : « Leur quartier, dit-il, est d'une saleté qui
« n'a d'égale que leurs personnes. C'est sans doute par esprit
A de l'ivalité que les .luifs ont de l'antipathie pour les
H cochons »...
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i* RBVUB D ALSACE
On Ût ce distique pendant l'occupation française sous
Uuis \IV ;
Limée cram Gallia, pons cl Junua sio:
Si paient, Gallis nolibi limes erit.
(J'étais Trontière aux Français, j'en suis maintenant le pont
et la porte s'ils continuent, il n'y aura nulle part de limite
aux Français).
Il me reste à parler du triste aspect de la ville haute de
Brisach par suite du barbare bombardement du 15 septembre
1793. Elle fut complètement détruite et les habitants allèrent
s'établir dans la ville basse ; on n'y voit plus que l'église et
quelques maisons; les maisons it hauteur d'un mur, percées
encore de fenêtres et de portes, servent de clûlures îi des jai--
dins. C'est la mort avec l'apparence de la vie ! Ocelle tache
pour la Convention nationale d'avoir toléré cet acte inquali-
fiable digne des nations sauvages.
Le 9 messidor (il juin 1793), un détachement français
traversa le Rhin sur un pont volant vers trois heures de
l'après-midi. Les soldats furent logés près du Vieux-Brisach,
dans de grosses baraques que les Autrichiens avaient fait
construire du temps du siège de la ville ; elles étaient couver-
tes en terre, derrière la ville et horedela portée du canon. Le
lendemain le détachement repassa le Rhin et fut dirigé sur
Huningue (1).
Déjk dans la nuit du 25 au 26, il y eut une fausse attaque
dans une tie du Rhin près de la ville ; une centaine de soldats
passèrent le neuve; les avant-postes ennemis s'enfuirent; il
y en eut un d'égorgé près d'une batterie. Les Français se
saisirent d'un canonier, de trois charretiers et de trois che-
vaux. A la pointe du jour, quand le canon se fit entendre et ils
repassèrent le fleuve.
(1) La pauvre place forte démolie avec le Fort-Louis et Lands-
hron n'est plus seule daus son Iriale état. Haguenau, Lauterbourg
et WiBsembourg sous le Second Empire ; ^a Petite- Pi erre, I.ieh-
temberg et Schlestadl depuis 1870, ont partagé sou sort. Il ne
reste plus eu .VIsace, des places-fortes du temps de Louis XIV que,
Itelfort, Landau, Neuf-Brisach et Strasbourg. Quatre sur treize !!
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STBASBOCHG R NEDK-BHISACH 15
Lors de l'aiinislice conclue en 1800 entre le général
Lecourbe (1) et le gémirai autrichien Starray, Hanheim, Kehl,
et Vieux-Brisach étaient considérés comme des postes avancés
pour les Français, mais cela ne fut pas ratiflé par l'archiduc
Charles.
Après la paix de LuDéville, les consuls ordonnèrent de
raser les fortifications de Neuf-Brisacb qui devint une ville
ouverte. Les fortifications ne furent plus rcbfllies.
Le Kort-Moitier, commune de Vogelsheim, était jadis la
tète du pont de Vieux-Brisach. Ce pont aboutissait en face
du chAteau k la porte de France, décorée encore des armes
royales et aujourd'hui l'hospice civil. C'est pourquoi le sail-
lant du fort est tourné vers Neuf-Brisach, et est fermé k In
gorge par un simple rempart maçonné qui se raccorde aux
flancs du saillant par des angles arrondis. Il est entouré
d'un large fossé et une petite caserne est contre le rempart
qui se trouve sur le bras du Rhin dit, le Giessen (2). Un poste
militaire y était étahli et en 1858 P. J. Fries parlait do
l'ennui des soldats qui y étaient en détachement, n'ayant
d'autre société d'un côté que les canards barbotant dans les
joncs et de l'autre que les serpents et les lézards se chauffant
au soleil, a Je parlerai, dit le spirituel voyageur, de l'tinlipa-
« thie que ressentent pour toutes nos forteresses les Alle-
« mands qui se plaisent à qualifier le fort de liatten-IVesl
« (Nid II ruts) (3)!!
(1) Nous BTODB de ec général les livres d'ordre de sa brigade
lors du siège du Luxembourg en 1795.
(i) Vu parc de pontons est dans la cour de la caserne sur la
rive droite du Giessen prËs de la roule impériale.
(3) La pelile commune de Vogelsheim a encore pour écarts le
Bock, le moulin à poudre, l'auberge de la Sirène, nom Français du
villsge, )a Pelile Hollande, eu sortant par la porte de Strasbourg,
eilée souvent dans les sièges de Neuf-Brisach, etc. Le territoire
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16 RBVUB D'ALSACK
Le 3 novembre 1870, le fort fut bombardé par des pièces
t^tablies k la droite de Bieshcim et de Neuf-Brisaeh — sur
les deux rives du Rbin. et enRn par du canon posé sur la
terrasse de i'i^glise de cette ville dont le rocher à pic domine
entièrement le Furt-Mortier-. Celui-ci faibicmpiit armi*! ne
[lOuvait pas résister longtemps. La petite caserne fut liientât
en Hammes, et la garnison dut se retirer dans la casemate.
Le lendemain 4, le colonel de Kerhor tenta de soutenir l'artil-
lerie du fort ; une pièce de 24 fut chargée de répondre n la
batterie de l'église, mais bientôt l'ordre fut donnt^ de cesser
le feu, sur les représentations, dit-on, du général von Schme-
ling qui rendait le commandant de la place resiwnsable du
bombardement d'une ville ouverte. Le 6, vers cinq heures
du soir, le commandant du fort envoya & Ncuf-Brisach deux
mobiles eu bourgeois portant un drapeau blanc cha^ïf^s de
déclarer «. igue la petite j^arnison ne peut plus tenir el
K <|u'elle tentera dans la nuit de rallier la place par la poile
« de Strasbourg en suivant la ligne du télégraphe ». Le foil
était toujours bombardé. Des bombes traçant dans l'air leur
sillon de feu. s'abatlaient des hauteui's de Vieux-Brisacb wur
ses remparts. Lorsqu'une de ces masses de fer pilait la
terre, le sol en était ébranlé jusqu'aux glacis de Neuf-
Brisach (1).
Cette ville bombardée à outrance ne pouvait guère venir
en aide au pauvre fortin; elle-môme, quelques jours après,
le 1 1 , était obligée de subir le joug du vainqueur, et une de
SCS colonnes passait devant le Fort-Mortier ou l'on pouvait
voir les ravages terribles de rartillerie des assiégeants, A
onze heures du matin les prisonniers atteignirent le Rhin qui
futiraversé îi l'aide de barques.
(te celle ville dépendait du f-omlé de Hiirbourf;, apparlenaDlaudiic
de Wurtemberg, prince de Moiilbéliard qui le céda au Koi. Vogcls-
licim et Volgansfaeim élaienl du même comié en 1700. Rien de
plus pittorcaque, lors Uc la lècollc du maïs <|uc de voir toutes tes
maisons des villages de la llart dcenrées, alin de lu sécher, de
cette belle plante k la couleur jaune d'or. On en met même sur
les arbres. Cela fait un effel charmant, digne de tenter le pinceau
il'un peintre.
(I ) C. RisLER et l,.UHEvr-.VTTHAr.rN. Ncuf-Brisai-h, Paris. 1873, 87, 73,
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STKASBnuRli KT NRIIF-RRISACII 17
Le 7, à une heure du malin, lu feu avait cessi? de part et
(l'autreau fort. Quece silence fut p<^nibteiiNeuf-BrisBch! Réduit
en cendres, le Fort Mortier ne pouvait plus résister et venait
de succomber : deux cent mobiles étaient faits prisonniers (1^!
VI
Non loin du Fort, près du pont est l'auberge du ReinbKick.
de la minuscule commune de Vogelgrîin qui appartenait en
1790 aux Wnldnerdn Freunstein ainsi que Biesheim, gros
village au Nord de la pince. U y avait nu Moyen- Age un petit
prieuré lie Cluny (2), dont M. rnbbé Ingold s'est occupé un
|)eu. Ce prieuré a disjmru depuis longtemps. C'est ti Biesheim
que l'on a trouvé en 1770 au canttin dit (Kdenbourg (OUno)
■tans un nmus de ruines eu allnut vers Kuenheim, sur In voie
romaine de Mie à StrasiMurg, une pierre sculptée en grés
rouge de« Vosfjes, représentant en n-lief saillant le torse d'un
athlète nu se mettant en défense. Ce jielit ninuument, aujour-
d'hui nu musée des rnlerlinilen à Colmar, lui fut donn<^ en
ma («ir le docteur Morel, ancien maire de In ville ; il le
tenait de son [>ère, aussi médecin. qui eu envoya une descrip-
tion en iï78 h Oberlin (3i. C'est une des meilleures sculptui-es
gallo-romaine 4 que possède r.Alsnne. On trouva également
des tulles romaines dont deu\ sont marquées ■< S L X X [. et
des monnaies.
(1) Dn voit Biir la [ilale-roruie ilc l'église à Vicux-Brisacb une
pièce de 24 pointée sur le clocher de Neuf-Brisnch. Prise au Fort-
.Murlier le 7 novembre 1K70, celte pièce qui a une éraillure à la
gueule, a été fondue en 1782 k Strasbourg, et porte deux L orne-
mentées et entrelacées. Elle a été donnée par le Grand-duc de
Itade h son bataillon d'arlillcrie N" 3 dont un délnrhcmenl est en
garnison au fort.
(2) Le musée de Colmar possède un fragment de anilptorc
romane provenant de l'église de ce prieuré: c'est une mi'usirueusc
tète tenant à la bouche un gland suspendu par sa lige. (Bas-relief
en pierre jaunùlre, 45X23).
(3) Oberlin en donne imc bonne gravure dans son Almantti-h
d-Alsitn; 17510, (33X58).
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iH BBVUB d'ALSACK
Le monument du général Beaupuy (!) est sur le territoire
du la commune de Biesheim. C'est Moreau le giuad capitaine
qui ordonna d'élever des monuments à la incinoire des géné-
rouz de l'armée du Rhin tués h l'ennemi. Des soldats blessés
devaient garder les lombeauxdcceux qui les avaient conduits
si souvent au champ d'Iionneur. Les malheureux événements
qui suivirent empêchèrent la mise h exécution de la belle pen-
sée du général en chef et le monumentde Beaupuy qtii rappelle
de loi» le tombeau dit d'Ascagno à Albano dans la campagne
de Rome devint peu k peu une ruine avant d'avoir été achevé
et orné de ses bas-re!iefs. Enfin le colonel Ferru du tî3« i-égi-
menl d'infanterie en garnison îi Nouf-BHsach eut l'heureuse
idée de restaurer le cénotaphe et il fui complètement achevé
eu 1861. Face Ji la roule on lit :
DE Rhin rt Moski.i.r
AV. Génkn\L DE DIVISION
Reauoiiartie de Bkaituv
Nlt A Ml'SSIDAN DOHDOIINR
I.B 1-1 JUILLET <735
\ai monument <•» gn>s rouge, s'élève solitaire dans la plaine
lie la Harl. L'on voit au loin dans une ceinture d'arbres
émerger le toit rougeùlie du minuï'cule rlacber de Neuf-Bri-
sach et au levant la maigre verdure des rives fangeuses du
canal. Il est sur une petite élévation dominant la route impé-
riale ainsi que le chemin qui longe le (iiesKcn pour aller au
Fort Mortier.
Malgré son absence d'ornemenis, le cénolaphe parait bien
mieux que le monument construit dans le même genre en
l'honneur du général Desaix près du Jlhin. Celiii-cl a le mal-
heur d'être dominé par la route Impériale, tandis que le
monument de lleaupuy est situé dans une position bien
choisie qui le fait remarquer malgré sa nudilé qui ajoute
(1) Le général de lleaupuy, oIRcier avanl 178!), conuiiandail la
S* Division de l'anurc du Rhin : il liimlia au cnmbat d'Emmendic-
gen Inrs de la relrnilr ilc Mnrciui cl prél île repasser le neuve.
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STnASBOUHG BT SKUF-BIIISACII t!l
encore à sa beauti? sévère. Fôlicitoos le colonel Ferru (1), qiie
nous avons vu au cnmp de Boulogne lout porclus de vlmiTin-
tismes gagnt^s en Afrique, d'avoir eu sa palriolique pensée.
Tout ce <]ue dit le conseiller lluot, H propi>s du monumenl
de Beaupuy, est du pur verbiage. On conlemple avec respect
ce pieux souvenir élevé îi la mémoire d'un brave et les vers
que l'on a mis sur le cénotaphe ne sont qu'un minime détail...
Nous le répétons, le monument fait un olfel saisi8»:ant ilans In
plaine déserte
VIII
Neuf-J)risBch {%) n'a rien qui lixe l'atlenlion d'un archéo-
logue, mais ses souvenirs militaires vous émeuvent. Les
armoiries de l'empire avec les milésimos 17(^-1870 ont rem-
placé les âmes de la France. A l'avancée de la porte de Bâte,
la seule des trois portes en usage (3) qui n'avait pas souffert
du dernier siège, l'on voit avec émotion les lombes des décé-
dés pendant le blocus. Sur celle en face l'octroi, s'élève
le sabre-bayon nette de Bartholdi avec cette laconique inscnp-
tion ; « A nos camiuadba ! i870». C'est d'un bel effet dans sa
simplicité et vous remue profondénienl.
Une autre inscription est cnnire en Français : Fondation X.
JoLDDAix(4), lit-on, au-dessus de In porte de l'hûpitat civil.
Elle rappelle la mémoire d'un insigne bienfaiteur des pau-
vres. A quelques pas il droite, s'élève l'ancien couvent des
Capucins dont l'église et le chœur, bien reconnaissa blés par
ses arcs-boutants, servent d'hApital mililaii-e.
(i) Sorti (le l'École militaire co 1821, il eut sa relrnit(> peu apri's
avoir été promu, en I86t, général de brigade.
(j) Meuf-UrlBsch n'a que 139 HeclarcB dans sou hao, Biesbeim
16SS, WoirgaDBheim !I3S. Quelle difTérencc ! En 1896, 3307 Ama,
dont 1837 soldats.
(3) La porte de Bcifort esl rondamnéc depuis lo.ig'leiups.
D'aprt-s Vauhtm, un fort ouTrage devait proléger la (daec de ce
côté
(4) Cilons encore l'HôriiL uk France dans la rue di- la porlo de
IIAIe. L'inscriplioQ se déluche seule nu-dessus de la porte d'enirée.
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2<f HEVLK d'ALSAOE
Vers la porte de (fdle, quelques pt'liles maisuns k un étage
rappellent l'époque île la fonilalion de la \illu. L'église
paroissiale sur la pince, à droite en entrujil pur la rue de
Strasbourg, n'a rinn île remarquable. Elle ressemble à une
église de village (1;. Lliùtel de ville se détaehe seul sur une
petite place aliénant à la place d'armes, qui est d'une étendue
peu ordinaire. Tel est Neuf-Brisach: je ne parle pas de ses
admirables fortifications ni de ses casernes, ni de ses larges
nies dont plusieurs ne sont pas habitées. C'est une vf*ritable
ville de gneiTe f2i.
Au commencement d(> la Itévohiliiin, Nriiritrisach fut un
moment converti en prison. On y conduisit le SO juin 17!ll,
un citoyen et une fcinnio veuvo de Colniar ainsi que plu-
sieurs jeunes filles, coupables d'avoir pnitesté ('onlpe la
fermeture des églises des Capucins et des Auguslins de celte
ville. Le serrurier Mutz, qui nous raconte celle lâcbe ven-
geance, ne nous dit pas quand furent mis on liberté les déte-
nus (3).
Neuf-Brisach n'eut pas h souiïrir d'iXrc insulté par
l'ennemi dans les gueires de la République. Tout son ntle se
11) Neuf-Brisacbcomiile parmi ses enPnnlH le cnpilnine Itrenet,
i|ui préparc une histoire des invasions de 4KU et de IKI.'^, el trois
graveurs qui exposent aux Chauips ÉlvBées : MM. Lrmis Boiilian.
0 h arl es-Julien Clément et Alfred Dubar.
13) En 1790, le roi nommait tomme seiguenr, le curé ipii cinit
M. Delaunay. A celle époque, le coiivenl avait pour gardien le
P. Irénée d'Ingersheim, puis le P. liemy de Schlesladl.
Le marquis de CoDdans était gouverneur cl la garnison se
composait du régimcnl Itovid- Deux-Ponts, dont le colonel élnii
le prJDcc Maximilien, le t'ntur roi de Bavière et du régiment di-s
Chasseurs d'.VIsaee, colonel le viconilc de Nonilicii. l'nc compagnie
d'invalides gardait te Fort-Mortier.
Sous le rapport de la Justice, il y avaif â Neuf-itrisacli une
prévàtée royale.
(3) Au mois d'aoCil 1790, des cavaliers de Neuf-nrisach sont
appelés pour remettre le holft à Wintzenheim où les cit03*ens
voulaient chasser un juif. Les soldais trouvant les portes fermées
et vexés des clameurs de la foule, tirent au hasard. Un garçon et
une Aile sont blessés. Trois soldais furent arrêtés cl conduits en
prison. Le juif fut obligé de paver tous les frais.
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STnASBOLHG ET NEUF -BUIS A UH 21
borna à loger les soldat^: qui sillonnaient suns cesse la rive
gauche du Rhin, et l'adininistiiilioii ne se inettait guerre en
peine do leur casernement : « la garnison n'y l'tait pas
B bonne, dit It? sergent Fricasse, de la paille sur le pavé et
« des couvertes servaient iK)ur coucher: l'hyver il y faisait
« froid et leli! c'était rempli de puces; dans les villages.
« quoiqu'ils fussent pauvres on y <'lait encore mieux». (Ven-
démiaire an Vlj. Si l'Élat ne pouvait subvenir au couchage
de la troupe, en revanche, il oITrail des feuxd'artilices, qui
se donnaient entre les deux villes de Brisach, dans la petite
plaine vers le futur monument de Iteaupuy.
Le sergent Fricjisse fait un tableau biim vrai de Neuf-Bri-
sach : il y a une belle place entourée de quatre entrées, dit-
il. formées chacune de i^uatre ponis-levis; les barrières, les
maisons et les rasernes ne dépassent pas le premier rempart,
la place est entourée de quatre ran^s de peupliers qui sont
coupés de manière ù ce qu'ils ne fassent pas découvrir la
place en dehors : h chaque coin de celle-ci il y a un puits, el
tout au milieu ou voit Ifs quatre portes (1 ), les rues sont bien
alignées ainsi que les inaisocis. Sous tous les remparts sont
des casemates et sur ces cascmiites est une lielle promenade
qui fait le lour de la la ville. (Je> remparts sont garnis de forts
canons ; l'eau arrive dans les fossés par un canal venant
lie larivièrt' (2) etc.
La fiUe de l'anniversaire de la Itévolution fut l'occasion, le
o thermidor an III (2H juillet I7'JI), de faire voir le peu d'en-
thousiasme qui régnait alors à Neuf-Brisach. Les cris de
Vivre libre ou monrii' et de Vii-e la Hepiihlitiue ne furent
répétés que par ceux i|ui étaient sur l'autel de la patrie. Les
voix ne furejit pas unanimes pour cliuuier la Marsei/laise el
la fétc finit assez piteusement, « La joie n'élait donc pas-
généi'ale, observe Fricasse. el il n'y a rien d'étonnant. Nous
manquions de tout, le prêt élûit arriéré depuis plusieurs
(1) Sui' l'une (de Strasbourg), un lisait: Brisaco paci data Lu-
âovkiii Jtagitu* novum hoc «x antiquo validia Alealiœ secttri-
lati fundamenlis extraxit. An. flJ'tC.LC.X.
m Journal de Marche, Paris, 168^8
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a REVL'B D'ALïACE
iiiui«, oïl Hii iiijus •liinnuil aucun vêlement, iiuus manquions
ilu plus slritl n(Vi!ssaiiv. Aussi la Tète ressemblait-elle k un
i-nterrement (1), la (ruupeëtant Turt « mélancolique ». Elle
Jivail de quoi à ne pas se laisser aller k une joie folle, même
en entendant chanter la Marseillaise par de jeunes ci-
toyennes.
En pleine Teircur. un aventurier fut airètr à Neuf-UrisaGh
au mois de mars I7t:>4; il se faisait passer pour membre de la
Convention nationale, di'légué du comité du Salut public
t't du Comité l-!xi^cutif. C'était Ii qui le saluait le plus
Ims ; il lançait des animés datés de l'An Premier de la Vérité
et de la Vertu, « tant il est vrai, que pour réussir dans leurs
« criminels dessins les traîtres prennent le masque du
« patriotisme et de lu probité », ubsi'ive philosophiquement
l'erlel. l'uis il pei-cevaJt dt-s réquisitions en argent et en
nature, etc. Comment ce faux commissaire de la Convention
se ûl-il arrétnr 1 Un l'ignore. Dans tous les cas, ce fut Burrère
lui-même, qui le 33 mars (2), annonça a ses collègues de la
terrible assemblée, l'arrivée U Fans la veille, de l'intrigant
qui se nommait ^tienne Thierry, igé de vingt-cinq ans, né à
Sedan, domicilié à Paris, ex-maréchal-d es-logis-chef au 8*
régiment de chasseurs à cheval. Sa maltresse, Catherine
Nimant, originaire de Phnlsbourg, iigée de vingt-un ans,
demeurant à Nancy, profession d'artiste dramatique,
l'accompagnait. L'accusateur public, près le tribunal
révolution liai 1%, fut chargé d'instruire leur procès dans le
plus bref délai. Il n'y manqua pas; car le 37, ils passaient
devant les jurc^s sous prétexte d'avoir pratiqui^ des maneuvres
tendant a la dissolution de la représentation nationale, à
l'excitation de la gueri-e civile et d'avoir, k l'aide de faux
puuvoii's, L'st^rci' une autorité arbitraire et vcxaloire, II n'eu
(I) Uaus iiiK' de ces fèlea si iirnubreuses b cette époque, les
petits garçons de dix a douze ans formaient une compagnie de
cbasseura de la g^rdc nationale très instruits, suivis de soixante
<< jeunes citoyennes o, vêtues de blanc, marchant sur deux
rangs, etc., etc.
(3) Journal. Paris, U mars 17!)4. .
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STHASBOl'BG ET NBLT-BRISACH 23
fallait pas tant alors pour avoir une condamnation îi mort (1).
Thierry porln sa tête sur l'échafaud le ménie jour ; quant k
sa raattre&se, elle était acquittée ; mais vu ses intelligences
avec le pseudo-commissaire, elle i^tait maintenue en arresta-
tion Jusqu'il la paix.
Ce qu'il y a de plus étonnant dans i^ette affaire c'est que
Thierry était parfaitement connu ii Neuf-Brisach, son régi-
ment y ayant été en garnison en 1792 (2) avec le 13* régi-
ment d'infanterie de ligne. Au reste, ces aventuriers ne
furent pas rares dans beaucoup de villes en France. Gé-
néralement ils se faisaient toujours prendre, mais ne finissaient
pus si Iragiqueinenl que l'ex-maréchal-d es-logis-chef.
Rappelons un épisode inconnu du siège de Neuf-Brisach
en 1870. Tendant que la place était encore libre, le colonel
de Kerhor reçut l'ordre du ministfVc de la guerre d'envoyer
k Strasbourg, qui venait d'en être privée par le bombaiTlement
de la cîladelle, tout ce qu'il pourrait en fait d'étoupilles. Le
colonel, après bien des démarches, parvint k décider des hnlu-
liers îi fréter pour Strasbourg deux bateaux contenant trente-
et-une caisse et 30000 éloupillcs. Un soldat était sur chaque
embarcation Partis le 6 septembre, les bateliers arrivèrent
sans encombi-e le lendemain vers trois heures et demi du
malin jusqu'au poste badois de Linzen Kopf. Le sergent du
poste arrêta les bateaux et aprèj une courte fusillade, les fît
aboi-der cl l'on se saisit de ce qu'ils portaient. Peu après,
le général Wcrder avertissait Le général Uhrich qu'il ne
devait plus coÈnpter sur l'envoi d'étoupilles venant de Neuf-
Brisach (3>.
(I) L'évèque constitutionnel Gouttes, le j^ardc-forestier Jnssel,
et les deux comtes dL' Uallcroy, furent condamnés à niorl le même
jour par le terrible tribunal (Joarnfil de Perlel 2S Mars).
{i) C'était l'ancien régiment des chasseurs de Guyenne, dont
le colonel élail M. de Berruyer: le 13" régiment ex de Bourbon-
nais avait pour colonel le princeViclor de Broglie, qui Hnil comme
Thierry. Il y avait donc deux rogimenis en garnison à Brisacb.
Cela devait un peu animer la ville.
(3) Autre histoire de bàteau.t. Cil-iil au mois de Juin 1791. Des
hAleanx -marchands desrendaient tranquillement le Bbin. Oes
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24 REVl'K d'al^ace
Et pour r
« Neuf-Brisurh, vitic snns commerce et sans industrie,
« d'après Abel Hugo dans sa Frannr l'illoresque, n'a
•e <rimportanr<^ que pendant la guerre. Je l'ai traversée en
0 i828 ; c'était pitié que de la voir, l'our garder ses huil
1 bastions, file avait une garnison de deux cents liommet^.
« Deux de ses portes étaient condamnées. La plupart des
« maisons étalent déserLes. L'herbe croissait dans les rues,
« et le passage de la diligence n'altirait quci de rares cl
" tristes spectateurs (1).
En 1813, à la rentrée de Napoléon en France, les Badois
prirent de suite leurs précautions, tjuatri' régiments de leurs
pays étalent logés dans lys villages le long du Hhin entre
Bâic et Brisach. avec deux régiiiieots el deux compagnies
d'artillerie du Wurtemberg, douze pièces d'artillerie et deux
utmslers. Fi-ùs de VieuK-Brisacb se trouvaient encore deux
bataillons de chatjscurs autrichiens et une compagnie d'artil-
lerie. Le 15 juin, le prince iMyal de Wurtemberg arrivait à
Brucbsal, celte ancienne résidence des évêques de SpiiT.
IMiis lard, les places fortes françaises étaient gardées par
des bataillons de la garde nationale d'élite, Napoléon ayant
fait venir près de lui toutes les vieilles troupes de ligne.
Le Correspontlant de iVuirmbfry disait que les pmmes-
ses de paix du souverain n'étalent cimcnlées d'aucun gage ;
qu'il aurait dû les appuyer en mettant entre les mains des
alliés, Landau, Strasbourg, Neuf-ltrisacb, llunlngue, Besan-
i,'on, elc. .Mors on aurait pu ajouter fol \\ ses intentions
pacifiques.
KialvcilliLiLls répaudjronl le bruii ((uc des énd).'i-éH voulaient
débarquer. On sonne le tocsin, et les soldats et les habilans
accourent sur la rive du (leuve ou Tod reconnaît l'erreur. (La
Feuille vUlageoine, Paris, 1791, Neuf-Brisach, 209).
(I) En 18â7, le 3« dragons était en garnison, comte de Chateau-
liodcau, colonel ; le atK se trouvait îi Coiinar. En 1831 , il y avait
le 1er Dragons, (d'OrléaaB), à Uelforl et ii Neuf-Urisach," le 'M'
d'infanterie dane la prcmfère de ces places fortes.
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STRASBOVltC ET NEtK-BRISACH 25
Sauf pour Vieuz-Brisach dont les vues et les plans anciens
abondent, on ne connaît que des plans plus ou moins exacts
(leNeuf-Brisacb el rien sur !e Fort-Morliep. U est ii regretter
i|ue quelque odicier n'ait pas utilisé sef loisirs en dessinant
quelques vues de ces deux derniers postes, qui ont tenu iiii
rang si honorable parmi les forteresses frant^aises.
Arthur Hbnuit.
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commencement du XVIII" Siècle
d' APRÈS VS
MÉMOIRE INÉDIT DE L'INTENDANCE
Noblesse et fief*
La noblesse d'Alsace (â| est non seulmnent illueti-e pai'
son ancienneté et par sa pureté exempte de mésalliance,
mais elle a l'avantage de prouver celte ancienneté et cette
pureté avec une certitude et une facilité particulière pour
l'Allemagne. Il est aisé d'expliquer d'oij elle tire cet avantage,
c'est par l'entrée dans plusieurs chapttres des chanoines et
des clianoinesses, abbayes d'hommes uu de tilles uù l'on n'est
admis qu'en faisant des preuves de noblesse plus ou moins
étendues, suivant les statuts de chaque maison. Il ne se
passe pas cinquante ans sans que quelqu'un de chaque I mai-
son ou) famille ne soit reçu dans les uns ou les autres de ces
chapitres ou abbayes ; à chaque réception, l'on dresse des
procès-verbaux exacts de la représentation des litres dont on
garde dans les archives des copies en forme jointes aux
(1) Voyez pages 433.459 de 1897.
(2) Voir le mémoire de Colberl.
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XVITI« SIÈCLE 27
minutes de ces procès-verbaux; ils rappellent ordinairement
ceux qui ont été précédemment Tails loi's de la réception de
quelque chanoine, chanoinesse, religieux ou religieuse
de la même famille. Ainsy en rétrogradant de réception en
réception on remonte aux temps les plus reculés avec des
pièces constantes et certaines de chaque quartier de noblesse
et communément un simple gentilhomme en un mois de
temps fera plus aisément une production de qualre ou cinq
cens années en Alsace qu'un gentilhomme d'une autre pro-
TÎnce du royaume ne la femit de cent cinquante ans.
Ce qui vient d'êstre expliqué de la noblesse d'Alsace est par
rapport h l'cslraction, et il est U observer par rapport aux
biens qu'elle possèdi- qu'avant les arrewls de l'éunion du con-
seil supérieur d'Aisacu de l'année IH80, l'on faisiiit en liasse
Alsace une distinction de la noblesse immédiate d'avec la
noblesse médiatt'.
La noblesse immédiate étoit celle qui pussédoit des fiefs
dont elle avoit été investie par l'Empereur comme chef
d'Empire.
La noblesse médiate étoit celle qui ne posséduit que des
nrriers flefs dont elle étoit investie par des seij;neurs par-
ticuliers.
Or il est à remarquer sur ces (iefs, qu'il y a une grande
Jilféi'ence h faire eji Alsace entre les biens qui ne sont
pas nobles et ceux qui le sont.
Les biens qui ne sont pas nobles s'appellent allodiaux ; ils
se transmettent par succession des pères et des mères aux
l'nfanls et aux plus proches parents sans distinction de masie
ny de femelle, et ^onL susceptibles de dispositions testamen-
taires et de toutes celles autorisées par la jurisprudence du
diMit Romain.
Les liefs au contraire se gouvernent toujours par les condi-
tions attachées aux investitures qui en ont été accordées.
Os investitures suivant l'usage d'.Mlemagne pratiquées
en .\lsacc sont princi|)alement de deux espèces, la première
est lorsque l'Empereur ou un autre Prince ou Seigneur a dé-
membré un fief qui luy appartenoit pour en donner une par-
lie sous le même titre de fief à quelqu'un qu'il en a voulu
gratifTier,
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28 BKITJE D'ALSACE
La seconde espèce esl lorsqu'un particulier qui avoit des
liiens allodisux. ou en rulure, voulant se mi^nagcrune protec-
tion plus pailiculière de l'Empereur ou de quel(|ucs autres
l'rinccB ou Seigneurs, ou liien souhaitant de soutenir h tou-
jours le lustre de sa mnison avec plus d'^clal, et de priver les
lllles de sa succession pour la faire passer aux ma^iles sans
diminution ny légitime, a offert des biens alloiliaux fi l'I'^m-
pereur, ou à quelqu'autre Prince ou Seigneur i>our s'en faire
investir en fief, cette oll'i'e s'apelle oblatiun, et depuis qu'elle
est accepli'e et receue, que l'investiture l'st donnée, si les elau-
les et conditions qui y sont énoncées viennent ii ne pouvoir
s'exécuter, le fief retourne au sfignrur fi'udal ou direct qui en
peut investir qui bon luy semble, et pi-escrin- dîins Tinvesli-
lure les conditions qui luy plaist.
La condition uivlinaire et la plus essentielle est lu service
du vassal en personne en temps de gueri-e, c'est celte condi-
tion qui exclut les filles et les Ëcclésistiques des liefs qui vien-
nent k vaquer dans leurs familles du chef de leurs ascendants
h moins qu'ils ne plaise à l'Empereur, aux Princes et autres
Seigneurs directs de passer par dessus celte considération
il y en a des exemples, mais ils sont fort rares, lorsque les filles
sont appellécs par l'investiture au délTaut de masies, ces sortes
de (iefs s'appellent féminins, non que les fillesy soient appel-
lées directement, mais parce qu'elles peuvent les possi'-der nu
déffaut de masies, or ny dans les uns ny dans les auti'es de
ces espèces, ces fiefs ne passent jamais par succession
aux collatéraux qui ne descendent pas directement de celuy
<iui a receu la première investiture.
Et c'est par la considération de ces vuci.-auces (le liefs qui
peuvent arriver sans transmission aux héritiers par droit de
suicession, que ceux qui possèdent les fiefs en Allemagne et
en Alsace ne peuvent les vendre, aliéner, affecter ny hypoté-
qu'-r sans le consentement du seigneur féodal ou direct, de
sorte que la jouissance du possesseur n'est regardée que
comme un simple depost du fond avec un usufruit du
revenu.
II est bien vray que des créanciers peuvent faire saisir ce
revenu, tant qu'il est possédé par leur débiteur, mais dès
qu'il passe flux enfans ou autres appelés par l'iovesliture,
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L'Ar-SACK Ar fJlSIllENCRMKST OV XVIIl' Mlfecl.K 2!)
l'Hctmn lie ces i;i't''anciei-s cesse, et ils perdent ce qui leur est
ilù s'il n'y a point d'ailodiaux dans la même succession. Les
veuves de mârpe n'ont aucune hypothèque ny privilège pour
leurs droits, douaires et conventions matrimoniales sur ces
fiefs dont jouissaient leurs maris.
Le droit de donner ces fiefs lorsqu'ils viennent h vaquer est
un des plus beaux que le Roy ait en Alsace, Sa Majesté pour-
rail dans ce cas, si elle le vouloit, les réunir h son Domaine,
la jurisprudence des fiefs d'.Vllemagne n'a rien de contraire à
celle faculté lorsqu'il ne reste dans les familles aucun de ceux
qui sont appelés par l'investiture. Mais cela ne s'est point
pratiqué jusqu'il présent et n'est pas en usage dans ^F.mpir^^
l'rptiiUnl fie In nohiexxe île In
Baxxe Al.itire
Le coi'ps de la noblesse de la Basse-.VIsace a une juridic-
tion appelée présidial ou directoire sceanto h Strasbourg dans
une grande maison que l'on appelle l'hàtel de la noblesse (il.
le Directeur qui y pn'-side est choisi dans le nombre des sept
conseillers qui ccmpO!^cnt ce tribunal, et l'un après l'autre
ils font cette fonction parsemestre, lorsqu'une de ces sept places
de conseillers vient h vaquer, on la remplit par Election Ji la
pluralité des voix de tous les membios du corps, coite Kiee-
tion est ensuite confleméc par le Roy lorsque sa Majei^lé
l'agrée, et elle accorde une commission au gentilhomme éli*! .
il y a de plus trois assesseurs aussi gentilshommes qui pren-
nent séance au delTaut de conseillers, lorsque par absence,
maladie, ou nuire légitime empêchement, quelques uns d'eux
ne peuvent pas se trouver aux assemblées, ces assesseurs
remplacent ordinaircinenl suivant leur ancienneté les pre-
mières charges qui viennent h vaquer.
(1) Le direcloire de k noblesse de Basse Alsace est transféré de
Strasbourg a Nidcrnay par lettres patentes de Décembre 1680.
Puis de nouveau transféré à Strasbourg par lettres patentes du 7
Juillet 1682.
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dU RBVl'E D ALSACE
Il y a outre ces coraeillers et assesseurs (un syndic, un se-
iTétairc), un Receveur et autres officiers suballernes.
Ce pn^sidial ou Directoire connolt en premièi'e instance de
toules les affaires personnelles tant en demandant qu'en def-
fendanl qui concernent les Gcnlibhomnies membres du corps
de la noblesse nommée immt'diflti!. cl par appel de celles de
certaines communaulcB qui !^onl de la dépendance de cette
juridiction, lesquelles ont pour juges en première instance,
les [taillis établis par les Seigneurs des terres dépendantes du
corps de celte noblesse. Ce Prësidial jufte au civil en dernier
ressort jusqu'il la somme de cinq cens livres, les appellations
de ce qui cxctide Konl portées au Conseil supérieur d'Alsace
ainsy que celles desi jugements qui se rendent en matières
criminelles, avant les arresls d; réunion des tcri'es de la
Itasse-Alsai-e à la souveraineté du Roy rendus en l'année
1680 et dont il a déjîk été parlé, les appcllalions du frésidiiil
de la noblesse étaient portées !i la Chambre impériale de
Spire.
Droits lie Corvées
Les habitants de In Haute et Ita.sse Alsace sont obligés par
litres et ))osscssion de faire annuellement des corvées à leurs
Seigneurs.
Avant que celle province fut sous la domination du llo.v
ces corvées éloient illimitées, les scigneui's obligeaient ieui's
habitants d'en faire autant qu'il leur plaisoil, ou bien ilsexi-
geoient d'eus des sommes considérables pour les en
exempter.
Il estoit assez incertain si ce doit de corvées proceiloil de
la supériorité territoriale romme une émanation de celle
espèce <lc souveraineté, on bien si on le deviiil regarder
comme un proflil utile attaché it la Seigneurie directe sur les
habilans des paroisses que les gentilshommes posséduient
quoyqu'il en soil ce dioit étoit reconnu dans les terriers que
Ion nomme urbaire dans cette Province.
Comme ces corvées ont paru exlrémeuient h charge, le
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L'aLÂACG Al* COmiKNCKUBNT Dl' Wm" iltrAX 31
Roy les a flx<;es k un nombre certain, dans toute la Haute
Alsace elles ont éiè réduites à cinq pour chaque année, c'est
h dire qu'un laboureur est obligé de faire annuellement cinq
corvées de charrue à son seigneur, un habilant qui n'a qu'un
cheval fait cinq corvées de cheval, et un manouvrier qui n'a
ny charue ny cheval fait cinq corvées de sa personne.
Ce règlement n'ayant pas été étendu îi quelques seigneuries
de la haute Alsace, comme dans celles de Ferrelte, Belfort,
Délies, Tbaones, Allkirck (six) et Isenheîm appartenantes ii
M. le Duc de Meilleray ou il avoit le droit de corvées illimi-
tées, par deux arrest du conseil d'État rendus depuis peu
contradicloirement avec les habitang de ces lieux, Sa Majesté
a ordonné <]ue ces corvées seraient réiluiles Jt cinq et qu'il
seroit an chuis du Seigneur de les faire faire en nature, ou
d'obliger les hahilans de les payer en argent, scavoir pour
chaque corvée Je charue trente sols, pour chaque corvée de
cheval quinze sols, et pour chaque corvée personnelle dix
sols, de manière qu'un laboureur doit payer pour cinq
corvées de charue 7 livres 10 sols par an, un habitant qui
n'a qu'un cheval, pour cinq corvées de cheval 3 livres
i» sols.
Daus In basse Alsace ou pays de nouvelle domination les
corvées ont été lixées différemment.
Dans les lerres dépendantes du corps ('e la noblesse nom-
mée immédiate, elles ont été réglées par arrest du Conseil
d'État du 24 décembre i683 h douze par an, laissant au choix
de la noblesse de les faire faire en nature ou d'obliger les
habitansde les payer en argent sur le pied de trente sols
pour cliaque corvée de charne, de quin7;e sols pour chaque
corvée de cheval, et de dix sols pour chaque corvée person-
nelle, ce qui r.wii'Jit par nn pour un laboureur à 18 livres,
pourun habilant qui n'a qu'un cheval à !) livres, et pour un
habitant qui n'a point de chevaux h ti livres.
Dans les lerres des seigneurs particuliers qni ne font point
corps avec la noblesse immédiate, les corvées ont été fixées
par arrest du conseil du quatre avril 1683 à dix par an, avec
encore celte différence des précédentes ou l'oplion est référée
aus seigneurs, que pour cellescy, il est au choix des habitans
de les faire on nature, ou de les payer en argent, scavoir
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.12 KEVL'I! D ALSACK
trente sols pour clinque cgrvée de chnnie, quinze sois pour
ciiaqiie corvée de clieval Pt dix sols pour chnquecorvée per-
sonnelle sur quoy ilcst ii remarquer que les lalniureurs qui
payent pour leurs chnrues et les habitans qui payent pour
leurs chevaux ne doivent rien pour leur personne, ny dans
les terres du corps de la noblesse immédiate, ny dans celles
qui n'en sont pas.
(UirtH'fix nnroriiéi'S par Sri Mnjpslr
an.r Kri'ffitf.i ite Slrnsthourij
KnRn par lettres patentes Ju mois de seiiteiubre ItiRÎ Sa
Majesté a accordé à Messieurs les Evoques de Strasboui^ la
faculti^ de jouir de douze corvées par an des habitans des
terres dépendantes de l'Évérhé, chaque corvée rnchetable de
dix sols, et de sept corvées de chariot sur ceux qui en ont,
ninsy que de sept corvées de cheval de suninn' sur ceux qui
ru nourrissent, rhaqne corvée de charinl atelé de qiinlTi-
•■hcvaux rachelable de soixante suis, chaque corvée de
rheval de sonuTie racheptable de quinze sols, de manière
qu'un habitant qui a un rhariot altcli^ de quatre chevaux
doit par an pour les douze corvées de sa personne 6 livres,
pour les sept corvées de son chariot 21 livres, et s'il a moins
de quatre chevaux U proportion, un habitant qui n'n qu'un
cheval doit pour ses i\t)\\7.c corvées personnelles, G livre>!,
pour les sept corvées de son cheval 5 livres .") sols, et s'il a
plus de chevaux a proportion, l'n manouvrier qui n'a point
de chevaux doit pour ses douze corvées personnelles 6 liv.
De ce qui vient d'être expliqué il résulte que ce n'est que
dans l'Évèché de Stralbourg que les habitans payent en
même temps pour leurs personnes et pour leurs chevaux,
partout ailleuif ceux qui payent des corvées de charue ou de
chevaux ne payent rien personnellement.
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L AI.SAI'Ji Al' COUUBNCRURNT I)
F.nlretien ilex rhom
Le lluy ne fait point de fonda pour l'entretien des chemins
d'Alsace, ce sont les communautés les plus voisines qoi répa-
rent les endroits ou il faut travailler, cela se fait par corvée,
et l'on choisit le temps ou les ^ciis <\c In campagne ont le
moins d'occupation.
L'on a fait construire et cntrelenirde cette même maniiVe
les l'edoiitea qui out étii placées en tempR de guerre de
distance en distance sur le bord du Rhin, pour h garde des
passages de ce fleuve.
Il y a en Alsace plusiieurs communautés qui jouissent de
revenus communs dont l'intendant prend soin de faire adju-
ger les baux à leur expiration au plus offrant et dernier
enchérisseur.
Suivant les derniers qui ont été faits, les revenus de ces
rommunautés montent en haute Alsace k 134555 livres, et en
liasse .\lsace a deux cens dix mil trois cens quatre vingt dix-
sept livres, ce qui fait en tout 344952 livres, non compris les
revenus de la ville de Strasbourg dont il sera parlé dans
la suite.
Les revenus de ces communautés s'emploj'cnt aux besoins
les plus pressants de chacune. Il y avoit de grands abus
dans leur administration que l'on tAche de réformer peu
h. peu par les comptes que l'on oblige les Bourguemestres de
rendre ou l'on ne peut pas cependant encore n'-duirc les
choses k la m^me régularité qui se pratique eu Krance îi
lyiuse du génie de la nation allemande qui demande plus
d'à
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nBVL'E D AI.SACR
Ville de Strasbourg
La ville de Strasbourg ebt si considérable qu'elle mérile
qu'on en parle en particulier, c'etoit une République souk
la prolecUon de l'Empire, comprise dans sa matricule, e(
ayant séance aux Diètes, lorsqu'en l'année 1681, le 30*
septembre, elle s'est soumise à l'obéissance du Roy, l'econ-
naissanl la souveraineté de Sa Majesté à l'exemple de M'
l'évèque de Strasbourg, le comte d'Hanau, le Seigneur de
rieckeiistein, et la noblesse de la basse Alsace. Ce sont W
termes de la capitulation.
Cette reconnaissance a dA opérer une entière suppression
de l'autorité républicaine et des droits régaliens dont le
magistrat Jouissoil puisqu'elle a été donnée dans un temps
que l'Evèque de Strasbourg, le comt« d'Hanau, le Seigneur
de Fleckensteîn, et la noblesse de la basse Alsace pris pour
exemple étaient dépouillés de la supériorité territorialle et
des mêmes droits régaliens supprimés précédemment parles
arrests de réunion de l'année 1080. rendus pur le Conseil
Supérieur d'.Msace à la requeste du piocureur général,
auquel, comme on l'a cy devant i-emnngué il n'n point
été donné d'atteinte par le traité de (tiswick qui n'a
cassé et annulé que les réunions des terres situées hors
d'Alsace.
Le Magistrat de celte ville (1) a cependant une grande
peine li croire qu'il n'a fait que changer de protecteur et
qu'il doit à peu près estre traité par le Roy, comme il l'estoit
par l'Empereur, sa délicatesse «st grande sur cela, et si on li*
laissait faire, toutes les aFTaires se tourneroient en négocia-
lion. Les termes de déférence, do zèle et d'alfoction na
service de Sa Majesté étant assez communs, mais celuy
d'obéissance plus rare.
Ces afTectations sont à un tel point ()U'ii sera bon d'y remé-
dier lorsque les temps deviendront entièrement tranquilles.
(1) C'est le passage cité par M. Rod. Reusa dans son éililion des
Iteittirittfm Mémorial, p. lUii, n" \.
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L ALSACR AI' COUMRSCEMBNT DIT XVIII* ^lËCI.E '■*■>
mais cela devra estre forl ménagé, el pour ne point aliéner
les Esprits des haltitants d'une place de cette importance, il
est également a propos de les maintenii' dans leurs privilèges
ou l'autorilé souveraine du Koy n'est point intéressée, el de
leur faire reconnaître entièrement cette même autorité lors-
qu'il faut qu'elle agisse.
La ville de Straiibourg y est soumise plus que jamais par
le traité de paix de Riswick, ou l'Empereur et l'Empire
l'ayant cédé au Roy comme un équivalent d'autres villes
importantes que Sa Majesté a abandonné, celle cy ne peut
plus se prévaloir d'une capitulation couverte par une cession
aussi authentique, outre que cette capitulation dans sa plus
grande force n'auroit point l'étendue que les magistrats vou-
loient )uy donner.
Le Magistrat de Strasbourg est divisé en plusieurs cham-
bres, scavoir celle des treize, celle des quinze, celle des vingt '
un, et celles du grand et du petit sénat (1).
La chambre des treize a l'administration des affaires
publiques, et avant que la Ville se fut soumise k l'obéissance
du Itoy, on l'appeloit la chambre d'État, elle est encore
aujourd'hui la principale de la Magistrature, connoissant de
de toutes les alTaires de conséquence, et recevant les appella-
tions intcrjeltées du grand et du petit sénat en matières
civiles pour les juger en dernier ressort lorsqu'il ne s'agit
pas plus de mille livres. L'appel de ce qui excède est porté
au conseil supérieur d'Alsace, mais les sentences de celte
chambre des treiz3 s'exécutent par provision nonobstant
l'appel jusqu'à concurence de la somme de 2000 livres.
Cette chambre est composée de quatre stattmestres Prêteurs
qui sont gcntdshommes, de quatre Ammeslres consuls qui
sont bourgeois, de quatre autres bourgeois d'une expérience
distinguée, lesquels avant que d'estre admis au nombre des
treize ont pris longtemps connoissance des affaires.
Il doit estre dit en passant que ce qui représente le plus
(1) Pour bien comprendre le Magistrat de Strasbourg nous ren-
Toyons nos lecteurs k rinlrndurtinii du livre do li. Millier, puhlié k
Stra3lio:ir^ en IfiiH sous 1p litre de Mngistrnt.de la VilU Stras-
bourg, page I cl siiiviiRlcs.
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sa REVUE d'alsace
dans le corps du magistrat (le Strasbourg stin\ los six slall-
mestres préteurs genlilsbommes.
Les six aminestres consuls principaux bourgeois qui sont
ofliciers perpétuels et dont le service est distribué en difTt'-
renles chambres comme on vient commencer de l'expliquer
par rapport & celle des treize.
Il y a pour toutes les chambres un Prêteur Itoyal, c'est M'
Obrecbt (1), et un Procureur sindic pour le Roy, c'est M' Klin-
gliii (S), ces deux oITiciers principaux sont surtout établis
pour veiller il ce qu'il ne se passe rien dans le^ délibérations
du Magistral qui ne soit conforme aux intentions do. Sa
Majesté.
Outre les douze Conseillers de la chambre des Treize, celuy
des six Préteurs slattmestres qui est en quartier de régence.
(ce qui change tous les trois mois) y a sa place ainsj que
.l'Ammeslre consul Régent pendant l'année de sa Régence qui
revient de 5 ans en 5 ans, les 6 Ammestres étant régents
chacun k son tour.
La chambre des quinze consiste en cinq gentilshommes
dont un ou deux sont préteurs slattmestres, les dix autres
quinze sont tirés d'entre les plus honorables bourgeois sans
distinction, pourvu seulement qu'ils soient rccommandables
par leur prudence et inlégrité; cette chambre a la direction
de toutes les aiïpires que regardent l'économie de» revenu^'
de la ville.
La chambre des vingt un tire son nom du nombre de per-
sonnes qui la composoient anciennement, car présentement
il est réduit îi six, scavoir un gentilhomme, deux personnes
de dignité consulaire, cl trois autres des plus notables bour-
geois. Cette chambre pour ninsy dire n'n d'autres Tonctions
(I) L'lri<-hOUrcchldéréJé leHaodt ITOI, s'éluit ronvcrli à la
religion ralbolique pour devenir pri'lour rovnl eu 1G8S, Son file
Jean Henri, né en ISOS, sénateur noble en 1096. Komiueîsler en
Hi9ê devint prêteur royal le 13 aoi\t 1701 ; démissionnaire on ITOS
il est dégradé plus tard k l'arîs.
(i) Jean Baptiste de Klinglin, avocal à Drisae, nomme sccrélaîrc
de la ville de Strasbourg en tl>88 ; sindir en lti9li ; avoeal général
en 1703 ; préteur roval en I70U ; Morl en 1735.
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I.'ALS.VCE M' R0lll)lli.-tCK)IKNT DU Wlll* flkCLK 37
(]iie relies dp fournir (lis IwDtis sujets d'aiigmenlalion pour
outrer aux Chambres (les treize et tks quinze lorsque le cas
In requiert.
La Chambre du Grand Sénat est composée fin 30 citojens
dont dis sunt gentilshommes, et les 30 autres simples bour-
geois c'est ou se portent les affaires civiles et criminelles, ces
dernières s'y Jugent en dernier ressort, cette chambre se
renouvelle tous les ans.
La chambre du Petit Sénat, est composée de 6 gentilshom-
mes et de 12 bourgeois notables. L'on n'y connoit que des
alfaires civiles moindres que celles qui se portent au Grand
Sénat et jusqu'à concurrence seulement de la somme de 100()
livres Je principal h la charge de l'appel k la Chambre
des treize.
JurixdU/ion rit'ile et criminelle
Il est il propos de faire icy une observation bien inipor-
tiiute par rapport ti la juridiction civile et criminelle de la
ville de Strasbourg (1), qui e^t que l'ordonnance civile de
tB67 ny la criminelle de 16T0 n'y sont point observées, on a
laissé jusqu'il présent au Magistrat l'ancien usage du ses pro-
cédures judiciaii'es dilTérentes en beaucoup de choses de
celles de France.
Quant au criminel cela elioque moins parce que le Magis-
trat en connoit et juge en dernier ressort, mais pour le civil
et les appellations de ce qui excède la .somme de mil livres
«ont portées au conseil supérieur d'Alsace, il est bien extra-
ordinaire que des premiers juges n'observent pas une ordon-
nance h laquelle leurs juges supérieurs sont obligés de se
(1) Cansuller le mémuirc envoyé k Honacigneur le garde des
sceaux par M. le baron de Spon, premier président du conseil
souverain b Culiiiar, en iTponse t difTérenles questions élevées au
hiUTBii des cassations sur la cnnstiluliim et jurisdiclioa du Grand
Kéual de Strasbourg.
Communiqué par M. Léon BriMc nncien arcLivisIe du Haut-
Rhin cl publié dans la n,:vue tf Mince, 188^, T, -1, p. 387.
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38 REVUE D' ALSACE
conformer. L'oq ne croit pas cependant qu'il convint quant
a présent de rien changer à cet usage, surtout jusqu'à ce que
la langue française soit plus familière dans la ville de Stras-
bourg, toutes les procédures, delibârations et jugements du
Magistrat s'espèdiant en Allemand (1).
Vii'inion de la Ville de Strasbourg
en 20 tributs
Pour revenir au gouvernement politique de cette ville, il
faut ajouLer qu'elle est divisée en vingt tributs ou tous les
bourgeois sont dislribut's. Chaque Iribu a un chef, des Eche-
vins, el une justice particulièi'e qui y connaît seulement des
aftaires les plus sommaires.
Lorsque la ville s'est soumise ïi l'obéissance du Roy, le
corps du Magistrat étoit tout Luthérien, depuis. Sa Majesté Jt
ordonné que les places venant il vaquer, elles seraient rem-
plies alternativement par des: catholiques et par des luthé-
riens, ce qui s'esi'-cute exactement, et le nombre des uns et
des autres ne sera égal qu'après que toutes les places origi-
nairement remplies par des Luthériens auront vaqué, ce qui
n'arrivera que par succession des temps.
Hecenus de la Ville de S/ranOoiirg
Les revenus de la ville uionti'nl ensemble environ à cinq
cent mil livres, ils sont administrés par le magistral sans
inspection de la pari de l'Inlendant, ny autre examen des
comptes que celuyqui se fuit lorsque les commissaires pré-
(I) .Malgré l'arrôt du conseil d'etal du 30 Janvier 1685 porlant
que loui les Jugcraenis et actes publics seraient rédigés en langHC
française.
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L ALSACE At: (X)1IIIGNCB1IENT DE WIll* SltCLI 39
posés du corps de ville les rendent en pleine assem-
l>lée.
Les principales dépenses sont le payement de 57456 livres
dont la ville fait fond tous les ans pour l'entretien des non-
vclles rortifOcutions, jusqu'à présent ce fond avait été de (1)
[60000 livres, mais & l'occasion de lu réunion de l'abbaye
Luthénenne de St Estienne de Strasbourg (2) au couvent des
l'eligieuses de Sainte Marie (3) de la même ville, le Roy a
trouvé bon que le magistrat retint par ses mains la somme
de deux mil cinq cens quarante quatre livres pour l'entretien
de quelques ministres dont cette abbaye de Saint Etienne
l'stoit tenue, ce qui a diminué il'autant ce fond précédent de
soixante mil livres.
Enlretien des bâtimen» p
L'entretien des batimens publics y compris celuy des
anciennes fortiffî cation s qui peut aller par an à quatra vingt
mil livres.
Entretien des casernes
L'entretien et fourniture des casernes, bois de cbauffage
des troupes et bois et chandelles des corps de garde
de la ville évaluées, environ k cinquante quatre mil
livre».
(f) Cette page man<|ue dniis le manuscnl original.
(2) Leilrcs jiatentes d'ortobre 1700.
Ifl) lluligieusea de la Visitation de S*e Marie.
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ItEVCE D ALSACE
Apiiilinlemenx des officiers
Les appointe me lis des ofliders d» niagislcit et les frais de
n'gie des revenus, ce qui se monte environ k cinquante mil
livi-es outre ce que l'on paye au ofTicicra de l'Étot-tmijor ainsy
que le U'iy l'a Tfi^\('\
De plus la villu doit pajor tous les ans environ IHiOOO
livres d'înleréts de sommes empruiilées an donier vinj^^t dont
les capitaux apparlicnnenl ù des sujets du Uoy, car à l'i'jîard
de ce qui est dû en Allem.i}ïnc, la ville ne l'arqniltc point en
considération de ce qu'elle n'est pas payée de plusieurs
sommes considérables qui luy sont dues anciennement par
l'Empire.
11 y a dans Ir ville de Slraslioui-^ une université assez célè-
bre composée de quatre facultés, de tlieolugie, de droit, de
médecine et des arts.
Les professeurs sont tous Lulliéiieus i^t i-onfèrenl néan-
moins des di^^ros au<[ catlioliijues comiiiic aux autres, hors
jHJur la théologie, dette université se gouverne suivant les
anciens statuts des Kmpereurs ou du magistrat et les régle-
iiiens que le Kny ii fait i>our les liluder? des L'niversités de
Francii ne s'y exécutent pas.
Hôtel pour In fabri-'ation
dei monnot/es
1! y a daos Strasbourg un hôtel pour la fabrication de la
monnoye. I>e b'itiinenl et la place appartiennent au .Magistral
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I.'aLSACE Al' COHMEKCEHENT Ul' XVllI^ SikcLE 41
qui y faisoit ballre monnoyi* avant que la ville fui sous l'obé-
issance du Roj-, ce qui a môme continuf^ depuis, jusqu'à ce
que des ordres ayant été envoyés pour la réformation des
espèces en 1694, Sa Majesté y a établi tes officiers et les
ouvriers nécessaires pour fabriquer en son nom.
Le travail depuis le commencement de l'année lB8i, jus-
qu'en 1689, en pièces de trente suis de Strasbourg (de plus
lins aloy d'environ un liuitième que celles de France) en
pièces de quinze sols du mOme tilre, en pii>ces de dix deniers
de quatre deniers et d'un sol, en sols d'iMIpinagne, qui fui-
soicntun sol quatre denier la pièce, a monté à750B"50 livres.
Les magistrats de Strasbourg ont alors cessé de ti-availlcr,
et depuis l'année lti'J4 que le Roy a fait ouvrir cette monnoye
sur son compte, il a été fabriqué ou réformé en toutes sortes
d'espèces jusqu'au 1" janvier 1701, 16947005 livres (seize mil-
lions) valeur d'Alsace dont on ne sçauroit donner une plus
juste idée pour la dilTérence de lu valeur de France, qu'en
expliquant qu'une somme de cent mil livres de toutes espèces
d'or et d'argent transportée de France on .Maace, y vaudroit
1I200O livres, moins 75 livres. Sur le pied du vamis qu'y ont
les espèces suivant le dernier arrest du règlement donné pour
cet effet (I;.
La valeur est encore plus haute au delii du Rtiin, les écus
de France qui oui cuui's p'^sentement pour ^t livres 15 sols
en .Alsace, étant receus en Allemagne pour 4 livres. Ce qui
fait qu'il n'en demeui'c presque point dans cette pmvince,
par le pnjllil que Ton trouve à les transporter dans les terres
(1) lin (rouve en marge la note tiuivantc. iN' que ne mémoire
a éié fait daue le mois de mars 1701, (écriture dilTérente mats à
peu près contemporaine j.
En septembre 169S sous prétexte que les. monuaies françaises
obtenaient eu Allema^'iic un coui-s plus élevé qu'en Alsace, le
t.ouis avait clé mis à M livres 10 sols et l'éru â 7li sols, k pièce
de (rente sols avait clc mise à 'Jii sols.
D'après des tarifs imprimés la livre française valait, le i^'
avriJ 1700. it sols b deniers d'.Vlsace, le l" janvier 1701, « suis
4 1/2 deuiers; le !'■'" juillet, 2! sols. 7 ileniers. (Ilnnniicr note de
In page .177, vol. I).
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ii RKVtB DALSAC8
de l'Empire (1). Ce sera un mal saos remède lant que ces
espèces seront d'une plus haute valeur, de l'antre colé du
Rhin, qu'en de^a, estant impossible de garder des passages
ouverts de tous c6tés contre l'artiilce îles négociants qui se
prestent la main pour commercer, et qui cachent rarg>*nt
qu'ils envoient en Allemagne, dans des tonneaux de tabac,
de vin, d'huile, de sucre, de goudron, et de toutes autres
sortes de denrées dont ii serait impossible de faire la véri-
fication (2).
(l)Ceux qui acceptaient on donnaient une monnaie au-dessus du
larif, étaient traités de billonneun punis par la rnnfiscalioD et par
une amende, moitié de celle amende revenait au de non ci a leur.
L'exportation des espèces élait surtout poursuivie jvec une
grande rigueur. La dépréciation factite qu'on imposai! aux mon-
naies naliona)cB rendait ce commerce lucralif dans lea proïinces
frontières. Aussi les Édita ne cessent-ils de llélrir un Irafic qui
emporte l'abondance du Rovaumc qui tarit une fontaine publique
et qui ôte A Sa Majesté des sommes considérables dont elle profi-
leroil. L'article 2 de la déclaration du 28 aoùl 1H93, le défend « h
peine de la Tie contre les contreTenants et de confiscation des
dites espièces et matières, des marchandises dans lesquelles elles
pourroienl tire emballées, des chariots, cheTaux, mulets et autres
esquipages qui auront servi au dit transport n. (Hanauer loc. cit.)
(2) Dans une lettre du Lt novembre 1701 M. de la Houssave dit:
Cette province est située de manière, appuvée sur le Rhin dans
loule sa longueur, et ouverte dans la conimunicalion & Landau
par les terres de l'évèrhè de Spire du Palalinal et du duché des
Dcux-Ponis, que, quelque précaution que l'on prenne pi>ur empê-
cher la sortie des espèces, on ne peut jamais s'assurer 'l'y réussir.
une garde continuelle de mille hommes n'y seroit pas sulTisanIc.
Il faut donc, pour ainsi dire, plus attendre de la bonne foi des
marchands et négociants, que de toutes mesures et formalités que
l'on pourroit leur imposer.
Uans l'acte de capitulation signé h lllkirch le 30 sepleiubi'e
1681, Je. droit de battre monnaie fut soigneusement sauvegardé.
Sa Majesté accorde aussi à la ville que tous les Ikvcnns, Droits,
Péages, Pontenages el Commerce avec Is Douane, soient cjtDservés
en toute liberté et jouissance, comme cite les a eus jusiju'li pré-
sent, avec la libre disposition de la PfeniiiogllMirm el la .Monnaie.
Rassurée par celle stipulation, la ville de Strasbourg se mit à
monnayer des espèces françaises, d'après un pied spécial, arrêté
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L ALSACE AC COHliKNCEHCM- DU XVIIl" SIËCLB
L» Province de la haute et basxe Alsace a payi^ annuelle-
ment jusqu'en l'année 1701, la somme de 'J9000 livres de
subvention ordinaire.
entre elfe et LouToia. Hais suivant les habitudes de l'adrainiglra-
tion française le système de la ferme fut substitué à celui de la
Régie directe. La TilIe se réservait la fabrication des esp^i'cs d'or
(ducals, florioa), des épices du roueell fJtath und prtnentsgeld,
groachen, tchillinff) et celle des deniers cl des cjboles (lleller) te
reste fut afTeniié à des banquiers.
Le sieur tMelrich prit la monnaie en IGSJ moyennsnl un canon
annnel de 3000 écus d'Empire ; sou béu^ncc était de î 0/0 sur les
pièces fabriquées. Ce bail fut renouvelé en l(i8S ; mais le sieur
Damont fut substitué aux droits de Uieirich en l(>87. Dans deux
autres buux de 1B88 et 1691 le fermage reste fixé à 2000 éms ou
tiOOO livres; la ville cédait les bAtimenls, l'outillage, le droit de
faire venir sans frais de douane h le sel Cologne, le meilleur pour
le blanchiment des deniers ». Le fermier était libre dans le choix
des onvriers ; mais le magistrat lai imposait son maître
mbnnajeur.
Ces dernières conventions ne purent élreeiécutéesqu'en partie.
Le9 Mars ItiOO parut une ordonnance royale, quidéfendaît auxofti-
ciersdela Monnaie de Slrasbourgde continuer leur travail sous pei-
ne de mille écns d'amende. Le 30 du même mois, l'intendant de la
tirange, vint, par ordre de Lonvois, signitier aux autorités munici-
pales la Tolonté du Itoi.
C'était une violation tlagranlc de In. rupilulation de 1ti81 ; mais
c'était aussi ta conséquence nécessaire d'un système despéculalions
monétaires, que les finanriers de l^uis XIV inauguraient en ce
moment et qui devait faire pendant trente ans le mallienr de
la France.
1.1' magistral de Strasbourg réclama mais on passa outre et par
urrét du ti octobre lt>)):t le roy statuait que la Monnaie de Stras-
bourg serait rouverte pour sou compte pour réformer les ancien-
nes espèces et en fabriquer de nouvelles ayant cours en Alsace
senlement. Hais la ville conserva le monnayage des ducats e( (lo-
riuB d'or, des jetunsde conseil, des deniers et oboles de Strasbourg
jusqu'en 1693.
.\ partir de ce moment, la prise de possession de la Monnaie
parleroy fut définitive (édil mars 1702). Études économiques
s(ir r.^lsace par l'abbé Hana'itr T. I, p. 57.
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44 RKtTB D ALSACB
En l'année dernière !T00, celle jirovince a offert de payer
au Roy la somme de 300000 livres vali-ur de France au lieu
de 99000 livres il), s'il plaignit il Sa Majcsti'- de la mettre à
couvert des poursuites et procédures des omciers des niaitrises
particulières des eaux et Torèls d'Ensisheiiii ot llaguenau
(ij l^itre de Novembre ijoS,
].c Coiitrulcur Gciicrat
à M. de la Huuss^iyc
Intendant d'Alsace
Pendant la précédente guerre, ta Province d'Alsace fournissait au
Roi tîooooo livres par an, savoir ijçjjoo livres de subvention ordi-
naire, fiooooo d'extraordinaire et Soo tant de mille livres de capita-
tion. En 1700, après la paiï de Rjswick, toutes ces impositions
étaient réduites aux 99000 livres de subvention ordinaire, et s'agis-
sant de l'itabliscmcnt des lieutenants ([cnéraux de police dans les
villes et de plusieurs autres nouvelles aflaircs, la province pour s'en
exempter, offrit à S, M. ?ooooo livres par an de subvention ordi-
naire pendant la paix, au lieu de 99000 livres susdits. Et aujourdhui
quoique la guerre présente demande des fonds extraordinaires pro-
portionnés aux grandes dépenses qui sont nécessaires pour la sou-
tenir, la province ne fournit en tout que iiooooo livres Joni 600000
livres de capitaiion. On augmentera la subvention de 3ooooo livres.
Malgré l'inlendant qui protestait qu'on ne pouvait faire autre
chose que de porter ta capitation k ^uoooo livres et d'obtenir un
don gratuit de looooo livres de la ville de Strasbourg qui avait
moins souftert de la guerre que le reste du pays, ou qui mùme avait
bcnélicic du séjour des troupes, le contrôleur général exigea que ce
don fut porté à 100000 livres ci la subvention augmcmée de loooon
livres ainsi que la capitation. Le don de 200UO0), fui accordé pi-rles
Stras bourgeois, contre exemption des affaires extraordinaires et avec
perniission de répartir une partie de la siimme sur les bourgeois et
habitants uu d'emprunter sur hypothèque des biens communs et
patrimoniaux de la ville, et même d'augmenter les droits d'octroi
ou d'en établir de nouveaux ; mais les mandements de la subvention
ciatit déjà envoyés dans les communautés, l'intendant ne put faire
sur cette imposition l'augmenliition demandée.
l.e bordereau général de la capitation fut porté it .^08.841 li\rcs.
Ce recouvrement au mois de novembre 1704. s'élevait à 388.ïr)5
livres, 18 sols ; mais l'intcudaiit jic croyait plus possible de rien
retirer des parties de la basse .\lsace ruinée par les opérations
militaires.
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l'aLSACE AV CIlMilENCEMENT 01' Mlll" XIÈfil.E 43
cri'i's par Edildu mois d'Aoust 16t>4, en faisant «léffenses à
ces ofliciei's de s'immiscer i\ l'avenir en la connoissance des
matières concernant les bois appartenant aux particuliers,
aux communautés Laïques et séculières et aux Mnéficiers
et de décharger la même province de l'exécution de l'Edit du
mois d'octobre 1699, portant cri^alion des oflices de Lieute-
nants généraux de police, et des autres édits de création de
nouveaux officiers ou clablissements de nouveaux droits qui
pouvoient eslre publiés pendant la paix. Ces ofTres ont été
acceptées purement et simplement par arrcst du conseil du
29 novembre 1700 et l'imposition de la somme de 300000
livres oiTerte a été faite pour la première fols en l'année pi-é-
sente t'OI.
Il s'impose annuellement sur la province d'Alsace une
somme qui s'employe 'a la dépense tant de la construction et
entretien des Epys faits et à faire le long du Itbin, que de
l'entretien et réparations du canal de la Bruche, et au paye-
ment des appoinlenients des éclusiers employés sur le mémo
canal. Celle somme n'est pas toujours égale, et elle est plus
ou moins forte selon la dépense qui est h faire pour la cons-
truction de ces Epys; elle était de 3Û000 livres argent d'Alsace
en l'année ITOO; et en l'année présente 1701 il a été imposé
une pareille somme en vertu d'un arrest du 28 novembre
1700. Le fond de cette imposition est payée par les collecteurs
entre les mains des Receveurs en exercice qui le remettent
au Receveur général, et luy au trésorier général des fortitli-
cations ou à son commis à Strasbourg (1 ).
(i) Los mémoires de l'Intendant Lagrange nous enseignent
que en 1697 les impôts étaient ainsi composés :
!• d'une contiibution de guerre que la province payai!
annuellement an lieu d'autres charges iinfioséos au reste du
royaume 600.0001. s.
2" d'une cnpitntion montant II. . . . .1i6.4;):t ô
3» d'une contribution destinée l'i l'entre-
tien des (ligues (épis; et des rorltli cation s le
long du Rhin 40.000
4" d'une contribution servant h entretenir
dis compagnies franches de fusilliers pour
la garde du Rhin 50.265
i.aae.eys. 5
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M\ HEVUR D' ALSACE
Les dettes de l'Évêché de Strasbourg affectées sur les com-
munautés dépeDdantes du même Evèché, Bttiiées en de^A du
Rhin ont été liquidées tant en principal ijii'intéréts j\ In
somme de 501113 livres argent d'Alsace, et par an-est du con-
seil du 11 seplembrel699ila^téordonné qu'elles seraient impo-
sées en dix années sur ces mêmes communautés. La première
année montant k 501H livres a. été imposée l'année der-
nière 1700.
Avant cette liquidation M' l'Evéque de Strasbourg faisoit
imposer annuellement sur lesdites communautés la somme
de 36000 livres qui s'employait au payement des arrérages
des m>\meB dettes, mais cette imposition appelée droit de
Schalzung à été abolie par l'arrest dont il vient d'être parlé
qui a ordonné l'imposition du principal.
D' H. WeiSHERBBR.
En 17^ ils se montèrent k 3.091.600 livres.
« 17ti3 « « 3.899.540 «
Et en 17R9 il étaient de près de 9 millions.
Voyez encore au sujet des impositions le rapport sur les
nxaetions des huissiers et sergents employés par les l'eceveiirs
tiu recouvrement des impots 11700).
Je dois vous observer qu'en Alsace, ou la collecte des
deniers se fait par. les prévÂts et baillis, les frais des con-
train!es de la part des receveurs des iinances sont h la charge
des communautés, au lieu qu'eu France ils sont supportés en
pure perte par les collecteurs, .\ussi le drait de collecte en
Alsace n'est que de 3 deniers pour livre, et en France il est
de (1 deniers. — (lloilisle inr. cil).
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HISTOIRE
DE LA
VILLE & DU BAILLIAGE M SOULTZ
Chapitre VI (1^
Institations commimales
Nous avons vu que le territoire de Souitz formait îi IVpoque
rmnquc une marche distincte qui faisait partie du comté d'Il-
lichc.Ge n'est qu'au Xllf siècle que le bailliage fut définitive-
ment constitué et dépendit du llaut-Mundat de Rouiïach. Il
comprenait alors les territoires de Soultz.Wuenheim et Jung-
hollz ri'unis en une prévoli^ et les territoires de Hartmanswiller
et de Rimbach-Zell fonnanl chacun une prévoté distincte. Ces
deux dernières furent démeml>rées du bailliage en 1760 et
échangées ii M. de Walduer contre le village de Schweinheim
qui se trouvait enclavé dans le bailliage de Saverne. Dans la
prévoté de Soiillz il )' avait encore les (iefs cnstraiix de
Freundstein, Ollwiller, llarlenfels et Junghoitz.
Le bailliage de Souitz était iimitt' au nord et k l'ouest par
la principauté abbatiale de Murbnch ; entre leurs limites
(i) Vov- Revite 1H93, p.p 31fl-5M; 1894, p.p. 61-Î10-334; 18!I5,
p.p. 57-231-437 ; 1896 p.p. 208-248 ; 1897, p.p. 297-309.
nanzedbyGoQt^IC
-W nEVL'I! d'alsack
éUicnt enclavés deux lerritoires appartenant à la maisuti
(l'Autriche : Rimbach et leWalterspath. Ce dernier fut ci'dé îi
Souitz dès 1468. Au nord, le bailliage de Soultz ôlait limite
par la seigneurie immédiate de BoHwiller, à l'est par la
seigneurie autrichienne d'henheim i i).
Bien que Tormant un bailliage distinct, celui de Soullz
appartenait îi la juridiction immédiate du Haut-Mundat, el
son bailli relevait du grand bailli qui siégeait a RoulTacli.
Celui-ci avait seul la compétence en matières criminelles.
Cependantau XV1[« siècle, il seinblequc le bailliage de Soultz
ail été complètement indépendant car son bnilli porte le litre
d'Obervogt. Mais au XVllI* siècle l'ancien état de choses est
rétabli jusqu'en 1769. Pat' suite de la nouvelle organisation qui
se fît alors, Soultz devint chef-lieu de canton l'essortissantdi?
la préfecture de Cohuar. Il furma unt; communauté avec
Jungholtz et Wuenheim. Ce dernier village tut lui-même
érigé en iTimmnne et sépare d'' Soultz piir ordonnance royale
(1) Voici le détail des divisions terriloriales qui rniistiluaicnl le
Haul-Mundat el les seigneuries voisines eu 1789 ; le Haut-Mundal
Il l'évéché de Strasbourg, comprenait : 1 ie liadlisge de RoufTach
el les communes de (iueberachwihr, (uindolshciui, Osenbach,
Osenbihr, Orsrhwihr, l'fafTenheim, IloulTaih, SoulUmall, Winlz-
felden ; Il bailliage de Soullz ; III bailliage d'Eguisheini : Rguishcim,
«Ibormorechwihr, Weltolsheim, [jIits la seijrneurie pa.ficulière de
Srhauen bourg.
Seigneuries particulières et immédiates : Rimbach, à M. de
Schauenbourg, Hartmanswiller et Rimbach-Zell, a M. de Waldncr.
Principauté de Murlisch : I bailliage de St-Amarin : AltenbarU,
Bitschwillcr, l'ellcririgcii, (icishausen, l'iolUbaib, llûssercn, Kriilb,
Iklalmerspacb, Mitzaib, Moliau, Moosih, Mosrhpacb, Ncuhauseu,
Odcren, t'rbe,v, Ranspach, Sl-Amarin, Slorkensohn, Vogcibach.
Wesseriing et Wildenslein, Willcr, Werschollz ; Il badiiage de
Wallwiller: Ufllioll/. et Wallwiller; III baillage de Guebwiller :
Bergbollz, Zell, llclchenlhal, Ituhl, (lucbwiller, Laulenbach-Zell,
Berrïiller, seigneurie parliL'ulière à M. deWaIdner; Ccrnaj el
Steiubacb seign. part, à MM. de la Touche, de <iobr et ClebsaUc).
Seigneurie de Bollwiller au priiirc de Bruglie ; BolUllIer, FeM-
kireh,Flachslandcn, Heimbsbrunn, ltegiiisheim,L'ngucrsheiin,ponr
2/3 avec la ville d'b'nsisheim.
Seigneurie d'Isenheim, au duc de Valenlinois : Iscnheim, Merx-
beim, Hicdersheim.
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I.A VH,r.E Et IX BAILIJA.IE l)E t^llDLTZ «t
ilu 8 Février 1832, apri^s une première tentative de séparntiuii
essayée peu après la Kévolutiun. Aujourd'hui le cnnton do
Soullz ressort du cercle de Guebwiller et Jungboitz a été Réparé
de la communauté par décret impérial du 2 Juin iBSi.
On trouvera ce qui concerne les différentes localités de
l'ancien bailliage dans les chapitres qui seront consacrés h
chacune d'elles. Nous nous occuperons ici tout ^spécialement
de la ville de Soullz.
Droits seigneuriaux et
privilèges communaux à Soultz
De.puis la constitution de Soullz en ville, son seigneur Tnt
jusqu'en 1789 l'évèque de Strasbourg, sauf iiu XV' siècle où
le Mundat Tut engagé d'abord h Burcard de Lutzelstein puis
h Conrad de Bussnang.
Ou donne l'énumération des droits régaliens des seigneurs
de Soullz et (les piivilèges communaux dans un premier
urt>aire du XIV" siècle (Inv. des titres des bailliages de l'év.
de Strasb. Arch. dép. du Haut-Rbin), dans un autre plus
complet rédigé par le bailli en 1378 (arcb. de Souitz), enfin
dans une spécification faite en 17S!) (ibid). Une charte de
1262 concernant les droits que l'évèque de Strasbourg avait
dans le Haut Mundat existait aux archives d'Insbrucb n" 185.
La plupart de ces droits tirent leur origine des constitutions
romaines et franques et des insLitutioas colongères. Nous les
trouvons en vigueur tels que nous allons les spécifier dès
l'érection de Souitz en ville. Ils furent maintenus sans grandes
modifications jusqu'en 1789.
Les droits dont les évèques de Strasbourg jouissaient
comme seigneurs de Souitz sont les uns honoriUques, les
autres utiles et domainiuux. Uien souvent quelques uns d'en-
tre eux étaient concédés en fiefs à des tiers qui aloi-s '^diient
substitués aux évéques dans toute la compétence du ihoit en
question.
LeAdroils honorifiques de l'évéché étaient d'ordre admi-
nistratif et d'ordre judiciaire.
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50
BEVUB D'ALSACK
L'évéque de Strasbourg jouissait k Souitz dp tous les droits
régaliens sur le ban et ses habitants, sur les caus, les forêts,
les pâturages et les terres. Il y exerçait toute Juridictiou haute
et basse.
11 avait la colateur de la cure de Souitz et des offices de
bailli, de prévôt, de procureur fiscal et de grefTier. A lui seul
appartenait la vérificalion des pouvoirs des autres membres
de l'administratton communale. Tout bourgeois, tout hnbi-
lant de Souitz, tout ofTicier et fonctionnaire devait le serment
de foi et hommage au seigneur évéque.
Il avait toute discrétion sur les prisons et In forteresse.
Droits ntUes
LVvéque percevait h Souitz, sur les habitants, un droit dit
de taille ou gewerff, qui constituait la contribution directe.
Puis venaient les droits de corvi'e en bois, en échalas et en
subside pour les officiers seigneuriaux, la gabelle ou ohmgeld
sur les vins qui se débitaient dans le^ cabarets, les différents
droits de douane qui comprenaient le ponteoage aux portes
de la ville, le droit sur la vente des grains aux foires et mar-
chés, sur le vin vendu et emmené hors du ban, le haarsoU
sur le bétail qui passait par la porte de Guebwiller, le
Pfundcoll sur différentes matières commerciales.
Tous les droits de péage ajani été supprimés par arrêt
royal du 3 oclobre 16fl0, le règlement donné en 1682 ù l'évè-
ché de Strasbourg, lui donne en compensation le dr^it de
percevoir le trenlid ne denier de toutes les ventes d'immeubles
et le cinquantième de toutes celles de biens mrubles qui m'
font dans l'évéché.
Le seigneur évéque percevait encore le produit des amen-
des prononcées pour délits de basse justice, les dîmes .sur le
vin, le droil de protection et de réception des Juifs, un droit
d'enseigne sur les cabarctiers, le droil de débit de fer et de
fouille du salpêtre, le droit île chute d'eau, le droit de récep-
tion k la bourgeoisie et le droit d'émigration, les droits de
déshérence et de bâtardise qui se percevaient sur toute suc-
cession vactfnte ou caduque ou laissée par un bâtard, un
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LA VILLE ET LE nAILLIAUR nR S
r>i
droit sur tout r'iranjrer qui vi-imit tccupillir une siiff^mioii îi
Soullz.
\]n droit d'ncivocatie était encoiv poi-çii |iar IV-vt^qiie biii' i»
uommandcrie de St-Jean, la ciiapello (l(;s cisterciens et lew
biens que le couvent des llnterlindeii de ùilmnr nvnit «
Soultz. Pur privilège royal de 1782, IV-vôque de Strasbourg
avait encore reçu le droit de prélever <ur ses sujets uut> a>n-
Iribution extraordinaire pour reconstniclton du cltAteaii de
Saverne incendié. Enfin k plusieurs reprises la ville diU coii-
Iribuer aux frais de guerre de l'évéché. Nous étudierons en
nu chnpitre spécial le détail et l'importa ni-o de loules ces
impositions seigneuriales.
Domaines et rentes
Nous avons vti qn'ii l'époque Tranque le seigneur de rSonll/.
y possédait une cour seigneuriale. L'év(V|iie de Straslxxirg l.-i
|K>ssédail encore en 1118, (^pu'gtie îi laquelle il la concéda epi
liefù la comtesse d'Ëguisheini et à ses fils. A partir de ce
moment on n'en entend plus parler. Par contre vers le
milieu du Xlll*' siècle l'évèché possède h Soullz un château,
ne semble4-il pas que celui-ci ait remplacé la cour seigneu-
riale, comme peu après on voit le ch&teau d'Ollviller s'f'lever
sur l'emplacement d'une cour Téodale ?
Il est fait pour In première Fois mention du chAleau de
Soultz dans un acte du 5 février 1251, par lequel le comte de
Ferrette reconnaît tenir en fief de l'église de Strasbourg les
châteaux de Thann, Hohneck et Wineck. C'est au château de
Soultz que cet acte fut signé: ncla tunl hœc apud muni-
tionem Sultse.
En 1^4, Guillaume franc-homme de Soultz (miles dtclus
de Suitz), olTrit en fief à l'évéque de Strasbourg sa forteresse
sise dans la ville forte de Soultz. L'évéque Henri de Stahleck
l'investit du ditcbAteau, de la taille à percevoir dan- Soullz
et d'une rente de 12 livres k loucher dans le village de Sund-
hofen. Theloneum nosirum apud villam nostram Su/Ceti
et cenxtu XII Ubrarum apud villamJSuntkofen dilerlum
nmirnm et pdehm Ouilhelmum Militent dictum de Siiltteit
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S2 RIVIE d'alsacb
percipere et recipere volumux... pro qua pefunia summd
dictus mites,., suam munitionem in dtclo oppido Suttse
nobit et omnibus noslrit tuccestoribus... presenlare ad
notlrum usum et ipsam munitionem tam ipte quam sui
herede» a nobi» et ab Ecclesia Argent, in feudo tenere
débet {!).
Le méaie Guillaume de Souttz donne en 1264, ses reversa-
les 'a l'évéque Henri, parlesquelles ilse reconnaît vassal et
homme lige de l'évôchi', ces reversales renferment la lettre
d'investiture de 1254. Elles étaient scellées dti sceau du vas-
sal et de celui de l'abbaye de Murbacb (2i.
Le cbMeau ne reBtn cependant que peu de temps entre les
mains du noble de Soullz, car en 1269, les trois frères Pierre,
Henri et Jean de Pfaiïeiibeim abandonnèrent k l'évoque de
Strasbourg le ch&tenu de Souitz avec tuutes ses appartenan-
ces, die burg ze Sullse und ailes das dartu fiœref, qu'ils
possédaient auparavant en fief. Cet abandon se fit du consen-
tement des bourgeois de SouUz und von den burgern von
Sulls gehetle und witlen diz genchehen ist. L'acte est datA
du jour de Ste-Cécilede la dite année (3).
A partir de ce moment le cb&teau ne fut plus inféodé. Il
servit de demeure an bailli épiscopal et de citadelle k la
forteresse de SoulU. En 1607 le noble Rudolphe Kempf d'An-
greth, bailli de Souitz, y logeait.
Les annales des dominicains de Colmar rapportent qu'en
1281 la rivière qui traverse le cbUteau de Souitz causa un
grand dommage surtout par le gravier qu'elle jeta sur les
terres : Aqua transiens cnslellum Suit ze magnum dainnum
fecil ibidem et arena plurimos perturbavit.
Le cbAteau porle dans les documents le nom de Ruchneck.
nous ignorons l'origine de cette dénomination.
(1) Schceptliu d'après Bericr fol. 374. Uraudidier, «uvres iné-
dite!) VI p. 374 et notes mes éditées par .Mégliii i)'> il d'après l'ori-
ginal des archives de Savernc.
(2) Idv. des tilres des bailliages, cit.
(3) Grandidier, noies mss, édit. .Méglin n" 37 d'après le lÎTre
salique du grand chapitre de l'église cathédrale de Slrashourg
fol. 33.
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LA VILLE ET LE BAtLLUQE DE SOtLTI S3
Voici la description que l'urbaire de 1578 eo fait :
a Le ch&teau avec ses dépendances est limité d'une façon
apparente par son avanl-cour, son fossé et son rempart.
A II est armé de 4 grandes arquebuses doubles à crocs.
Fier simliche doppelhocken.
M Le chftteau a une poterne particulière, depuis qu'il est
inhabité cette poterne est murée, mats l'évèque a le droit de
la faire rouvrir.
« Une partie de l'eau du Grabenmuhl peut-être dérivée
dans les fossés du ch&teau en cas de besoin. -
« Les réparations du château sont b la charge du seigneur
les habitants de tout le bailliage sont tenus de fournir corvée à
cet effet.
« En cas de guerre les bailli et prévotontpouvoird'ordon-
ner à autant d'hommes armés, du bailliage, qu'il sera néces-
saire, de concourir à la défense du château ».
Au commencement du XVIII^ siècle il fut question de rem-
placer celte demeure par un château plus luxueux. La
régence de Saverne rendit en 1719, sur ordres du cardinal
de Roban I, un discret par lequel elle enjoignit au bailli de
Soùitz de faire enlever par corvées les décombres du vieux
château en place duquel l'évéque entendait bAtir un nouveau,
elle lui ordonna d'employer corvées d'bommes, de chevaux
et de voitures, de faire couper le bois de b&timent nécessaire
pour le nouveau château, dans les forêts de la ville et de le
faire conduire sur la place où sera construit ledit nouveau
chdteau .
La ville ayant fait quelques observations h. ce sujet, ta
régence écrivit au bailli pour lui ordonner l'exécution dudit
décret, surtout, dit-elle, étant d'usage dans toutes les sei-
gneuries voisines, qu'en cas de construction ou réparation
des ch&teaux des seigneui-s, les sujets sont obligés de décom-
breretde conduire les matériaux nécessaires (4).
Il parait que la ville continua ses protestations contre la
démolition de l'ancien château ; elle fit sans doute valoir ses
anciens droits sur une construction qui devait lui servir de
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Si HEVUB D ALSACE
citadelle el donl les «Héques dc pouvaient disposer sans sou
consentement d'après l'acte <le 1289.
Le ch&teau de Buchnecb qui existe encore aujourd'hui
remonte en effet à la lin du XV[« siècle. On se borna sans
doute en 1719 h des réparations.
En 1789, le cliflleau avec son jardin et ses dépendances
était aJTenné pour un canon nnnuci de 120 livres. Dans l'en-
clos il y avait un pressoir, une grange diini^re, des écuries,
des greniers, etc
Il fut saisi et vendu comme bien national el devint la pro-
priété de lu Tamille Delevieleuse.Olle-ci le revendit vers 1862
il des industriels bAlois qui exploitaient une fabrique voisine
et qui la possèdent encore aujourd'hui.
Le cli&teau de liuchneck est une assez imposante construc-
tion de forme cariée, massive dont les murs ont encore
au troisième étage un mètre d 'épaisseur, et deux mètres à la
iMise. Il est soutenu à chaque angle par quatre contreforts
lias qui contribuent h lui donner un aspect particulièrement
solidf. 11 est élevé de litiis étages sur des caves voûtées et
présente une fav^de k pignon ti'Onquè du côté do la ville,
l'nc tourelle hexagonale contenant un escalier en spirali',
llanque la façade nord dans son milieu. Les fenêtres rares
ont été modernisées ; elles étaient auli-efois k meneaux gothi-
ques. La porte qui donne accès ii l'escalier est ornée d'un
élégant encadi-cmcnt avec deux létes d'anges d'un travail
délicat, ])lacêes dans les angles supérieurs. .\u devant de
celle façade est une terrasse demi circulaire limitée h l'est
par des bAtinients de ser^'ire. On accède à cette terrasse par
une levée qui a remplacé l'ancien pont ievis pour franchir le
large fossé qui entoure le cliilleau de toute part. Le cli&teau
est contourné par derrière par le rempart de In ville. On voit
encore dans le murd'enceinte extérieur l'arcade d'une poterne
ogivale condamnée. C'est là l'entrée particuhèrc du cbAteau
dont parle l'urbaire de 1578. Entre le château ef la ville était
une grande cour carrée renfermant du côté nord les écuries
et la grange aux dimes. Un mur se rattachant uu mur d'en-
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LA VILLE ET LB BAILLIAGE DE SOULTZ 53
ceinle intérieur séparait cette cour de la ville. On y accédait
comme aujourd'hui par l'Impasse de l'hdtel de ville (1).
L'eau arrivait dans le Tossé du chAleau par une dérivation
faite au canal À la hauteur du Grabenmubl, et s'écoulait
dans l'AIlbach par une bouche que l'on dislingue encore au
mur d'enceinte extérieur en face de la commanderie.
Avec le cbAleau, l'évéque possédait encore k Soultz une
maison de bains (badstube). En 1537 l'évéque Guillaume IH
la donne & bail empbytéolique perpétuel k un nommé Antoine
Chardin, surnommé Ruxingen, bourgeois de Strasbourg,
moyennant un canon annuel de deux livres deniers, valeur
de Strasbourg. Les clauses du bail sont celles ordinaires aux
baux emphytéotiques : le preneur ne pourra aliéner, oe lais-
sera pas accumuler trois canons, tiendra en bon état les mai-
sons et bains (2). Nous ne savons ai ces bains étaient ali-
mentés par la source minérale de Soultz.
En 1540 le Sr de Mullenbeim vend k l'évéque, Guillaume III
les maisons, cour, grange, jardin et écuries situées k
Soultz près de la paroisse et appelées cour de Ilohenstein,
pour la somme de 300 norins. Il est stipulé que si ledit évé-
que ou ses succ<?s3eurs veulent les revendre, la famille de
Mullenheim aura le droit de préférence (3).
Os deus propriétés ne figurent plus sur l'état de 1789.
En 1Ô76 l'évéque possédait encore k Soultz une cour avec
pressoir, écuries et dépendanccM, situées d'un cMé contre la
maison du curé M« Christophe Legler, de l'autre
côté contre le mur d'enceinte, devant sur la rue qui va vers
l'église. Cette maison était appelée le pressoir aux dîmes
(zehndltrott) de l'évéque. On y pressurait chaque année le vin
de dîmes qui compétail k l'évéque seul. La dite maison était
la propriété de l'évéque. Le receveur du bailliage avait cou-
tume de l'afTermer chaque année pour un certain canon. Les
réparations étaient ù la charge de l'évéque, mais alors elle
tombait en mines (4).
(1) Selon la légende des souterraine doivenl relier le château et
la fille.
(S) Inv. ai.
(3) Ibidem.
(4) Urbaire de 1578.
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56 RBVL'E D'aLSACE
Eli etTei le 21 mars 1588 le bailli Michel Hafienlapp
vendit la cour aux dîmes au nom de l'évéque, h Théobald
Wend pour 437 livres dix sols et fit don de la crf^ance à l'hôpi-
lal de SouUz. Vers (649 on construisît un pressoir aux dîmes
et une grange au presbytère. La ville fournit le bois a
cet effet (1).
L'évéque, comme collatcur de la cure de Soullz, possédai!
le presbytère sur le cimetière, et la ville n'y avait aucun
droit. Cependant en 1578, le curé ayant acheté une maison k
lui propre, n'y logeait plus depuis quelques années (2). Eu
1789 le presbytère figure parmi les biens propres de la cure.
L')''vôché touchait encore dilTérentes rentes emphytéotiques
k Soultz: au commencement du X1V<^ siècle la cour dite de
Itiilschin donnai! annuellement un cens de 30 schillings. En
1 101 ta Itutsclianshof à Soultz est citée comme appartenant ii
■leon L'iric de llaus comme fief de la maison d'Autriche [3|.
En 1 132, das t/eiotës m Sulfi r/ennnt Hutuchanshof, est
engagée avec d'autres biens du sire de llaus ù Jean Velker
lie Suitzbach, avocat ibailli) de Itelfort (4). Itutschan élait le
nom patronymique des siivs de Junglioltz ainsi qu'on peut le
voir dans l'extrait du livre d>?s lieTs de Strasiioiirg publié par
Itericr sous l'annéo 13.')o.
En 1578, levèque percevait une rente foncière de deux
llorinsou deux livi-esO sols billois sur le moulin de'Jrabenmuhl,
payables a la Chandeleur pour prix de l'autorisa lion donnée
par l'évéque Guillaume, de construire le dit moulin entre les
deux inurs et dans le fossé de la ville de Soultz.
Il y avait encore une l'ente de une livre cinq schillings paya-
bles par un nommé Jean Bruneisen et assise sur trois schatz
de terre.
SIofTel Reehberg payait annuellement une livre sur une
maison avec dépendances sise ù Soultz et sur deux schatz de
(1) Schuldbuch, archives de Soultz.
(i) Urbaire.
(3) Archives d'Iesbruck n° 341''
(4) Ibidem n° 8ti4>
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LA VILLE ET LE BAILUAGB OU SOULTZ D(
vignes, et ce en vertu d'une conBtiluliOQ de rente de l'année
1368 (1).
Georges Tuecherei* payait annuellement a la St-Martin six
schillings sur une maison avec cour sise à Soultz au coin de
la rue dite Guldenengasse.
En 1575 l'évèque Jean IV convertit en rente en argent une
rente en vin due à l'évèché par des particuliers de Soultz (î).
C'étaient probablement les rentes ci-dessus.
En 1378. L'évéché percevait en vin : une rente de trois
mesures de vin blanc assise sur trois schatz de vignes et
payables k la vendange par un nommé Boll Honilss : trois
mesures de vin rouge payables par Peter Ritscban sur une
maison avec cour et jardin sise à Soullz in der Stedellgassen;
deux mesures de vin rouge payables par Jacob Veller sur 6
schatz de vignes sis au canton Hornstein pX francs de dîmes
parce qu'ils appartenaient autrerois.au prieurdeThiercnbach.
En 1706 le cardinal de Rohan abandonne à une dame
d'Ëlsenheim quatre schatz de vigne qui se trouvaient vacan-
tes et caduques, et ce moyennant une rente perpétuelle
et annuelle de deui pots de vin k livrer k la recette de
RoufTach (3;.
En 1789 l'ëvâch»^ percevait k Soultz une rente foncière et
emphytéotique de trois rézeaux et trois boisseaux de seigle
sur les moulins et huit livres deux sols huit deniers en
argent.
En 1330 les seigneurs d'Eptingen donnèrent acte k l'évèque
Guillaunie III de ce qu'il avait racheté une rente de deux
foudres de vin qu'ils percevaient sur les revenus de SouItz(4).
Droits de la ville
Les droits communaux de la ville de Suullz dérivaient, les
uns d'anciennes coutumes colongères, les autres de privilè-
ges accordés par les seigneurs.
(1) Urbaire ellov. til.
(2) Inv. cit.
(3) Inv. cit.
(4) Ibidem.
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âH RBVUE d'ALSACB
NouB citeroDB en premier lieu le droit qu'avaient les bour-
geois d'6lire les membres du conseil de ville. Celui-ci avait
en mains toute l'administration communale et la juridiction
basse sur tout le ban rural et forestier tant à Souitz qu'à.
Wuenheim, Jungholtz et autres dépendances de la prévolé.
Il présidait k tout contrat, testament ou donation ; il octroyait
seul le droit de bourgeoisie et nommait !i l'élection les fonc-
tionnaires et employés inférieurs.
Le conseil de Souitz avait en oulre la collature de la cure
de Wuenheim,
Tous les b[ltimeuts publics appartenaient à la ville, et les
réparations étaient k sa cliarge. Elle avait le droit d'ordonner
corvée pour les dites réparations.
Le prévôt présidait les audiences du conseil, mais à celles
où l'on pouvait prononcer des amendes, il devait se l'étirer'
et alors le conseil était présidé par le bourgmestre.
Les iMurgeois jouissaient de tous droits d'usages sur les
forêts et les pâturages communaux et du droit de pèche dans
les eaux. Ils avaient le droit de s'assembler en tribus pour
les élections au conseil et la répartition des impôts et pour
contrôler les agissements des pouvoirs publics.
La ville percevait le tiers de l'umgeld. A partir du ven-
dredi saint pendant un mois, elle avait droit de faire servir
le banvin par les aubergistes de Souitz et de Wuenheim.
L'umgeld per^u sur ledit banvin lui appartenait
La ville percevait seule le droit dit bœs pfenig.
La moitié du pontenage aux trois portes de la ville et le
tiers du droit sur le vin d'exportation, une partie des amen-
des et de l'octroi lui appartenaient également.
Elle avait encore le petit débit de sel ainsi que le droit de
pesage.
Aux deux foires de la Pentecôte et de St-Hathieu, le Pfund-
zoll et les amendes lui appartenaient en entier durant vingt-
quatre heures (1).
Il y avait encore d'autres revenus que nous analyserons
plus loin.
(1 \ Urbure et Arch. de Soulti, pa*eioD.
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La commune ayant droit de juridiclion, possédait dès son
origine un sceau qu'elle apposait comme preuve d'aulhenlicité
au bas des sctes où elle avait k se prononcer comme juge ou
comme lémoin. Citait comme la signature d'un particulier.
Nous trouvons la première mention d'un sceau communal,
sigillum communitatis de Sulce, dans un acte de composi-
tion conclu le 28 janvier 1260 entre les religieux du Lieu-
Croissant et l'ancien tenancier d'UlIwiller. Dans cet acte on
se réfère au tribunal de la commune de Souitz, communitatû
de Sulce lententiam, en cas de nouveau litige (1).
La commune de Souitz a encore apposé son sceau sur des
actes de 1271 et de 1286 (2). Il est probable que ce sceau
était le même que celui que nous avons vu apposé sur des
actes des XIV», XV» et XVI» siècle.
La plus ancienne empreinte que nous en ayons vue est sus-
pendue sur simple queue au bas d'un acte du 4 mars 1323,
portant constitution de rente passée devant le conseil de
Sou lu (3j.
Les empreintes de ce premier sceau de la ville sont toujours
en cire brune. Elles portent l'image de St-Maurice, patron de
la ville, en costume de chevalier armé de toutes pièces, la
tète nue; monté sur un cheval galopant vers la droite, il
tient sur le bras gauche un écu chargé d'une croix, et de In
main droite, une lance avt.-c pennon chargé aussi d'une croix.
La tète est nimbée, de chaque càté on lit : S. DVX | M.\VR1TI
l^us). En légende autour du sceau : + S. OPIDL DE. SVLZE.
DIOC (esis), BASIL (iensis). Dans ce monument la ville s'inti-
tule opidum, forteresse, elle se dit du diocèse de BAle. Nulle
mention de la dépendance seigneuriale. On y voit déjii
comme une allirmation de liberté bourgeoise. Il semble que
(I) Trouillat. loc. cil. II p. 9S.
(3) Ibidem, p. 3tSet438.
(3) Archives communales de Colmar, Fonds de St Pierre.
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60 BBVUK D AI.S&CK
notre ville, à t'abri de ses murailles, ne connaisse pas d'autre
matlre que Dieu, d'autre patrou que son saint Maurice, d'au-
tre division administrative que le diocèse au spirituel, et ncn
au temporel. Souitz n'ayant jamais appartenu au temporel
de l'évéqoe de Bile, n'en dépendait qu'au spirituel.
Il existait à la même époque un sceau plus petit portant
dans le rhamp la même image de saint Maurice, el en
légende : SECRETVM. DE. SVLZE (1).
Ces deux sceaux sont restés en usage jusqu'au XVII* siècle.
Ilsfurentalorsremplacésparunsimple cachet surcire etpapier.
Nous n'en connaissons qu'une empreinte apposf^e sur un acte
d'emprunt de la ville, conclu le 23 décembre {&42, rédigé sur
papier (2). La légende porte en caractères gothiques :
+ StiCtittmn + Cftiltatta + iSnli + Basilla + IBiot. Nous
y voyons pour la première fois, dans le champ, à la place de
St Maurice, les armoiries de la ville : une croix rantoimée de
quatre corbeaux. Il est dilTicile d'expliquer l'origine de ckh
armoiries. L'armoriai général dllozier les déciil ainsi : do
gueules il une croixd'argent cantonnée de quatre oiseaux pas-
sant de sable. Schœpflin (3] : Insigna vifilatis scutuin
rubrutn, rrucc argenfea quntiripartifuin et quatuor corvis
nigris conspicuiim sîslunl. L'abbé Grandidier ; de gueules
à la croix d -ugcnl, accompagnée de quatre corbeaux ou
oiseaux de proie de sable, becqués, membre.^ et grilletés
d'or (i).
Nous ferons remarquer que sauf les quatre corbeaux, l'écu
esl le même que celui de l'orlre de Malte et aussi que celui
que St Maurice porte sur l'ancien sceau.
Ce sceau subit quelques changements l'uunée après. Nous
retrouvons encore en 1652 les armoiries de Souitz entourées
d'une banderolle portant cette légende ; + SECRETVM +
CIVITATIS + SVLTZ + BASILIEN + DIOC. Le tout entouré
d'un tore feuille.
(i) Archivei de Soullz.
(3) AIr. ill. Il p. 89.
(i) Notices sur Souitz. inOËuvres inédites, l.Vl*.
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LA VILLE ET I.K BAILUAGK DK SfHI.TÏ tli
Nous avons trouvé sur une constitution de renie faite en
faveur de la ville et datée du 2U avril 1663, rédigée sur
papier, un petit cachet rond portant seulement les armes de
révéché de Strasbourg, un écu chargé d'une bande, surmon-
tées du mot SVLTZ et accostées de la date 16-49.
En 1663 le sceau fut encore changé. Il porte les armoiries
de Souitz avec la légende SECRETVM. CiVITATIS. SVLTZ.
1663. Ce sceau dont la matrice est conservée au Musée d^
Colmar servit jusqu'à la Révolution.
Les bailli, prévôt, grelTier et bourgmestre, avaient leur
sceau particulier. Le prévôt scellait tout tes contrats (Kauff-
briefe, Neueràngen. Kundschafften) entre vifs et particu-
liers. Le conseil scellait du sceau de la ville les contrais faits
en faveur de communaulés, de fondations d'ordre public ou
soriélairc et les testaments et donations : Widtimb. Texin-
ment. Mannreckt (1).
Le greRier et le bourgmestre ne se sont servi de leur sceau
particulier que rarement et en cas d'absence du prévôt. Ils ne
pouvaient en faire usage que dans ,les cas où il» l'taieni
personnellement en cause.
Administration et Offices
(Irond-haitli et bailli. — Adcncatus, obervogt, vogt
Le gouvernement du Haut Hundat appartenait dans toutes
«es attributions au grand-baiili qui représentait le seigneur et
qui recevait sou investiture directement de lui. Jusqu'il la lin
du XIII" siècle ceJte charge était conci'dée en fief h la famille
de Habsbour.s-. comme nous l'avons vu. Lorsque Rodolphe
de Habsbourg eut résigné ce fief, l'évéque donna la chaîne
de grand-bailli du Mundat à un officier nommé par lui k vie.
Il résidait ordinairement h Rouffach. Au XVIII* siècle le
Mundat était administré par un des membres du grand chapi-
tre de Strasbourg. Ce chanoine s'occupait spécialement de In
juridiction et des besoins du pays.
Hk llrhaire.
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62 REVUR D'Ar.SArR
Chaque année vers le soixanle-dixième jour, le grand bailli
venait à Soultz pour tenir le Schwertag ou grand plaid. Il
était accompagné du greflîer et du receveur du Mundat. Ce
jour \h, on présidait à l'élection et nu remplacement des mem-
bres sortant du conseil et des employés subalternes s'il y
avait lieu. Puis chaque fonctionnaire et chaque bourgeois
renouvelait son serment de foi el hommage au seigneur évé-
queet de fidélité ù ses fonctions, à mesure que le greflier en
lisait la formule dans le livre des serments ou Eidbuch. On
lisait encore au peuple les lois us et coutumes do In ville i-t
tous promettaient de les observer lidèlement.
Le grand bailli et sa suite prenaient ensuite un souper que
l'on servait dans la chambre du conseil aux frais de la ville.
Celle-ci payait aussi les frais d'heberçeage des chevaux
et le logement des hommes pendant la nuit..
Chaque Quatre Temps les ofTiciers du Mundat venaient
ouvrir les troncs de péage et audienccr lis comptes. On avait
coutume alora de prendre un repas dans la chambre du conseil
et le receveur en prenait les fwis sur la recette commune. Les
autres frais de séjour des hommes et des chevaux t'taienl au
compte de la ville.
Le grand bailH connaissait seul du rriminol et avait seul
le droit d'appliquer la torture (I).
Il semble qu'il n'y avait pas dans l'origine de bailli k
Soultz. Ce n'est qu'à la fin du W siècle que nous y voyons
un officier porter ce titre.
Au XVH" siècle il porte le titre A'obervogt el au XVUt"
celui d'Âmtmann. Le bailli recevait également son
investiture directement de l'évéque auquel it rendait ses
reversales. 11 n'était pas inamovible et pouvait être déplacé
ou cassé au gré d*; l'évéque. II était à l'époque germanique,
choisi parmi la noblesse" k l'époque française t'amtniann
était un homme de loi, ses provisions étaient enregistrées au
Conseil souverain d'Alsace. Le commandement de la fort»-
resse lui fut enlevé et donné & un lieutenant du roi.
Les attributions du bailli étaient les mêmes que celles du
grand bailli quoique le bailliage releviU direclement de relui.
(1) L'rbaire.
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LA VILI.8 BT LE BAILLIAGE DE SOl'LTZ 63
de RoulTach et ftit eu eoo recours et son appel au grand
bailli. Le bailli résidait toujours à Souitz, il avait le comman-
dement de la milice du bailliage et proci^dait aus premières
instructions criminelles. L'évèque payait ses émoluments
mais les bourgeois de Souitz et de Wuenheim lui devaient k
chaque quatre temps une voiture de bois qui devait être
menée au chflteaii. Les membres du conseil Paient exempts
de celle corvée. La ville lui payait aussi chaque année un
gobelet en argent doré de 16 onces. Cet usage s'éteignit nu
commencement du XVIII* siècle ainsi que la corvée du bois.
Elle futreroplacéeparune somme de cinquante livres que payait
la ville.
Le bailli avait droit d'assister à toutes les audiences du
conseil quelles qu'elles soient. En 1712 le conseil de Soults se
plaignit que le bailli tenait les audiences de son bailliage dans
ladite ville ou nul n'avait juridiction que le conseil et que le
[lit bailli connaissait des difTérends qui survenaient entrtt
bourgeois h l'exclusion du conseil.
Le bailli répondit que ses patentes le nommait bailli de
In ville et (lu bailliage et qu'ainsi il était autorisé h tenir ses
nudiences en la ville de Souitz, Il rapporta les registres des
nudiences les plus reculf>es qui justifiaient que les baillis les
avaient toujours tenues dans la ville. Quant à la seconde
objection il dit ne connaître que des difTérends jilcs bourgeois
qui d'un commun accord le prenaient pour juge. La Régence
de Saverne rendit en 1715 une sentence qui prononça que le
bailli pourrait tenir ses audiences dans la ville de Souitz, mais
qu'il ne pouirait connaître privativement au conseil d'aucun
dilTérend entre bourgeois d).
Procureur fiscal
Vers la fin du XVil* siècle, dès 1678, nous voyons appa-
rattre un nouvel ofltcier seigneurial : le procureur fiscal. Il
''lait nommé par l'évèque et était chargé da veiller spécialf-
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64 HRVEJR d'aI_SACR
ment aux intérêts du seigneur dans le bailliage. Il assistait Ik
bailliet était en quelque sorte son lieutenant. Il assistait k
toutes les audiences du conseil, mais nous n'avons trouvé
nulle part ses attributions bien délinies.
Greffier
Le grefiler, tabellion ou Stadtschreiber, était chargé de
tenir le plumitif dans toutes les opérations du bailli ou du
conseil, c'était plus qu'un scribe mais ce n'était pas encore le
notaire, puisqu'il ne pouvait rédiger et sanctionner aucun
contrat sans l'assentiment ou une sentence du conseil. Le
greffier était nommé por le seigneur évéque auquel il devait
ses reversâtes et son office était k la discrétion du seigneur.
Il n'avait d'autre salaire que ta francbise d'impôts, plus une
certaine somme qu'il recevait de la ville et qui se montait
Jusqu'au XVIII" siècle h 38 livres, 43 sous, i deniers pris sur
la taille. On lui donnait en outre un gob'^let en argent doré
de 16 onces.
En 1725 le salaire qu'il recevait de la ville se montait à
80 livres, enfin il percevait encore des taxes Tirées pour les
actes qu'il rédigeait, lesquelles taxes étaient payables par les
contractants (1).
Le greffier assistait naturellement aux audiences du con-
seil, il y avait voix consultative et en dressait les procès-
verbaux et minutes (2).
D'après la teneur de son serment, le greffier était tenu de
rester fidèle k l'évèque de Strasbourg et de le considérer
comme son maître et seigneur, d'obéir strictement et fidèle-
ment & ses représentants le grand bailli de RoulTach et le
bailli de Soultz, ainsi qu'au prévôt, de garder le secret profes-
sionnel sur tout ce qui liii serait confié, d'écrire et de lire
fidèlement dans les conseils, audiences de justice et autres
actes de son ministère. Comme il avait la garde des sceaux il
en devait rien sceller sans le consentement du pnWnt et sans
(1) Comptes communaux et urbaire.
(2) RnthB-protorolIcn et GerîchlBbùclier.
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r.A VfLLK iCT LB BAILLIAGR DE SOVLTZ âS
avoir fait lecture au conseil. Il devait percevoir équitablement
la taxe selon la coutume et pas plus, et s'il devait prononcer
une sentence ou donner un conseil, il le devait faire selon sa
conscience et impartialement. Enlin s'il s'apercevait qu'il se
fit aucun préjudice aux droits de rf'vdcli*'', il devait le lui
dénoncer immédiatement (1).
L'augmentation des alTaires exig^ea vers la fin du XVI' si<^-
cle que l'on adjoignit un aide, le commis ou substitnt
grcRIer. Celui-ci était tenu à l'obéissance envers les bailli,
prévôt, greffier et conseil, h remplacer fidèlement le grefTier
dans le plumitif et à rédiger les actes et minutes comme le
greflier lui-même devait le faire, enfin Ji garder le secret pro-
fessionnel sur toutes les affaires où il aurait part (2). Sous lu
domination des rois de France, il y eut encore ii Souitz
un notaire royal lequel était quelquefois le Rreffier ou «on
commis.
En 1778 le conseil souverain d'.AIsace condamna le princc-
évéque Constantin, cardinal du Rohan II, îi rendre et rem-
bourser au bailli et au greffier de Soullz dans la proportion
(le la perte qu'ils firent par le démembrement des deux
villages Hartmanswiller et Rimbach-Zell du bailliage de
Souitz, la finance que chacun d'eux en avait payée, comme
aussi de leur bonifier annuellement et jusqu'à leur mort la
non-jouissance k eux occasionnée par le môme démembre-
ment, le tout k dire d'experts, a charge d'imputer sur ladite
non -jouissance les intérêts de la partie des finances qui sera
remboursée : ce faisant condamne le comte de Waldner li
porter quitte et indemniser le prince évéque des condamna*
tions prononcées contre lui au-delà des offres retenues es
artes des 30 janvier 1762 et 23 mars 1774 (3).
(1) Livre des serments. Il existe aux archives de Souitz trois
éditions de ce précieux manuscrit qui contient la formule des
serments de tous les ofllcîers et bourgeois, plus les coutumes et
usages ayant force de loi. La premi<;re édition est de 1St>!l, 1 1 deu-
xième de 1578 avec quelques changements et additions, la troi-
sième moins complète est de lfî87.
(2) Livre des serments.
{») Inv. cité.
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Le prévôt, scaltelus, schultheiss
Le prévôt HblH iioiiun*'' par ri'v(''i|uc el son office était ('éta-
lement à la disct'iHion iln seigneur, mais on le dioisissuit
parmi les bourgt>ois noUbles de Soultz. H commaiidait In
milice de la ville, l'ouverture des parles et la fuileresso en
ganterai était sous ses ordres conjointement avec le bailli.
Tout en tenant son mandat du seigneur évc.juc, il était le
chef naturel de la bourgeoisie, le protecteur né des libertés
et des franchises communales. Il présidait toutes les nudiL'U-
(-GS du conseil et rlirigeail toutes les causes, Iiormis celles qui
étaient passibles d'amendes. Il avait le privilège de posséder
un sceau personnel avec leiiuel on scellait tous les cuntrals
entre particuliers. Dans l'exercice de ses fonctions le prévôt
portait un bAton, mar<iue de son autorité.
Le prévôt avait la franchise d'impi'its et en 1378 il avait
pour appointements les fi'ais dejustice et de scel et un demi-
florin comme droit de succession payable par tout élran^^er
qui venait recueillir un hérilage à Souitz. La ville lui donnait
annuellenaent un gobelet en argeni doré de ifî onces. Kn 17âô
elle lui payait fiO livres de gages.
Le prévôt était tenu par son serment de prêter fui et
.hommage it l'évéque de Strasbourg comme à sun seigneur et
maître, do veiller a ses intérêts, d'obéir aux OT-dres du grand
bailli de itoulTiich et du hailli de .Soultz comme aux représen.
lants du seigneur, de protéger et de servir lldèlemeiit le
conseil et la communauté de Soultz el de veiller aux intérêts
de la ville en la défendant de tout pii'Judice. Il devait réunir
et [irésidcr les conseils et tribunaux aux jours indiqués par
la coutume, les consulter sur tous les objets, et en cas de
pni-lnge des voix, décider inipnrtialenirnt selon sa conscience,
ganler tous les serrets, donner selon son entendement et sn
conscience les conseils qu'on lui demandait, enlin, rap-
porter au bailli tout atlental ou crime qui lui serait dénoncé.
Dans la formule du serment de ili87, on remarque plus de
subordination du prévôt ;i l'évér-bé, ainsi il y est dil quedans
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LA VILLE m LB BAILLIAGE DK SOIILTZ tî7
UD jugement pris par le conseil en majorité!, le prévôt et le
greffier seuls pouvaient Tormer une DiHjorité (1).
En cas de vacance de la charge de bailli, le prévôt en
prenait les fonctions, il s'en prévalut pour prendre le titre de
gouverneur du bailliage : statlàalfer der cogtey. En 4723
la régence de Saver'ne rendit un décret portant qu'ayant
appris que la ville de Souitz donnait le titre de Ktatthalter !i
son prévôt, elle le lui défendait.
La ville répondit qu'elle était dans l'usage de l'appeler
ainsi parceque depuis un très long temps les provisions des
prévôts leur donnaient outre la qualité de prévôt, encore celle
de vogtey Statlhaller ou lieutenant bailli ; qu'en effet ces
provisions portaient qu'en cas d'absence, maladie ou autre
empêchement du bailli, les prévôts administraient le bailliage,
qu'en conséquence depuis ce temps-là les prévôts avaient été
appelés tantôt prévôt, tantôt statttialter. Elle joignit une
pareille provision donnée en 1620. Ln régence, sur
cette réponse, réitéra sa défense au prévôt de se nommer
statttialter et de soufTrir qu'on lui donnât ce nom (2).
Des contsstations ayant eu lieu en 1746 entre le prévôt et
le bailli au sujet de leurs attributions respectives, une con-
vention ratiQée par le cardinal de Rohan régla..dé(initi'
vement les fonctions, droits et pérogatives de chacun- de
ces officiers.
La coniell, magistrat, senatas, magiitratas, ratb
Le conseil de Souitz se composait du prévôt, du greffier et
de douze membres qui prenaient le titre de conseillers,
rimtulet, senatores. die Rœthe; les attributions du conseil
étaient de deux sortes : d'une part il exerçait l'adminislration
des affaires communales et nommait les fonctionnaires subal-
ternes de la ville, de l'autre il rendait la justice en matières
civiles en décidant de In vnlnbilité des contrats enlrr partîcu-
(1) Livre des semieola.
(2) In*, cit. p. 33.
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un RRVDB D AI^aGR
liers et en prononçant dans leurs litiges ; en m.iliôrc de I)as8e
justice, il exerfaii la police urbaine, rurale ('iriir2stii>re d
prononçait sur les <l^lils encourus.
Les conseillers étaient élus par les bourgeois assenibli'-s
dans les poCles de leun; (ribus, le vote avait lieu au sciutin
ouvert, chacun ii son tour nommait Jt haute voix ses candi-
dats et les votes étaienl l'ecueillis par le chef de tribu et ses
échevins formant le bureau. Le dépouillement avait lieu ti
l'hôtel de ville en présence den olficien; du bailliage et du
Hundat. Le grand bailli, au nom du seigneur, vérUlail les
pouvoirs des membres élus. Chacun était nommé pour tixtis
ans et le conseil était l'enouvelé par tiers chaf|iie année.
Tout conseiller était tenu par son serment de prêter foi
cl homn-.age Ji son seigneur évdque cl d'obéir à ses représen-
tanls, de se rendre ii la salle du conseil dès que la cloche de
l'hûtel de ville tintait, et les jours indigués selon la coutume,
de prononcer son avis dans les décisions et les sentences im-
partialement el selon sa conscience, de garder les secrets, de
veiller à l'ordre publie, de dénoheer tout attentai aux lois et
coutumes el de faire rédiitor son rapport parle grellier. Et dans
les fonctions particulières qu'il remplirait comme hourgmew-
Ire, receveur de ta taille, «illecteur des amendes, marguil-
lier, ctc, de les remplir fidèlement el d'agir toujôurir pour
l'avantage de la charge qui lui serait confiée.
Les conseillers, dans l'exercice de l'urs fonctions, portaient
une robe rouge el un chapeau noir. Leur salaire était dans
l'crigine un gobek'Kl'argent de IS onces et la franchise de
corvée. En 1725 la ville leur payait ii chacun 30 livres.
Les conseillers se divisaient en deux sections : six sié-
geaient aux audiences de Justice avant la St-Jean, les six autres
après.
Chaque année l'un d'eux était choisi comme bourgmcslre:
il était spécialement chargé d'exécuter tes décisions du con-
seil en matière administrative et de tenir les comptes dos
iwenus el dépenses communales. Chaque année h la fin de
son exercice, il rendait lesdils comptes cl les extances étaient
portées dans un registre spécial dit Srhuliibnrh. Pour ces
ft)nclion!' particulières le Ixinrguiestre louchait de la ville
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LA VILLK KT LB BAILLIAGE OU SOMLTZ 6!(
13 livres, (i sols, 4 deniers, qui furent portas U Iti livres
CD 1723.
Un autre conseiller avait la charge de la taille, gewerffer ;
il ré[>artissait cet impôt et en faisait la collecte. Il rendait
annuellement ses comptes au Schwertag et recevait un
salaire de 10 livres. Deux autres conseillers étaient chargés
de la collecte des amendes; un autre était marguillier et
chargé de l'administration des deniers de la paroisse; un
autre percevait l'octroi, Zoller, un autre avait la garde des
forêts, Kolmeister, un autre veillait à l'arsenal, Bûchsen-
meister.
Les conseillers étaient appelés au son de la cloche ii sept
heures du matin; on tenait une audience de justice chaque
semaine, ordinairement le lundi et quelquefois extraordinai-
rement le jeudi. Les séances du conseil avaient heu quand
liesoin était. Cependant il était défendu de les tenir
après midi, mais seulement avant le repas.
.\ucun conseiller ne pouvait prononcer de jugement dans
une Ciiuse oCi un de ses parents jusqu'au deuxième degré
élait partie.
Par ordonnance du vendredi après SS" Philippe et Jacques
(i mai) de J'an 1363, il fut ordonné par le conseil qu'aucun
de ses membres ne pourrait être pris comme avocat ou cau-
tion ii moins qu'il n'y ait pas de Stailknecht ou sergent
de ville (i).
L'inventaii'e des litres du bailliage de Soultz enregistre
ditTérents réquisitoires du procureur fiscal de l'évéché, des
années 1669, 1700 et 1707, tendant k faire réformer certains
membres du magistrat de SouUz lesquels étaient parents ou
alliés entre eux au degré prohibé, diiférenles requêtes des
dits membres du magistrat qui cherchaient à se perpétuer
dans leurs charges et dilférenls décrets de la Régence qui
ordonnaient leur réforme, laquelle a été chaque fois exécutée
{Inv. p. 34).
(1) Livre des serments.
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RBVUB D ALSACE
En i 743, h la suite d'un lung différend avec le magistrat et
la bourgeoisie, une tiansaclion fut conclue suivant laquelle
le nombre des conseillers de la ville fut réduit de douze k six
et leurs émoluments fixés ù 50 livres par an. Cet article fut
approuvé par le délégué gi'néral de l'intetidance d'Alsace
sous la réserve que les parties se retireraient par devant qui
et ainsi qu'elles aviseraient bon être.
La transaction portait en outre que les magistrats expédie-
raient les alTaires avec diligence et que s'ils ne pouvaient les
terminer en un jour, ils en emploieraient deux, trois pour ne
pas faire languir laJuEtice; qu'on n'admettrait aucun conseil-
ler qui n'ait le titre de bourgeois au moins depuis dix ans
ou, ctaifl fils de bourgeois, n'ait supporté les charges pendant
cet espace de temps ; on n'admettrait aucun conseiller qui ne
sache lire ni écrire, et la préférence serait donnée k celui qui
serait versé dans la langue française ; un des trois plus
anciensserait choisi annuellement pour faire les fonctions
de bourgmestre et en cette qualité avoir l'inspection des bftli-
ments, droits et revenus de la ville, recevoir les plaintes qui
lui seraient faites des désordres qui se commettraient dans
l'étendue du ban, sur les communaux, les rapporter au
magistrat, être présent aux baux, marchés et contrats qui se
passeraient au nom de la ville, examiner les ouvrages qn'on
aurait fait et en faire son rapport au magistrat avant de
solder les ouvriers. Les magistrats ne nommeraient aux
emplois de la ville que des sujets capables et ne recevraient
directement ni indirectement aucun argent ni cadeau pour
leur suffrage. Ceux d'entre les magistrats qui seraient choisis
comme inspecteurs des forêts feraient leur tournée tous les
trois mois et rédigeraient un rapport au magistrat des abus
qu'ils auraient constatés. Ils marqueraient gratis aux bour-
geois les bois de b&liments qui leur auraient été accordés et
ne pourraient toucher d'autres droits que ceux fixés par
l'ordonnance de 1733.
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LA VILLE ET LE BAILLIAGL D8 MCLTZ 71
Les iiiagistrals ne pourraient exercer l'emploi de receveur
qui serait confié ù un bourgeois (1).
En 1760 le conseil d'Etal du roi rendit un arrêt qui ordonna
que dans toutes les villes d<^pendantes de l'i^vûché de Stras-
bourg, oulre le prévôt, le procureur fiscal et le grelTier, le
nombre des ofUciers serait et demeurerait réduit pour
Souitz, h un boui^mestre et cinq conseillei-s de ville.
Deux autres arrêts rendus en 1761 et 1763 réglèrent le
mode de suppression du surplus des officiers et le remplace-
ment des autres (i).
Le 6 juillet 1765, le conseil souverain d'Alsace rendit un
arrêt qui maintenait les sergents de ville de Souitz, dans le
droit de faire exploits et significations dans les causes qui se
traitaient devant le magistrat de celte ville. Mais le cardinal
évèque de Strasbourg qui, par u» n'glement du 27 novembre
17Û9 avait créé des offices d'huissiers k Soullz et à
RoufTach, protesta contre l'arrêL du conseil souverain. Il pro-
duisit difTérentes pièces; les habitants de Souitz et de Rouf-
fach en produisirent d'autres en réponse ; d'oïl le Conseil
d'État, faisant droit sur l'instance, déboula l'évêque de sa
demande en cassation de l'arrêt de 176ij et le condamna aux
dépens par arrêt du 18 octobre I77t (3).
En 1777, le conseil souverain sur instances entre la ville
de Souitz et l'êvéché, annula un règlement de la Régence de
Saverne de 1718 où il était dit qu'en l'absence du prévôt,
celui des membres du magistrat qui le suit immédiatement
présiderait et prononcerait les sentences. Le même arrêt
refusa aux habitants de Souitz toute justice propre et palri-
' moniale et fit défense au magistrat de tenir audience sans
être présidé par le bailli ou le prévôt et sans se sei-vir du pro-
cureur fiscal et du greffier. Cet arrêt fut encore confirmé
en 1784 (4).
(1) Archives de Soullz.
(i) laï. cil. p. 33-31».
(3) Archives de Souitz.
(i) luv. cit. p. 3S.
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72 HBVUB d'alsacb
Loi'squ'en juin 1787 le roi Louis XVJ, ù la suite de la convo-
cation des notables, rendit ses ordonnances sur la constitu-
tion des assemblées provinciales et des municipalités, il y eut
conjointement à l'ancien magistral une assemblée municipale
composée du curé, du bailli représentant le seigneur, de dix
membres élus à Soultz le 20 avril 178tt, par la communauté, et
dont l'un reçut le lilre do syndic-agent, tous notables bour-
geois, enfin d'im grelTier chargé de tenir le plumitif pendant
les séances.
Dès ta première réunion, le bailli ne se présenta point et
une rivalité s'éleva entre les deux assemblées. L'ancienne
magistrature suscita toutes les diflicultés à la nouvelle muni-
patilé. Celle-ci décida entin et lit signiller au magistrat le 21
décembre 1788 qu'elle prendrait en mains toute l'administra-
tion communale et que le conseil de ville n'aurait plus h
s'occuper que des alTaires de police et de justice. Malgré celk
le désordre le plus grand ne cessa de régner dans
les attributions des deux corps jusqu'à ce que l'Assemblée
nationale ait complètement modifié le régime administralifet
judiciaire des communes.
L'administration de la ville fui alors, dès le 31 janvier
1790, confiée h. un conseil municipal élu par la communauté
et composé de huit mimbres, plus un maire et un procu-
reur de la commune remplaçant le procureur fiscal mais
agissant désormais pour la commune et non pour le sei-
gneur. La municipalité était encore complétée pour les
grandes décisions par dix-huit notables l'galenient élus par
la communauté et formant avec la première assemblée le
conseil général de la commune. Cette municipalité était
assistée d'un greHïer-secrétairc cl le maire constitua avec
deux autres membres le bureau exécutif de la commune.
IlientAt l'exercice de la justice fut enlevé aux bailli, prévôt
et conseil et la basse justice confiée 'a un juge de paix nommé
h l'élection dans la commune et auquel fut adjotnt dans la
suite un commissaire de police.
La rédaction et l'exécution des actes et contrats civils
furent désormais attribuas k un- notaire qui succéda k
l'ancien greffier tabellion et rei^ut en dépdt les minutes de
son grefre.
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LA VILIB BT 1.8 BAILUAAR DB SOt'LTZ 73
Cet état de choses dura jusqu'au Premier Empire où le
juge de paix tut nommé par le gouvernement, le notaire par
le tribunal de 1" instance et l'administration municipale
attribuée !i un maire assisté de deux adjoints et d'un conseil
composé d'un nombre de membres proportionnel h celui des
habitants de la commune.
Vonctionnaires & employés sabalternes
Los autres fonctionnaires de la ville étaient les suivants :
Deux sergents de ville, Weibell, qui devaient prêter foi et
hommage au seigneur évéque, obéir h ses représentants les
bailli et prévôt, ainsi qu'au conseil de ville ; dans l'origine ils
avaient voix aux audiences de Justice et alors ils devaient se
prononcer impartialement ; ils devaient aussi recueillir les
témoignages pour les affaires civiles et criminelles et le faire
en loule conscience, ils ne devaient accepter aucun pour-
boire, mais partager équilablcment les salaires et dénon-
cer aux autorités tout délit, crime ctc, et veiller h ce que In
garde de la ville et des portes se fasse en temps prescrit. Le
sergent exécutait tous les ordres et sentences de la justice ;
comme l'huissier actuel il faisait les exploits et saisies, en
outre il avait en mains les clefs des prisons (1). Après la con-
quête française i) y eut à Soultz un huissier royal. Nous
iivonij vu qne le cardinal de Itohan prétendit vers 1760
nommer un sergent seigneurial mais cette prétention fut
rondamnée.
En 1665 la Régence rendit un décret par lequel elle
consentait à la requête des magistrats de Soultz tendant
k ce que les sergents de ville portassent pour livrée un
habit moitié blanc et moitié rouge comme les sergents des
autres villes de l'évêché au lieu de noir et blanc qu'ils por>
talent ci-devant (2).
(1) Livre des scnnents.
(S) Inr. cit. p. 34.
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74 BBVUB d'als&cb
En 1700 les gages des deux sergents étaient de soîxanle-
onze livres que leur payait la ville ; en 1725, quarante livres.
Ils avaient en outre des taxes à percevoir sur les parties pour
lesquelles ils iast rumen taie nt.
(tardes des portes & porte-clefs,
Tborwacbter, Tborschliessler
A chaque porte de la ville il y avait un portier qui logeait
dans la tour qui la surmontait. II devait ohéissancc nu bailli
et au prévôt, rester constanimeut b la porte, l'ouvrir et la
fermer en temps prescrit, percevoir l'octroi selon les règle-
ments, et en présence de la garde le porter au lieu prescrit.
Ne pas quitter la porte sans la permission du prévôt ou du
bourgmestre et dénoncer tout ce qui pourrait porter préjudice
au seigneur ou à la viile. Nuit et jour il devait veiller. Si un
courrier apportait un message pour le seigneur ou la ville,
le laisser entrer et en avertir la première patrouille qui pas-
serait. Il ne devait pas ouvrir la porte le malin sans avoir
regardé par dessus le mur, s'il y avait du danger. Il ne
devait pas fermer sans avoir appelé auparavant, et s'il enten-
dait le tocsin il devait fermer le verrou et rester fidèlement ti
son poste. S'il s'apercevait que quelqu'un mangeait pn'-s de
la porte et buvait du vin qu'il n'avait pas cherché chez l'au-
bergiste il devait le dénoncer.
II y avait aussi un porte-clefs qui devait ouvrir la porte
intérieure le matin, au temps prescrit, mais pas avant que la
porte extérieure n'ait été ouverte par te portier el rester à
la porte jusqu'à ce que la garde soit venue à moins d'un
ordre du prévôt. Le soir il devait également la fermer Ji
temps et ne l'ouvrir sous aucun prétexte pendant la nuit
s^ns être accompagné du prévôt ou de son envoyé (1).
A t'époque française les deux charges furent confondues
et il n'y eut plus qu'un portier à chaque porte. — Bien que
(1) Livre des Mrmenla. — Celuie de précaution marque bien
t'insécurité de ces lempB-là.
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U VILLB R LK
la ville n'eût rien à ordonner relativement k l'ouverture des
portes, le salaire des portiers était à sa charge.
Forestiers — Bugards
It y avait deux gardes-forestiers (Fœrster) avant la Saint-
Jean et deux autres après, plus un garde k Wuenbsim. Us
devaient veiller à ce qu'il ne se Tit pas de dommage dans les
forêts, désigner aux ayants droit le bois de marnsge et
d'afTouage, être présent lorsqu'on cherchait du bois de
corvée, etc (1).
En 1725, il n'y avait qu'un forestier k trente livres de
gages.
II y avait deux bangards (Banwart) et quatte gardes-ven-
danges (Wintzer). Ils devaient prêter serment k St Jacques
ou à St Georges. Us devaient scrupuleusement faire la garde
de tout le ban et ne pss employer leur temps k une autre
occupation, ne pas s'arrêter avec les étrangers qui ne font
pas de tort. Arrêter quiconque en fera, le mener où U y aura
lieu et estimer consciencieusement le dommage. Us avaient
droit k un setier de sel par voiture de cette denrée vendue k
Souitz et un schilling pour chaque appel. Us ne devaient
percevoir aucune amende, mais l'inscrire et l'autorité leur
donnerait la part qui leur revenait. Les bangards avaient
aussi droit à une gerbe de blé que chaque propriétaire
leur donnait (2).
Eu 1700 leurs gages étaient de cinquante-neuf Uvres
six BOUS huit deniers et en 1725 de trente livres.
En 1751 et 1773 on modifia encore par des règlements
l'orgaaisation des bangards (3).
(t) Livre des lermenla.
(2) Ibidem.
(3) Cfr. ArchÎTes de Soulli.
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HBVUB D ALSACE
Veilleurs de nuit
Quatre crieurs de nuit, Nachtwechter ou Rueffender-
wechler, devaient veiller, deux avant minuit et deux après,
et alterner de fa^on que la première veille ne soit pas faite
deux fois de suite par les mêmes.
Au coup de minuit, ils devaient aller ri'veiller les deux
autres et ne pas quitter leur maison avant qu'ils ne soient
descendus sur la rue pour appeler : une heure! L'un d'eux
seulement appelait l'heure, lU ne devaient pas quitter leur
garde avant que la cloche n'ait sonné. Dans la formule du
serment qui les concerne, il est exactement indiqué h quelles
places ils devaient crier l'heure en porcourant les rues et en
passant devant les portes de la ville ils devaient essayer si
elles étaient bien fernu^es. Ils devaient alterner entre eux
deux le cri des heures, et aller l'un au devant 'le l'autre de
façon h. passer par toutes les rues chacun en une heure. H
leur était interdit d'entrer dans aucune maison, auberge, etc.
avant d'avoir achevé leur ft^rde. Ils ne devaient craindre
aucunes intempéries et achever leur année de ga^de n moins
qu'ils ne tombassent malades. Ils devaient fidèlement garder
le château et la ville ainsi que les bourgeois et si l'un était en
guerre, veiller entre les remparts sans réclamations. Ils
devaient averlir le bailli, le prévôt oii l'un des conseillers
s'ils voyaient éclater une dispute, une émeute ou s'ils enten-
daient des cris, soit dans les rues soit dans les auberges, et
surtout vçillerau feu (1).
La ville. leur payait pour snlaire en iTOO, trente-deux
livres pour deux gardes, et en 1723, vingt-huîl livres à
chacun .
Un garde (Thurnwec/iterj devait monter u la tour de l'église
aux heures prescrites ; il devait monter seul et ne pas se
faire accompagner pour porter une lumière. H devait sonner
et appeler chaque soir à neuf heures et chaque matin à
quatre heures, el à toutes les heures de la nuit voir s'il n'en-
tendait rien. Et s'il entendait crier au meurtre ou h l'ennemi,
(1) Livre des serments.
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LA VtLLK ET LB B.\ILI.1A<IB DB SOULTZ 77
il devait d'aboni tinter la grosse cloche. S'il entendait crier
au feu il devait voir oil celîi était et dès qu'il apercevait le
feu sortir du toit, tinter d'abord la petite cloche.
Il y a encore des détails sur ses obligations dans le cas oA
il aurait (^lé en même temps crieur de vin <1).
Le service de la poste publique et privée était fait en ville
par un facteur (Staâlbol) et ii l'exli^rieur par un courrier
(Leufferbot). Ils devaient s'acquitter fldëlement et avec
promptitude des commissions dont on les chargeait, soit
oraieB. soit «écrites, de la part des autorités comme des parti-
culiers. Ils en percevaient le salaire selon la coutume, soit 2
schillings des autorités et des bourgeois et six kreulzer des
étrangers par mille de distance. Ils avaient la franchise de
taille pendant le temps qu'ils étaient au service. En 1687 ils
avaient cinq kreulzer pour service public, et pour les parii-
culicrs le prix était h débattre ii).
La ville chargeait un charpentier de l'entretien des bAti-
ments et constructions communales (Werckmeisler). It
devait (Idèiemeot prendre soin des portes, ponts, tourelles,
tant en dehors qu'en dedans de la ville et avertir le boui^-
Riestre de toutes les réparations nécessaires. La ville lui
payait en hiver 4 schillings, en été ô, de la St Georges It
la Si Gall.
Il ne devait pas quitter la ville un seul jour sans permis-
sion du Itourgmnslre. 11 n'avait droit a aucun déchet de bois
de chêne, mais il pouvait prendre du bois de sapin tout ce
qui avait au-dessous de 3 pieds. S'il devait percer des
tuyaux de conduite, un lui donnait 7 rappen par pièc^ (3).
(1) Livre des xennenls.
ii) Ibidem.
13) tbidcm.
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Il y avait une sage-femme assermentée (Hebamen) <|ui ne
devait jamais quitter la ville, porter son assistance partout
01^ l'on en aurait besoin, que ce soit chez un riche ou chez
un pauvre, accomplir fidèlement et consciencieusement son
office et en accepter le salaire selon l'usage.
Si l'on appelait la sage-femme en deux endroits en même
temps, elle devait aller au plus urgent et ne pas quitter ïi
moins qu'il y eût une femme de confiance pour la suppléer.
Si quelqu'un appelait une autre sage-femme, il n'en ^tait
pas moins tenu h payer son salaire à la sage-femme asser-
mentée (1).
Appariteur
Il y avait à l'hôtel-ile-ville un appariteur ou valet de ville
(Slubenknecht) qui devait obéissance nu seigneur évèque et
aux autorités; il devait exécuter les ordres du bailli, du pré-
vôt, bourgmestre, greffier et conseillers, il devait entretenir
la propreté dans tous les apparttments de l'hùtel-de-ville, lui
et sa femme devaient remplir fidèlement les fonctions qui
leur étaient confiées quant au débit de sel et h la percep-
tion de l'octroi ; ils devaient tenir un compte exact dti
sel vendu.
Si l'on tenait un repas ii l'hâtel-de-ville, il devait présenter
le pain au comptable et en tenir compte. Il ne devait pas
servir plus de trois livres de viande bouillie sur un plat. 11
ne devait pas non plus présenter plus de rôti que nécessaire.
Il ne devait pas servir de grandes bouteilles de vin sans
ordre particulier, et présenter au bourgmestre un double du
compte qu'il avait avec l'aubergiste. Il ne devail permettre
à personne de danser, célébrer les noces, banqueter, etc.
b rhûtel-de-ville & moins que ce ne soit un membre du
conseil.
II devait également veiller k ce qu'il n'arrive aucun dom-
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LA VILLB BT LB BAILLIAGB DB SODLTt 7!(
mage au bâtiment ou ù l'ameublement et avertir les autorité!^
de ce qui pourrait arriver. Aux jours dits Hellstagen (carna-
va)) et le mercredi, des cendres, quand les habitants man-
geaient à J'hAtel-de-ville selon là coutume, deux députés du
conseil étaient commis k i'effet d'acheter des victuailles qui
devaient (5tre apprèti^es par la femme de i'sppariteur. On lui
donnait un pourboire. Il y a encore des règlements sur la
manière de percevoir les droits au marché et sur les pesée»
qui étaient faites îi la balance communale à l'hûtel-de-
vilie fl).
In bedeau (Kilchwart) devait ubéisscnce à l'évèque de
Strasbourg et aux autorités de la ville, tenir équitablement
te compte des dépenses aver le marguillier, veiller n la con-
ser\'alion de tous les ornements d'église qui lui étaient
i-emis selon inventaire. Il devait prendre soin de l'église, la
fermer selon l'ordre, et avant de la quitter visiter tous les
recoins avec une lumière pour voir si personne n'y était
caché, car il était responsable de tout ce qui lui était confié
pendant l'exercice de ses fonctions. Il devait se conduire
convenablement tant avec le clergé qu"avec les fidèles. Il
ilpvail entretenir et régler les deux horloges de l'église et de
rbùlel-de-ville moyennant un salaire de deux livres par an. Il
devait également dénoncer aux autorités de la ville tout
dommage qui pourrait être fait à l'égliee soit du fait d'un pi-é-
tre ou de toule autre personne (2).
Mesureur — Balance publique
LU mesureur de grains (Kornmexxer) devait tous les mer-
credis cl jours <le marché ouvrir et fermer les halles au
temps prescrit, pei-cevoir régulièrement son salaire pour
(1) Livre des sermcnlB.
{i) Mvre de« sermcnli.
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80 RBVni D ALSACB
mesurer et le droit sur le grain qu'il devait Tidèlement appor-
ter dans les troncs sans faire d'avantage ii personne. Il
devait également arborer et enlever le pavillon de franchise
du marché aux heures prescrites et assister à la collecte de
l'umgelt. Le mesureur percevait un rappen du rézeau de
grain, ceux d'isf^nheim et de Ili^isheim en étaient affran-
chis. Il avait un heller des habitants et un rappen des étran-
gers pour miVf^r/oAn, droit de courtage. Les conseillers en
étaient affranchis. Il devait nettoyer les fontaines publiques
tous les quinze jours (1).
En 15(»5 une balance publique fut installée à Souitz et cun-
née U un garde assermenté (Wagmeimer) chargé de faire
équitablement les pesées de grains et de farines. Il devait
tenir registre de la qualité, du poids des marchandises et du
nom du propriétaire pour chaque pesée. Et lorsque le meunier
rapportait la farine, veiller k ce qu'il ne retienne que la qua-
lité qui lui était assignée par la coutume et les règlements. Il
devait également veiller ù ce que les sacs ne soient pas frau-
dés en poids et dénoncer toute fraude aux autorités. Il perce-
vait également le droit de pesage qu'il devait consciencieuse-
ment remettre au tronc (i).
Ces fonctions étaient souvent cumulées avec celles du
collecteur de l'octroi, et du valet de ville ou du mesureur
de graine.
Hendicité — Assistance
Un surveillant de la mendicité (Bellelvogt) ne devait pas
garder les mendiants plus d'une nuit. (Les bourgeois ne
pouvaient également garder les étrangers plus d'une nuit
sans permission des autorités). Il devait fermer l'hàpilal û
l'heure prescrite afin d'empêcher les mendiants d'errer dans
(1) Ibidem.
ii) Ibidem.
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LA VILr.K BT 1.B BAfLLUGE ns SOULTZ 81
les rues, tl devait maintenir l'ordre dans ledit hôpital,
dénoncer tout désordre aux aiitorili'»: et veiller ji ce f|ue tout
feu soit éteint pendant la nuit (1).
Il y avait encore un fermier de l'tiApital (Spitalbaùr)
assermenté qui devait entretenir et fnire fnictifipr équitablc-
ment les biens de t'hosptcr.
Inspecteurs du paie & de la viande
Outre ces fonctionnaires, il y avait deux inspecteurs du
pain et du sel et de la viande ; Brotsrhàuer, Sais und
Yrtetimeùler, Salzantehneider, Weinantchneider,
Fleitchêchttuer ; un receveur de la maladrerie, Gutleut-
pfteger. un receveur de l'hôpital Spitalpfleger, un receveur
de St Georges, Georgenpfleger, trois avocats ou défenseurs,
Fûnprerher, un collecteur des impôts, Schattiinguffheber,
un commissaire-priseur, Slaltkhetïf/Ier. des employés asser-
mentés pour le commerce du vin, W'einlrager, WeinUeder,
Ablœter, Schwenckhfr, Spanner, un porcher, Schwein/tirt
qui avait la jouissance d'une petite mai!>on communale dans
Ifi taubour^;, un vacher, Kflehirt (2).
Le vacher qui gardait les taureaux était exempt de taille
sur 5 journaux 2/3 de pré et sur 2 pièces de terre. L'autre
vacher de même.
Les sergents, bangards, foresliers, gardes de nuit et
sage-femme jouissaient pour leur service de 5 schatz de
terres et \'i journal de pré?! francs de taille. (Le foss"^
pr^s In Langbn'iclcl.
(t) Livre JeBsermenls.
(2) Ibidem.
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S2 HBVUE D'ALSACB
Les trois gardes des portos jouissaient outre leur logenient
de 2 schalz 1/2 de terre et 1 manwerclc 1/2 dv lusses de la
ville, le tout Tranc de tnille.
Les pitres jouissaient pour leur service de 3 schatz ii de
terre et de 3/4 de schatz de vigne (1).
Cl suivre) Aug Gassmi,
(3) Arcliivci de Suullz.
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A TRAVERS LE PASSÉ
SOUVENIRS D'ALSACE
PORTRAITS. l'AYSAGES
XI.V
Dans l'axar.— Un intrépido voyageur.— kxa. sommets de
l'idéal. — Le Cap Mord et le soleil de minuit. — An mont
Sinaî. — L'isthme de Snez. — Carrière polititpie de Orad.
— Aa Reicbstag. — Pèlerinage à Lourdes.
Voici In proFession de foi qui peint l'homme toul entier :
« Tous ceux qui ont aim^, qui ont désiré la vérité, qui ont
rêvé une félicité suprême, qui ont brfilé <lu désir de pénétrer
dans les mystères de ce monde, qui se sont laissé ravir aux
(1) Vov. pp. 331-3ffit du lrimi>8lre Juillel-Aortt-Scplembre, pp.
43tM69dalnmesteOclobre-Novembre-D«ccmbrel8!tS; pp. 34-SO
du trimestre Janvier-t'évrier-Hars, pp. 456-397 du ir.imislrG
.Arril-Mai-JuiD, pp. 340-377 «lu Irimcslre Juillel-.Xoùt-Sepleinbre,
f p. 529-559 du inmestrc Oe I oh re -.Novembre- Décembre 189 j ; p|i.
lU-lâSdutrimesIrc Janvier-PéTrier-Mars, pp. 145-184 du Irimcsln'
ÀTril-Mai-Juin, pp. SlfKm du Irimestre Juillet-AoùlSeploinhro.
pp. 469-489 du Inuieslre Octobre- Novembre-Décembre 1>*!>7.
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84 nSVUE D ALSACE
étincelles de beauté qu'ils trouvaient dans les ombres d'ici-
bas, tous ceux-lk ont-ils songé sérifiusement à ce que c'est
que d'âtre admis h possf^der réellement, siins partage, la
vérité et le beau ? S'ils se sont ntlnch(''s avec une foi sincère,
vivante, h la certitude de l'avenir qui nous est promis et nous
attend, ilsontvu cet avenir comme une rénlit' toute proche de
nous. IIr savent ce que peut être t'éclaircissement de toutes
tes ignorances, la perception claire de tant de choses qu'ils
avaient soif de comprendre, la possession d'une beauté inli-
niment au-dessus des images qui les fnisni Mt languir de
désir, la pleine jouissance d'un amour aupiés duquel les
rêves les plus doux sont seulement de piUes et froides
impressions.
Une pareille certitude doit nous détacher de la vie qui
nous en sépare, et doit nous donner aussi, par la solidité
d'une telle espérance, le courage de tout supporter.
« A ceux qui nous demandent des preuves et la raison de
notre confiance en l'immortalité, nous répondrons qu'il ne
s'agit pas ici de démonstration mathématique et que les sen-
timents de notre cœur sont des arguments aussi légitimes,
tout aussi solides que les raisonnements de notre
intelligence >.
On voit que Grad.ce possédé d'amour infini et d'idéal,
savait draper sa pensée sous le charme d'une phraséologie
brillante et que ses envolées dans un au-delÀ que personne
ne connaît, dont personne n'est revenu, témoignent au
moins de sa soif sérieuse de connaître. On [lirait que dans
ses rêves de jeune homme flottait, comme une apparition
mystérieuse, la rayonnante image d'une Bénlrix terr<:strc à
laquelle son cœur captivé rendait un culte idéal. Elle planait
au-dessus de lui dans des régions inacessibles et ignorait,
parait-il, le culte intérieur dont elle était l'objet, (ïr.id,
mort jeune, a emporté wn secret : il s'était condamné à
embaumer sa passion an lin fond de son être ; mais il est
permis de le croire, cette passion idéalisée devint le levier
qui lui fraya le chemin de la célébrité. Rien, dés lors, ne l'ar-
rêta dans celte course au clocher vers tous les points culmi-
nants od allait se poser l'oiseau bleu, fuyant sans cesse vei-s
d'autres régions inexploii'es. inacessibles de son rêve. Il me
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A TBAVKBS LR PASSÉ 83
rappelle a: chiiiiseur légendaire de Marseille qui, s'dtant mis
h la poursuite d'un chantre, oiseau légendaire comme lui,
arriva d'étapes en étapes jusqu'à Rome et brAla sa poudre
sans parvenir à lui mettre un grain de plomb dans l'aile.
C'est, hélas t le sort de tous les idéalistes emportés par l'hip-
pogriphc de leurs rêves passionnés, passant à côté de l'hu-
manité vivante ol prosaïque.
Sans doute l'idéal, cette émanation divine, ce consolateur
des iWnes m<>urti'ies, a sa raison d'être et doit occuper une
large place chez le penseur dont l'existence est assurée et qui
trouve en lui l'oubli de ses petites misùres et un encourage-
ment ii élever son Ame; mais au banquet de la vie de tout
le monde, de l'humble travailleur et du déshérité, il n'est
qu'un rare et délicat hors-d'œuvre.
R II me faut partir pour les hauteurs s s'écriait Grad, et il
reprenait sa marche vers le double idéal de sa vie, l'amour
de Uieu et l'amour de la terre natale.
Vers la (in de sa courte existence il écrivait dans son Jour-
nal intime : « La gloire! illusio;i souveraine, dernière vanité,
je m'en dégagenii aussi ».
(Juel est l'honitne et surtout le savant qui n'a pas sacrifié
quelque peu à la vanité?
Un ne saurait en vouloir à Grad d'avoir eu une excellente
opinion de lui-même. Dans les Lettre» d'un bourgeoii, il fit
de sa personne un portrait flatté, terminé par celte aimable
boutade ; « tJrand Dieu ! Comme les savants sont ennuyeux,
même doublés d'un député ».
.Autre petit*' vanité moins pardonnable. Comme bien d'au-
tres, il était simple correapondant de l'Institut de
Franco, ce qui n'implique point la qualité de membre de
l'Institut, comme semblait le faire croire la mention faisant
suite à sa signature.
Voici, condensée eu quelques lignes, son amére conviction
d'avoir embrassé trop de choses h la fois : a Si j'ai une ambi-
tion, c'est de faire rendre à mon existence, sous la règle
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86 RBVUB d' ALSACE
du devoir, lîon masiinum d'eflet utile. Seulement pour
atteindre ce maximum, ma vie actuelle est trop dissipée. Je
me suis engagé dans trop do choses; je suis pressé de trop
d'alTaires pour les mener toutes de front, abandonné k mes
seules Forces.
« J'ai tmvailli; beaucoup el je reste pauvre ».
Dans notre siècle d'argent, rester pauvre quand on possède
une somme de savoir bien supérieur k celui de certains
nlcliimistes de la flnance, n'est-ce pas faire preuve d'un déta'
cliement vraiment chrétien t C'est )îl le grand honneur de
.Moi-8, dans des voyages lointains, Charles Grad chercha k
satisfaire sa soif de l'inconnu. Comment fit-il pour subvenir
aux dispenses incessantes de ces courses lointaines incessam-
ment i-enouvelées ? On a beau être sobre comme un trap-
piste, la locomotion est toujours coûteuse. On dit qu'il avait
un vieil oncle curé qui lui ouvrait sa bourse. Et puis H.
\. Ilcrzog à qui il rendait de grands services, se montra pro-
.bablement généreux en lui fournissant le viatique indispen-
sable. C'est ainsi qu'il put visiter toute la France, l'Italie,
r.^utriche, rAlIcmagnc, la Hollande, l'Egypte, la Palestine,
l'Angleletre, la Suède et la Norvège, explorer tous les pays
miniers, descendre dans ces enfers de travail où grouillent
les populations noires qui ne connaissent pas le soleil et qui,
il coups de marteau, gagnent les millions que se partagent les
rois du jour, gavés de toutes les jouissances les vampires
de la haute finance. Son insatiable curiosilc le poussa jus-
qu'au Cap Nord, au pays des Lapons et des rennes, aux
r<''gions désolées oi!i le soleil ne se couche pas pendant six
mois, jetant ses lueurs blafardes sur les dentelures des mon-
tagnes fantastiques.
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A TRAVBRS LB PASSK
Au mois (le Juillet 1883, Grad est sur les cdtes de la
Lapoiiie, aux îles Lo^oten dont les montagnes aux décou-
pures étranges semblent appartenir au monde des rêves
quand le soleil de minuit les illumine de sa lumière spec-
trale. Il a vu aussi de tréi près le périlleux tourbillon du
Meelstrocm et a manqué d'y être entraîné par la danse verti-
gineuse des flols, On visite aujourd'hui le Cap Nord aussi
facilement qu'un fait une excursion h Jersey ou au Mont-
Saint-Michel, grice au service de paquebots mis à la disposi-
tion des touristes, avec tout le confortable nécessaire.
Voici les impressions du touriste Grad, en face de l'Océan
glacial :
M Le Cap Nord se dresse superbe, pareil & un gigantesque
bastion avancé, h l'extrémité de l'Europe, en face de l'Océan
glacial. Un coup d'aile semble sudire pour atteindre le
sommet. Manquant d'ailes, j'ai t&ché d'y monter k pied
comme le premier bourgeois venu. Point de chemins, d'ail-
leurs, ni de sentier tracé. On s'élève du fond d'une gorge par
dsssus les él>oulis. Des deux côtés de la gorge ou plutAt de la
cheminée, 01*1 vous vous hissez en vous aidant des mains,
les escarpement'* rocheux de grès métamorphiques s'élè-
vent en murailles verticales.
Cette gorge sert de lit k un ruisseau. Le ruisseau nait d'un
champ de névé sur les éboulis. Ses bords sont gasonnés,
verts, riants, émaillés de fleurs en plein épanouissement.
Qui le croirait? Presque toute la flore du llohneclc vosgien se
retrouve ici, avec la même fraîcheur vigoureuse, la même
vivacité de couleurs que dans nos hauts pAturages. Trouver
les lleurs des Vosges, jusqu'au tendre myosotis, la fleur du
souvenir, Vergisxmeiiiiiirkt, sur les rives immédiates de
l'Océan glacial, quelle grande surprise ?
H Lorsque je vis le soleil do minuit pour la première fois,
pendant une éclaircie, h travers l'ouverture d'un bras de mer
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88 REVUE d'alsack
et entre deux rangées de monts élevés il iHail tout k Tait
splendide et dans son plein éclat.
Le ciel, absolument pur dans cette direction, avait un colo-
ris d'un rouge sang surle<[uel les sommets du littoral se déta-
chaient en relief. Cette lumière rouge se tamisait avec ses
tons pourpres, k travers le feuillage d'un bois de bouleaux
nains qui révélait les parois du chenal rocheux où nous pas-
sions, se rétlélanl sur les arêtes nues des montagnes plu»
hautes et sur les Ilots de la mer. Chaque lame de la mer
lellétait l'image de l'aslre radieux qui descendit lentement
et se releva de nouveau sans disparaître au-dessous de l'hori-
zon. Quand le soleil de minuit reste masqué par les monta-
gnes, l'atmosphère vaporeuse étale au ciel, du cAté opposé,
toutes les couleurs du prisme avec des reflets rouges, jaunes,
orangés, verts, bleus, indigos, violets fondus les uns dans les
autres en tons adoucis, moelleux. Ce n'est plus la lumiè<'e
vive du jour, ce n'est pas non plus la nuit, mais quelque
chose d'indécis, un crépuscule lumineux ».
!âa curiosité le poussa aussi à traverser les déserts brûlants
pour gravir la montagne Sainte du Sinaï aux sommets étran-
ges, glacés de neige, où tonna latuudrede Jéhovah, dans un
paysage biblique qui bouleverse l'imagination, où sont tes
grottes bond*'es du trésors qu'habitent depuis de longs
siMes les moines syriaques conservant des parchemins
mystérieux qui remontent à la plus haute antiquité.
Pierre Loti, lui aussi, avisilé n'cemmenl ces parages sans
vie où le silence éternel n'est interrompu que par le cri rauque
du vautour, où le paysage sinistre rappelle ceux de l'Enfer
de Dante.
Sous toutes ces latitudes, dans ces mondes si difTérenls du
nôtre, foulés par le pied infatigable de notre pèlerin, c'était
une mine inépuisable d'observations, d'études de toutes
espèces qui firent l'objet de brochures et d'articles de Bévues,
en somme œuvres d'un dilettante qui n'apprirent rien de
neuf à l'humanité, quelque chose comme les relations de
voyagea de Xavier .Marmier, ayant avec celles-ci la parenté
littéraire. Ces études lui valurent toutefois, le litre de corres-
pondant de l'Institut qu'il sut utiliser dans ses ouvrages
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A TRAVBba Ll PASsl 89
subséquents en faisant suivre sa signature de ces mots : « de
rinslilut de France ».
Rien de ce qui louche aux grands problèmes scienliûques
et industriels des temps modernes n'est resté étranger à
nuire jeune savant. Bien avant M. Ferdinand de Lesseps il
avait cherché à étudier la questiun si conlroversée du perce-
ment de l'isthme de Panama ; il avait étudié \e& travaux
publiés par les ouvriers de la première heure et, dans un
article très documenté, inséré dans la Hecue d'Alsace en
1863, il a fait un résumé comparatlT des données fournies
par les ingénieurs tiarella el Courtines envoyés k Panama
parle Gouvernement Fi-nni;uis, par .Mexandre de ihtmboldt,
par le eolonel Lloyd, <iue le |)résidenl Bolivar avait chargé
en 1825 d'étudier la question du canal interocéanique, par
l'explorateur allemand Horitz Wagner, par Kennish et par
Félix Belly. II a condensé dans vingt pages tout le c6té tech-
nique, hypso métrique, orugraphique de la grande question
du percement.
Voici la tin de cette intéressante étude :
H Le climat de l'islhme et sa chaleur excessive, les mias-
mes pestilentiels des cales et les forets vierges h l'intérieur sont
des obstacles que tout voyageur ne parvient pas à surmonter.
Cependant malgré ces difliculLés énormes, malgré des obsta-
cles qui peuvent paraître insurmontables, on ne saurait trop
appn'cier l'importance de celte contrée pour l'avenir de la
civilisation. Sans doute on ne trouve pas dans l'Amérique
Centrale cette vallée admirable disposée d'une manière si
providentielle dans l'étroite langue de terre de Suez, mais
quel essor l'industrie et le commerce ne prendraient-ils
pas, si notre époque devait résoudre le gand problème de la
double canalisalion de l'isthme de Suez et de celui de
Panama ■».
Le grand problème de Suez a été résolu par M. de Lesseps,
en dépit de l'opposilion anglaise qui exploite aujourd'hui son
œuvre et couve le projet de l'absorber complètement.
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90 RBVUB D'ALSACE
Quanl au Panaina,«lc colossal eiïort de l'ingénieur français
pour vaincre les l'f^sislances de la nature et les inHuences
néfastes de certains hommes, a sombré dans le cataclysme
dont nous avons vu récemment le triste spectacle. Que sont
devenus les centaines de millions sortis des bas de laine
français? Ils sont entrés dans la poche de financiers auss'
véreux que cosmopolites. A la place de ce mot trop complai-
sant les bons entendeurs sauront en mettre un autre
plus typique.
Après les tristes événements de ISTO, Grad fut porté par
les circonstances à assumer un rôle politique qui semblait
étranger k sa mission de savant mais devant lequel son
patriotisme ne recula pas.
Glissons rapidement sur cette période de sa vie qui fut
pour lui un ralvaire où, malgré sa perspicacité, il sembla ne
paf> s'être assez rendu compte des responsabilités et suivit
notamment h. Neuf-Brisach, une ligne ae conduite qui ne fut
pas approuvée par ceux-là même qui lui étaient le plus
dévoués.
Ses occupations au Reichstag de Berlin et au Landesaus-
schuss ne l'empèchèi-enl pas, toutefois, de faire continuelle-
ment des voyages h Paris oi^ il soignait sa ri'putation de
savant en écrivant dans la A'oticelie /ieviie des articles éc^j-
nomiques très étudiés.
Le pèlerinage de Lourdes, devenu une attraction souve-
raine pour le monde des Ames crédules, avait séduit Charles
Grad comme une grande panacée.
Voici ce qu'il en dit :
« 15 août 1875 à Lourdes. Jamais de ma vie je n'ai eu des
heures meilleures qu'hier soir. Je me promenais au bord du
Gave, près de la Grotte des apparitions de Massabiellc. Le
soleil était ù son déclin, éclairant de ses derniei's rayons un
site magnifique... Oui, j'étais venu ici pour me recueillir et
demander à ma bonne Mère du ciel son inspiration ou ses
gr&ces. J'ai prié avec effusion .aujourd'hui je prie
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A TRAVERS LB PASSÉ 91
encore. Je suis revenu & la grotte le soir, suppliant Marie
lie me rendre la santé ou de m'éclairer malgrtî ma foi chan-
celante et les distractions qui me tourmentent ».
iQvolontairement, devant cette foi naïve du charbonnier ut
du breton, je songe k l'écureuil cause innocented'un ébranle-
ment du cerveau.
Atteint depuis longtemps d'une maladie de coeur, il ne sut
pas ménager sa santé et conlinuait k prodiguer son activité
liévreuse dans des pérégrinations de tous genres et dans des
études absorbantes. Voulant laissera l'Alsace un monument
durable de son filial attachement il fit paraître dans le Tour
du Monde, une longue suite d'articles sur l'Alsace ancienne
et contemporaine, accompagnés de charmantes illustrations
dessinées par te peintre alsacien Frédéric Lix, un des maîtres
de l'illustration moderne. Ce fut même aux dessins de cet
artiste que la publication dut son principal atlrait.
Compositeur hors ligne, Lix a semé dans tous les ouvrages
à gravures des milliers de planches, vrais Irésoi's d'art et
d'érudition. Dire que ce grand travailleur est mort le 24
février 1897 sans avoir reçu la décoration de la Légion
d'honneur due depuis longtemps ii son mérite exceptionnel,
n'est-ce point rappeler que le mérite modeste a de la peine à
se faire jour quand il n'est pas soutenu par des influences
souveraines ? Cet homme de haute valeur a sombré dans
l'indifTérence égoTsle de ses contemporains.
La première partie de ce travail de longue haleine, mais
hfttivemenl composé de pièces et de morceaux empruntés de
droite et de gauche, est consacrée à la Haute-.AIsace, Une
large place y est faite au musée de Colmar et aux œuvres des
anciennes écoles rhénanes qu'il renferme, puis à la biogra-
phie et aux œuvres de J.J, Henner avec la reproduction,
gravée par Thiriat, de son portrait peint par lui-même pour
la galerie des OtTices de Florence. Tous ces articles ont été
réunis en un fort beau volume qui devait être suivi de celui
de la Basse-Alsace pour lequel Grad avait déjà réuni de nom-
breux matériaux, mais que son état de santé de jour en
Jour. plus chancelant ne lui permit point d'entreprendre.
Lui qui. admirait les beaux spectacles de la nature,
manquait absolument du sens artistique, ce sixième sens qui
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92 RSVCB D'i.LSACB
qui est le privilège d'une élite. HaiB on ne peut pas tout
avoir.
Dans son écriture saccadée on chercherait en vain une
parenté lointaine avec la calligraphie. Mon Dieu 1 que de
pattes de mouches sont sorties par millions de ce cerveau
encyclopédique, véritahlearithmomStre, où les chiffres arabes,
mêlés aux signes algébriques, arabes aussi, dansaient leur
sarabande échevelée !
Conférences i l'exposition de 1889. — Kort prématurés
du savant. — Son monument à Tnrckheim. — Séjour
champêtre du Logelbach. — La famille Hensog. — La
peintre miniaturiste Hertrich. — Chapelle coustruite par
■. Ânt. Herzog.
Tout en rendant hommage ù l'infatigable travailleur, ù la
sagacité de ses recherches et ii son talent de mise en scène,
00 ne peut s'empêcher de reconnaître que cette œuvre porte
l'empreinte d'un travail trop hâtif. Toujours préoccupé de
produire à jet continu les ouvrages les plus divers, l'auteur
ne songeait peut-être pas assez à la devise Chi ra piano va
gano. Malgré son triste état de santé il était très assidu aux
séances du R^ichstag et continuait ù collectionner partout des
documents statistiques qu'il utilisait pour ses publications.
Ha dernière rencontre avec Grad eut lieu k Paris chez un
ami commun, au mois de juillet 1889, pendant l'esposition
universelle. Il était venu, en sa qualit»? de membre de
plusieurs sociétés savantes faire des conférences dans le
local affecté sur l'Esplanade des Invalides, k ce genre d'exer-
cices oratoires. En dépit de son étal de santé déplorable, il
ne voulut point manquer cette grande occasioii de se pro-
duire devant le public international qui suivait ces confé-
rences persuadé qu'il était, que le monde perdrait à ne point
l'entendre. Il se surmenadanscemétieréchautTantdevant lequel
reculaient de plus vaillants que lui ; et quand il s'était bien mis
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A TRAVUS L8 FA3SB 93
en nage sans prendre la précaution de changer, lui, atteint
d'une maladie cardiaque, il allait absorber des boissons
glacëes. Ses amis le considéraient comme perdu ; car cette
tension sans cesse ni trêve de toutes ses Faculti^s vilales, i^tait
un véritable suicide.
Sonder les arcanes du cœur humain n'est pas chose facile;
mais dans la vie il n'y a pas d'effet sans cause. Sera-l-on
suspecté de fantaisie romanesque en émettant discrètement
l'opinion que toute celte activité surchauR'ce, toute cette
production hAtivc, en serre et chaude, tont ce mépris d'une
mort qui le guettait depuis longtemps, avaient peut-être
pour moteur une passion voilée pour une âme sœur qui
hantait ses rêves et k laquelle son aiïection, contrariée sur
cette terre, donnait rendez-vous dans les sphères éthérées ?
Il mourut en 1890, dans sa maison natale à Turckheim, h
peine â^é de quarante huit ans, donnant ii sa famille et !i ses
amis l'édiTiant spectacle du chrétien stoTque acceptant avec
résignation le sacrilice supnmie. Heureux ceux qui meurent
jeunes t Ils sont aimés des dieux.
J'ai cbcrchi'ï ti esquisser les grandes lignes de cette physio-
nomie curieuse à bien des titres en consultant mes souvenirs
et mes propres impressions.
l'our tracer le portrait à la plume de cette étrange person-
nalité, si déconcerlante pour l'observateur impartial, je
pourrais faire des emprunts ù l'excellent panégyrique qu'a
dédié II sa mémoire son ancien condisciple au collège libre.
M. rabl)é Celty, aujourd'hui curé ii IMnIhouse. Mais ce
volume biographique de plus de trois cents pages (c'est
beaucoup), éiTil par un styliste à la plume élégante, part
d'un point de vue lout à fait difTérenl du mien et oii l'on sent
l'empreinte d'une éducution commune dominée par un cou-
rant exclosivîment religieux. J'ai préféré men tenir ù mon
appréciation indépendante et étudier en toute liberté, avec la
curiosité d'un amateur épris de belles choses, l'homme
intime, le savant, le penseur et aussi. ... le rêveur. Cela
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94 REVUE d' ALSACE
me suint, d'autant mieux que je ne trace ici qu'une
simple esquisse sans toucher au côté politique de la vie
de Grad, qui a été le tourment de ses dernières années,
lé sentier épineux où il a laissé des lambeaux de sa
chair. J'ai pu me tromper, puisque le milieu où vivait et
s'agitait cette belle intelligence, n'a pas encoie acquis le
recul nécessaire pour permettre de l'embrasser d'un coup
d'œil d'ensemble.
Dès aujourd'hui, pourtant, ne peul-on pas se demander ce
4]ui reste de tant d'activité dispensée, de tant de papier
noirci, de tant de brochures publiées, de tant d'articles
semés aux quatre vents de l'horizon ? Il en reste, sans doute,
le souvenir d'un homme de grande valeur intellectuelle, d'un
chercheur inquiet de tous les inconnus de la nature, d'un
doux rêveur, mais qui, en se fourvoyant dans la politique
autonomiste, a dépensé en vains efforts une activité qu'il ertl,
peut-être, pu employer plus utilement.
Mais sa bonne volonté, ses persévérants efforts, son
dévouement indiscutable au cher pays natal, ont reçu avant
le jugement définitif de la postérité, leur récompense anti-
cipée. A peine avait-il rendu l'Ame qu'un comité se forma îi
Turckheim et à Colmardans le but de hii ériger une statue
ou au moins un buste dans sa ville natale. 1^ statue que j'ai
vue ébauchée dans l'atelier du sculpteur, a cependant paru
un peu excessive et l'on est revenu ii l'idée plus modeste
d'un buste. Espérons que la postérité, mieux éclairée que
nous, ratifiera le jugement des contemporains car il s'agit
d'un homme qui est une exception brillante, qui a résumé
en lui tout un cycle de connaissances, dévoué comme pas un
h son cher pays, et possédant la vertu antique des preux.
Le monument fut mis au concours en 1892 et une commis-
sion spéciale, choisit le projet présenté par deux jeunes
artistes d'origine alsacienne, M. Enderlin (i), sculpteur et M.
Umbdenstock, architecte,, de Colmar, tous deux élèves de
(t) M. Enderlin, artiste de InlenI, ajipartienl h une famille
uriginaire de Dirlinsdorf, canton de Ferreltc. Son grand-père était
maire et conseiller général.
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A TRAVBBS LE PASSÉ 95
l'École lies Beaux-arU de Paria. Ce monument, dont j'avais vu
lY'bauche dans l'atelier de l'arliste, se compose d'un piédestal
très simple sur lequel s'appuie une figure allégorique bien
mouvementée représentant la muse de l'histoire el surmonte
du liuste en bronze de Grad, qui est fort ressemblant. Il a été
exposé en 1896, au salon des Champs-Elysées et l'inaugura-
tion a eu lieu dans le courant du mois d'août de la
même année.
Cette ligure énigmatique de Ch. Grad avait emprunti*» un
i:achet particulier au milieu où elle a vécu et où elle a re^u
son empreinte indélébile. La famille llerzog, du Logelbach,
qui compte parmi les premières de la grande industrie alsa-
cienne, était un (le ces Toyerg sympathiques attirant dans
son orbite toute la société bien pensante de Colmar.
Madame Antoine llerzog, mieux connue sous le nom de
.Madame Ernestine, élait le génie bienfaisant de la maison,
animant tout autour d'elle. Dans cet intérieur bourgeois et
(latriarcal vivifié par une belle jeunesse, elle IrAnait respec-
ti'o et adulée comme une reine, faisant rayonnerautourd'elle
ses leuvrex de bienfaisante assistance.
Celte petite galerie de rapides croquis demande à étn-
complétée par celui d'un type curieux. Dans ce milieu où
dominait la sévi^re Hgure de M. Antoine llerzog, que Grad
appelait Magnus, on voyait s'agiter un personnage curieux,
espèce de pince-sans-rire, qui jouait h r61e d'amuseur dans
In famille et avait su s'y rendre aussi indispensable qu'un
chambellan dans un palais. C'était M. Michel Hertrich,
peintre miniaturislc, poËte à ses heures, peintre et poijle
d'un certain talent. Il était l'urganisatetir, le boute-en-train de
toutes les fêtes, le chantre allitré, l'aimable familier de la
maison. Sans lui pas de partie de plaisir complète. Ce loustic
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06 RBVUE r> ALSACIf
peignait très agréablement la minialure, aii charmant
(lélràné par la photographie qui a détrùnc tant île choses, el
avait remporté une médaille au salon de peinture de Paris,
Son portrait dn chanoine Maimbourg, curé de Colmar, autre
personnalité onginale de l'époque, Rgure au musée de cette
ville avec une collection de peintures k l'Iiuile très conscien-
cieuses représentant des vues de Colmar et des environs.
J'aime h retrouver son nom sous ma plume pour rappeler
son talent d'ailisle et même de poète, à ceux de ses contem-
porains qui auraient pu l'oublier.
Dans cet intérieur patriarcal, l'élément féminin, rempli de
(lislindion et de grâces attraciives, dominait facilement son
entourage un peu effacé. Madame Ernestine, devenue le bon
génie de la maison, partageait avec sa sœur et ses jeunes
filles, le piivilége de répandre une nlmospltëre de sociabi-
lité et de gaieté communicalive dans cet intérieur parfois
sévère qui avait besoin d'un cerlain stimulant. Attirés dans
la sphère d'influence de cette aimable colonie, des artistes,
des savants, des hommes de lettres, des ingénieurs, des
magistrats, des ecclésiastiques surtout, prenaient volontiers
le chemin du Logelbach oit la famille Herzog avait su multi-
plier sous toutes les formes, les charmes de son séjour
champêtre,
Le Lelzenberg, petit contrefort des Vosges, enclavé dans
son vaste domaine, surmonté d'un chAlet où l'on accédait
par un énorme escalier ; le charmant vallon du Floriva!
liaversé par le cours d'eau de la Fecht, des jaMins splen-
dides, un parc aux doux ombrages, des concerts et des
dîners fins, il n'en fallut pas davantage pour atlii'er dans re
domaine du bon Dieu une société cboisie. Ce n'était I<l,
toutefois, (fue l'aimable CL>té des choses temporelles. Pour
répondre aux besoins spirituels, qui occupaient une place
prépondérante dans la maison, M. .\nl. Herzog avait fait
construire vis-h-vis de ses établissements, une ehapel!»
gothique dont la silhouette gracieuse se détache sur le fond
violet de la montagne. Ce monument, inspiré sans doute par
la piété de sa femme et dont les plans ont été dressés par un
architecte belge, d'après ceux de la Sainte-Chapelle de Paris,
a dû lui coûter fort cher et fait grand honneur k sa mémoire.
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A TRAVERS LE PASSé 97
Quand il fui lerminé en 1862, j'en Ils un dessin d'après
nature qui fut reproduit pur le Monde illiutré.
Mais n'oublions pas que je ne parle ici que par ouï-dire. La
seule occasion où j'ai eu l'honneur de voir de prâs M. et
Madame ilerzog, est celle dont il est question dans les ligne*
suivantes.
Peu après la guerre, M.Herzog acquit !i Paris, rue Hurillo,
un m.-igniûque hôtel dont l'une des Taçadès donne sur le parc
Monceau. On préludait alors k la création du grand quar-
tier aristocratique de la Plaine Monceau, devenu depuis une
grande ville peuplée d'hôtels princiers, de squares et de
statues. H. Ilerzog acheta dans ce quartier d'avenir un loi de
terrains qu'il revendit k la Société immobilière qui venait de
se former et qui a remué 1k. tout un monde d'ouvriers et de
mali^riauz. C'est lui qui TU donner & l'une des nouvelles rues
le nom de rue du Logelbach, en souvenir du faubourg de
Colmar où sont ses établissements industriels.
Dans le courant de l'automne 1874, je fus abordé au Parc
Monceau par M. Ilerzog que j'eus quelque peine k recon-
nallre tant il avait blanchi. 11 me conduisit dans son hôtel
situé en bordure de la promenade et où il comptait venir, en
famille, passer l'hiver. Dons son cabinet de travail il me
montra le portrait en pied et en robe rouge de M. Paucon-
neau-Dufresne, premier président de la cour de Besancon et
père de son gendre.
Connaissant le talent d'Henner comme portraitiste, il avait
conçu le projet de faire Faire par lui le portrait de sa femme,
grandeur naturelle. Quelque temps apri^s, M. et Madame
Hepitog, sachant que j'étais lié avec Ilenner, vinrent me trou-
ver et me prièrent d'être l'intermi^diaire entre l'artiste et eux
pour régler les conditions d'eïécution de celte œuvre. Avant
d'entreprendre le tableau en granil, l'artiste fil, k litre d' élude
préalable, un portrait en buste d'une merveilleuse ressem-
blance qui lui servit de point de départ pour l'exécution du
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*)è RBVl'S D ALSACtf
grand portrait. Cette (été d'étude flt partie de l'envoi d'Henner
à l'exposition universelle de 1878.
Peu de temps après la célébration de la cinquantaine du
mariage de H. et de Madame Antoine Herzog, la mort est
entrée dans cette maison hospitalière où, pendant une longue
série d'années, tant d'amie avaient trouvé bon accueil,
XLVll
Le colosse de Now-Tork. — Oix-sapt ans de labear. —
Mode de constrnction. -> Le Monde de la féerie. — Triomphe
de l'artiste. — Christophe Colomb. — Jean Rœsselmann.
— Le Lion de Belfort. — MoDument de Bftle. — Médaille
d'honneur.
Comme nous l'avons vu plus haut, H. Barllioldi rêvait
depuis longtemps de signaler sa carrière artistique par une
de ces œuvres grandioses qui immortalisent leur auteur.
Consacrer le souvenir de l'indépendance américaine à
laquelle la France avec Rochambeau et Lafayette, avait pris
une si grande part, était devenu pour lui le plus cher objet
de ses rêves, îi mesure qu'approchait le centenaire de cet
événement historique. La t'rance, se disait-il, dont la révolu-
tion de 1789 avait afrrancbt l'esprit humain, ne pouvait
manquer de partager l'idée d'offrir aux États-Unis un monu-
ment rappelant ce grand souvenir. De là, naquit l'idée d'une
statue colossale de la Liberté éclairant le monde, qu'il pro-
posa de placer comme un phare dans la rade de New-York,
sur l'Ilot de Bediod.
Après la guerre, au mois de er:ptembre 1871, il partit pour
l'Amérique avec l'idée bien artètée d'y provoquer une mani-
festation française en créant un monument franco-américain
h frais communs enlre les dtux peuples. 11 avait à cet égard,
pleins pouvoii-s de MM. Oscar de Lafayelle, Ed. Laboulaye el
Henri Martin, qui, plus tard, firent partie du comité organi-
sateur. Il s'agissait d'un monument colossal, d'une œuvre
exceptionnelle destinée k frapper l'esprit public. L'immigra-
tion allemande aux Étals-Unis, avait pris des proportions
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A TRAVBItS LB I
99
constdârables et se remuait beaucoup pour assurer davantage
son exp&UGion sur le nouveau continent. En plantant son
œuvre patriotique sur le sol libre de l'Ami^rique et en prou-
vant ainsi l'indéracinable vitalité de son pays, Baiiholdi
cherchait 6 enrayer le mouvement contraire.
L'artiete m'a conté par le menu tous les déboires, toutes
les luttes homériques, toutes les démarches sans trêve,
toutes les angoissantes péripéties, qui durant dis-sept
ans, furent son partage dans celle poursuite k outrance de la
grande œuvre intercontinentale. En pouvait-il être autrement
quand on songe k l'immensité de l'efTort et de la dépense, îi
l'incertitude des ressources qui toutes étaient k créer, h toutes
les petites vilenies que certains détracteurs se plaisaient k
accumuler pour décourager l'auteur de ce nouveau travail
d'Hercule? Il est sorti triomphant et indemne de l'épreuve.
C'est ik ce que nous devons retenir en songeant au renom que
cette œuvre virile entre toutes a fait jaillir sur lui-même et
sur son pays natal.
Le comité franco-américain s'était constitué en 1875 et avait
pris en main la création des voies et moyens d'exécution.
Voici la composition de ce comité :
SECTION FRANÇAISE
Président, C* Ferdinand
de Le^seps ;
Vice-Présidents : Dietz-
Honnin, Comte Sérurier,
Bozérian, A. Bartholdi, J.de
Castro, secrétaire général.
E. de Lafnyetle, P. dp
Rémuzat, Waddington, C.
de Witt, Simonin, Jean
Macé, Th. Itobin, Cauberl,
de Lagorsse-Goupil, N.
SECTION AMÉRICAINE
Président William M,
Ewarts.
Rich. Butler, secrétaire
général.
James W. Pinchot. tré-
sorier.
Jos. W. Dunel, Chairman.
Edwin, D, Morgan,
John Jay, Will. Cullen-
-iJryanl, Parke Godwin,
Humford Moore, Samuel D.
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lôO aËWE d'&LSAQI!
Appleton, G. Glœnzer, Al- Il Babcok,Will H. Wickhani,
fassa, Beurdcley, Grimaull, [ John Taylor, Johnston,
Millaut, J. Cazol, Arbd. 1, Henri F. Spaulding, Théod.
Roswell, Frédéric Coudert.
Clark Bell, W. II, Appleton,
Thëod. Weslon, John K.
Denny, Anson Ph. Stokes,
Samuel P. Avery, Seaver
Page, Worlhington, Will-
redge.
Ingénieur Gén. Stones.
Architecle, B. Ilunt.
De l'appel adressé au public par le Comité nous devons
retenir les lignes suivantes :
«L'Améfi<iue vaci'iébrer prochainement le centième anni-
versaire de son indépendance. Cette date marque une époque
dans l'histoire de l'humanili^ ; au Nouveau monde elle rap-
pelle son œuvre, la fondation de la grande république ; à la
France une des pages qui font le plus d'honneur à son
histoire.
« 11 s'agit d'élever, en souvenir du glorieux anniversaire un
monument exceptionnel. Au niiheu de la rade de New-York,
en face de Long Island où fut versé le pi-emiersangpourrin-
dépendancc, se dresserait une statue colossale se dessinant
sur l'espace, encadrée it l'horizon par les grandes cités de
New- York, New-Jerjiey et Brooklyn. Au seuil de ce vaste con-
tinent plein d'une vie nouvelle, où arrivent tous les navires
de l'univers, elle surgira du sein des Hots; elle représentera
la Liberté éclairant le monde.
«Ce monument sera exécuté en commun par les deux peu-
ples, associés dans celle œuvre fraternelle, comme ils le
furent jadis pour fonder l'Indépendance. »
Le Cougn^sdu s<-nat et de la chambre des représentants
des Étals-I'iiis, réuni le 22 février 1877, ratifia l'œuvre du
(Comité et mit Ii sa disposition l'ilùt de Itédioë comme empla-
cement futur du monumeol. Cet ilôt était un fort comman-
dant la rade et son mur d'enceinte, entourant la base du
piédestal, est resté debout.
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A TRAVERS IM PASSB lOi
L'ae fois lancée dans le monde parisien, l'idée (il rapide-
ment son chemin, et les moyens d'exécution ne tardèrent
pas à se créer. Une souscription nationale fut ouverte k la
quelle l'Étal prit part dans une large mesure. Une loterie
d'objets d'art fut organisée, dont le tirage eut lieu en juin
1880. La plupart des artistes de Paris y apportèrent leur
oHVande. Enfin les procédés les plus ingénieux furent mis en
œuvre pour réaliser les ressources néc>>ssQires.
La statue devait avoir quarante-six mètres de hauteur,
non compris le piédestal. Avec de pareilles proportions il ne
fallait pas songer i la fondre, ni en un seul jet, ni en plu-
sieurs. Sans parler de rénormité de la dépense, il fallail con-
sidérer l'impossibilité absolue d'établir un moule dans des
dimensions aussi considérables. L'esprit inventif de l'artiste
s'arrêta alors & l'idée de modeler la statue en plaques de
cuivre de deux centimètres d'épaisseur martelées sur un pa-
tron en bois ayant la forme de la statue grandeur naturelle et
solidemeat rivées entre elles, de manière k emprunter com-
plètement la forme du modèle et h prendre l'aspect d'une
statue de bronze.
Un escalier tournant a été ménngé dans le corps de la
statue, depuis la base jusqu'au sommet de la petite galerie
circulaire qui entoure le llombeau. La statue est absolument
vide : elle tient par douze boulons en fer de lu centimètres
de diamètre sur 15 centimètres de long scellés dans le
piédestal.
On commenta par exécuter la léte et une partie du buste
qui furent exposés au Champ-de-mai-s, lors de l'exposition
universelle de 1878 oià elles provoquèrent l'élonnement et
l'admiration des visiteurs. En même temps il. Bartholdi
exposa l'une des mains do colosse pour permettre aux visi-
teurs de juger des proportions extraordinaires de son œuvre.
U suffira, pour les faire apprécier, de dire que l'oreille seule
a un pourtour de 1 mètre 60 centimètres.
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102 BBVm D*ALSACB
Avec la carte d'entrée permanente que l'artiste avait eu la
gracieuseté de m'olîpir, j'ai pu suivre graduellementjusqu'en
1885, l'exéculion des dilférentes parties de la statue qui se
trouva mise sur pied dans le courant de celte année. C'est
alors que l'auteur put dire sans fausse modestie: « Exegi
monumenlum aère perennius ».
Quel labeur énorme, quelle attention de tout instant a
exigés la mise au point de celte œuvre litanique ! Toulceque
l'énergie de ce pygmée qui s'appelle l'homme a pu déployer
pour vaincre la matière rebelle a été employé dans la prépa-
ration longue et pénible de ce projet, comme dans son exécu-
tion tout aussi longue et aussi incidentée.
El cependant M. Bartholdi était loin d'être nu bout de ses
peines. II fallut s'occuper du démoninge, du transport des
énormes morceaux au Havre, de leur embarquement sur un
vaisseau de l'Etal et du remontage de la statue dans la rade
de New- York.
Les américains avaient pris k leur charge les frais de cons-
Iruction du piédestal sous la direction du généi'al Stonea. Il
fut établi en granit avec un escalier intérieur donnant accès
jusqu'au sommet de la statue d'où partent les rayons élec-
triques du phare.
Le modèle de la )>laluc a passé par deux opérations de
grand issement. M. Bartholdi exécuta d'abord une figure
d'étude mesurant i<° 11 de hauteur, du talon au sommet de la
tète. Le second modèle qui mesurait 8™ 50 fut divisé par
section» reproduites mathématiquement. La forme générale
fut ébauchée en charpentes de bois recouvertes de lattes et de
pl&tre, mise au point et amenée à ea forme déHnitive par les
ouvriers marteleurs qui imprimaient les feuilles de cuivre par
pression et battage au mailbt.
La puissante armature en charpente de fer qui sert de
point d'appui à toute l'enveloppe de la statue, a été étudiée
et exécutée par H. Eiffel l'auteur de la fameuse tour de 300
mètre».
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A THAVBh» LK PASSÉ 103
Enfin MM. Gaget, Gauthier el O" (25 rue de Chazelles^ qui
ont organisé avec M. Bartholdi ce travail de cyclopes, onl,
eux aussi, bien mérité du comité franco-américain. En
approchant de leurs ateliers retentissants où une soixantaine
de pygmées s'acharmaient îi dompter un géant, on croyait
entrer dans I3 monde de la féerie, dans le pays des Lillipu-
liens essayant d'enchaîner Gulliver.
M, l'ingénieur Talanzier a publié, en 1883, dans le Génie
cioil, une étude approfondie de ce procédé de travail au
repoussé qui avait déjà été employé pour la slatue de Saint
Charles Horromée sur le Lac Majeur. Il est curieux de rappro-
cher les dimensions des diverses statues colossales depuis les
temps anciens jusqu'à nos jours :
Statue de la Colonne Colosse de Arminiu»
Liberté Vendôme Rhodes en Wcstphalie
Saint Charles Vierge Bavaria
Borromée du Puy _
23" te" la» 70""
Splendides furent les fêtes de l'inauguration du monument.
L'écho m'en est revenu par les lettres de mon ami Hubert
Diss qui habitait alors New- York et me tenait au courant de
l'enthousiasme des Yankees. M. Bartholdi entrait vivant dans
la gloire. On donna son noir, il une rue, k une place, à des
docks, h. des établissements divers. Des marchands plaçaient
leurs magasins sous le vocable de l'homme célèbre du jour.
Ainsi Diss, qui faisait le commerce de tableaux, intitula
son salon : Darlholdi's arli room, (Salon artistique
Bartholdi).
Ceux qui, le 26 octobre 1886, onl assisté k celte solennité,
ont dû conserver l'impression vivace de l'hommage rendu
aux inspirateurs d'une œuv-e qui scella de nouveau l'an-
cienne amitié de la France et des litats-Unis. La mise en
scène, merveilleuse k tous égards, était faite pour émouvoir
'es plus indifférents. Toute la rade remplie de vaisseaux et de
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104 RBTt;K d'alsace
milliers d'embarcations aux pavillons éclalanls, les musi-
ques civiles et militaires jetant leurs notes entraînantes dans
cette manifcstalion populaire que dominaieni le grondement
du canon, les hourrahs, les acclamations, les tri^pignements
de joie sous un soleil spicndide, le bruit sourd et solennel des
grandes foules fciilvanisées par une grande idée, tel était
l'inoubliable spectacle, inoubliable surtout pour notre artiste
alsacien, qui au pied de son œuvre colossale, contemplait
prorondément éiim, ce prestigieux tableau des Mille et
une nuits.
La colonie am'^ricaine de Paria se cotisa pour faire ériger
le modèle original de la statue sur la place des Etats-Unis. Au
moment oiî ce modèle allait être détruit. M, Morton, ministre
des États-Unis, et quelques amis, MM. Mackay, Bennett et
autres ont fait les frais de la fonte de ce modèle que M. Bar-
tholdi leur avait donné. Un autre exemplaire de la statue fut
érigé il l'extrémité de l'Ile des Cygnes près du pont de Gre-
nelle. Pour que rien ne manquât aux hommages décernés au
sculpteur Colmarien, qui était déjii ofTicier de la Légion
d'honneur il fut nommé commandeur de cet ordre. Puuvail-
il rêver mieux lors de ses modestes débuts, quand je le vis en
1857, dans son petit atelier de Colmar, pétrir avec
enthousiasme cotte terre iflaisc d'où devait sortir une œuvre
immortelle ?
Il a continué, depuis, la série de ses succès par la création
d'autres œuvrer: importantes, comme par exemple, la statue
de Christophe (lolomb qui vient d'être fondue en argent
massif par un orfèvre <le New-York, la fontaine de Jean
llœsselmann, prévOt de Colmar, cet ami de Itodolphe de
Habsbourg que l'artiste a représenté en costume de chevalier
du Moyen flge, sous les traits modernes et chevaleresques
d'un maire de Colmar très connu ; te remarquable groupe en
marbre qu'il vient d'exécuter en souvenir de l'assistance
donnée par la Suisse aux assiégés de Strasbourg en 1870,
groupe érigé sur la place de la gare à BAIft et qui a valu k
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A TRAnnS LB PASSÉ 105
son auteur la médaille d'honneur du salon dr sculpture
eu 1895.
Une de ses œuvres les plus populaires et les plus atta-
chantes dans sa note palriolique, c'est le Lion de Betforl.
enlevant sa fîëre et colossale silhouette sur le rocher que
domine le château-fort, et rappelant l'invincible résistance
de ses défenseurs. La réduction en bronze de ce monument
national, qui ligure sur la place Uenfert-llochereau k Paris,
donne une id^e frappante de celte œuvre aussi puissante
par sa conception que par la noble simplicité de ses lignes
sculpturales.
N'oublions pas le beau monument élevé par les Alsaciens*
Lorrains ii Gambetia aux Jardies où le grand patriote ter-
mina sa trop courte carrière, et la dernière œuvre colma-
riennedeM. Bai-tholdi, In statue assise de Gustave-.Vdolphe
Hirn, le savant malhém,tticien et astronome ; enfin le groupe
Lafayette et Washington, donné à la ville de Paris par un
citoyen de la libre Amérique, M. Joseph Pulilzer, directeur-
propriétaire du journal le B'orW. Ce monumeni, inauguré
le 1" décembre 1895 dans le square des lïtats-Unis, repose
sur un piédestal en grès des Vosges de 3 mètres de hauleur.
N'oublions pas non plus qu'au cours île sa carrière d'aiiiste
déjîi longue, M'. Bartholdi a réalisé d'autres œuvres durables,
telle que la statue de Vercingétorix (au musée de Clermont-
Ferrand), celle de Champoilion au collège de France, celle de
Vaubnn h Avallon, celle de Gribeauval, grand maître de
l'artillerie, aux Invahdes et le franton du Musée de Rouen.
Au salon des ("hamps-Élysées de 1897 nous avons vu la
plus récente œuvre de M. (iarlholdi, le modèle en plfllre d'une
nouvelle fontaine monumentale destinée ii la ville de Colmar
iléjfi très largement dutée des œuvres de notre sculpteur. Pour
en apprécier la valeur déconilive, qui parait très originale,
il faudra la voir dans son cadre, à coté du vieil édifice du
Kaufhaui où s'épanouit l'architeclure du XVI" siècle, qui est
celle adoptée par l'arliste. Élevé en souvenir d'un vieux che-
valier alsacien bardé de fer, Lazare de Schwcndi, à qui on
attribue l'introduction du raisin de Tockay dans le vignoble
alsacien des environs de Colmar, il représente le vieux sei-
gneur de ilohlandRper^, armé de pied en cap et brandissant
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106 RBVUB D' ALSACE
fièrement son raisin. Pourcotix qui ne sont pas familiarisés
avec la chronique locale, ce mouvement exigera une légende
explicative. Ayant demeuré au milieu du vignoble de Kient-
zheim, où se trouve son tombeau, le vieux chevalier devait
s'intéresser beaucoup au perreclionnement du cépage de ce
charmant coin de pays. Les amateurs de la liqueur dorée de
Riquewihr s'associeront de grand cœup à cet hommage très
posthume rendu au vieil amateur cuirassé.
61 xuicre) Charles Goutïwiller.
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THÉOPHILE CONRAD PFEFFEL
ESSAI BIOGRAPHIQUE
DEUXIÈME PARTIE
/. L'ŒUVRE LITTÉRAIRE
i Débuts (fin) (1)
Les Récréations théâtrales que PfefTel rédigea périodique-
ment de 1763 à 1774 sont des traductions libres de pièces
n'ayant jamais été traduites en allemand, surtout de drames
français. 11 s'y écarte souvent à tel point de l'original que
son œuvre peut être qualifiée d'indépendante et de person-
nelle. C'est bien ainsi que le public l'acueiliit et la comprit.
Car ces récréations furent universellement appréciées dans
dans les cercles particuliers auxquels elles s'adressaient. Il
n'en fut pas de même d'une autre publication périodique
tentée par Pfeflel en 1764, pour iamiliariserles lecteurs alsa-
ciens avec les meilleurs productions de la liltérature allemafide
contemporaine qui, s'acbeminant àgrands p&i vers sa période
classique, devenait d'année en année plus intéressante. Nous
voulons parler de la Bibliothèque universelle du beau et du
(1) Voir 1896, p. 47« à 498.
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108 REVUE D' ALSACE
6ien, qui, bien qu'elle s'apprétAtà donner aussi, dans (('ex-
cellentes traductions, les chefs d'œuvres des littératures fran-
çaise, anglaise et italienne, ne put fournir, faute d'abonnés,
qu'un volume paru chez Decker (Bile et Colmar).
En revanche, la ^ocïV/e'rfe ^ec(ure que PfelTel funda ii la
même époque et dans le même dessein, subsista avec honneur
jusqu'à la révolution, après laquelle la Société d'émulation
du Haut-Rhin prit sa place.
En 176f), nouveau volume de périodes divei'ses: Neuf Dey-
frœje tur deutichen Makulatur (Francfort chez Garbe). Des
50 pièces environ qu'il renferme, la moitié seulement (nous
trouvons la même proportion dans les Essais de 1761) fut
admise dans l'édition définitive de Cotta en 1802. L'avant-
propos (dédicace à Caubli) et la table des matières gardent
le Ion humoristique adopté dès le titre. Exemples empruntés
it la table des matières:
Gatalhée. Une églogue comme Virgile aurait dCi faire les
siennes.
Z.a/»uce. Les rimes sont de moi, le reste est dans Eiopi^
à la cour etc.
Si cet esprit n'est pas toujours du meilleur goût,
partout du moins règne celle agréable bonne humeur
qui n'abandonna jamais complètement le poète, même dans
ses jours les plus sombres (puisqu'il osa même plaisanter
Robespieri-e proclamant l'existence de l'Être Suprême) et qui
l'aida à porter en patience des peines physiques et morales qui
auraient aigri tout caractère moins trempé ou moins heu-
reusement formé. D'ailleurs & càtc de la noie plaisante cul-
tivée jusqu'alors, il commentait fi s'exercer dans un genre
plus grave, la poésie religieuse, donl sa meilleure œuvre, le
cantique dit de Jéhovah, retentit encore dans les temples
d'Alsace. Ses di'buts dans ce genre sont marqués par l'élégie
en six strophes chantée nu service funèbre qui fut solennel-
lement céKhré ii Colinar le 1:2 juillet 17fî8 îi l'occasion de la
mort de la reine Marie Leczinska.
En 1769, l'éditeur slrasbourgeois Uauer publiait les Dra-
matiiche Kinderspiele, petits drames que PfefTel n'avait
d'abord écrits que pour ses en farts et ceux de ses amis, et que
Berquin jugea digne de tigurer dans ses Lectures. Presqu'en
même temps, Treuttel éditait en deux volumes son Magasin
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THÉOPHILB CONBAD PFEFFEL 109
historique pour l'esprit et le cœur, recueil de 300 anecdotes
tirées des meilleups écrivains français et reproduites dans le
texte original aussi bien que dans la traduction de FfefTel. Ce
recueil fut adopté d'abord por l'École Militaire de Paris, puis
par d'autres collèges et compta un grand nombre d'éditions,
il n'est pas ('■toiinant que Pfeffel ait réussi dans l'œuvre
si difTicile de traducteur. Il s'y était exercé de bonne heure.
Déjk comme étudiant, il avait traduit h Halle les Pensées sur
les destinées de l'homme du pasteur Spalding ; et k l'époque
de la vie qui nous occupe en ce moment, il traduisait, de la
ftoographie de fiflsching paru ii partir de j'5i, d'abord le
tome relatif H la France, puis trois autres en y Joignant des
additions et des rectiQcations, Il osait même aborder, sans les
terminer, bien entendu, tes 20 volumes de YHistoire ecclé-
siastique, de l'abbé Fleuiy, que Didier a réédités en 1840 et
que Voltaire estimait le medleur livre de ce genre qu'un ait
jamais écrit. Enfin PfcrTel secondait le comte Maurice de
BrQhl, colonel de Uoyal-A Isace, dans ses études sur les prin-
cipes de la tactique.
Tous ces travaux si divers, si mer\'eilleux de la part d'un
aveugle ne passèrent pas inaperçus. Bientôt honneurs et dis-
tinctions affluèrent. En 1763, le landgrave de Hesse-Dann-
stadt, qui résidait souvent à Bouxwiller, le nomma son con-
seiller auljque, et en 1767 la Société latine do Carlsruhe l'élut
membre honoraire. Austi son nom était connu et estimé, lors-
qu'il conçut l'idée, extraordinaire dans sn situation, de créer
une école. Avant de le suivre dons son aciivité pédagogique,
jetons un coup d'œil d'ensemble sur son œuvi-e poétique et
prosaïque.
3 Le» Essais poétiques
En 1783, la ville de Bienne venait de lui décerner le droit
de bourgeoisie ainsi qu'k toute sa famillp, et le grand conseil
de le nommer membre d'honneur, c<> qui le rendait citoyen
suisse, lorsqu'une nouvelle indiscréliun l'obligea à publier
ses fables, qui circulaient depuis longtemps entre les mains
de ses amis en manuscrit, mais qu'il n'avait pas encore Jugé
nécessaire de faire imprimer.
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IlO RBWI D ALSACK
Thurneyeen de Bile se chargea de les éditer et Preffel les
dfdia k la Sociëtf^ Helvétique, dont il était membre depuis
sept ani^, et dont, en 1765,11 allait ouvrir, en qualité de président,
la session annuelle par un discours Uberdieeurop. Kriegs-
verfassung vor Erfindung des Feuergewekrt und ûber die
Verœnderungen, welche diett Erfindung in unserm Well-
Iheil ûberkaupt u. in //elcelien insbesondre hereorbradile.
En 1789, il était alors membre d'honneur de l'Académie
des Arts et Sciences de Berlin, une nouvelle édition de ses
fables parut s'imposer. A la demande commune de tous ses
amis, il yjoignit cette fois ses autres productions poétiques,
onciennes et nouvelles, et le tout parut encore à Mie,
chez son élève Guillaume Haas, dont ce fut la première
publication, en trois volumes comme en 1761 et sous le
même titre A'Estais poétiques.
Le premier volume embrasse les années 1758-83, Tout ce
qui a déjà été imprimé y est remanié, nous dirons plus loin
dans quelle mesure. Ici, voyons surtout les dédicaces qui
éclairent les relations du poëte aux diiïérenles époques de sa
carrière. Voici d'abord la première des sept fables de 176S,
qui est dédiée au pasteur Gryneeus, probablement un beau-
frère de Georges- Jacques Decker, imprimeur de la cour de
Berlin. Des trois pièces datant de 1773, l'une est adressée Ji
Goller (Voir yaAréucA des Vog. Clubs, 1^95, p. 28). Parmi
les six de 1775, citons Theone, ù Serena, qui est le
nom bucolique de M"' Steinheil, fille d'un conseiller de la
régence des Deux-Ponts à Ribeauvillé et, depuis le 14 mai
1776, épouse du théologien de Gœttingue Godefroy
Less, qui reçoit la dédicace de la fable intitulée La torche
(1876).
1776. Le cheval et le poulain, k Lucé.
1777. Le hanneton, à Sarasin (Jahrbuch des Vog. Clubs,
1778. La Irouvaille, k Lerse, le fidèle collaborateur de
Pfeffel a l'École Militaire.
L'enfant et son père, au jeune comte de Custine,
élève de Pfeffel pendant que son père commandait
un régiment à Colmar et h Brisach, et caché par lui
dans sa propre chambre pendant la Terreur.
L'amitié, Jt Zoé (Mme Sarasin).
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THItOPHILB COKR.\l> PPSFTBL lU
i78l. Baharam, h Bodmer, qui répond en envoyant deux
de ses écrits (Voir Epislel an die Nachwelt, p. -44;.
avec une lettre que Stœber a vue encore, mais qui a
disparu depuis. PfeiTel remercie à son lour par une
missive du 22 octobre 1781, qui est h la Bibliothèque
lie Zurich. Bodmer mourut deux ans après, ngé de
H3 ans.
Les peler ins,khn\ti\.ir. (Au même, en 1787; Le»
béquillet,
1782. L'ours et le lion, au prince héréditaire d'iseni-
bourg-Birslein, dont le père régnait à Biidingen, au
N.E. de Francltfort, sur une principauté que la
Révolution médiatisa et qui fait partie maintenant
de Hesse-Darmstadt,
Le nouveau mentor, à Sander (fiev. d'Als. 1896.
p. 483).
La description de Jupiter, u Schlosser, qui était
depuis 1773 beau-frère de Gœlhe et bailli du comté de Hoch-
berg, avec résidence à Emmeindingen. François Lerse, ami
d'études de Gœthe, fil faire à Schlosser la connaissance de
Pfeffel au printemps de 1776, dès qu'il fut installé h Colraar
comme inspecteur de l'Ecole Militaire. Cornélie Gœthe, la
première femme de Schlosser, mourut en 1777 et fut rem-
placée un an après par Jeanne Fahlmer.
1783. Le vieux corbeau, à son frère, qui avait passé l'été
de 1781 dans sa nouvelle propriété de Fortschwihr,
où le pasteur de Vogelsheim, André Muller, le maria
le 24 septembre k Marie Stœrtz, fllle d'un officier au
service de Deux-I'onts.
Cuttidon transformé, a Minna Wild, Madame Lucé
depuis 1775, et grand'mère du botaniste Kirschleger
et du sculpteur Bartholdi.
La Dryade, ^Wotimann de Landau, collaborateur
et beau-frère du poète.
Le Dogue, ii Sophie de la Roche.
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Son contenu esl semblable ;i celui du premier : pièces nou-
velles ou remnniées, imitniion ou adaptntion de fables
élpangères, anecdotes ou Irails historiques. Exemples :
1776. Emma et Eginhard, à Betty, une inconnue; car il
ne saurait être question de Bctti tle Clermont, qui
épousa le philosophe Krllz Jabolii en 1764 et ne lit
la connaissance personnelle de pretTel que le 28 mai
1780. Elle n'était d'ailleurs plus d'âge, en 1776, k
se voir adresser ces vers, par lesquels la poésie
débute :
a Geh, Betly, schliess'die Halle zu,
Undgibdie liarfe mir;
Von einem KnEulelo, schœn wie du,
Sing'ich eiu Liedchen dir », etc.
1784. Thionice, à Lina Pfeffel, depuis Mme Berger.
Ibrahim, à Charles Preffel, depuis banquier à
Francfort.
Le» deux chien*, k Auguste PfeiTel, volontaire de
1792, niorl dans les bras paternels, des suites de la
la cnmpngneffler. d'Âls., 1895, p. 82).
Therete Paradis, k elle-même (lahrbuch des Vog.
Cl. 1897, p. 137).
1783. L'aéronttule, au conseiller badois Wild, ex-profes-
seur de l'Ecole Militaire, laquelle ce derniervenail de
quitter pouroccuper un poste orTicielh Mullheim, où
son oncle Emmanuel Groos avait été bailli (il l'était
alors h Winterberg^et Martinstein diins lecomtéde
Sponheim). Les frères Montgulfler venaient de faire,
il Aniionay et à Versailles (5 juin et 20 septembre
1783) leurs essais, imiti^s bientôt par Krnn^-ois
Itlaucliaid qui alla en ballon de Douvres à Calais
(1785) et allait faire sn vingt-sixième ascension à la
i-itadelle de Strasbourg le 23 aoAt 1787. Un «'lève de
preffel, Richard Bnch, de Soullz près Guebwiller,
depuis homme de loi îi Colmar (Epitlel an die
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THÉIIPHILB i:i>MlAn l'KEFFEI. 113
A'arhicelt p. ftI-5), lit aussi {178i), îi Schweîghau-
sen près Thann, une tentative d'aéroslatioo, k
laquelle Wild a ilà prendre part, d'iiprès l'allusion
que nous trouvons au début de la poésie :
« Freund, dessen lland am stoUen Purs
Des (raubenreichen Vogesus
Kin Segel diireh die Wolken fi'ihrli':
l>a man mit skopti^chem Geschrey
Am Uarz noch imnies de monslrieti,
])nsB dièse Kahrl unmœglich soy... ".etc.
L'/itoile, an baron -lo^^epli de Bénddingen, que
Pfe (Tel remplaça le 1" janvier 1785 comme président de la
Société helvétique. Né en 1738, chanoine k Ilildesbcim,
président de la Chambre des Comptes de Spire, membre de
plusieurs sociétés savantes de Suisse, ami de Merck et grand
dilettante d'ail, il eut deux frères, dont l'un, chambellan de
l'Klecteur de Trêves, puis maître des cérémonies à la cour de
Stuttgaril, obtint le titre de comte en 1800, tnndis que l'autte
est le chanoine de Hurbach qui devint Pran^-ais en 1768.
La famille était de Thurgovie, où naquit en 1673 Sébastien
Péréj^in de Béroldingen qui, sous le nom de Célcslin, fut en
1704, coadjuteur et en 1720 prince-abbé deMurbach,(Gatrio,
Die Abtei JUttrback I!, 548) et semble avoir été l'oncle des
trois frères,
I78fi. Les riseauT d'Atropoi, à Jean-GBurges Jacobi,
professeur de littérature it l'Université de Fnt>ourg
depuis 1784 (Zeittch. f, Gesrh. fias Oberrh..
1896. p. 36).
Le renard, le chien de chasse et le lynx, k ses
élèves, auxquels il dédia, la même année, vingt quatre de
ses fables les plus connues, publiées en recueil (La pipe
turque, La mère des Graa/ues, Les deux c/iiens, L'imai/e
de la mort. Le salaire de la vertu, etc.)
1787. La chapelle de Semparh. au bourgmestre filutz
i^i Soleure.
L'éléphant, au banneret Wildermett k Bienne.
Deux Alexandre W., père et fiU, commandèrent successive-
ment la milice k Rienne. I,e fils fut élève de Pfeffel ()7"7-80),
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m HEVOE d'aLBACE
puiB étudiant k Gœtlingue, et eut un cousin qui, après avoir
aussi été k Colmar (1779-82), entra dans l'arm '•• prussienne.
Avec le fils de ce dernier (décédé en 1888), lu famille W. s'est
éteinte à Bienne.
1788. Gessner. à la mémoire du poëte idyllique de Zurich,
mort le 2 mars 1787 comme conseiller et libraire. Dans une
fiction qui nous paraît froide, PfelTel l'égale à Théocrile et
compare à Esope le fabuliste contemporain Lichtwer (1719-
83), presqu'oublié aujoui'd'hui. CVst ainsi que nos descen-
dants riront de nos Jugements.
Paru en 1790, il comprend quatre parties, dont la pre-
mière s'ouvre par une Epi'lre à Schlosxer (1787), que les
contemporains apprécièrent fort, mais qui ne peut plus guère
se lire aujourd'hui: les allusions mylhologiquesqui y abonilent
et une recherche trop visible de traits d'esprit fatiguent vite le
lecteur que ne rebuterait pas l'absence fréquente de bon goût.
Par contre.
Le Matin, à Doris (1763) est d'une lecture moins fasti-
dieuse, quoique les mêmes d(''fauts y reparaissent, voilés
toutefois par un certain entrain juvénil et par l'intensité et
la véracité du sentiment qui perce par endroits au milieu du
badinage. Puis vient une causerie à Sarasin (1777), réminis-
cence de la seconde entrevue de Schinznach, ici encore le
sentiment paratt vrai, mais s'exprime en termes ou trop pro-
saïques ou trop pathétiques.
Le morceau suivant. Amitié et amour {n%9) Itowû des
accents passionnés et quelques expressions énergiques qu'il
est permis d'appeler heureuses. Il suffirait de retoucher cer-
taines tonrnures vieillies ou déplacées pour captiver encoie
notre intérêt, puisque le sujet est éternellement actuel el,
bien exprimé, éveillera toujours un écho assuré dans les itmes
sensibles.
C'est une anecdote de l'an 1480, emprunté à la Vie de
Louis II de la Trémouille (Collection universelle des Mé-
moires particuliers relatifs îi l'Histoire de France, (XIV, 121).
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THÉOPHILE CONRAD PFBPFEL I IQ
Avouons toutefois que le poète ne s'adresse pas k des lecteurs
trop prudes, les preuves abondent. En voici une, que nous
donne le quatrain intitulé Les pères (1769).
< Zween Jungen baigten sich wie zween erboste Kater.
Der Bastard Gœrgel drosch auf Junker Fritzchen zu.
(ieh, Lflmmel, brllUet Fritz, du hast ja Keinen Vater.
Oho, nef Gorge), mehr aïs du. h
L'élection d'un roi (1786) est une fable réussie:
« Das Reich der Affen ist wie Polen.
Bin Wahlreich .... «
ainsi que les deux dernières poésies de la l'" partie ;
Galathée (1775) et VA rare puni (1779). La bonne humeur
qui y règne est d'excellant aloi et s'exprime sans pécher con-
tre le goût.
La 2"" partie commence par une Epttrf l'i Phébé pour
son 14'"'' annicemaire (1778). Phébé est la fille aînée du
poète : nous lu retrouverons sous le nom do M"" Berger, Le
Sapin, ÎL Doris est de la même année. Un petit bouguel à
Zoé pour sonnnniveriiaire(S3iinv\ef).est de 1786. Déjà 10
ans avant, il avait dédié une poésie h JA""' Sarasin qu'aloi*!: il
appelait encore Séraphine.
L'Epitre i) Gœckingk (17é5.Voir Jnhrburh des Vog. Clubs
1893. p. 32) inaugure la 3""^ partie et est suivie de quelques
vers adressésauprincehéréditairedeHes8e-l)armsladt(1772).
Ils renrerment un habile éloge de la landgrave, sa mère,
dont la générosité venait de permettre ii PfefTel de se charger
de l'éducation des enfants du comédien Schrœder (Annales
fie lEst, 1895, p. 5«).
Le rubis (1788) finit par cette sentence digne d'être
méditée :
i( Was Staub ist fttr genieinc Seeleu
Wird fflr den Weisen zu Juwelen ».
]1 est adressé au baron de Salis-Seewis, le poi!te connu,
qui, comme officier de la garde suisse ît Vcrsaillps. avait
visité Pfeffel au printemps de 178i et lui avait en.i)vé, un
an après, une poésie, à laquelle son collègue colmarien
répondit sans doute par le Audtft. Disons à ce sujet que le
po?te Salis ne fut pas élève de Pfeffel. Ce sont deux autres
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llll HEV|:e D ALSACE
barons de ce. nom, venant des (îrisons, qui quittèrent
l'École militaire en 17Râ.
Signalons encore, comme digne d'être lu, le début du
Nain jaune (1789).
La dernière partie donne d'abord VÈptlre au comte
Maurice de BrQhl à Dresde (1789) qui célèbre en termes
touchants l'aurore si vite obscurcie de la Révolution. Les
belles espérances qu'elles exprime étaient déjà ébranlées au
bout d'un an, comme le prouve la fin de la pièce suivante :
/,c-< (T-of* Zi7a<*, au conseiller l'etersen à Dani'Stiidt, et cet
autre. Le p/iilotophe et non tailieur, àMelzgcrrx>nseillcraii-
liqiie de Hesse-Dannsladt (comme Preiïelj, dans laquelle la
nouvelle constitution est comparée b un habit trop large donné
à un enfant et qui sera usé au moment où il sera juste.
Aurore et Tithon (1763) nous ramène en pleine passion
juvénile.
Le Grenadier (4789) qui mentait et se battait égale-
ment bien nous amuse encore.
Le chant d'un esclave nègre (iTtH) eux une allusion h la
conduite honteuse de quelques princes allemands qui ven-
daient leurs propres sujets au gouvernement anglais pour
rombattre les américains révoltés, ce qui n'empêcha pas la
capitulation de Saratoga (octobre 4777), La renyeanre. In
dernière en date des pièces du rerueil, raconte un épiswie
touchant la Révolution en Quercy.
Voilk un aperçu ùes Essais poétU/ues éà'iiécs en 1789-1 7!W,
parGuil Haas qui s'apprêtait à eu préparer une deuxième édi-
tion, lorsqu'il mourut prématurément"en 1800. Son vieuxpèi-e
ne voulant plus aborder une aussi grosse entreprise, en c-'da
l'exécution à Cotta, qui publia non seulement les poésies en dix
petit volumes, de 1802 à 1810, mais aussi de 1810 à 181â les
œuvres en prose en neuT volumes complétés en 1820 par un
dixième. Ce dernier renferme d'aboiil la biographie du
poiUe par Uieder, puis un registre alphab<Hiquc des pièces,
tant en vers qu'eu prose, qui figurent dans les dix-neuf
volumes. Knlin, pour ne pas parler de l'édition Iteclam en
quatre volumes, disons que lleitz en fil une autre en cinq
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THÉOPHILB CONH\D FFUri^EI. 117
volumes (1) en 1834. C'est cette dernière, dont la table des
in]iti6res nous donne les poésies par ordre chronologique,
qui vn nous permettre, avant de passer aux œuvres prosaï-
ques, de Jeter un coup d'util d'ensemble sur l'œuvre du fabu-
liste colmarien.
3. Le fabulistit
L'avant-pmpos, qui est le même que chez tlotta, énumère
les modèles français imité); par l'auteur. Outre Florian, ce
sont d'abord, La Motte, Deshillons, Aubcrt, Imbert, Dorât,
Vitalis et Nivernois, puis Cazolle, Du Belioy, Pavillon, le Car-
dinal de Demis, d'Ardène, Fénelon, Mme Deshoulières, Sl-
Gelais. La Fontaine, Combault, Boilcau.
C'est, on le voit, un mélange bizarre de noms bien connus
et d'autres presque oubliés. Arrêtons-nous un moment auprès
de quelques uns de ces derniers.
.'Vprès la dissolution de sa Société, le Jésuite berrichon
Desbillons (1711-1789) s?, retira dans la ville de Hannheim,
à laquelle il légua sa riche bibliothèque et ofi son souvenir
n'est pas éteint. 11 y publia ses quinze livres de fables en
latin, Faèulœ j£si>pic(t (llOB) ; deux autres livres se trou-
vent dans ses Miscellanea poehuma (1792).
L'abbé Aubert de Paris (1773-1814), se fit connaître dès
1756 par un recueil de fables qui eut un grand succès et
dont Voltaire dit que c'était du sublime écrit avec naïveté.
Plus tard (1774), il en publia une édition (deux volumes)
fort augmentée.
Le Ntmois Barthélémy Imbert (1747-90) écrivit des
Fable» nouvelles (1773) et un Choix de fabliaux en
vers (1788).
Le fils de chapelier Ant Houdard de Lamolte (Paris J672-
1731), aveugle à 40 ans et perclus, est moins connu par ses
fables et opéras que par sa querelle avec Mme Dacier, sur
les Anciens et le Modernes.
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118 DBVl'E d' ALSACE
Ktieone Pftvilioii, le neveu de l'évèque d'Alet, fut avocat-
général à Melz. Ses Poésies, dans le genre de Voilure, furent
imprimées k La Haye en 1715 et 1720. Celle de Bernis (1715-
94 le furent h Paris (1797 et 1823).
Les ffuvres de Mellin de St-Galais furent réunies u. Lyon
11574) et k Paris (1719); celle de Cazotte (1720-92) le furent
il Parip par Itastien (4 volumes, 161C}. Enfin celles de Dorât
(1734-80), l'ami de Fanny de Banharnais, forment vingt
volumes in-S**, dont un choix en trois volumes in-12 a été
fait par Sautercau de Marsy, qui publia VAlmanach des
Muses (1765-93) et les Annales poétiques (1778-88). Henri
Richer (1G85-1648), avocat au parlement de Rouen, écrivit
ses douze livres de Fables de 1729 à 1 744.
Imitant ces modèles français, Pfeffel devait nécessairement
adopter et pratiquer leurs théories sur fa fable, telles que
La Fontaine les réalisa et l'abbé Batteux les formula dans
?,es Principes de liltérature (1774). Marmontel.danslesarti-
clesqu'il fournit à l'Encyclopédie vers 1750 et qui dans la collec-
tion desesCEuvres, réunies par lui-même en dix-sept volumes
(1786) portent le titre d'Éléments de littérature (réédités
en trois volumes par Firmin Didot en 184(i). dit de la
fabis que son artifice consiste à déguiser la sagesse sous un
air de naïveté. « C'est, ajoute-t-i!, le secret de La Fontaine
que la Hotte n'a point connu le poète doit jouer le râle
d'un homme simple et crédule car il s'ugit de ménager
la répugnance que chacun sent ii être con'îgé par son
égal...
Telle est donc l'espèce d'illusion qui rend la fable si sédui-
sante : on croit entendre un homme assez simple pour répéter
sérieusement les contes puérils qu'on lui a faits; et c'est
dans cet air de bonne foi que consiste la naïveté du récit et
du style....
Il faut encore que la crédulité du conteur soit amusante, et
c'est encore un des points oil La Motte s'est trompé : on voit
que dans ses fables il vise k être plaisant et rien n'est si con-
traire au génie de ce poëme » etc.
Si Marraonte! a raison sur ce dernier point, les fables de
Pfeffel ont un tort grave, que nous avons déjà signalé en pas-
sant. Comme celles de h Motte, ellesvisent k être plaisantes
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THKOPHILB CONHAD PFEïTEL 119
et n'ont rien de la candeur, artificielle sans doute, de celles de
La Fontaine. CummeLaMotteatissi, Pfeflel laissetropvoir l'im-
portance qu'il attache k la moralité, que La Fontaine « sem-
ble quelquefois chercher après avoir composé sa fable, soit
qu'il alTecte cette in ce ili lu de pour cacher jusqu'au bout te
dessein qu'il avait d'instruire, soit qu'en elTetil se Boit livré
d'abord h l'attrait d'un tableau favorable à peindre » (Mar-
montel, Ed. de 1845, 11, 159). La première alternative sem-
blera la plus vi-aisemblable à qui connaît la feinte naïveté du
Bonhomme. Lui aussi ne voit dans la fable que le but didac-
tique et ne se distingue à ce point de vue de ses collègues
qu'en ce qu'il sait mieux le voiler qu'eux.
Mais, nous demanderons-nous à ce propos, la fable a-t-elle
réellement pour fin unique de nous instruire en nous
amusant, et ne peut-on pas lui appUquer, comme à toute
autre poésie digne de ce nom, les vers de Gœlhe?
« Ich singe wie der Vogel singt,
Der in den Zweigen wohnet,
Das Lied , das aus der Kehle dringt,
Ist Lohn der reichlich lohnet ».
Lessing, qui combat si viven.ent la thfione française de la
fable, en afiirme aussi, en exagère même encore, dès le
début de son argumentation (Ahhandlungen ûber die Fabel,
1739), l'intention didactique, parce que, tout comme ses
adversaires, il voyait dans la fable ésopique la forme primi-
tive du genre, l'idéal en un mot, auquel il s'agissait de la
ramener, on la dégageant des fausses interprétations dont les
classiques l'avaient obscurcie. Il voulait faire ici pour la
fable, en d'autres termes, ce qu'il allait essayer bient6t pour
\a.iv&%èA\atia.ns\ii Dramaturgie de Hambourg: ramener la
théorie faussée, dévoyée, îi sa pureté grecque, aristotélique.
Toujours logique et cons(^quent, il se disait : Puisque le but
de la fable est d'instruire et d'amender, subordonnons h ce
but tous les acct^ssoires et réduisons-les au strict minimum,
tandis que La Fontaine cache si bien le but sous les enjolive-
ments du style, que le récit finit par paraître l'essentiel
et par faire oublier la morale.
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liO HEvue d'alsacb
En faisant eu raisonnement. Leasing avait la logique pour
Ini, ce qui n 'empochait pas sa prémisse (l'intention didactique
<)e la fable) d'être fausse, ni La Fontaine d'avoir raison en
reléguant la mornl'i h l'arrière-plan el en se complaisant dans
les détails du récit. L'erreur de Lessing vient de ce qu'il ne
connaissait que lit fable ésopiquc. S'il avait pu appliquer h l'é-
tude des origines indo-germaniques de la faille la sagacité et la
profondeur de vues qu'il a déployées dans l'examen de la fable
classique,ilseraitcertainement arrivé aux résultats que Jacques
Grimm a développés plus tard dansson Introduction k/feinAarf
Fuchs (1834) ; à savoir qu'à l'origine la fable populaire n'avait
pas plus d'intenlion didactique ou satirique que l'épopée, dont
elle n'est qu'une sorte de miniature et dont elle a aussi le
le calme inconscient et la naïve prolixité. La Fontaine en a
fait « un drame aux cent actes divers» pour l'accommoder au
goût raffiné de ses contemporains, qui n'auraient guère
apprécié la paisible simplicité de la fable naturelle, telle
qu'elle est née de l'imagination enfantine des civilisations
primitives. Car, répétons-le, les créations de cette imagina-
tion n'ont d'abord d'autre cause que d'une part le besoin de
répandre la poésie sur toute la nature, d'associer les bétes
aux sentiments même humains, comme le fait encore l'enfant
d'aujourd'hui; d'autrepartjeplaisirdeconteret celui d'écouter.
Ainsi concluons cette digression théorique en renvoyant
dos à dos Lessing et La Fontaine : ni l'un ni l'autre n'ont
compris l'essence de la fable. L'un et l'autre l'ont dépouillée
de sa gracieuse naïveté et ont créé, pour ainsi dire, deux
genres nouveaux.
Ajoutons, pour iHrc équitable, qu'ils n'ont pu pgir autre-
ment. Car, d'une paît, ils ne connaissaient pas la fable
populaire arienne ; d'autre part ils ne pouvaient ressusciter
une naïveté qui n'est plus dans nos mœurs ; ils ne pouvaient
adapter la fable ik notre état de civilisation qu'en la transfor-
mant. Leurs contemporains ne la goûtaient qu'ri cette condi-
tion. Pour s'en convaincre, il suffit de relire le jugement de
Laharpe : « Il n'existe qu'un genre de poésie, dans lequel un
seul homme a si particulièrement excellé que ce genre lui est
resté en propre et ne rappelle plus d'autres noms que le sien.
Nommer la fable, c'est nommer f.a Fontaine ; il avait appris
des Anciens cet art de se mettre l'ielquefois en scène dans
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THÉOPHILE CONHAD PFEPrEL iH
son propre ouvrage, art très heureux, lorsqu'on sait égale-
ment et le placer k propos et l'employer avec sobriété •»,
etc. (Cours de littérature. Ed. Firinin-Didot I, 724).
Ecoutons, comme contre-partie, le jugement de Jacques
Grimm :
« In Franckreich mœchte es bald an der Zeit sein, das
langfiberscheetzte Verdienst Lafontaînes, auf seinen wahren
Werlh zurûckzufuhren. Wenoschalkhafter Witz, frivole
.'Vuspielung auf den Weltzustand, epigrammatische Wend-
nung in der Thierfabel an ihrer Slelle sind, se muss er ein
trefllicher Eabulist hcissen. Er ist otine epischen Takt und
viel zu sehr mit sich beschfefligt, als dass er beider Entfal-
tung des alten Materials, das er sehr oft zu Grande richtet,
verweilen woUte. Von der ^sopischen Natflriischkeit,
seibst, der Pbœdrischen Fnecision ist er absichtiich gewi-
chen, um in anem freien und losen Versmaasdie Arbeil nacfa
dem Geschmack seiner Zeit aufzuheitern ».
Placés ainsi l'un en face de l'autre, ces deux jugements
contradictoires ('gaiement exagérés, se corrigeront l'un
par l'autre.
Et PfeiTel, car il est temps maintenant de revenir à lui,
après avoir éclairé notre opinion sur l'essence de la fable,
Pferrel, qui ne pouvait connaître les théories de Grimm,
penche-t-il pluldt vers La Fontaine ou vers Lesssing? Sa
position est intermédiaire : il affecte plus de sécheresse et
moins de naïveté que le premier, tout en restant plus plaisant
et plus verbeux que le second. Ne jugeons donc pas ses
fables d'après une idée préconçue, d'après des théories prises
ailleurs. Prenons-les telles qu'elles sont, laissons-les produire
directement leur impression sur nous, et puis tAchons d'ana-
lyser cette impression sans arrière pensée, en leur emprun-
tant k elles-mêmes la norme de notre jugement.
lA suivre) Th. Sghikll
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NOTES & DOCUMENTS
rouK suiviii A
L'HISTOIRE DE LA PRESSE
EN ALSACE-LORRAINE
Suite
Liste des périodiqaes de la Neurtbe et des Vosges
Le Narrateur de la Meuse, propriétaire-gérant, Claude-
François Denis (Ij, imprimeur h Commercy avec celle épi-
graphe : Prudence et Vérité.
Journal autorist' par arrêté du T thermidor an XII. Mii huit
cent quatre ving;t treize numéros formant cinquante volumes
in-8o et le dernier iii-4» du 27 décembre 1804 au 30 juin 1830.
Le journal fut remplacé à Dar-le-Duc par VÉclio de l'Est.
Le Barisien, feuille d'annonces. Bar-le-Duc 1828.
L'Écho narrateur de la Meuse, 1831.
(ij Né kCiiiiimerc; le 14 décembre 1763, y mounil le tt jjillet
1853. Son Jaurnal eut beaucoup de succ&a. Il était politique, liKé-
rairc c< archéologique. On cite de M. Denis un bien beau Irail ;
Pcndnal l'ioTasion de 181S, un quidam lui proposa d'imprimer
une pièce de vers eu l'honneur d'un souverain étranger, il répondit
qu'il aimcmit mie-jx briser ses presses que de se déshonorer par
celle aniipatriotique publication (Nickel, 76. i
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HI^TOIBE DB L.V PRESSE 123
Le Journal de la Meuse, politique, commercial et litté-
raire, etc. ; feuille d'affiches, d'annonces, avis divers, parais-
sant une fois la semaine. Prospectus, Bar-le-Duc, le 15
décembre 1829, 4 pp. in-io, imprimerie Laguerre, llar-
le-Duc.
Journal île la Meuse, paraissant tous les samedis, pre-
mier numéro, 6 janvier 1829. Un vol. in-4» 432 pp. ; .le 2
décembre paraît tous les mercredis et samedis. Parisot,
rédacteur en chef. Deuxième année, 1830, in-4o, 4S6 pp. (i),
en 184B. Laguerre directeur et gérant; en 1848, F. Dabadie.
Ce journal dût di¶tlre à l'avènement du Second -Empire.
L'Écho de l'Est, Courrier de la Meuse. Parût dans les
premiers Jours de Juillet 1830, 22 francs par an. Rédacteur
Cartier-Vinchon (2). imprimerie de Cartier-Vinchon à Bar-
le-Duc. Il parait les mercredis et samedis. Feuille ministé-
rielle.
Plus tard il fut rédigi*' par Numa BoUin, imprimeur et
parut trois fois par semaine. Seul journal en 1870. En 1864,
une seconde éditicn paraissait le mercredi et le samedi.
Le Journal d'annonces de Verdun, 1829-1830.
En janvier 1830 parut le prospectus du Journal de la
famille, feuille catholique et littéraire qui devait paraître k
Verdun sous le patronage de l'Évéché. Ce journal avait
cette épigraphe :
Semper ego auditor tantum f Nunquam ne reponam
Vexatus loties ?. . .
Le Journal de la famille parut k Verdun en avril 1830 ;
son rédacteur était un poëte, Bonnnire (3) Hansuy, né k
Saint-Hihiel.
Le journal cessa de paraître le 24 juillet 1830.
En février 1830 parut le prospectus de l'A beille Meusienne,
à Barile-Duc. La feuille devait comprendre les nouvelles des
départements de l'Est. Elle ne parût pas.
(1) Bibliolhéquc A. Benoit.
iS) Carller Vinchon STail été directeur du Journal de l'Aube
à Tro^'Cs et de C Athénée des Dames à Paris.
(3) Bien connu par ses travaux sur Ligier Richier, le célèbre
sculpteur de Saint Michel. Bonnaire mounil ayocat 6 Nancv.
Celait un digne et bonnète bomme.
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124 RBTCB d' ALSACE
Le Courrier de Verdun journal politique, parait à Verdun,
le lundi, le mercredi etlevendre()ienl867. Lipmann.gt'rant.
(:Ylaitenl870,avecleJoKriin/rfe.tfo/i(m^(/y, l'Echo de t'Est
et la Meuse, les seuls journaux paraissant dans le dt'par-
tement.
he Journal de Montmédy fondé en 1847, deux numéros par
semaine, le mardi et le vendredi : Henry puis Delalonde,
fl862} imprimeurs ù Monlmédy. En 1865 ce fut M. Philoxène
l^errot, morl en novembre 189IÎ qui le rédigea et l'imprima.
\a6 Affiches de la Meute. Louis Bonnet, ('diteur lï Saint
Mihiel, 1840 ; parait le samedi.
Le Journal de Verdun fondr en 1847 par H. I^urenl.
imprimeur de l'Évèché : mercredi, samedi et dimanche;
paraissait encore en 1844.
Le Père de famille, journal d'instnictlon publique, Bar-
le-Duc, 1837.
La Sentinelle de la if^uxe parut en 1832 à Verdun.
En 1837 elle fut remplacée par le Franc parleur df la
Meuse, paraissant à Verdun les mardi et vendredi. En 1844
M. Lypmann était gérant,
1870.
Les affiches de fa Meuse. Casner 1844, imprimeur ii
Saint-Mihiel, paraissent le samedi.
La Revue du Monde catholique, parait le G et 21 de cha-
que mots, in-8° de quatre feuilles. Guérin directeur et impri-
meur U Bar-le-Duc, 1861.
La Meuse paraît à Saint-Mihiel le samedi, l^ucuette gérant,
V» Casner, imprimeur, 1862.
Le /^oyeriïrflrtiVcreceuilhis-mensuel, premier et dernier
samedi de chaque mois. Isaac Lévy, rabbin k Verdun,
gérant. 12 francs par an, 1864'-1865. Lallemand imprimeur
à Verdun.
Le Glaneur, journal littéraire, recueil mensuel, paraissant
à Verdun, 1844, propriétaire Lippmann.
L'/ndicateur bibliographique, recueil mensuel in-8",
Louis Guérin, imprimeur-gérant à Bar-le-Duc ; 3 francs
par an.
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HISTOIHB l>K LA PHBSSE 12")
Le Olaneur, journal littéraire, industriel, commercial et
agricole, paraissant les mercredi et samedi, fondé en 1865,
gérant, Laliemand propriétaire il Verdun, 1868.
La/lerMcprot"inciate, suite de la Reoue de l'Est fondée
en 1840 par M. F. d'Olincourt, propriétaire et gérant k Bar-
. le-Duc, paraissant en 1844 trois fois par semaine.
Journal agricole de la Meute, recueil mensuel fondé h
Bar-le-Duc par Numa Rollin , 1840.
Le Producteur de In Meuxe et des départements voisins,
journal des intérâta commerciaux, manufacturiers et agrico-
les, fondi^ en 1843 par Numa Rollin ; paraît le dimanche
(1844).
Le Bulletin de la Société d'Agriculture de l'arrondisse-
sementde Verdun, (le 19 et le 25 de chaque mois) lè66-1870.
Doublet, imprimeur, Verdun.
Journal progressif de l'Instruction populaire. Mémorial
des intérêts, des droits et des devoirs des instituteurs et des
institutrices, par F. d'Olincourt !i Bar-le-Duc, mensuel, in-S".
Bulletin de l'Instruction primaire pour le département
de In Meuse, paraissant le 1" de chaque mois. Bar-le-Duc.
rno Rousseau, 14, 1860, paraissait encore en 1870.
Mmanach du département de la Meuse pour 1792, Bar-
Ip-Duc.
Almanach historique de la ville et du diocèse de Verdun-
snr-Meuse, par un Verdunois (Dom Cajot) 1775, in-16, 156 p.
.Innuaire statistique de la .Meuse pour 1804, Bar-le-Duc.
.Innuaii-tfdu di-partementde la Meuse pour 1834. Cho-
pin imp. 224 p. in-S".
Annuaire Ae^ ta Meuse pour 1830, se vend 2 francs 25 chez
Chopin, Laguerre et Richard, k Bar-le-Duc.
Annuaire di di'parlemenl de la Meuse, année 1640, in-16.
Bar-le-Duc, Numa Hollin, imprimeur, 337 pp. in-16.
Annuaire historique, statistique el administratif du dépar-
tement de la Meuse pour 1844, par M. Servais fils, chef de
bureau de la pn^feclure de la Meuse, Bar-le-Duc, Laguerre,
imprimeur in-16, 392 pp. et une lithographie. La deuxième
année pour 1845 k 356 pp. et cinq lithographies. La troi-
sième et dernière année pour 1848.
Becui>il rare et ifcherché.
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126 RSTUB &' ALSACE
annuaire du Commerce et de l'industrie, Almanach de In
ville et l'arrondissement de Bar-le-Duc. pour 186i, avec une
vue de Bar-le-Duc. Imp. V'* Laguerre.in-S" deuxième année
1863, (par Florentin et A. Bonnabelle).
A nnuaire du commerce et de rindustric. Almanach histo-
rique, statistique et admEnislraltf de la ville de Bar-le-Duc et
du département de la Meuse par MM. Florentin et Ekinna-
boIlettlV^Laguerreimprimeursc continue jusqu'il nos jours.
Almanach démocratique de In Meuse pour l'année 1840
par une société de démocrates... Bar-sur-Ornain, Alex.
Laguerre et Madame Barthélémy, libraires. V'= Laguerre,
imprimeur.
Revue de la Meute, Tome premier. Verdun, Lippmann,
imprimeur, 352 pages in-S".
Fondée par Ch. Jussy, Victor DrouniHet et Th. Coursiers,
« demeuransà Paris ».
Tome Deux, 390 pp. Tome Trois, 469 pp Laguerre Imp.
Bar-le-Duc.
Mémoires de la Sociëlé Philomatique de Verdun
(.Meuse), Tome premier, 202 pp. T. H, 1843, T. fil, 1846,
352 pp. Tome IV. 1850, 502 pp. XVIII planches lilhogra-
phiées. Les quatre volumes in-S" imprimés chez Lalle-
mand k Verdun : T. V , T. \\ 1803, 446 pages.
Ces derniers imprimés chez Laurent < J. B.) a Verdun.
Bulletin de la Sociélr du Musée de Bar-le-Duc, T. L 72
pp. 1867, Bar-le-Duc. imp. in-S".
.Vrthur Bbnoit.
(1) M. Urnnabellr rst mort rn novembre ltf!K>,
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HISTOIRE ME LA
Documents rares ou inédits sur l'histoire des Vosges
publiés au nom du comité de l'histoire vosgienne par A.
Duhamel. Épinal, Vv« Gley, in-8«, 18fi8, 388 pp. T. H. id.
1869, 432 pp. (Se continue).
Journal de la Société d'Émulation du dépnrtement des
Vosges, fipinni, Gérard, 1825, in-8», tome I.
Annales de la Société d'Émulation des Vosges, Ëpinal,
Gley, etc., in-8° jusqu'à nos jours.
Almanarh civique du département des Vcages pour
l'année ITtfi, seconde delà liberté par Thiébaul.cit.d'Épinal.
Kpinal Hœner, in-S", 144 pp. pour 1792, in-S", deuxième
volume.
Annuaire du déparlement des Vosges, l'an VIII de la
République française. lapinai, Hœner, ïa-^', cent quarante
sept pages.
Id. imprimé par ordre du préfet, Epinal, Hcener, 1824,
in-8», 279 pp.
<]h. Charton, chef de bureau ù la préfecture continua
l'annuaire imprimé chez Gley. En 1838, douzième année,
<iley, împ. Charton (Ils, prit la suite de l'annuaire adminis-
tratif et statistique en 1853 (trente-troisième année), Veuve ,
Gley, 1857 à 1870, 1853, Charton fils, rédacteur, 1865, A.
Egal chef de division à la préfecture.
Annonces judiciaires et commerciales du l'arrondisse-
ment de NeufchiUeau, 1836-1837, in-4", Beaucolin.
Les Petitex affiches de l'arr' d'Kpinal. Gley et Faguier,
1836, in-41'.
Les Petites affiche* de llemiremont, Veuve Dubiez,
1836, in-4«.
Les Petites affiches de Mirecourt, Hnmbert,
1836, in-i".
Prospectus de la Revue des Vosges, Épinal, Faguier 1000
esempl. in-S".
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128 KEVVK D'ALSACR
Le Courrier des Votges, moniteur déparlemlal, parais-
sant le dimanche et le jeudi. Épinal, Cabassc in-folio, 18!)2-
1870, (politique), E. Fricotel.
V Abeille des Vosges, NeufchAteau, Beaucolin 1881, in-i",
dimanche, Journal d'annonces judiciaires et commerciales.
Les Petites «/"/îcAes de l'arrondissemcnl de Saint-Dii^.
Trolot. in~4° 16a3, dimanche.
h'Écho des Vosges, journal d'annonces judiciaires,
commerce, agriculture, sciences, littérature, nouvelles
diverses et petites affiches du département. Uemiremont,
Mougin, 1818, in-i», samedi, 1870.
La Presse Vosgienne, commerce, industrie, agriculture,
tribunaux, littérature, nouvelles, faits religieux, annonces,
instruction primaire. Mirecourt, llumbert, 1845, in-8<*,
le lundi.
Annales du comice agricole de Rambervillers, Epinal,
Cabasse, 1848, in-4».
Annales du comice agricole de Saint-Dié, Trotot,
1847 in-4«.
Almanach de l'Instruction publique, par Halgras, direc-
teur de l'École Nonnale ; Mirecourt, Humbert, 1853, in-4».
Le Journal des Voges. monilenr départemental, politique,
agriculture, annonces diverses, littérature. Kpinal, Cabasse,
in-folio., 1832-1851, Levasseur, gérant, dix-neuf années.
Journal des Annonces administratives, judiciaires et com-
merciales de l'arrondissement de Saint Dié. Ed. Trotot in-4'',
18381851, lundi, 13- années.
' Le Sentinelle des Vosges, Épinal, Gerbaut, jeune, in-4"
1833, mardi. Samedi.
Petites Affiches Commerciales et juc'iciaires pour le dépar-
tement des Vsoges, Épinal, Gérard, 1833.
Le Vosgien. Neufchatcau Demougcot 1836-1837.
Affiches, Annonces el Ai-is dirers du département des
Vosges, llemiremont, V'« Dupriez,, in-S", 183fi.
L'iicho des Vosges, science, littérature, Deaux-Ai1s, Indus-
trie, Progrès, Mirecourt, llumbert, 1837. T. l'Nl'O, p. in-S",
T. Il ; 336 p. lithographies.
Almanach de la gaieté par .1. C. Docteur. Kpinal in-4",
1861 k 1870, 10 vol ; 19 années.
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\)l3^1HB DB LU VRtaSf \^
Almanach de la Révolution et de la Charte nouvelle.
Remiremonl. A. Dubiez, 1830, in-S", 64 p. (par rnbbé Thii^-
bault, cur^ de Docelles),
Lettre authentique et véritable du Père Simon, marchand
roulant, suivie de la lanterne magique pontificale à M. le curé
T. auteur de l'Almanach de la Itévolution et de la Charte
nouvelle, Remireinont. A. Duhies, in-S" 12 p.
Compte rendu des actes du Comice agricole de l'arrondis-
sement de Si Dié, Trotot flls in-S*». 14 p.
Procès verbaux des séances du Comice agricole de t'ar-
rondissemenl de Sl-Dié, Journal des cultivateurs villageois,
tous les mois. St Dié, Ed. Trotot. in-S» 1861, 1862, par.l.May.
ancien cultivateur h Fraize 1862.
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POÉSIES D'flUGUSTE STŒBEH
Tradvim en frnn^nix
l'AR
Charles BERDELLÉ
A Guillaume Tell
Messieurs les savants, messieurs de la crilique
Voudraient écorner ta couronne civique :
Tu n'es plus qu'un mythe, un nom, une vapeur
Pour ces beaux esprits. <"esl qu'ils uni grande peur,
Esclaves qu'ils sont, que ta flèche n'atteigne
Sun but, et qu'enfin la liberté ne règne
Partout à leur honte et pour nuire bonheur I
La Trahison de La Fontaine
D'après un mol if serbe
Tui et moi, nous deux
Etions bien heureus
A La Fontaine, en nous donnant deux,
Trois doux baisers qu'ami trop tendre
Tu vins me prendre.
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MÉSIBS d'aUGUSTB STCCBBR
Bien que la luae de témoin :
Et cependant dans le village
Tout chien, tout chat te sait dans chaque coin t
C'est La fontaine qui commit ce bavardage
Racontant tout aux cruches, aux cruchons.
Aux seilles,
Aux bouteilles,
Carafes, carafons t
A chaque dame, sa servante
A débité cette importante
Et bonne histoire. Tout valet,
A Monsieur, dit ce qu'il en sait.
A ce sujet que de harangues !
Dans tous les coins les bonnes langues
Soudain se sont mis en travail
Pour tout répéter en détail.
Et, grâce k tout ce bavardage,
Tout chien, tout chat le sait dans le village !
La morale est que tout amant
Doit bien se défier de ce froid élément,
Car pour l'amour l'eau de fontaine
N'a jamais eu que de la haine :
Des projets amoureux, trop souvent, le plus beau
Piteusement tombe dans l'eau.
Toast au banquet en l'honneur de
Gutenberg 1840 (1)
Honnie et bannie
Soit la tyrannie!
Que chaque pa>s
La tienne en mépris 1
(I) Lora de l'érecUon de sa statue k Strasbourg.
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Sur toute la terre.
Partout on doit faire
Opposition
A l'oppression I
Mais l'imprimerie
Donna longue vie,
Éclat persislant
Au verbe passant !
Qu'ici, plein son verre.
Chacun vienne faire
La libation
A l'impression.
Les Héros
Les héros qui s'escriment
Derrière le fourneau
Renversent tout, suppriment.
Puis refont du n
Ils détrônent les princes.
En poche ils font le poing,
Conquièrent des provinces
Sans sortir de leur coin.
De la parole libre
Ce sont les partisans :
Ah ! comme leur voix vibre
En chants retentissants.
Arrive alors un brave :
1 Allons ! il faut partir I
Pour briser toute entrave
Périra maint martyr !
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POÉSIES D'AUGUSTB STiXBKR
Aux armes ! vite, sus armes !
Courons avec fierté !
Bravons dangers, alannes,
C'est pour la liberté ! «
Le héros qui s'escrime
Près du fourneau là-bas
Est vraiment la victime
D'un bien grand embarras !
Il ne sait où se trouve
Son sabre, son habit;
Et la soif qu'il éprouve
H^las ! est sans répit 1
Les héros, qui s'escriment
Derrière ie fourneau,
Renversent tout, suppriment
Et refont du nouveau !
Dans les montagnes
Dans la montagne altièn^.
Sur les plus hauts sommets
Je n'aperçois plus guère
Que tes cieux, les forêts.
Un Océan immense
Undule sous mes yeux t
Au loin mon cœur s'élance,
Pour un voyage heureux I
Des coui'bes vers la cime
Vont mes yeux éblouis !
Je chante et je m'estime
Le seigneur du pays I
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RRVUI D ALSACE
En Automne
Terre, tes fleurs soDt flétries.
Tes sourireB désolés ;
Fuyaot les frimas, les pluies.
Tes oiseaux sont envolés ;
Et si le soleil te dore
De son rayon te plus beau.
Ah t son éclat te décore
Comme les fleurs un tombeau !
En Février
Février ! El la tristesse
Couvre champs, prés et forêts.
Pour les plaisirs, la liesse,
Tout pourtant est déjà prêt.
Des monts que la neige couvre
L'on n'entend point de chansons.
!Vulle fleur encor ne s'ouvre.
Fermés sont tous les bourgeons.
Soyez prêts comme la terre,
Ouvrez vos sens et vos cœurs :
Il fait bon quand on espère
Bientôt la saison des Heurs.
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Conditions de la Beauté
A quoi bon ces yeux bleu de ciet, <
Et cette bouche où les abeilles
Aimeraient récolter leur miel ?
Beau profit grec, couleurs vermeilles,
Qu'étes-vous, si sous votre (Çclat
Un cœur ne palpite et ne baf^
Que sont encor les plus beaux chants
Empreints du doux parrum des roses ?
Que sont les hymnes du printemps
Chantant les fleurs fraîches écloses,
Si, sous leur éclat, leur senteur
On ne sent palpiter un cœur?
La Mère
(Musique de Joseph Heyberger)
Vents, faites silence !
Passez sur les fleurs !
Voyez qu'il est beau, le sommeil de l'enfance,
SQufilez doucement, parfumez l'innocence
Oc saines senteurs !
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RBVUB DALSACB
0 source limpide,
Va, coule saos bruit!
Ne me patin pas ée ton amour timide
Pour les blanches fleurs, de ta course rapide,
De l'onde qui tuit.
Sous d'épais ombrages,
0 chantres des bois I
Ne réveillez point, arrêtes vos ramais.
Mettez Ih sourdine dans ces verts bocages,
A vos douces voix.
Voyez le sourire
Ou'il fait en rêvant.
Tu vois donc des anges f Tu vois donc reluire
Les splendeurs célestes f Viens nous les redire.
Toi, mon doux enfant.
Les Œ^ufs de Pâques
Gagah ! gagngali I ga ! le lièvre a pondu !
Ouels cris de plaisir ont soudain répondue
Chacun des enfants court et se précipite
Au jardin ! c'est à qui courra le plus vite.
Ils cherchent dans l'herbe, détournent le buis.
Fouillant les cachettes, lesoioindres réduits
Pour trouver les œufs de couleur que vient pondre
Le lièvre. Qui donc, mes enfants peut répondre,
Et nionlrer ce lièvre ? [I est déjà bien loin
Pour pondre des œufs dans maint coin et recoin.
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poésiKS d'avocïte stgebbr 1
Mais Frilz (le rusé !) vient d'en trouver tin rouge,
Deux bleus. El puis Georges, voyez t qui ne bouge
Du grand groseiller, n'a-t-il pas découvert
l'n œuf violet, un jaune et puis un vert,
Dans un petit nid i Hais Lina qui trottine
Par tout le jardin se dit : « Moi je lambine,
Qui va lentement, sûrement, vient au but ».
Les oreilles d'ours ont caché son tribut
D'œufs roses enrubannés. Rique (I) farrouille,
La belle aux yeux bleus sera-t-elle bredouille'?
Oh non ! car du buis elle en tire plusieurs
Ornôs de devises, Teitillages et fleurs.
Ou'on est donc heureux, o charmante marmaille.
Quand vous étalez, tout chacun sa trouvaille!
Oui ! j'aime vous voir, mes enfants, si joyeux.
Uh ! profitez bien de ces jours bienheureux
Où tout vous paraît d'aussi belle nuance
Que le sont vos œufs. Vous n'avez souciance.
Ni sombre chagrin. Mais il viendra des temps,
Vous regretterez tous ces heureux moments
Où pour vous, îi Pftques, sous fleurs et verdure
Le lièvre pondait ; où pendant la froidure
Le pin de Noël qu'éclairaient mille feux
Portait comme fruits des jouets précieux ;
Où tous vous éliei réunis k la table
De vos bons parents. Le destin, peu traitable,
Vous dispersera pour vous faire bfltir
Chacun son foyer et vous pourrez sentir
Combien ils sont rares, les beaux jours de tèttt.
Quand l'excellent père qui vous les apprête,
La mère qui vous préparait maint régal
Reposeront depuis longtemps k Saint-Gall (2).
(I) Marguerite.
(3) Nom d'un cimeliëre de Strasbourg.
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Ht BBVDB D ALSACE
Hais laissons cela!... Nous voici lous ensemble.
Puissions noue l'élre encor longlemps I... Il me
[semble
Que Keeth vient crier : « Le dtner refroidit ! »
Dînons ! car chacun doit avoir appétit.
Rioz, le 20 Avril, 1897. Charlee BbrdblU.
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L'ANCIEN HOTEL DE LA DOUANE
DE COLMAR
Une construction bizarre, panni les «édifices communaux de
la ville de Colmar, vient d'être l'objet d'un ravalement que
l'on ne saurait conaidérer comme lusueus, ni comme superflu.
Cette construction est connue sous le nom A'Hûlel de la
douane k l'Ëtat-civil Trançais et sous celui de Kaufhus k
l'Etat-civil purement alsacien. Elle est loin d'être élégante,
mais certaines particularités la distinguent et suffiraient, au
besoin, pour expliquer l'oubli ou le respect dont elle a joui
jusqu'à nos jours, pourlesservicesrendus, en d'autres temps,
au négoce de l'Alsace- Lorraine avec les Pays-Bas et les con-
trées voisines.
Ce A'au/'Atu à donc son histoire: elle est iiien esquissée
dans X pages d'une notice due à l'archiviste de la ville, M.
Waldner, qui a puisé dans son dépôt quelques indications
nouvelles et intéressantes.
Ce même Kaufhua a aussi sa chronique ; notre collabo-
rateur, M. André Waltz, s'est chargé de la mettre au jour
en l'accompagnant de deux pages d'introduction, de nom-
breuses notes historiques et, pour terminer, de la liste nomi-
native et alphabétique des personnee nommées dans le cours
de sa publication.
Ce n'est pas toutt Le Kaufhus a une grande salle de gala,
une salle véritablement artistique, au-dessus de la halle aux
marchandises où se traitaient les afTaires courantes, indépen-
damment des achats et des ventes au détail sur les marchés
en plein air. Richement éclairée, de trois races, par des fenê-
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140 REVL'B d'ALSACB
très géminées et munies à l'intérieur d'un double rang de
colonnes, dont chaque groupe est réputé être lechef-d'œuvre
d'un sculpteur de la rorporation, cette salle est, en etîet, très
oiiginate el en même temps fort éit^gante. Abstraction faite de
l'eiïet décoratif, le double rang de colonnes reposant sur le
massif des murs de la Malle, semble indiquer clairement
le projet que l'on avait d'élever au-deasus de la salle et même
des autres parties du bAliment, un (^lage tout au moins, agré-
ment:^ d'un balcon, dont l'élégante et solide galerie en pierre
ouvrée.règnesurpresque tout le pourtour de la massive cons-
truction. Des causes quelconques obligt^rent la corporation des
marchands de Colmar,ou la ville k interrompre l'exéculion du
projet el h déterminèrent h substituer, provisoirement peut-
âtre, à l'édilication du second étage, le vaste et anguleux cou-
vercle dont la surface, remaniée, laisse apercevoir les traces
de la garniture primitive, avec son campanile, plus que
modeste, au chevet du nord.
II va s'en dire que l'appendice, système Renaissance, avec
son magistral escalier donnant accès & la salle de gala, et le
logement — non la loge — du concierge, berceau du général
Rapp, sont compris dans la campagne du ravalement et
aussi dans le plan de reproduction de l'imprimeur photogra-
phe, M. F.-X, Sailé, dont il nous reste k dire un mot.
Douze planches in-i", de A3 centimètres de face sur 25 de
hauteur, et vice-versù, quant aux dessins dûs au burin de J .
Wuitz puis h la photolypie de l'imprimeur F.-X. Sailé, nous
donnent l'image bien iidèle de toutes les parties remai-qua-
bles du b&timent et de ses divers aspects reçus de l'extérieur.
L'une de ces planches, surtout celle que l'on a intitulée :
Frexko-Gemœlde in Erdgetchoss, et qui porte la date de
1320, a un sens qui fait de V Album un excellent document
historique par la vie d'autrefois dans l'ancienne ville libre,
devenue ensuite le siège du Conseil-souverain de la province,
puis de la Cour d'appel et enfin chef-lieu administratif du
Haut-Rhin.
Ajoutons, pour terminer ce trop court aperçu, que la chro-
nique a été traduite en français par le directeur de la Revue
d'A (sace et qu'elle a paru dans ce recueil : pages 243 à 2S2
et 408 k 423 de l'année 1876.
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L^ANCEBN H&TSL DB LA DOUANS DU COLMAR 141
N'est-i) pas regrettable que la chronique, si bien complétée
par M. André Waltz, ait pnru in-S» au lieu de l'in-4'', comme
lea planches? Si une deuxième édition devait avoir lieu, nous
insisterions pour que l'on e(it égard k cette observation.
La Société Belfortai&e d'Emulation
Ce Bulletin est un fort in-8^, sur un beau et fort papier, de
XXXVMrois cent dix huit pages et douze planches, dont dix
d'archéologie et deux d histoire naturelle. Ce volume est le
seizième dont la publication est due aux études et aux res-
sourcer de l'émulation belfortaine.
Les matières dont il se compose sont, comme dans tous les
Bulletins de nos Sociétés savantes, étagées d'une façon qui
donne Ji toute la première partie, sinon a. l'ensemble du Bul-
letin, le ton et le vernis de réunions officielles.
Au point de vue matériel, ce volume ne le cède donc en
rien aux précédents ni à ceux des Sociétés avec lesquelles il
y a échange de publications. Au point de vue des études par-
ticulièrement locales, le Bulletin demeure fidèle h la pensée
qui a motiva sa fondation; et il faut le dire de suite, s'il n'a
pas toujours répondu aux désirs de sa clientèle naturelle, il
fait de louables efforts pour y parvenir.
Outre la première partie dont il s'agit, il y a dans la sui-
vante des études spéciales dont nous avons eu l'occasion de
dire un mot, pages 563-565 de la Ilerue de 1S97. Il s'agit de
l'étude historique de Belfort aux XIll» et XIV* siècles, traitant
accessoirement de l'origine du château et de la ville par M.
Henri Bardy ; puis trente six lettres inédites du Gardien
des Capucins d'Auxonne à Grandidier, suivies de vingt
trois réponses de celui-cy, fournies au Bulletin de {'Émulation
belfortaine par MM. Aug. Casser et l'abbé Ingold,
Les réserves de notre collaborateur et ami, M. Hardy, con-
cernant l'origine du château et de la ville de Belfort, ne ces-
sent pas de nous paraître timorées, excessives. Plus nous
arrêtons notre esprit et nos réilexions sur les circonstances et
les faits particuliers se rapportant îi la « trouée de Belfort »,
plus nous demeurons convaincu que cet important passage
□ igitizedby Google
142 tiBViiB d'alsâi»
des éternelles migrations d'Orient en Occident est farci de
preuves historiques étrangères à celles que nos traditions
classiques nous représentent comme étant les seuls guides
alwutissanl à la vérité historique, il nous semble cependant
que, chaque jour, le hasard fournit t) la science des docu-
ments nouveaux, divers et tangibles, et dont le chercheur,
l'écrivain ne peut se dispenser de tenir le plus grand compte.
C'est tout ce que nous voulons dire à ce sujet en passhnt.
Les trente-sis lettres liu P. Capucin d'Auxonne à Grandi-
dier el les vingt-trois réponses de celui-ci au Capucin ont In
seconde place dans la deuxième partie du bulletin. Elles sont
suivies de la suite du glossaire du Patois de ChAtenois et nous
devons avouer qu'h la suite de l'examen que nous attendions
avec une douce impatience, c'est un grain de déception qui
nous étreint. Avon^-nous tort ou bien ne comprenons-nous
rien à la logique de ces essais ? C'est ce dont le lecteur
demeure juge sans appel I
Nous nous attendions à apprendre si tel ou tel mot de
notre patois recueilli dans le glossaire est ou non étranger aux
langues classiques et, dés lors, s'il doit ou non être admis
rj3mme un mot, comme une locution de langue Celtique ou
Gauloise, parlée sur la rive gauche du Rhin avant la con-
quête romaine et les invasions barbares.
C'est ainsi que la question est posée par nus anciens
maîtres et que Schiepilin n'hésite pas ii y ivpondrc dans un
sens ou dans l'autre, selon les cas. Est-ce à celte proposition
que l'auteur du glossaire s'attache ou même paraisse accorder
(le l'attention ? Nous ne sourions l'afTirme''. La suite de ses
gloses particulières dissipera peut-être nos doutes, car il
l'esté beaucoup de chenr.in Ii faire pour arriver de V Alpha à
XOméga de l'alphabet, les seules quatre premières lettres
ayant paru.
L'ne douce et consolante poésie due à Madame Arsène
Zeller de Giroroagny. Une note de M. F. Pajot concernant les
« Fouilles archéologiques dans la forêt d'Arsot s, puis
une dissertation étudiée et compétente due à M. D-R. et trai-
tant de « Brace et des origines de Belfort », continuent 11
donner au Bulletin le caractèi'e d'un ensemble d'études loca-
les sérieuses et intéressantes.
□ igitizedby Google
l'ancien rôtbl dk la douane de coluar 143
La relation de H. Félix Voulot concernant ses découvertes
funéraires dans l'Enceinle et le Vallum du MoQt-Vaudois,
nvec les planches qui l'accompagnent, et enfin la contribu-
tion de MM. Kœsch et Lucien Meyer à l'étude des Dia(Qnées
du Tcrritoii'e achèvent de remplir le volume. On peut le con-
sidérer comme l'un des meilleurs du groupe littéraire de ce
lambeau de notre Alsace-Lorraine françaite, où se déve-
loppe en ce moment le mjstère bitinguiste commencé depuis
deux mille ans, sur la rive gauche du Rhin ; aujourd'hui il
a pris pied topiquement sur la rive droite de la Saroureme
et autres points du vieux pays Gallo-Franc.
But de rSgltse d'Alsace avant 1789.
Quelle était la situation de l'Eglise en Alsace il la Révolu-
tion ?... C'est ce que M. Schiketé, curé de Sainte-Madelaine
de Strasbourg, nous apprend dans une étude de soixante
seize pages iu-S" , iftpriméc h Rixheim chez Sutter et 0'*.
Sans s'Hrréter k des considérations préparatoires. Jugées inu-
tiles, l'auteur — nous dirons volontiers le statisticien —
entre en maliâre et'nous fait parcourir à pas de géant, et sans
vertige, la durée de lopgs siècles qui ont produit l'organisa-
lion ;\ laquelle l'église est demeurée fidèle Jusqu'à la Révolu-
tion, tout en acceptant ou subissant, cela va sans' dire, les
modifications partielles ou secondaires que tes circonstances
exigeaient, ou qu'il était de son intérêt de ne pas négliger.
Mais l'heure de la liquidation avait sonné et il faut remer-
cier H. Schikelé d'avoir ajoutée la somme de nos connaissan-
ces historiques sur cette époque, le bilan du Doyenné citrA
Jthenum de l'ancien Diocèse de Bftle.
Ce labeur consciencieux, logiquement présenté et mathé-
matiquement établi, sera consulté avec Iruit par tous ceux
que notre histoire politique et religieuse ne cesse pas
d'intéresser.
□ igitizedby VjOOQIC * ,
Les anciens historiens de l'Alsace
Voici un volume de deux cent cinquante pages essentielle-
ment Alsatiques. Il est écrit en latin académique et résume
les travaux scientifiques et liltérairea spi^ciaux concernant le
passé de la rive gauche du Rhin. Ce volume, in-8* , n'est pas
l'crit il l'usage du grand public : c'est une thèse au Doctoral,
soutenue dans la vielle langue classique, k l'académie des
iciencex morales el poli/ iques parti. Rod. Ileuss, l'un des
premiers collaborateurs de la Revue d'Alsare, k laquelle
appartient l'avantage de consacrer deux mots au volume
intitulé : des rriptoribtix rerum nltatii-arum hi*loriris.
i. LiBMN.
□ igitizedby Google
-V L s A O K
KT
RÉGIONS VOISINES
KN TKMPS DE (^L'EIîHK
I-(>s rhronirtiliti i\\\\ voni >iiivre «jnt puiff^s aux nrehivc*
•liKlépartemenUliiHniil-Ithiii. Au fiiniJ, ilssonlln sdKu tleci'
i|iii n paru dnns celle ft'')'Me en 1805 pt l8Wî. | r sfirvir ii
VIlixIiiiKP df in Rérolulion pn .Mxace.
))cs en n si (té ration s Hjii^cialos nnus i^niisetllaieiit. il y aura
tantôt trente six ans, de ne pas faire revivre diuis In senti-
nienl public les souvenirs de la veille ; c'est poiii'qtioi nus
informations sont demeurées dans l'ombre jusqu'il ce jour ,
car nous ne sachons pas que depuis on ait en recours à la
source que nous signalons.
D'autres considi'ra lions — toujours spéciales — nous con-
seillent, en 181)8. de livrer sans réserve nos édiTiants rensei-
iînemenls liisloriques à la curioîiité el li l'apprécialion
ilu leclenr.
CoDUnlisaire des Guerres
1" janrh'r nul i\i itirthr a ni). Oiienregislreaudépur-
leirieut du llaut'Rbin la nommalion de M. Uérard coninie
lommissaire des jruerres. Il lui est enjoint de se rcndi-e 'i
lla^uenau pour exercer les (nni-tions qui lui sont attribuées.
□ igitizedbyGoOglC-'"
Réquisitions et Répartitions
1" janvier i79t (i 3 nieCte an 2). La commisBion-révo-
lutionnaire du département fixe nux chiffres suivants tes
quantiti^s et qualités de foin et de paille qui restent a livrpi-
sur la réquisition des li et 14 déeenibrc 1793:
Fùin :
District de Colmar !ri. 000 quintaux
District de Belfort II"». 000 —
District d'Altkirch !Ui.000 —
Paitlf :
District de Colmar 10.000 -
District de Belf.irt 20.000 —
District d'Altkirch 23.000 —
Le lendemain, S janvier, (13 nivôse), ladite commission.
signée Baur et Blanchard, nomme Hyppolite Colloml>el, de
Sain te-Croix-aux-Mi nés, commissaire civil h l'armt^e du
Haut-Rhin, en remplacement de M. Rudier qui cesse de
remplir cette fonction. .\vis en est donni^ au gi'ni^nil Scherer,
commandant l'arniéc du déparlement.
Alimentation civile
H janvier 1794 (19 niDÔte an 2). La cuinmission des
subsistances militeires arrête que le départeutent du Doiibs
et les districts de l'oligny, d'Arbiiis et de Dôle fourniront au
département du Haut-Uhin 50.000 quintaux de grains.
22 janvier (3 pluviôse). L'administration du département
considérant que le t)eM>in où se trouvent les habitante est on
ne peut plus urgent ; qu'elle doit faire les diligences néces-
saires pour y pourvoir. En conséqueDCC, l'administration
nomme le citoyen George Dollfus, président du comité de
surveillance k Lulterbach, commissaire chargé de se rendre
aux lieux requis poui' activer In livraison et l'envoi des
gi'ains réquisitiiinnés.
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I.'aI.SVCR en TRllPS llK Rl'KIII.I': i4T
7 février (19 pInviÛBf). [/adminislration airèle que les
ûO.OOOquinlaux de grains mis il sadispusitionparlacommisMon
dps sulisislances ne seront repartis qu'apn)» l'achèvemenf
i-omplet de l'inventaire onlonné des crains existante chez Icr:
i-iliiyens. e'est-i-dire lorsque rndminislrnliun aura sou8 li's
yeux les éléments (iiii lui pennr'llrdnl de faire une n'-parli-
tion équilahle.
AdmoDitions ministérielleB
Hljfini'ier i7{t4 fSO nii'/tgp on l'i. Les représenlanls tlu
peuple en mission dans les déparlements de ITst envoient
aux administrateurs du llaut-ltliin copie, sans date, des
admonitions du Ministre de l'Intérieur portant : h qu'il est
« infuruié que la masse du peuple du ilaul et Das-Rliin n'est
« pas Haro le sens de la Révolution ; que les administrations
« sont mal composées, que les lois ne s'exécutent pas,
•1 notamment celle l'clalive au maximum du prixdes denrées*.
Il appuie ces observations de la copie de dilTérentes lettres qui
lui sont parvenues de comuiissaires des assemblées pnmaires
du Haut-Ithin. Les représentants invitent les administrateurs
il reméilier k cet état de choses et îi leur donner incessam-
ment avis des succès dus ii leur zè\6. A la suite de ces recom-
mandations, les administrateurs invitent les agents natio-
naux des Districts ii veiller à l'exécution des lois, à arrêter
l'agiotage, h faire approvisionner les marchés, k faire obstacle
au conimeree nocturne des denrées, à propager la vérité en
détruisant le fanatisme, ii veiller à ce que les administrations
remplissent leur devoir et h rendre compte à l'administration
lies moyens et des mesures prises pour remédier aux abus
qui peuvent régner dans les di-lrii'ts. Vrt. Piolist-Jourdain.
Anniversaire de la mort dn Tyran
■Jl jaiirier 17U-I /i pluriûse, nn :■*). Iji société populaii-e
de l'.olmar informe l'administration qu' • h l'instar fies
« l'itovens de Paris, elle se propose de célébrer l'anniversaii-e
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itë IIKUTB d'alsaok
« de la mort du dernier lyraii de Fi-ance ». Elle invite
l'administration à disposer d'une somme queleonque, ïi pn-le-
ver sur le fond de secours rais à sa disposilio» par le tribu-
nal révolutionnaire, pour doler tine fille pauvre et vertueuse,
qui donnera sa mnin. en ce jour de fêle, à un r<-publtcahi
sans fortune.
L'administration du DépartemenI du llaut-Khin : Considé-
rant que toute occasion de céli'brer dignement k triomphe
de la liberté doit ^tre saisie avec enthousiasme par des
Uépublicains; que les impressions propres ù nourrir In haine
contre les tyrans, ne peuvent tourner qu'à l'avantage de
rhumanilé ; que l'emploi de» fomls demandés pour dfUer
l'indigence honn<^le repond nu but social et ne les diHourne
point de leur destination.
Arrête : (Jue cette Î6lc sera célébrée h 30 pluviôse prochain
(18 février 1794) ; qu'il sera pris sur les fonds de fiecours,
mis il la disposition du département par le tribunal révolu-
tionnaire, la somme de 4800 francs pour la dot de quatre
lilles vertueuses et pauvres qui donneront leurs mains à des
citoyens sans fortune ;
Ijue ces citoyennes et citoyens seranl choii-is de pre-
férence parmi les orphelins délaissés ou les enfants de
la Pairie:
(Juc lasociélé i>opulaire île (lolmnr présentera un couple
choisi dans celte commune: que le conseil-général du district
de Cuhnar en présentera un clioibi dans la campagne et les
districts d'.Mtkirch el de Relfort chacun un, aussi choisi dans
leur ressort.
Les quatre groupes se réuniront à Colmar le 30 pluviiW
pour assister ù l'anniversaire de la destruction du despotisn)e,
qui s'y tiendra U (0 heures du matin.
H sera délivré par le sieur Lafaye, payeur général, sur li's
fonds susdits une somme de 1200 francs ii rhaqun roupie sur
la présentation d'une expédition du présent arrêté ait bas
duquel le seerétaire général inscrira le nom des mariés.
La municipalité de Cnlniar est invitée de soigmn' la police
el l'arrangemenl de la fête,
l'iiur le Président : LARCHi£n-Joi:i)AF>
HTréla ire-ffénérti l
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i EN TISHCS DE (iUEllIlli
Nonvollos Réquisitions — Landau — Brisach
■J janvier 1794(14 phœiôxe an S). La Commission des
subsislances el afipruvisionnements de la République requiert
(lu département la fournilure de 20.000 quintaux de grains
dont 34 en froment et 1/4 en orgo.
Le 7 février (i9 plui'idxe). l'Administration du Départe-
ment — c'est ainsi qu'elle s'intitule depuis un mois — répar-
tit ce contingent, comme suit, entre les districts :
District de Cotmar, 3.750 quintaux de froment el
Î50 d'orge.
District de Uelfort, 2.230 quintaux de froment et
750 d'orge.
District d'Altkirch, 9.000 quintaux de froment el
3.000 d'orge.
Ces livraisons seront payées sur le pied du maximum et
seront /ailes dans le cours de trois décades.
La livraif;on ne s'opérant que difncilement et le Bas-Rhin
se trouvant dans une pénurie extrême, l'administration du
>laiit-ltbin dél;5gue, le 17 février (29 pluviôse), un commis-
saire, (îeolTroi Bussmann, qui se transportera dans les
districts el ne les quittera qu'après livraisons parfaites.
iO février i794 (22 pluviiSxe an 3). Le commissaire,
ordonnateur en chef de l'armée du Rhin, requiert du dépar-
tement du llaul-Ilbin 46.000 quintaux de foin pour l'appro-
visionnement de la place de Landau et 12,500 sacs d'avoine.
La totalité de la réquisition devra être fournie sans délai.
Considérant l'insunisance de temps pour opérer réguliôrc-
menl la levée de cette réquisition d'approvisionnement,
l'Administration du Haut-lthin ordonne que les districts
feront voiturer sans délai sur Landau tout ce qui peut être
disponible dans leurs magasins, sauf aux voituriers requis
il décharger à Strasbourg tout ce qui pourra excéder
les quantités requises pour Landau.
12 février 1794 (24 pfuvithe au 2). Avec laposUlle de
l^esmann. Représentant du peuple en mission, la ville de
Brisach, disposant d'un ciV'dit de 100.000 francs, demande à
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ru<lii)inislriiliu:i lu ilépartcmenl de prciidi-c ilu suite les
mesures nécessaires pour rnpprovisioiinemenl, sur la liass (!<■
3.300 bouches du pujiiiliilion civile, ;i pourvoir de snbsis-
Iniices pcndanl un siège de six mois ii prévoir.
Considérant ({ue la populaliun civile de la plarit est de
1U77 âmes au lieu de 2300, cliiffre sur leijuel la demiindc est
hiisée: (pie, vi\ l'élut d'épuisement, il y a lieu de diminuer
d'un tiers la quaulité des denrées deuiandi'es : qu'il est d'ail-
leurs urgent de prendre des mesures edicaceà pour approvi-
sionner lu ville avant le retour de la campagne ; que la con-
servation (le cette forteresse intéresse au même point tous les
districts du département ; que la commune n'étant pas k
mémo de faire les avances, il convient de demander au j;o"-
vernement un nouveau fond de 380 mille livres k ajouter à
celui de 100 mille <iéjà accordé.
L'administration du départeuienl arrête comme suit l'éliit
des approvisionnements <lc Neuf-Brisarh pour sis mois Je
siège c'ilculés sur 1677 pi^'sonnes. savoir :
IlipuT frais, i:tO pièces : viande salée, itiOO quintaux ; lai'il
salé. 300 quintaux ; beuriv sulé. 40 quintaui: ; sel, y compris
celui de la salaison, 100 quintaux; bois, 100 cordes; chandel-
les 48 quintaux ; vin, 1000 mesures du pays; eau-de-vie,
200 mesures du pays ; vinaigre, 400 mesures du pays ;
farine, 3500 quintaux ; riz. 100 quintaux ; légumes se;s, 600
quintaux ; huile de navette, tO quintaux ; foin, SOOO
t|uinlaux.
Le département du llaut-Hhiu fournira les denrées
ri-dessus détaillées.
Il en sera référé au représentant du peuple en mission
dans les Vosges et k la commission des subsistances à l'elTet
d'obtenir que le département des Vosges ou autre de l'inté-
rieur soit l'equis de livrer à la commune de Neuf-Brisach :
10 40 quintaux de beurre ; 20 300 cochons ; 3» 100 quin-
laux de sel ; 4" 100 quintaux de riz ; 5" 600 quintaux de
légumes secs ; 6'^ 40 quintaux d'huile de navette et "' 5000
boisseaux d'avoiuc.
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B EN' TBHPS DR «CBIinE
Toiles peintes
15 février i794 (27 pluviôse an 2). Le citoyen Hauss-
mann présenle au Direcluire un arrêté du Conseil-exécutif du
4 pluviôse (23 janvier) et en demande lenregistreinent sur
les registres.
« Sur le rapport fait au Conseil-exécutif de la demande
des citoyens Haussinanii, Emerich, Jordan et compagnie,
manufacturiers de toiles peintes, le Conseil-exécutif, après
avoir entendu le commissaire des subsistances ;
« Considérant que les toiles, provenant de la manufacture
des citoyens dénommés ci-dessus, sont des objets de luxe;
M Que la loi du 7 septembre 1792 détermine les toiles
qui peuvent être exportées et les formalités à observer pour
éviter la fraude;
n Arrête, que les citoyens llaussmann, Emerich, Jordan
cl C'< pourront faire exporter librement celles des toiles
peintes provenant de leur manufacture pour lesquelles ils
auront satisfuit h la loi du \ septembre 1792, et que les
eaiployés aux douanes les laissc^ront sortir après qu'il leur
aura été Justifié que les formalités nécessaires auront été
remplies.
Id mar» 1794 (29 ventôsean S), Le Directoire enregistre
un arrêté identique au précédent en faveur de Pierre Uollfus
et compagnie, manufacturier de toiles peintes à Wesserling.
Contribution mobilière du département
18 février 1794 (30 nivâne ait 3). L'administration du
département répartit comme suit la contribution mobilière
mise k la charge du département du Haut-Rhin par le
(léui'et de la convention nationale du 29 novembre (9 fri-
maire 1793).
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lôâ iiKvi'K ii'ai.saci;
livies sous deniers
]>isli'ict (Ju Culiiiar 108.092 R «
« d'Altkireli 32.805 1 i
« (icBelforI . . I . . Ô3.t32 18 I
Tolnux. . IBi.Sill lit :t
iiiixi[ui'ls seront ajuuli'-s i sou-* par livre [»our fond <le
(Ipchnrge et non valeurs ;
Kn outcc, le cinquième iltja (lé[ieiiseti gr'némles ttu il('-|)iirli--
niL-Dt rcservt-, faisant la somme de 57.0(iâ livres 10 sous,
sera ri'parli au marc la livre du principal de la contribii-
lion, savoir :
livres sous deniers
Dislrict de Colmar Zi.TM 14 11
« d'Altkirch 9.632 16 ô
» deB'irorl 15.689 17 8
57.062 10
Régie des poudres et salpêtres
-'7 fêcFier 1704 [3 veatùse an 2i. L'administration du
di'parlement enregistre la nominalion de Nicolas Schemel
comme prépose U la fabrication du salpêtre. Elle est datée de
Paris le 12 janvier 23 nivôse et ainsi connue :
« Nous, régisseurs nationaux des poudres et salpôlres, elir.
nommons Nicolas Schemel pour être l'un des préposés que la
lli'gle est tenue d'envoyer dans chaque di'|)artemenl.
0 Se fera reconnaître :
« ['reviendra les administrations des Districts du lieu el
« du jour où son école sera ouverte ulln qu'elles puissent y
« envoyer ses agens ;
« Se placera dans un lieu oii la Régie a des établisse-
B ments, auprès de l'atelier d'un salpétrier afin de se mettre
« autant que possible à portée de Joindre l'instruction pru-
» tique il l'instruction théorique.
a II emploira tous les moyens de persuasion, toutes les
B ressources d'aclivilé que peut animer le plus aillent
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« palriolisme, pour exciter le zèle des communes el diriger
« fous les citoyens vers la fabrication du salpêtre. — Faii-
« chent, Leblon, Jacques P. Champy. L.-P. Dulourny ».
0 avril (17 f/er minai an 2). Les administrateurs révolu-
tionnaires Dabaucourt, Carnol el Duroiselle nomment le
citoyen Laba<'be pour enseigner dans ie Haut-Uhin le Iravail
du salpêtre.
Importations et Exportations
28 février 1794(10 venlôni' an -J). Le comité de Sulut-
public autorise la commission de& subsistances de la Républi-
que h ('lablir h Bourg-libre (Saint-I^uis), Haut-Rhin, un
bureau particulier, ou comptoir, à l'efTel de faciliter la
|ilus prompte et la plus abondante importation possible de
subsistances, denrées, matières et marchandises de première
nécessité en échange de l'exportation des vins et des mar-
chandises de luxe qui peuvent exister dans le départe-
ment.
Le 12 mar» (^2 centùsej, le citoyen Haussmanii, qui e-st le
chef de cette agence, écrit à l'administration du département
pour l'inviter à prendre 1rs mesures nécessaires pour lui faire
connaître le plus l6t possible la quantité des vins encavésel
excédant la consommation ordinaire, qui servira de basi
aux opérations qu'il se propose d'entair.er incessamment.
Le 13 mar» (23 tentdxe), l'administration du dcparten
prescrit l'inventaire des vins de la Haute-Alsace, classés en
qualités : première, moyenne, ordinaire. Cette mesure esl
prise en vue de faciliter l'importation du bétail, des denrées
el subsistances de première nécessité en échange des vins ef
des marchandises de luxe qui peuvent exister en superflu
dans le département.
□ igitizedby Google
IIKVLK D'AL»ACB
Mission Mairan de Belfort
10 man i794 {20 rentùte an 2). L'administration enre-
gistre une pifce délivrée & lluningue le 3 venlôse an 2
(â3 f<''vrici' 17tl4), par llandut, ivprégentaiit du peuple pi>>s
les armées du ftliin et île la Moselle, et autorisant le citoyen
Mairan de Belfurt, à parcourir le Haut-Rhin, tes Vosges, le
Mont-Terrible et autres environnants, pour y prendre
connaissance des pi'oductions du pays qui peuvent élre
utiles aux arts, aux nianuracliircs et principalement U la
marine ; à charge par lui d'en rendre compte aux repri'Sen-
tants du peuple et de faire des mémoires détaillés sur );haque
objet de ses observations et de ses découvertes.
OoDS patriotiques
ïi murs 1794 t^2i venldue an 2). L'administration enre-
gistre la nomination faite par M. Schielé, commissaire ordon-
nateur près l'armée du Rhin, datée de Strasbourg le 10 ven-
lôse (28 février), qui charge le citoyen Schwartz de Colmar
de veiller k l'exécution des ari-èlés des représentants Lacoste
et Baudot des 8 pluviôse et 13 vent<W' an 2.
Schwartz, membre du Directoire du district de Culinar, a
été présenté par la société popuisiro pour remplir celte
]| est investi des pouvoirs les pins étendus pour ri'unir les
effets, provoquer les dons patriotiques et diiiger le tout sur
le magasin de Strasboui^. Sa mission doit être accomplii'
dans un mois au plus tard.
Évacuation du Palatinat
31 mars 1194 U" tjerminal an 2). La commission
établie par les représenta ntants du peuple k l'armée du Rhin
□ igitizedby Google
I. ALïAUi: EN TEI1I>S IIK il
|>oui' l'évacLiHtmn du l^tlatinal, écrit à l'ail mi nistrution du
d('-pjirU'menl une réquieitioii ainsi conçue ;
" Liiudttu le -'9 ventôse an 'J (19 mars 17941
" de la Hèpithlique française
I' Deu!L mille voitures peuvent encore être chargées ilans
II' Falatinal. Les représentants viennent de nous prescrire
(l'opéreravec la plus grandi: célérité révacuatiuntotaledetoutce
qui peut encore être transporté. Les mouvements prochains de
nos armées nous imposent aussi l'oitligation impérieuse de
ne rien négliger pour l'efTectuer. Le peu de voitures qui
nous restent ne peuvent sulïire k ce service, d'autant plus
i(ue la commission est encore journeltemeni requise de four-
nir di- si's voitures pour les besoins de l'iirmée ; et ({uand elle
le pourrait il v aurait injustice de les retenir plus longtemps :
il est même instant pour la chose publique de renvoyer les
conducteurs travailler a leurs semailles.
e Nous vous invitons donc, citoyens administrateurs, et
au besoin nous requerrons :
« i" (te vouloir bien donner des ordres pour qu'il soit con-
duit à Landau, du département du llaut-Khin, In quantité
de cent trente voitures. .\ leur arrivée, toutes celles que nous
pournnis encore avoir de votre département seront
congédiées,
s 2° Ue prendre les mesures nécessaires pour que les voi-
tures que vous allez nous envoyer soient remplacées douze
ou (juinze jours oprès leur départ, par des nouvelles, atln de
ne pas trop entraver les opérations des campagnes.
H <:haque voiture devra se munir de subsistances pour
quinze jours en fourrages dont six seront versées ù leur
arrïvée, dans les magasins de la place. Certiflcat leur en
sera délivré et payé comme fourniture du contingent. Ils
seront en outre payés de leur route et de leur jour de travail
pour l'évacuation du Paliitinat où les subsistances leur seront
fournies ainsi qu'à leur teloiir.
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loi» IIISVtE DAL<«AUE
« Furts de votre palriulisme, nous espérons la plus prom-
pte exécution de la présente réquisition, en vous préve-
nant que vous serez i-esponsable de tout retard.
• Salut et fraternité.
'< l'\RUBNT[BH-BARTH-RtGBOT »
L'administration du département requiert le Directoire du
District de Colmnr de donner sur le chiimp les ordres néces-
saires pour faire passer ii Landau soixante voitures ; celui de
Belfort 35et celui d'AlIkirch également 35, attelées chacune
de deux chevaux.
Dans les ii heures, les Directoires des trois districts
rendront compte des mesures prises.
Armes de Guerre
20 Hiam 1794 [0 germinal an 2). L'administration géné-
rale du département fait payer au citoyen Weiss d'Ober-
bruck, 798 livres pour le prix de 133 piques, livrées par lui
lors de la levée en masse, aux communes de Rimbach. Ober-
bruck, kirchberg et Wegschcid, soit U raison de 00 livres
la pique.
Assistance Interdépartementale
'■i avril 1794 {!4 germinal an l'i. Le déparlenn-nt du
Doubs se trouvait dans une pénurie extn^me de grains pour
l'alimentation civile.
Le Haut-Rhin, taxé à 50.000 quintaux |K>ur venir au
secours du Doubs. fait opérer le recensement desdits grains
existants dans ses trois districts adn d'impo-ier ik chacun
d'eux la quote-part à lournir, réserve faite des quantités
nécessaires aux semailles et ik l'alimentation, pendant six
mois au plus, de leurs populations i-especlives.
Le recensement constate que le district d'.\ltkiri;li jiosséde
139496 quintaux de grains, quantité suffisante pour la con-
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1. ALSACE KS T«MPS AK r.rKriRE l,"»T
sommalion de ses habitants pendant sept mois, calculée k
une livre par Jour et par individu.
Au district de Belfort le recensement accuse 84,513 quin-
laui, quantité à peine suffisnrile pour nourrir ses
habitanls pendant trois mois et demi.
Plus mal partagé encore est le district de Colmar qui ne
recense que 77,397 quintaux, quantité qui peut à peinp
suffire il ses habitants pendant deux mois.
Loin de pouvoir venir au secours du département voist».
l'adminislrfllion du Haulllhin arrête : que le district d'Ail-
kirch, dont la situation est relativement bonne, mettra
36,000 quintaux, à la disposition du district de Colmar et
11,000 n la disposition de celui de [ielfort ; ces deux districts
se trouvant dans un besoin urgent et particulièrement celui
<\>' Colmar dont la population est près dn.,double plus élevée
que celle des autres districts. Cet grains seront payés au prix
>iu ninxinium par les magasins ncqnérnirs.
FabricafioD du Per-blanc
ti arril 1794 {17 germinal an 2). Le citoyen l'i-ospèn-
llhaulin. manufacluner ii Bains, demande, par l'organiî du
directeur de liisine, le citoyen Baitz, que le Haut-Rhin soit
requis de lui fournir « trois milliers « de suif fondu, néces-
saires îi la fabrication du fer-blanc,
Foussedoire, représentant du peuple, dans les départe-
ments du Haut-Rhin et des Vosges aulorisc l'adminlstnition
«lu département à mettre en réquisition sur les trois districts
ces tn-ismilliers; .le suif fonduàlivi-er an citoyen Itallzponr le
servi 'c lie lu lunnufat-ture.
Armées du Rhio A de la Moselle
il arrit 1791 {21' yprminal an 2i. A Slrasbourg le 22
genninnl *<■ «nnce de la République française, une el indivi-
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irtH REVi'E n'Ai,s.\(;E
sible, — Le représentant du peuple j rfe des armées du Hliin
et de la Moselle « arrête :
« Que le département du Haut-Rhin (pu p!«l <'n ntlnnl de
verser dans les mogasins militaires de l'armée du Ithiii
.')8,000 <]uintaux de foin et 25,000 quintaux de paille ;
« Olui lies Vosfçesîe.OOOquinInux de foin, 20,000 quin-
anx <le paille et 87,000 sairs d'avoine pour compléler les
difféi-entca réquisitions qui leur ont été faites, seront tonus
d'y satisfaire dans deux décades pour tout délai, h peine
d'être traduits an tribunal révolutionnaire et d'exposer les
administrés h être Irailés militniremcnl.
" Le département de la Côte-d'Or, dans le même délai el
sous la même peine, fera opérer le versement des 30,000
quintaux en foin pour lesquels il vient il'ètre requis par la
rommission des approvisioniirmenls.
« Los districts de Slraslioiirg cl de Srhlcstadt et la partie
de lla^uenau ifui n'a point été envahie, fournironl dans le
même délai et sous tes mêmes peines, en déduirions de leiii-s
impositions. 12.000 quintaiis de foin et 10,000 .juinlaux d.-
paille.
a Le citoyen Dutorl, administrât eiir des subsistances se
rendra dans les déportements du Haut-Rhin et des Vosges
pour y surveiller l'exi'culion dit pivsenl arrêté el il me rendra
compte tous les trois jours des opcintions des aduiinislra-
teuis. Il me dénoncera ceux d'cntr'cux dont la eonduile
serait faible ou malveillanle : il se transportera ensuite dans
le déparlement de la Haule-Saône pour y surveiller lex'Vu-
tion de l'arrêté du même jour. — J.-B. Lacoste ».
10 nv?-il 1794 [27 germinal an 2\. Lacoste ajoute ce qui
suit II la mission du citoyen nuiforl : Dans le Haut et Ip Bas-
Uhin, les Vosges, le Mont-Terrible, la Haute-Saùnc et la
Cùte-d'or, « il fera une visite domiciliaire chez tous les admi-
« nistrateurs, otliciers municipaux et autres fonctionnai iiîs
« publics pour vérifier si la déclaration des grains qui leur
« appartiennent est exacte et s'ils ont fait exécuter l'ari'êté
« du représentant du 2" pluviôse, relatif à un nouveau
« recensement.
;'/ tirri! 179-1 (-' florénl an l'i. L'adminislralion enni-
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i.'ai.sm:r kn trkps iie r.riERiiF: 1511
gislre la nomination du citoyen François-Xavier Hauvilliers
comme contrôleur des transports militaires comprenant les
subsistances et les fourrages, les effets d'habillement d'équipe-
ment et de campement, ceux de l'artillerie, ses attirails,
uBtensils et munitions de guerre, ceux des hôpitaux et enfin
ceux des convois en général. Il pourvoira à la loupniture des
voitures et des chevaux nécessaires et h l'organisai ion du
.service, avec marche n^jriilière.
Cour de Munster à Colmar
Le S acri/ i7S3 la cour de Munster tirant vers le Levani
sur la place Collégiale (place Saint-Martin ; vers le Couchanl.
^urlarucappeléeScbœdelgass (aujourd'hui rue des Marchands!
e8tim''-e !i2l,000 fr., est enchérie par Jean-Claude Schwartz,
de Coimar jusqu'à S0,400 fr. et lui est adjugée, fi l'e^ilinction
'le In troisième bougie.
I:î avril 1794 (S4 germinai an 3). Sur le rapport de lu
Hiciélé populaire de Coimar, spécialement consultée, le
représentant Fousscdoire ii-ve la suppression prononcée le
18 frimaire an 2 (8 décembre 4793) par Hérault de Séchelle<^
contre le citoyen Fritsch, cj-devant. lieutenant de gendar-
merie, en considération de ses quarante-cinq ans de service,
de ses hlessuiv^ cl de ses initrmités. Mais l'arrêté <lont s'agit
ne pourra élra un prt'lexte pour déplacer le lieutenant qui a
remplacé Fritsch.
Rassemblement séditieux en Suisse
15 nrril 1794 {20 germinal an 2), l^-i soi-ielé populaii'e
de Dille le 18 germinal nn 2 1 7 avril), dénonce lox-capitaine,
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ItiO RRVI'R Ii'aI.SAOE
Noblat comme ^tant » la léte d'un rassemblement séditieux
en Suisse. Le gén^^ral Schérer, à qui cette sociélt- avait écrit,
lui répond dp son quartier général de Klolzlteim. qu'il est
<<ITerlJvemenl vrai que le capitaine Nobint a été un moment
à la l^lo de rnssemblemenls qui se sont formés tdes brigands »
du >l ont -Terri h le et qui ont été déjoués : que depuis ce temps,
■suivant ttws les rapports de ses espions, il s'est relire à
Kheiiifeld, oi'i il fomente de nouvelles séditions el conspire
i-onlre sa pairie, mais oft il échouera s'ilose jamais metlre s**-
prvjels liberlicides ii exéculion.
* CiinsJdèninl que le rapilaiiie Nobl.il s'est retiré h
à RheinreM. terriloire de Puissance en guerre ronln' la
Kninee, oti i) fomenle nouvelle sédition, l'administration du
tIaut-Khiii arrête que son nom sera porté sur la lisle suppl*^-
tive des êmiin^ et i]u'il sera <«iiimi« aii\ loi-: a ppli>-.ilile<. ,i
ee< derniers, — IMIieb-Jounliiin ».
.1 «w/rre-. 1,* ItKvtK.
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A TRAVKRS LE PASSE
SOUVENIRS D'ALSACE
POHTRA[TS, PAYSA(iES
Fin (J)
KXCURSION DE DEUX ALSACIENS
A'n IMijique el pti Hollande (2)
Visites aax Mosâes de Bruxelles, Gand, Bruges, Anvers.
— Une ville morte, — Van Syck et Kemling,— Un marbre
de Michel-Ange à Bruges.
Rugùne Fromenlin, le {leiiilrc dos sct^nes nrnltos de
l'Algérie, l'arlistn (V-rivain (]iii ii poJiil le Siihnia il'nprès
nnliire, venait <le publier son ciii'ic-iix livre sui' les itiusécs
(i) Vov. pp. 33J-.W5 (lu Irlmeslrc Juillel-.Vortt-Seplembre. pp
4.3tt-465dulnineBte Oelolirc-Noveiubre Ui'Tctiibrel8!);>: pp. ti-m
<lu Irimcsire Janvier-Fèvrier-Mars. pp. \-'S-i'M du Iriiiieslrc
Avril-Mai-Juin, pp. 34(>-377 ilu Irimeslro Juiilet-AoïU-Sppl-inbre.
pp. S20-5.'Sf)du tnmcsirc Oclolire-Noïemlirc-llécniiliri» WHi; jjji.
i04-lS8dii Irimcsire JanTior-ri'vni-i'-Mars.pji. U^i-IK-t <lii trimeslre
Avril-Mai-JuiD, pp. 'AWVXM du IriiueEtrc Juillcl-AoïU-SepleDiljie.
pp. 4(i1)-489du Iriiiieslre Oelobre-Noveiubrc-Déieinbre IS»7: p|i.
8.3-IO(i da trimestre Janvier-révrier-Mars 1898.
(2) Je lerminc mou foliiiiie di' souvenirs par le récit des impres-
sions lie voyage dc deux Alsui-iens en lïelgiiiuc et en Hollande.
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162 RKVUB b'ALSACb
des Pays-Bas et avait reporté l'allention des amis de l'art sur
les trésors qu'ils renfermenl. Je n'eus pas de peine îi me
laisser entraîner par ce mouvement de curiosité. Un matin
de juillet 1882, sous le charme des longues journées d'iHé,
Henner et moi primes le train pour Bruxelles, emportant
dans nos valises légères le guide Joanne qui devait nous
servir de fll conducteur dans le labyrinthe des musées, monu-
ments et collections particulière? ijue nous tenions ii explorer
•i fond.
Bruxelles, un petit Paris, a de m'ignillques édifices,
anciens et modernes, des boulevards comparables à ceux de
Paris, mais dont les dimensions excèdent les besoins d'une
circulation restreinte et semblent leur enlever toute anima-
tion . Le Palais de la Bourse, le Palais do la Justice, le théâtre,
constructions toutes modernes, se distinguent par leur archi-
tecture somptueuse trahissant la recherche du grandiose. Dans
certainsédilicesreligieuxoùlestylejéauitedomineavec son clin-
quant et son ornementation de mauvais goût, apparaît encore
la trace vivante de l'anrienne et cruelle domination espa-
gnole. Mais l'œuvre maîtresse où se résume toute l'histoire
du vieux Bruxelles, où chaque pierre rappelle de navrants
souvenirs, où se sont figés sous la rude patine du temps les
efforts et les douleurs d'un peuple avide de libertés, c'est le
fameux hôtel de ville, celte dentelle de pierre avec
ses pignons façonnés, ses galeries )i jour, ses consoles, ses
clochetons, ses balcons fleuronnés et son beffroi aux élance-
ments superbes qui semble monter comme une prière dans
l'azur, et ijui a bien souvent sonné le glas des guer-
res civiles.
Monument d'architecture gothique, situé presqueen face de
l'hôtel de ville, l'église Sainte-Gudule. d'un style assez sévère
h Fextérieur, a subi dans son mobilier les exigences
disparates du style rococu des Jésuites qui semblent avoir
Ces pngea où se rénèlCDt la oalurc et l'art d'un beau pajB, ne
seroul peut-être (tas indifférentes aui lecteurs qui ont eu lo
patience de inc suivre jusqu'ici dans l'œuvre de bon souvenir
vouée ù la terre sarrée de nos aïeux où l'art a toujours élé en
honneur.
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A TRAVERS LB PASSÉ 163
prisa Iflche dedi^naliirer h plaisir lu belle ordoniinnce des
nefs anciennes. Ainsi, la chaire à prêcher, considérc^e géném-
Icmenl comme un chef d'œuvre de sculpture et de patience,
est plutitt une composiliun extravagante qu'une vraie œuvre
d'art. Au milieu d'une végétation luxuriante, qui a la pré-
tention d'être paradisiaque, on voit un ange armé du glaive
et chassant Adam et lïve du paradis ; des singes, des
écureuils, des paons , des perroquets , des coqs et des
poules, aimahle ménagerie de l'Eden, forment contraste
avec le squelette grimaçant qui poursuit nos deux premiers
parents. Lors de la publication dans le Tour du blonde des
intéressantes notices de M. Camille Lemonnier, sur la Belgi-
que, la maison Hachette m'a demandé de lui deàsiner celte
chaire aussi célèbre que fantaisiste par l'exubérance de ses
détails, œuvre d'imagination sinon de talent d'Henri
Verbruggen, l'armi les autres monuments belges que j'ai
dessinés pour la même publication, ligure la petite fontaine du
Maenne kfpis, dont le nom flamand assez tiansparent laisse
deviner le caractère ultra- naturaliste. On semble trùs lier îi
Itinixellcs de cet impertinent petit bonhomme, savez-vous?
Après avoir visité rapidement les principaux monuments
de Bruxelles, nous faisons une longue station au musée de
peinture qui est très riche en primitifs flamands M. Frlis.
le savant conservateur du musée, pour qui l'ami Bavard
nous avait donné un mot de recommandation, se ilt plaisir
de nous montrer les toiles les plus célèbres de Rubens, do
Rembrandt et de Van Uyck,(|ue possède lo musée et d'appe-
ler notre attention sur les rares panneaux des frères
Van Eyck, de Memling et de Hoger van der Veyden. Nous
avons été tout parliculièrcment intéressés par les deux volets
latéraux du fameux triptyque des Van Eyck, V Adoration de
l'Agneau mijxttque, dont le panneau central est conservé
dans l'église de Saint Bavon k Gand. Sur ces deux volets sont
peintes les figures nues d'Adam et d'Eve. Elles sont repro-
duites évidemment d'après nature, tellement leur expression
et leur anatomie sont remarquables. Un autre fragment du
triptyque de Saint-Bavon est au musée de Berlin, de sorte
que le chef-d'œuvre de Jean et d'Hubert van Eyck est aujour-
d'hui dispersé, grâce h la coupable indifférence de la fabrique
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i&À REVUE d'alSACB
de Saint-Bavon qui a laissé muUlei' cet incomparable monu-
ment de Tort du XV siècle.
« Quoiqu'il en soit, ces restes sont grandioses, ils nous
étonnent, ils nous confondent par leur science, ils nous ('meu-
vent par leur élth-ation et par leur ampleur. On se sent
('crasé par ce miraculeux savoir qui édate ainsi dès le début,
par cette expérience consommée qui se manifeste dès le prin-
cipe. On cherche des précurseui-s, ,1ps initiateurs, et les
obscurités île l'histoire enveloppent si bien cette prodigieuse
éctosion, qu'elle parntt comme une sorte de génération spon-
tanée, sans précédents d'où elle découle sans antécédents
qui l'expliquent.
« Où les VAn Eyck avaient-ils appris cette technique
merveilleuse qui représente l'accumulation des études de
plusieurs générations ? (Jnestion redoutable et bien loin
encore d'être résolue (Il ».
Le surlendemain de notre arrivée h Bruxelles nous partons
pourGand, ville commerçante, animée, agitée, vibrante où
l'on sent une puissante volonté de conserver la fortune
acquise et de l'agrandir encore, une de ces vieilles cités
municipale^, tières de leurs franchiseii séculaires, qui, tout
en suivant le progn^'s moderne, n'a point renoncé au culte du
passé, comme le pi-ouve le respect qu'elle porte h ses vienx
monuments. Nous rlébarquons en plein marché, devant la
belle façade de l'hùtcl de ville et en face de la tour du belfi-oi
située ait bout de la grande rue, sombre décor du moyen fige.
Sur la place du marché les cuisinières portant au bras gau-
che de grands paniers !i anse, en fer blanc, nous semblaient
de vieilles connaissances tant leurs costumes et leurs
allurt's se rapprochent de ceux des ménagères alsaciennes.
Notre première visite fut pour l'église Suint-Bavon où nous
contemplâmes longuement le fameux panneau central de
(I) Henry ilnvnnl. — La Flandre « roi </ oiseau.
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A TRAVEnS LE PASSÉ 16S
V.lffiieou mijutii/iie des frères Vnn Eyck, avec ses légions
(l'élus agenouillés ou pied de la fontaine de vie Nous admi-
rons l'élonnanle conservation de cette criivre, vrai tmit
d'union entre le Moyen-Age et la Kenaissance |iar la perfec-
tion de ses procédés techniques rappelani celle du Coni/ul-
fie/'tfd'Antonello de Messine, au Louvre, œuvre contempo-
raine tout aussi étonnante.
C'est aux Van Eyck que la tradition attribue l'honneur
d'avoir inventé la couleur a l'huile et d'avoir communiqué
leur secret aux artistes italiens de l'ppoque.
Nous visitons ensuite l'église de Saint-Nicolas, qui
renferme de su perlies tableaux de Ilubens et de Van Dyck.
Ce dernier figure aussi à Saint-Bavon où nous admirons son
Christ en croix popularisé par de nombreuses copies et des
milliers d'estampes. Puis, après avoir jeté un rapide coup
d'œil sur les canaux couverts d'eni lia rca lions, sur
les quais animés et les pignons si pittoresques des maisons
qui les bordent, nous retournons à la gare prendre le train
de Bruges.
Ces gares belges sont vraiment étranges : elles ressem-
blent à des cath'^ilrales gothiques se détachant comme
un anachronisme sur les édilices modernes qui les
entourent.
Nous arrivons à Bruges à midi, ce qui prouve que ces
vieilles villes Hamandes, Bruxelles, Gand, Bruges, sont
irès peu distantes l'une de l'auti'e. Pour ne point perdre de
temps — car nous voulions aller le mi^me jour ii Ostend e —
nous déjeunons h la table d'hôte d'un hôtel voisin de la
gare. Il y avait là une dizaine de convives paraissant
tous appartenir à la population du pays. C'était un vendredi,
jour strictement maigre dans cette vieille ville catholique
déchue de son ancienne splendeur, dans celte ville morte,
aux rues désertes qui ressemble ;i un immense béguinage.
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166 RBVtB D ALSACB
On nous servit qualre à cinij plats de marée, des moules, de
la raie, du maquereau, de la sole, du homard en saladefpuis,
pour les mécréants assez audacieux pour demander de la
viande, on consentit a terminer le repas par un hifteck aux
pptils pois. N'impcrle, ce repas maigre, qui aurait conlenlé
le moine Gorenflot, était fort bien accommodé et nousyftmes
honneur. Au dessert nous eûmes le spectacle d'une scène de
mœurs locales assez typique.
I.'n homme du peuple, en état d'ivresse, vint s'abattre sur
le trolloir, sous les fenêtres de la salle k manger. Tous les
ronvives furent scandalisés de voir un ivrogne dans celte
ville cléricale réputée pour ses bonnes mœurs et sa tempt''-
rance : un agent de police s'empressa de le relever et de le
mettre ù l'ombre. Nos voisins de lahie semblaient tout
honteux qu'un pareil spectacle pût èlre donné k des étran-
gers dans la vieille et respectable cité flamande.
■ ne impression étrange s'empare du touriste au moment
où il pénètre dans cette ville du silence figée dans sa solitude
et dans sa ruine comme le chdteau elfrité, plein de
ronces, de la Belle au bois dormant. Sous le ciel bleu, sous le
soleil éclatant tout y est vide et morne.
V.n regaixiant les clochers et leurs clochetons, les pignons
déchiquetés se découpant sur le ciel avec la rigi-
dité cadavérique des matières inertes, on s'altend k entendre
sonner le glas de tout un monde évanoui, d'un monde qui,
jadis jetait sa note vibrante sur cps canaux enjambés par des
ponts en dos d'âne, pleins de bateaux et de bateliers afTairés,
sur ces maisons si pittoresques, aux fines découpures, sur
ces quais et ces ruelles autrefois si vivants. Toutes les
maisons sont fermées, les rideaux tirés, les habilants calfeu-
trés chez eux, égrenant silencieusement le chapelet, toujours
le même, toujours implacablement monotone, de leurs jour-
nées incolores.
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A TRAVERS L8 PASSÉ 167
De celte cité si chère aux ducs de Bourgogne, si
commerçai! le jadis, où des navires du monde entier venaient
chercher les toiles, les dentelles el les draps îles Flandres,
Taisant ruisseler l'or dans les comptoirs des marchands, il ne
reste qu'un souvenir.
Par ci, par Ib, un chat noir traverse la rue comme un
éclair, une vieille religieuse coilTée de son béguin passe
comme une omhre lamentable, une ouvrière dentellière, assise
sur le pavé où pousse l'herbe, agile fi'brilement et d'une
façon inconsciente ses fuseaux et ses bobines, sans lever la
tète, sachant parfaitemenl qu'aucun incident de la rue ne
viendra la troubler.
Seul, comme battant les dernières pulsations d'une vie
presque éteinte, le carillon du befTroi, ce niiîme carillon qui
jadis, chantait les îè\ef d'une population en liesse ou mar-
quait d'un glas sinistre les tragédies des guerres religieuses
dont ce pavé porte encore la sanglante empreinte, seul le
carillon, comme un dernier sourire, envoie son mélanco-
lique salut k la ville engourdie que rien ne galvanise plus,
pas même un chant d'ouvrier, pas même le rire sonore d'un
enfant. Car — c'est là encore un des caractères dominants
de cette nécropole — on ne rencontre point dans ses rues
une troupe d'enfants, réveillant par leurs jeux et leur gaieté
les échos amortis.
Il ne reste au touriste saturé de l'immense ennui qui
suinte partout sur ces murs moisis, sur ces ponts lépreux,
sur ces tours lamentablement gercées par le champignon
de la ruine, qu'à se retremper au contact des œuvres d'art
qui abondent dans les mus-îes, les églises et l'hôtel de ville.
Là il y a une moisson de jouissances à recueillir. Dans ce
cimetière du passé, dans ce Campo Santu de l'histoire, tout
évoque les grands noms qui ont fait la gloire artistique du
pays. Anvers a son [tubens, Gand a ses Van Eyck, Itruges a
.'ion Memling. Celui-ci a sa légende que nous raconte
l'ami llavard, dans son beau livre, La Flandre à vol
d' oiseau.
« Ce n'est pasû l'Académie qu'on doit étudier Memling :
c'est à l'hôpital Saint-Jean qu'il nous faut le chercher. Lu, on
le retrouve dans son milieu et sur son terrain. 11 est chez lui.
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168 BBVUB d' ALSACE
11 y est si bien qui^ de celte convenance parfaite entre l'œtivrp
et le padre, entrp l'Wpital et les laliloaux qui l'illtistrenl, il
est sorti une lô^ende toute faite qui a traversé les siùcles et h
laquelle, si nous en croyons la «Tltiquc moderne, il faut
renoncer.
« Celte U'gende nous raconte qu'aprt^s la lialaille de Nanry
11571], un jeune soldat blessé vint, par une froide nuit
d'hiver, heurteràlaporledecelte sainte demeure, réclamant
un glle et des soins. Il avait été attaché ii la personne de
Charles-le-Téméraiie en qualité de peintre. A la mort de son
maître il avait été rudoyé et chassé. Mourant d'épuisement
et de faim il était venu demander du pain et du repos. On
le soigna, il guérit ; et c'est alors que, par reconnaissance, il
commença ces ravissantes peintures qui, en payant l'hospi-
taljlé reçue, allaient rendre son nom immortel, b
Donc nous sonnons k la porte de l'Mpital Sainl-Jean.
Nous traversons l'ancien cimetière Notre-Dame, puis toute
une série de coui's humides et de murs de forteresse pour
arriver à la chapelle isolée qui, au siècle dernier, a été trans-
formée en musée, llans Memling y est représenté par ses
deux œuvres capitales, la iVo/(>(7^ et la CArfsse de Sainfe-
r;-xu/e, jouissant dans le monde de l'art d'une réputation
égale. Deux merveilleux portraits et le Mariaye de Sainle-
Cfit/ieriiie, y proclament aussi son génie. Mais c'est le trip-
tyque de la .\atirité qui l'emporte sur tout le reste. Ce n'est
plus la peinture un peu hiératique des Van Eyck. Le souille
de la Renaissance a passé par là.
Ce qui nous frappa de prime abord, en examinant de près
le triptyque, c'est la pmdigieuse conservation de ces peintu-
res qui ont l'air d'être siturées d'huile a l'excès. N'est-ce pas
à celle ciirunstance qu'est dil leur aspect jeune, gras et
brillante Le panneau central représente V.Uloi-alion de»
utaijex, celui de gauche Jésus adoré par sa mPre, celui de
droite la Prénentalion au Temple,
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A TRAVERS LE PASSÉ 169
Les figurée sont de vraies miniatures peinles avec un fini
merveilleux. « Toutes les ligures posées dans le sens qu'il
convient, drapées dans la mesure ((ii'îl faut, sont ielii''es par
une dépendance absolue au reste de la sci^ne. Kt cette
dépendance, cette subordination des personnages, de leurs
attitudes, de leurs vêtements, des ornemenls qu'ils portent,
de la lumière qui les baigne, à l'expression de la penstV
mallresse de l'œuvre, ent comme l'uurore d'un art nouveau
inconnu jusque lii, mais qui va conquérir le monde (i) ».
Les peintuivs de la Châsse de Sainte Ihsuh sont égale-
ment des miniatures à l'huile, mais moins parfaites que
celles du triptyque. C'est lii une œuvre décorative plutôt
qu'une suite de tableaux dans la vraie acception du mot,
In glorification d'une légimde née sur les ))ui'ds du Uliin
et qui s'est déroulée d'une façon tragique depuis Cologne
jusqu'à Rome. Qui n'a entendu parler du martyre des
onze mille vierges compagnes de Sainte Ursule, se
pLximenant h travers le monde de la féerie, et allant,
brebis innocentes, se faire massacrer par les barbares Îl
Cologne?
Nous quittons le sanctuaire de Memling pour aller visiter
la chapelle du Saint Sang et l'hùtel de ville, deux adorables
monuments gothiques qui se touchent, étonnant assemblage
de lignes et de couleui's, de niches et de pinacles, de balus-
trades et de statues, un rêve traduit en pierres, une dentelle
murale tissée par une fée.
Aucune description par le pinceau ou par la plume ne
saurait donner une idée de la splendeur que dégage aujour-
d'hui encore cet ensemble de monuments aériens de la vieille
capitale flamande, si industrieuse, si célèbre dans le monde
entier sous le règne des ducs de Bourgogne. Ouetle richesse
dans eet itiii'iieurdc la chapelle du Saint Sang dont la reli-
que, rapportée de Terre Sainte par Thierry d'.Msace, est con-
servée dans une châsse en or et en pierreries, vnii chef
d'iKuvre de l'orfèvrerie flamande!
(I) Henry HavuiJ. — ha fUmdie
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170 HB7UB d'aLSACB
L'église Notre-Dame louti! peuplée (te chefs-d'œuvre de la
peinture et (le la sculpture, renferme k» tombeaux de Char-
les-le-Té m éra ire et (le Marie de Bourgogne, sa fille, io plu*
riche héritière de la c/irélienlé, curnme disent les chroni-
ques ; elle renferme aussi les écussons armoriés des cheva-
liers rie lu Toison d'or, dont j'ai raconté ailleurs les origines
ssse:; équivoques el, en tout ces, singulières.
Mais toutes ces splendeurs historiques s'éclipsent devant
une œuvre puissante due, dil-on, au ciseau de Michel Ange-
un groupe en marhre. In Vierge et l'enfanl Jêxux, placé dans
la chapelle du Saint Sacrement. Si réellemeul comme le pré-
tend la tradition, ce groupe est de la main même du grand
artiste, il nous ferait voir son talent sous un aspect tout dif-
férent de celui de ses autres œuvres. Celle-ci, en effet est d'un
Uni impeccable, d'une grâce etd'une distinction auxquelles ce
génie si fier et si indépendant ne nous avait pas habitués. On
n'y sent pas la fougue de son ciseau souvent incorrect mais
toujours magistral.
Plage d'Ostende. — Un caravansérail cosmopolite. —
Cathédrale d'Anvers. — Descente de croix de Rnbens. —
Architecture des jésnites. — Jardin botanique — Haar-
lem et sas tulipes. — Franz Hais.
Un a peine ù s'arracher à l'obsession de tant de belles chu>
ses : mais notre voyage avait son programme trace d'avance
et nous partons h. trois heures pour Ostende, une de ces pla-
ges maritimes chères aux pays du nord, qui, avec lllanken-
berghe sa voisine, est le rendez-vous de la haute société alle-
mande, anglaise et belge. Pays do plaine unie, sans accidents
de terrain, sans ces falaises piltoresiiues qui font le charme
des plages normandes, «siende a un aspect plutôt sévère que
gai et reflète, dans tout son extérieur, la raideur anglo-sn-
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A TRAVERS LB PASSÉ J7I
xonneetle cant britannique. Sa gareestune cathédrale comme
celles de Bruge? cl de Gand, son music-hall une immense
ci froide rotonde ; ses maisons alignées sur la plag;e ressem-
blent it des hôtels princiers. Tout cela, comme le dit avee
justesse l'ami Havard, produit l'effet d'un caravansérail et
parait élre le refuge préféré de toute une colonie cosmopolite
qui vient chercher là le plaisir plus que le repos. Le roi des
Belges y a fait construire, au bord de la mer, un vaste ch&let
de plaisance où il passe une partie de la belle saison ii la
bourgeoise, et sans aucun déploiement d'apparat. Dans cette
ville animée aujourd'hui par toutes les vanités mondaines,
par toutes les élégances d'une société plus ou moins parve-
nue, on chercherait en vain nn coin pittoresque rappelant ses
vieilles origines. Le champignon moderne a tout envahi : il a
fait craquer les vieux murs, elTacé les vieux souvenirs. Un
a rcmpinc '■ tout cela par des hôtels, des restaurants, des cer-
cles, des cafés, des salles de concert et de jeu, de quoi faire
le bonheur du high life et de la finance qui se moque des
souvenirs historiques comme d'un ennuyeux hors d'œuvre.
Ostende fut fortifiée dans le temps parGuillaume-le-Taciturne
et soutint un siège mémorable ; elle avait le plus beau port
du littoral. Une ancienne gravure nous a conservé le dessin
et les proportions monumentales de son hôtel de ville d'alors,
en grande partie disparu aujourd'hui.
.\près avoir visité la jetée du port, qui est superbe, le parc
aux huîtres qui a acquis un grand renom dans le monde des
gourmets, après une longue promenade sur la plage
immense où grouillait le monde des baigneui's avec ses cabines
roulantes, aprâs avoir coudoyé toutes les banalités de ce lieu
déplaisir qui n'apprend absolument rien aux hommes d'étude,
nous prenons à huit heures du soir le train d'envers qui
devait nous dédommager de notre ennui d'Oslende et où nous
arrivons vers une heure du matin, harassés <le fatigue et alt'a-
més, ne trouvant plus qu'un garçon endormi qui ne peut
nous ofTrirqu'un poulet étique. Le lendemain, pendant que
nous prenions le café, le mattre d'hdtel vint nous présenter
l'un air obséquieux un album destiné Ji recueillir les autogra-
phes des voyageurs de marque, comptant sur le grand renom
d'IIenner pour exciter la curiosité de sa clientèle. Qui suit 1
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172 REVUE d'alsace
peut être l'urtiste {tousserai l-îl la cum plaisance Jus<|u'» grif-
roniier un crui|uis diï nymphe sur ces pages blanches étten-
nécsparuneactrice parisienne, autre nymphe dont les pattes
rie mouche célébraient, en dix lignes émues. In gluii'e de
Ruhens. Ilenncr, toujours sobre en tout, se borna à inscrire
son nom sur l'album.
La place verle dont le centre est occupé par une statue
assez médiocre de Itubens, doit son nom au marché aux
légumes qui sy lient et aux lieaux arbres dont elle est entou-
rée. Son vaste carré est circonscrit par des hùtels et de vieil-
les maisons assez vulgaires que domine la silhouette majes-
tueuse de la cathédrale avec ses lieux tours, dont l'une ina-
chevée, et que le vent salé de la mer continue, depuis des
siècles a ronger comme un cancer déchiquetant à la longue
tes délicates sculptures de ses clochetons, de ses statues et de
ses galeries gothiques. En entrant par le transcept de (Imite
qui s'ouvre sur lu Place verte, nous nous trouvons en face du
rideau qui uiasque la Descente île Croix, ce chef d'œuvre de
Itubens. Des pèlerins du monde entier viennent admirer la
grande page du mafti-e dont l'inspiration prodigieusement
féconde a peuplé de tableaux tous les musées d'Eumpe el dont
la gloire incontestée plane comme un iliadème étoile sur sa
ville natale. Le rideau s'écarte devant la foule des spectateurs
utlenlifs, la lumière d'un grand vitrail jette ses rayons obli-
ques sur l'œuvre du grand mailre qui, instantanément,
devient vivante comme la n>alité nit^me. t'n silence solennel,
le silence de l'admiration, règne parmi les spectateurs fascinés
par cette étonnante puissance de l'art humain, l.u instituteur
de campagne arrive avec une troupe d'écoUers avides, eux
aussi, d'admirer le chef d'reuvre dont on les a entretenus au
foyer de la famille comme d'une chose surhumaine. Chacun
d'eux, semblant obéira un mol d'ordre, lire de sa poche un
petit calepin sur lequel il inscrit ses impressions ou plutôt
ses émotions naïves. Ce sera évidemment, lu canevas d'un
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A tnAVERS LB PASSÉ l73
devoir de classe qui restera chez ces enfants le souvenir d'une
excursion bénie.
A la gauche du chœur se trouve le pendant du célèbre
tableau, VAfixomprion de In Vierge, œuvre tout aussi remal-
guable peut-ôlre que la Descente de Croix, mais bien moins
célèbre et bien moins admirée.
Nous aussi, séduits par la chaude coloration el les louches
vigoureuses de ce dernier tableau, nous nous sommes mis
dacconl avec les préférences géni'rales, sachant qu'elles
sont justifiées par l'inlluence des écoles d'Italie que Rubens
était allé étudier et dont s'était inspirée sa nouvelle manii-rc
de peindre.
Anvers est la grande cité catholique du Nord. Partout sa
foi éclate dans des images pieuses, dans des calvaires, dans
des madones nichées Ji l'angle des maisons. Malgré les
troubles religieux et politiques qui l'ont ébranlée depuis la
BéformR, malgré les bandes révolutionnaires qui ont pm-
mené le fer et le feu devant les sanctuaires de son culte, ces
signes extérieurs de sa dévotion imagée sont restés là,
respectés depuis des siècles. Ce respect pour les manifesta-
tions du culte a créé toute une lloraison architecturale, mul-
liforme et multicolore, qui couvre l'intérieur des églises de
sa végétation parasite et jette une note discordante dans les
belles lignes gothiques de ces édiflces. Cette orneinenlation
exubérante et de mauvais goût triomphe surtout dans l'église
Saint-Charles bâtie par les Jésuites dans un slvle tliéjllral fait
pour amorcer la naïve crédulité des Rdëles. Le plan est celui
des basiliques romaines et semble avoir été choisi pour diii-
ger leurs regards et leurs prières vers la ville éternelle.
Dans chaque église une statue de la vierge couverte d'or,
de brocart 'rt de pierreries, au regard lixe et dur, à laquelle on
altribue tout naturellement de nombreux miracles, attire les
hommages des croyants et devient, pour les femmes, l'objet
d'un. culte passionné, intransigeant
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174 RBVUX D ALSAC8
Mnis le monumentqilirésume le mieux ceHe prodigieuse
inlluence du clergé sur la populalion d'Apiveiii!, influence
qui s'étend k tout le pays belge, c'est l'immense
calvaire qu'il a fait édifier tout auprès de l'église Saint-Paul
pour frapper l'imagination des plus indilféronts. C'est une
rocaille gigantesque (elle a vingt mùtres de liauti où sont
figurées par des statues grandeur naturelle toutes les scènes
de la Passion. Au dessus de cette montagne est le Christ en
eroix foulant aux pieds la mort.
« A la base de ce rocher postiche il existe une caverne
sombre. Fouillez celte groUe du regard sans vous laisser
arrêter par les deux Romains on tOle peinte, qui semblent
garder le Saint-.Sépukre. Tout autour, enfern»'s dnns des
trous grillagés, derrière des barraux énormes, rie pauvres
ilamnés à moitié calcinés. elTrayants d'angoisse et de
itouleur, se déballent au milieu des Halnmes, tendant vers le
visiteur teui's bras désespérés, laii^^aut vers lui leurs regards
suppliants (1) ».
Des esprits simples, des cerveaux crédules et naïfs sont
saisis d'effroi devant ces fictions renouvelles des Mystères du
moyen àfce. Comment n'exprceraienl-clles pas une influence
énorme sur le peuple qui les coudoie chaque Jour et finit par
se familiariser avec l'idée de l'enfer?
l.e musée, que nous visitons ensuite, renferme des Rubens
.le premier ordre ; nous allons voir aussi toutes les églises
où figurent des travaux du matlrc et la jolie maison d'archi-
tecture italienne qu'il a fait construire et oi'i il avait installé,
dans une rotonde située entre cour et jardin, une merveilleuse
collection d'objets d'art aniique.
La maison des Plantin, ces anciens et célèbres imprimeurs
dont les descendants ont respecté l'habitation et les ateliers
typographiques ovec leurs presses primitives et les magis-
trales épreuves i{u'ils en ont liréesa ensuite iixé notre attention
ot nous a vivement intéresséis comme un monument de la
science et de la littérature humaines.
- La Fifindrf à vol d'o:
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K TBAVenS LE PASSé
Une des gloires tes plus inr.ontestéesd'Anvers.c'estson port
(ie commerce sur l'Escaut, dont l'esUiaire sur la mer du Nord
ressemble à une vérilablp mer sillonnée pnr les navires du
mondeentier.il a ruiné, !i son profit exclusif, le Damme
ancien port de Bruges In superbe qui se meuiH aujourd'hui
tandis qu'Anvers grandit et étend chaque jour sa puissance
maritime au détriment de Dunkerque et du Havre. Ce port
d'Anvers dont lei quais se prolongent h perte de vue, pré-
sente un aspect des plus curieux. Tous les pavillons du
globe s'y entrecroisent, y déharqueot fiévreusement leurs
ballots de marchandises, que d'autres emportent ou qui s'ac-
cumutentdanslesimmensesdoclis construits récemment. Bien
qu'il s'agisse Ik de uiani Testât ions exclusivement matérielles,
nous nous sentions vivement inti'resNés par l'immensité de
l'effort qu'a exigé la création de cet ensemble commercial
rappelant Tyr et Carihage, mais n'atteignant pas encore le
développemment de Hambourg,
Nous passons la soirée dans un de ces grands halls inter-
nationaux, un de ces concerts beuglants que le faux goAt
moderne a installés dans tous les grands centres de popula-
tion pour offrir une distraction plus ou moins saine au monde
du travail comme aux blasés de la vie. C'est ce qu'on peut
appeler, ù juste titre, un concert euiiipéen ; car on y entend
des chanteuses françaises, anglaises, allemandes, italiennes,
espagnoles, flamandes qui, tuur h tour, provocjuent les
applaudissements d'une foule bruyante. Os virtuoses sont
condamnées au rôle humiliant de venir, un plateau à la
main, faire le tour de la salle et recueillir les gros sous prix
de leurs couplets, pendant que les spectateurs se gorgent de
bière. Cette corvée dégradante de la quête imposée aux
artistes du chant nous a vivement choqués.
Le jardin botanique d'Anvers, avec sa ménagerie de fauves
est un des plus beaux établissements de ce genre qui existent
en Enrepp, De même que dans les musées on n'y entre qu'en
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176 RBrm d'alsac^
payant. Les dimensions des cages sont très grandes, eL les
lions, tigres et panthères peuvent y bondir à leur aise. Une
propret/' vraiment flamande y est entretenue par un nom-
breux personnel tie gardiens. Nous regardions deux belles
lionnes qui, h travers les barreaux, léch.iient les mains d'un
gardien qui Ips avait teintes de sang en découpant les qunr-
liers de viande destinés au repns des animaux. Sans se sou-
cier des crocs ni des grifl'es de ces hèles, cet homme avait
l'airde Jouer avec des chats domrsti'fues, ce qui ne laissa
point de nous causer une cerlaine admiration pour ce mépris
inutile du danger.
On sait qu'Anvere est depuis longtemps le grand marché
des bêles fauves, l'entrepôt zoologiquc où viennent puiser les
grandes ménageries d'Europe, qui fournit an Jardin des
Plantes de Paris ses spécimens d'animaux rares. Tout un
monde de voyageui's belges, allemands et hcdiandais parcourt
les régions torrides comme les glaces du noni pour se procu-
rer il grand prix et souvent dans des conditions périlleuses,
les lions, les tigres, les ours blancs, les rhinocéros, les
hippopotames, les éléphants, les gros serpents, etc., qu'ils
amènent ensuite au marché d'Anvers où ils Irouveut
acheteurs.
Après cette inléressanle visite nous allons prendre le train
de Hollande qui nous fail traverser un pays plat h peine
mamelonné de quelques colline.s où l'on Iriiuve la Jolie petite
station de Husendipl (vallon des roses). A partir de là et tout
le long de la voie, nous jouissons de l'asperl riant des prai-
ries animées par les troupeaux de vaches et de bœufs qui,
pendant tout l'été, sont Jour et nuit à la pilture. Pour les
préserver de» brouillards nocturnes, on les rerouvre d'une
grosse toile rattactiéi^ s^ous les fanons, .Vinsi rustuiiiées, re.i
liètes prcnncnl, a la chute du Jour, une physionomie étrange.
On dirait des fantômes d'animaux préhistorit]ues se prome-
niint comme des ombres chinoises dans un p.nysage imagi-
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naire. Des troupes de voniienux viennent s'aballrc aulour
d'elles, clierchani dnnti les pi-éa les insectes dont ils se
nournsseiil. ]>es pàlumges îi perle de vue, dans la r<*gion des
po^(/erjr, conquis SUT la mer par le génie el la persrvérance
d'un peuple industrieux, s'étendent le long de la ligne du
chemin de fer jusqu'h l'estuaire de la Meuse qui. aux envi-
rons de Dordrecht, devient un véritable bras de mer connu
sous le nom de Mœrdyk (digue de In mcn. Sur ce bias di*
mer. un pont en fer de deux kilomètres et demi de longueur,
consiruil, je crois, par uue maison rran<;aise, donne jinssnge
il la ligne du chemin de fer. Ce u'est pas sans une sensatiun
lie légitime orgueil qu'on se sent entraîné pardessus les vagties
de la mer qui battent incessamment les piles du ponl secouées
par la locomotive et maintenues en place par des amoncelle-
ments de rochers que les ingénieurs sont forcés de remplacer
sans cesse.
De Dordrecht à Rotterdam, c'est une véritable région de
cours d'eau et de marais. Sans vouloir nous arrêter dans ces
deux villes commerçantes qui ont Joué un rôle important
dans l'histoire des Pays-Bas, nous nous bornons >i les
admirer au passage, car le chemin de fer traverse les fau-
bourgs et nos regards plongent dans les maisons élégantes et
les cafés qui bordent la voie. Tout le monde est aux fenêtres
pour voir passer le train. Nous ne nous arrêtons non plus ii
Deift, la ville des vieilles faïences dont la cathédrale histori-
que s'enlève majestueuse sur l'horizon, abritant les tom-
l)eaux des princes d'Orange, souverains des Paya-Bas. Il me
semble être ici en pays de connaissance tant j'ai vécu par la
pensée au milieu de re monde d artistes et d'artisans que
mon ami Havant a fait revivre dans son Hinloire de la
faïence de Delfl, dont j'ai patiemment étudié toutes les
péripéties en dessinant les chefs-d'œuvre de sa céramique.
Une portion de notre vie à tous deux est condensée dans
l'étude des gracieuses arabesques bleues qui ornent ce
volume écrit par un passionné chercheur, épris de i nies les
curiosités de l'art,
\ l'horizon, le long de la mer du Nord, de grandes dunes de
sable jettent leur note triste et jaunAlredans le paysage. Tne
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i7e RsvuE d'alsacs
légère brume les enveloppe, masquant les di^ies qui, aux
abords du Zuyderzée, protègent le pays contiu l'envahisse-
ment des (lots.
Laissante gauche In ville de I^a }inye (^'(iraveii llnage^ ()uc
nous nous promettons de voir nu retour, et traversant rapide-
ment la vieille et célèbre ville de Leyde, a«sis ' près de l'em-
bouchure du vieux Rhin, nous nous dirigeons sur llaarloin
dont le musée, plein d'œuvres de Franz Hais nous attirait
comme un fruit défendu. Franz Hais, un des peintres les plus
étonnants de la pléiade hollandaise, dont Hembrandt est le
grand mattre, semble n'avoir pas eu conscience de son talent
tout en devinant d'instinct rintensit<'- de vie qui anime ses
personnages. Son immense toile, La réunion des arquebn-
liers, est une collection de portraits parlants : ils vivent
d'une vie exubérante Hans leurs collerettes blanches tuyau-
tées, dans leurs chapeaux noirs k larges l>ords. Ils sont là,
bons vivants, assis nu tour d'une table, riant, gesticulant
comme de braves hollandais qui ne tourmentent pas les
soucis de la vie. Tout ù càti', un autre grand tableau repré-
sentant des religieuses béguines en costume blanc et noir,
brossé avec la puissance d'un mnttre aceornpii. Cent par le
portrait, vibrant comme la vie même, sortant du cadre
comme une étonnante manifestation de la l'éalité, comme
une apparition k Heur de peau de l'être inlime, que Hais s'est
imposé ë l'admiration de la postérité. Le musée du Louvre
possède de lui le portrait de Uescnrtes, et dans la salle
Lacaze. celui de liille Bob, tête de femme <Hrange.
Le musée de llaarlem est installé k l'hôtel de ville, bel édiUce
de 11 Itcnaissonec, crénelé comme un chflleau forl. 1,'n esca-
lier extérieur 1res ancien donne accès k une vaste salle aveu
plafond k poutres apparentes, une estrade et des rangées
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A TRAVERS I.E PASSK 17!l
lie stalles, comme dans un orntoire et qui, ilepuJs l'introduc-
tion du code civil, est devenue la snlli^ des mariages. Elle est
eumme une nntirhambre ilu musôt> dont In poili^ s'oMvrf
dans le fond.
h'ranz Ilatz a él^ long à conqut'rir In ct^lélirité <i(ii. iitijoirr-
d'iiui, s'attache fi son nom. Peu connu des rriiii|iie'i
modernes, ce nom était resté di.surètpnti.'nl t'uveloppi- d'om-
l)re, laissant en pleine lumière reux de ses i^lèves Adiian
Van Ustade et llrauwei', dont les <i'uvres, <-epcndimt, pillts-
Rent devnnt In fougue d'exéiulion, devniit In lirarciuiedc
pinceau du mnttre.
Comme un i-are joyau, comme une de ces perles sans pris,
ipii fait l'orgueil de ses posscsneui's, le musiV de llaorlem
ciliihe aux yeux des visiteuis, un tableautin signé du nom
de Pieter Laxtmnn, i(i29. reprise niant une l'etile ynlii'tlv.
.\\i premier coup d''eil on se dit '. r.Vsl un Henibrandt !
lellement la Taclure de ce petit tnldenn est empreinte de l'Ame
du grand mattrc, de son iniuiitalde et mystérieuse lumière
rappelant le monde des rêves. Jo laisse ici la parole à llenn*
HnvanI qui n trouvé lu stdulion du problème :
K Mais d'abord, csl-il bien de I.nslman, ce petit tableau-
tin qui s'Hbrite suus le nom du matire de Rembrandt ' t> ne
sont là ni les sujets qu'il préfère, ni les compositions qu'il
i-hoisit d'hal>ilu<le. ni son dessin ni sa couleur.
u Je sais ce que vous pouvez mo répondre : la signature
est lii. En lettres bien visibles on peut lire : P. LAST. MK. K.
lti2U. Mais que prouve cette signature du matlre ? Ignorez-
vous que, ]K'ndant toute la durée de l'apprentissage, l'élève
n'avait l'autorisation de signer ni de vendre aucun de ses
tableaux ; que le maître les n>vctail fie sa griffe pour
leur flonncr une valeur niari'hamle ? Que cette signature
était la marque de faliriipie. le pavillim couvrant lu
marcbandisc '*
« Or, quel était l'élève fréquentant en 162i), l'atelier de
Ijistman, dont le faire et les pn^MCupalions offrent 'V l'nna-
logie ovec ce tableautin? Ne voyez-vous pas des rapports
nombreux, irréfragables, entre ces petits personnages et un
tableau du musée de La Haye : le Siméon au Temple i
Mais alors... Eb bien, pourquoi non ' Pourquoi ne pas sup-
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180 RKVUB d'aLSACK
poser que cette œuvre impai'faite et cependant si typique est
l'ouvrage d'un débutant de génie, encore élève, encore étu-
diant, un essai de Rembrandt en apprentissage ? La
question est posée ; laissons au temps le soin de la
résoudre (1) ».
Pour Henner, qui a particiili<>rement étudié Itcmbrandt,
la question est toute résolue. Rendons ii César ce qui apnr-
tient k César. En sortant du mnsce nous jetons un coup d'œil
sur l'église de Saint-Bavon, grande bAtisse froide et triste du
quinzième siècle, dont l'inlérieur n'a de remarquable que sps
orgues, célèbres par leurs cinq mille tujaux. vraie attraction
pour les étrangers. Entendre jouer cet oi'gue monstre doit
être une Jouissance sans pareille. On se figure les prodigieux
effluves harmoniques, les grondements de tonnerre, les mélo-
dieux soupirs de violoncelle, et les sonorités puissantes des
cuivres, passant à travers cette légion de tuyaus animés
comme un corps vivant, par les louches magistrales de
l'organiste.
A côté de l'église nous admirons la grande boucherie,
édifice du XVII* siècle, une dentelle de pierre d'où jaillit une
exubérante tloraison de pinacles, d'obélisques, de consoles,
de frises, de festons, de moulures ornées de tètes de bœufs et
de moutons, où la pierre et la brique ont contracté une
alliance agréable k l'œil. Cet édifice qui, au temps de In
splendeur commerciale de Haarlem, a vu couler tant de sang
et a entendu le râle de tant de hèles, a été converti en hôlol
des ventes, destination qui contraste avec ta ruine de In
vieille cité qui n'a plus d'auti-e source d'activité que l'indus-
trie des pépiniéristes.
Qui ne sait qu'une des gloires de celle ville a été, de toul
temps la culluœ, je devrais devrais dire le culte des tulipes ■?
Qui n'a lu les histoires cxtraonlinaii-es, les invraisemblables
(i) Henry Havard. ~ La HoUanda à vol d'oiseau.
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A THAVBRa LE PASSÉ 181
l^cndes, les conles fantasiiques qu'a fait éclore cette passion
extravagante des vieux hollandais pour leur (leur préférée ?
Oui n'a lu l'étourdissant roman de Dumas père, la Tulipe
noire, dont les péripélies se passent k Haarlem même ?
Ville paisible et silencieuse comme une thébaTde, ses rues
sont aujourd'hui désertes. Dans cette nécropole presque
pareille à Bruges nous avons cependant rencontré une com-
pagnie d'infanterie allant h l'exercice, tambours battants,
clairons sonnants.
Les unilormcs et les sonneries, qui ont beaucoup d'analogie
avec ceux de France, nous ont produit l'illusion d'un soubre-
saut galvanique réveillant pour un instant les échos assoupis.
C'est à ilaarlem que nous avons pu nous faire une idée de
la propreté merveilleuse qui règne dans toutes les villes hoU
Hndaises. Pas un brin d'herbe dans les pavés, pas un fétu
de paille ou de crottin dans les places ou les rues, pas une
tache sur les maisons ou les édifices publics ; partout on voit
s'agiter les servantes, lavant, frottant, astiquant, époussetant
les portes, les serrures, les vilres, les pavés, les escaliers,
les balcons.
N'est-ce pas encore lii un des ciMés curieux de la physionomie
que présente ce peuple aquatique, usant de l'eau II profusion
pour l'embellissement extérieur et intérieur de ses habitations,
n'en usant pas du tout pour SOI hygiène corporelle? Est-ce
niiviiblc 1 On pnHend qu'il n'existe point d'établissements de
liains publics i^n llullandp, circonstance qui a fait enrager ce
malheureux Maxime Lalanno, l'habile dessinateur qui
accompagnait Havanl dans sa pérégrination à travers toute
la Hollande. Il enduroit le supplice de Tanlale dans la
république aquatique si spirituellement célébrée par
La Fontaine.
Ilaiirleiii et Leyde sont situés au milieu d'un vrai paradis
ti-rre-ln;. Autour de la cité artistique comme autour de la cité
savante c'(?^t une succession de cottages et de villas, abrités
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18i KIEVIK ri'ALÏACIi
SOUS de grandii nrbies, embaumés de piti terres de fleurs, ri^si-
dences «le nababs enrichisdansles Indes néerlandaises el reve-
nus au payii:no1al pour y Jouir au sein d'une belle nature où les
serpents et les bêles fauves de Java sont inconnus, lie
leur grande forUnie gagnée djins les ^pices. Il y a un demi
siècle ;i peine que llnarlem avait dans «on voisinage un lac
uu plutôt une petite mer de dix huit luîlle hectares de
surface Par un de ces prodigues d'industrie el de persévc-
rnnre emprunlés au génie des castors, les Hollandais ont
réussi en huit aii?^ k le convehir en terre ferme. Ui où les
vagues menaçantes battaient les chaussées de communica-
tion et tenaient snns cesse eu l'veit les populations alarmées
par lu perspective d'un désaslre, un voit aujourd'hui des
Jardins plantureux, des pépinières llorissantes, el des
villages aux doux noms champêtres, comme Ulœmendal
(vallon des lleursj el Vogelenzang (chani de^ oiscaux\
Itenconlrer ces noms idylliques dans la langue hollandaise,
c'est respirer le parfum d'une fleur dans les landes rocailleu-
ses d'un déserl. Htcn ne saurait donner une idée de la
rudesse de l'idiùme balnve, liant sa langue imagée notre
gi-and fabulislo appelait la Hollande uns répubique de gre-
nouilles vivant dans des marais. Il aurait pu ajouter que leur
langue est rebelle ii la notation musicale ; que les sons guttu-
raux en sont le plus bel ornement et que Tèrée, l'ennemi des
rossignols, qui a an-ncbc la langue à l'Iiilomèle, n'aurait
jamais pratiqué celle opération cmelle sur un gosier balave.
Après tout, les hollandais Irouveul peut etn^ leur langue har-
monieuse. N'insistons pas : c'est nlfiiire de gofti..
Chapitre L
Amsterdani, la Venise du Kord. — Rende de nuit
de RembraDdt. — Pléiade d'artistes — Tailleries de
diamants. — Jardin botanique — Panthère noire de Java.
— La Haye & Schweningen. — Les trésors d'un Musée.
De Haurlem ;i Amsterdam, cette Venise du Noi'd, la route
traverse un paysage idéal, plaqué de toufTes de verdure,
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A TRAVERS LE TASSÉ ISIl
piqué de maisons de campagnes plus jolies les unes que
les autres. La digue du chemin de fer et la gare
audacieusement plantée au milieu des (lots et la silhouette
de la grande ville d'oîi r>inergent ses clochers, ses campaniles
et ses pignons pointus, peints de toutes les couleurs de
l'arc-en-ciel, semble s'estomper dans la brume azurée
de la mer.
Quelle est belle et pittoresque cette graude citée b&tie sur
pilotis, qui semble sortir de la mer comme Amphitrite, oit se
croisent dans un fourmillement ininterrom|iu, sur ses canaus
enchevêtrés du HosegracM, du Ilerregrachl, du Prinzegracht
et autres (iracht tout aussi sonores, les bateaux, les pontons,
chalands, les paquebots déchargeant leurs marchandises
couvertes de tous les pavillons du monde ! D'un côté, les
maisons baignent leurs (jieds dans l'eau comme h. Venise, de
l'autre, on n créé de beaux quais conquis péniblement sur la
mer depuis cinq cents ans, au moyen des fascines et de
terres rapportées.
Sur le Dam. place de forme bizarre qui a donné son nom k
la ville, nous trouvons la grande masse du paleis du roi,
iHuvre d'une hardiesse inouïe, colosse construit par des pyg-
niées sur un emplacement que lecouvrnit la mer. Et ces
pygmées qui n'avaient ni boi!^. ni pierres, ni marbres, sont
allés chercher en Nonvège les treize mille pilotis snv lesquels
ri'liosc liMit' pahiis, ont amené i'i grands frais d'autres pays
loiiilaius 1rs bl<)cs de piiTre cl de marbre qui en forment
Ifs assises.
On ne peut que s'incliner devant de pareils elforls et
les admirer. Et dire que ce palais est aujourd'hui aban-
donné, qu'.VnisIcrdam a perdu son ancien titre de capi-
tale de la Hollande, et que c'est s'Graven Haage (la
lUie dn conile). qui est devenu le chef-lieu, siège du
gouverucmt'nl.
Amsterdam, néanmoins, s'agrandit sans cesse. Sa forme
ilcvcntail dont le port forme la pointe extrême, rii-yonne en
tous si'iM. se déveloi^pe wms trêve p:ir de nouveaux
pilotis, de nouveaux ponts, de nouveaux canaux. Voyeu te
Voiidelpark, ce bois de Boulogne d'Amsterdam ; il est
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18( REVI.B u'ALSACK
sorii de (erre cm quelques années comme par eucliantemeiil.
Autour du poliler dont la Iwguetle d'une fée semble l'avoir
fait émerger, se cachent aujourd'hui des villas chnnnantt^s
sous de verts ombrnges. On ne peut que s'incliner encore el
admirer encore.
Nous avions mis pied ii lerre îi l'hiilel du tUifé françaû.
situé au beau milieu de la Kalverstraal. celle longue rue qui
amène la vie, c'e^t-ù-dire la foule au Ditui ci>mme l'ailére
principale du corps humain fait affluer le sang au cœur.
I^a Kalverslntat /rue des veaux), quoique peu lai^. est U
voie fameuse el grouillante, cette autre IJinebiéif
où se Iroiivenl les plus beaux magasins el où les
fumeurs sont ù l'aise comme le poisson dans l'oau. Les mar-
chands de tabacs y sont en légion. t)e trois en trois maisons
on rencontre de ces (ouïes petites Iwuliques, on. à <-iMé des
havanes les plus purs, des panntelas les plus authentiques,
des manilles les plus exquis, vous Ironvez, aux prix les pinii
bas, de ces produits intimes, parents de la feuille de cboux.
qui n'ont du labac que le nom cl sont infuiiiables pour les
am.ilcurs hnbituos au parfum de-; tabacs français el ont
encore l'airiére ^oAt des mauvais Inbacs belges. Il n'est pas
'tonnant qu'on fume énonnémenl dans cell'; ville aquatique
babitée par des logions de moustiques qui, pendant les cha-
leurs, deviennent très agaçants. Ces affreux insectes nous
ont littéralement empêchés de doniiir pendant les deux nuits
que nouâ avons passées ï l'hiMcl. Kn y songeant In peau m'en
démange cnccre.
.Mais n'oublions pas que nouti sommes venus en Hollande,
non point pour faire des études commerciales, géographi-
ques ou économiques, mais surtout pour y respirer, au milieu
d'une nature prodigue, ce parfum d'art que dégage la pairie
de Itembrandt, d-i i'ranz liais, de l'aul l'otter, de Van der
Ilelat et de tant d'autres grands uriisles. Le nouveau musée
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A THWBHS LK fMiÈ 185
d'AmsIeninm élaitalors en conslruclion et les chefs-d'œuvre
(le Elffin brandi se liDuvaienl encore dans l'ancien musée
du Trippentiuis. C'est lii que nous allons contempler cette
grande toile, cette troublante merveille, que l'accumulation
des vernis successifs avait noircie, au point d'en faire un
elTet nocturne. Un intelligent dét>adigeonnage nous montre
que ce lablean, célèbre dans te monde entier, est tout sim-
plement une sortie matinale de la compagnie des arquebu-
siers d'Amsterdam, N'importe, la légende de la flonrferfc nuit
incrustée dans la mémoire des touristes et dans les innom-
brables volumes de l'histoire de l'art, continuera Ji subsister
longtemps encore, sinon toujours.
l'our donner une idée des richesses accumulées dans le
Trippenhuis, tlavard a écrit ces lignes queje lient lï citer:
H Jamais œuvres plus étonnantes ne se trouvèrent nulle
piii't en meilleure compagnie. Ouelle glorieuse assemblée que
celle qui réside dans ce Trippenhuis I Les Ostade, les Steen,
les Ihisarly personnilient laverveetla gaieté de leurs contem-
porains. Lkh Franz Hais, les Bol, les Flink, le^t Mierevelt
nous présentent leurs variétés civiles et leurs prétentions
guerrières. Pieter de Hooch et Brekelenkamp nous dévoilent
leur intérieur honnête et familier. Van derlleyden, les deux
Berkheyden et Beerstraalen nous disent le culte qu'il nourris-
saient pour leur ville natale; pendant que Hobbemn.lesEluys-
dael, Wynants, Aalhert Cuyp, Van (ioyen, nous initient à leur
amour des cbnmps. C'est une réunion complète dont on cher-
cherait en vain ailleurs l'équivalent. Tous y sont, les grands
et les petits, les grands surtout. Terburg et Metau avec leurs
jolies scènes d'intérieur et leurs mignons portraits, Van Huy-
suni avec ses (leui-s, Karel Dujardin et Berghem avec leurs
animaux spirituels et leurs scènes d'Italie, les Van de Vetde
avec leurs vaisseaux, Bakhuizen avec ses tempêtes, Asselyn
avec ses batailles, Paul Potter avec superbes ruminants et
les Itoth avec leurs couchers de soleil dont ils semblent avoir
dérobé le secret h Claude Lorrain. •»
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REVU£ » ALSACB
Une chose particulièrement inli^ressante, que nous n'avons
pas eu le temps de visiter, c'est le quartier tsrai^lite, le Ohedo
d'Amsterdam. A en croire les impressionnistes, tout un peu-
ples grouillant vil là en plein air pour ainsi dire, comme il
vivaitjadissousia tente en Orient. Ily a là des étalages de mar-
chands qui y vendent tuutes les camelotes, toutes les fripe-
ries, tous les déchets, toutes les loques, toute la ferraille
du hric-à-brac, toutes les frilures nauséabondes et toutes
tes boissons plus ou moins alcooliques. Ue ce milieu dépe-
naillé où la propreté est inconnue, sortent des cris rauques,
des appels stridents, des interjections gutturales dans une lan-
gue sans nom. C'est là que Remhnindt allait chercher les
modèles de ses mendiants loqueteiiiL et qu'il trouvait ces
ndmiraldes figures de rabbins, de docteurs du Thnimud que
la lièvre de son pinceau savait lixer en pages immortelles.
Pour réidiser sur la toile ces type* curieux, perles rares sor-
ties d'un milieu infect, il n'avait pas un long chemin \\ par-
courir, car sa maison était située tout près du fameux
quartier.
Là aussi, à deux pas, sur les bords de l'Amstel, sont les tail-
leries de diamants, hh, sous son vrai jour, dans la splendide
réalisation de ses rêves d'or, remuant les millions à la pelle
tiVine la Itère Israï^l, la fille aimée de Jehowah, qui a su acca-
parer à son seul bénéflce toute l'indusltie de la (aille des dia-
mants. Et encore l'exploitation de ce Pactole est-elle devenue
le monopole de quelques familles seulement Tous les placers
du monde entier, du Transwaal à Golconde, de Calcutta ù
Tobolsk, de l'Oural au Mexique, sont ses tributaires. Depuis
deux siècles sont sortis de celle iisine des .Milli* et une nuits
tous les brillanls. tous les solitaires, toutes les rivières et tous
les diadèmes que nous voyons scintiller dans L'j vitrines des
joailliei's, allumant de leui-s feux toutes 1'» convoitises
humaines. Ëtonnez-vous, après cela, que ce génie
commeraal, que cette volonté de Fer, concentrés dans le
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FRAVERS LE l-A:>Sli
187
cerveau d'une seule race, soient en Irain de conquérir
le monde t
NouBallon» au Herregracht, (canal des seigneurs) frapper
« la porte d'un bel hôlel moderne et admirer deux célèbres
portraits peints par Rembrandt, le bourgmestre Zix et sa
ieinme, deux chefs-d'œuvi-e conservés comme de précieuses
iiiliqiics par les descendants du iKiurgmeBtre.
Kniin lu réputation universell*! du jiirdin buluiiique et de
la ménngerie d'Amslerilum nous attira cl nous lit passer
quelques instants agréables. Possédant un domaine colonial
bien plus important que la métropole, il n'est pas étonnant
que la Hollande soit liére de montrer aux étrangers des spéci-
mens de sa Hore des tropiques, de sa faune de Java, de
Sumatra et de nornéo. Nous avons vu là cette fameuse pan-
thère noire de Java, qu'Eugène Su6 a illustrée dans son Juif
errant, faisant des bonds prodigieux dans sa cage grande
comme une maison, des éléphants monstrueusement gros
dont on avait scié les défenses et qui semblaient humiliés
d'avoir perdu ce signe rie leur force. Mais une scène vrai-
ment étrange se produisit devant la cage d'un lion qu'Heuner
élei-trisa de son regard îi tel pointque l'animal poussa des
rugissements fnrmidables et se précipita vers lui en cher-
rlhint à briser les barreaux de sa cage : il entra dans un
vrai paroxysme de fureur. Scène d'autant plus inexplicable
qu'IIenner a l'œil doux et sympathique, qu'il aime
les bêles cl serait incapable de les agacer de
parti pris. Quoiqu'il en soit, le fait est lii et
preuve que les hommes doués d'une certaine acuité de
vi>ion peuvent exercer une mystérieuse fascination sur
les animaux.
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RSVUB DALSACB
Ce n'ust pas sans regret gue nous quitlons celle ciU' éton-
nante qnc le prodigieux elTort de l'homme a fait jaillir du sein
des ondes. En prenant le train pour La Haye nous sommes
poursuivis par l'éblouissante obsession de (oui ce qui avait
frappp notre vue et notre imaginiition dans cette vaste four-
milière. Lu nouvelle capitale, quoique possédant une
histoire et des monuments intéressants, nous n bien moins
séduits qu'Amsterdam. C'est N |ja Haye, que l'excellent
Henry llavard, devenu récemment inspecteur général des
Beaux-Arls, a passé plusieurs années de son exil volontaire,
travaillant comme un bénédictin à foire revivre les annales
artistiques de ce petit pays qui a constitué pendant long-
temps, au milieu de l'Europe, un de ces foyers où venaient
se réchaufTer tous ceux qui vivent dans le monde de lu
pensée ut de l'amour du beau. Aujourd'hui encore, ce foyer
si intense continue k éclairer de son rayonnement l'histoire
de l'humanité, restant pour les fidèles du monde entier, pour
hs pèlei'ins de tous costumes, une des plus magiques attrac-
tions de l'art et de la OHlure.
llavard demeurait sur la Place d'Orange (Oranje Pleinl.
De là il rayonnait dans toute la Hollande et dans luut le pays
tianiand, butinant comme l'abeille, apis Matinte more
mo(tof/ue. fouillant les vieux livres, explorant les vieux
manuscrits, les vieux monuments, lisant et parlant le hollan-
landais comme un vrai Uatave, s'assimilant la langue pitto-
resque mais peu mélodieuse de la Flandre flamingante,
constituant de pièces et de morceaux, assemblage d'heu-
reuses trouvailles, tout un arsenal de matériaux pour ses
publications futures!
Là il écrivit cette Histoire de la Faïence ('..■ Delft, œuvre
de grande érudition, à laquelle il a bien vo ilu m'associer
comme collaborateur artistique. Dans ces p; ys si fiers, à
juste titre, de leurs vieilles gloires dont il a été un des
passionnés évocateurs, Havard a laissé des sympathies et des
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18»
amiliés inaltérableB. Dans sn Flandre et sa Hollande à vol
d'oiseau, où le charme Uu slyle rivalise avec la profomieup
de la pensée il fait entrer le lecteur rfans le vif de son sujet,
lui Taisant loucher du doigt les hommes et les choses, les
tragMies de l'histoire et les comédies de la vie, les singula-
rités des mœurs relevées par de piquantes anecdotes.
Je disais tout .'i l'heure que La Haye nous a bien moins
séduits qu'Amsterdam. Entendons-Dous : il n'y a aucun point
de comparaison entre les deux villes. S'Graven Haagen,
La Haie du comte, est l'ancien village, le rendez-vous de
chasse, l'oasis chai'mante qui, aujourd'hui, a une population
de pr<>s de cent mille Ames, située k l'entrée d'un bois,
peuplé d'arbres centenaires, hauts comme des cathédrales;
« c'est la cité aristocratique, par exceiKince, la
ville polie, élégante, des grandes manières et du bon ton ».
Cité de grands souvenirs, La Haye a joué un rôle dans l'his-
toire politique de l'Europe. Le stat>iouder Guillaume
d'Orange, le Taciturne, y a laissé sa profonde et indestructi-
ble empreinte. Dans le Hauritzhuis, sur la Place desStalhou-
ders est le musée de peinture, une des plus intéressantes
galeries de l'Europe, non point par le nombre des tableaux,
mais par la qualilé des œuvres maltresses qu'elle olhe îi
l'étude et U la méditation des amateurs. Ici on salue avec un
profond respect l'œuvre capitale de Rembrandt, sa f.fçon
d'anatomie, sa Suzanne et son Siméon au Temple, pins
loin, le Taurrau de Paul fotter, œuvre géniale dont lu puis-
sance de relief est prodigieuse, le talent de l'artiste ayant vic-
torieusement lutlc avec la nature; tout à ciMé est son por-
trait peint par lui-même, tenant sa palette et ses pinceaux ii
la main. Ilenner me fait nsmarquer que ces pinceaux sont
minces et pointus, ce qui explique le procédé de l'artiste
habitué à peindre, non ii larges coups de brosse, mais par
petites hachures rt arrivant néanmoins k produire de grands
effeis d'ensemble.
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1W> HBTCB D'aLSACE
Noos Hommes ici nu milieu d'iine arislocralic ili> la pein-
ture, devant un clioix de trois cenig œuvres hors ligne
HJgnéeH lies maîtres les plus admirablement iloués, les
Ruliens, les Van Dyck, les Holbein, les Wouwermaas, les
Téniers, les Oslade, les Hondekoeter, les Gérard Dow. le^
llrcugliel, les Bergheîm, e lulti quanti. Toute la magie >te
•-es sorciers du pinceau est Ih exerçant son étrange fanrina-
lion sur l'œil des visiteurs ! Ceux qui ne comprennent |»:is,
c<!ux qui restent froids devant cette majesté de l'art liuinain,
sont b plaindre. Il leur manque ce je ne sais quoi qui consti-
tue une des plus intimes jouissances de la penstT'e, ce sixième
sens qui est le sens <lu l>eau.,. en un mot l'idéal. La gravure
a popularisé tous ces chefs-d'œuvre où trône comme une reine
la Femme au chapeau de paille, de Itubens, où Meizu.
Terburg et Jean Steen étiitent ces ravissantes scènes d'intt'-
rieur faites pour si'duire les plus indiiïérents.
Le palais des anciens comtes. t>^ Binmiihof, est le c;ntre
politique de la ville : sur la petite place qu'il occupe et où se
groupent très irrégulièrement les édifices du gouvernement, il
n'est passé des événements tragiques : les pages d'histoire
qui les rappellent sont couvei'tes de taches sanglantes.
C'est il l'entrée même de la (our que que tut arrêté (irotius
et c'est en face, devant le perron de la chapelle, un peu à
druJte, sur un échafniul Mli en une nuit, que fut décapit''
Il l'Age lie soixante et onze ans, l'homme d'état le plus grand,
le |)lus considérable que la Néerlande ait produit, l'un des
plus honnêtes citoyens dont l'Europe s'honore, Jan van oldeu
llarneveit, grand p<^nsiunnujre de Hollande, le fondateur de
l'Indépendance des Provinces réunies (ij. L'exécution de ce
grand homme, sacrillé par une vengeance politique, parce
qu'il appaitenait an parti n'puhlicnin, pèsera éternellement
Nur la mémoire du stalliouder Maurice de Nassau.
(Iiiriiélis et Jean de Wilt, les deux grands patriotes répuhli-
niins, l'xpièraiit sur la même place leur libérnlismi' et 3-
l'iireut massacrés par une populace en délire.
t llavarJ. — La Hollande à vol d'oiseau.
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LaUsuns c^s souvenirs sinistres, ces lianlises tragiques
qui, malheureusement, nf i-enconlrent trop souvent dans
l'histoire des peuples ; Jeluns un regard rapidt; sur la belle
perspective <lu Vivier toute bordée de palais princiers et
allons faire notre visite obligatoire h la plage maritime de
Scheveningen. Aller !i La Haye sans voir Scheveningen serait
chose tout à Tait incorrecte et anormale. Comme la préface
enchanteresse d'un livre inconnu, les abords de ta petite
plage forment un tableau ravissant de verdure, de Heurs, de
villas ombragées d'arbres séculaires, de pièces d'eau rayées
par les blanches évolutions du c,\gne. Un tramway traverse
les bosquets toutTus et frissonnants qui s'appellent Sc/iere-
ningsche botchjes et qui, parune belleallée couverte, vous
mènent à l'entrée de ce village-bijou, au milieu d'un océan
de sable et de dunes, contraste d'autant plus sévéïe que la
mer du Nord, dans ces parages, a l'aspect jaune dune eau
bourbeuse. Sous les arbres de l'avenue sont inslallées de
nombreuses boutiques oij se vendent les bibelots du souvenir,
et les petits verres de ce fameux curaçao de Hollande dont la
réclame, sous le vocable de Wynand Foking, a inondé la
quatrième page de tous les journaux du continent.
Sur la plage jaune comme la mer, au milieu du fourmille-
ment des baigneurs aux costumes exotiques se détachent les
notes crues de la livrée multicolore des hommes attelés aux
cabines montées sur roues. C'est un vrai carnaval, 1res peu
élégant, de bleu, de rouge, de jaune criard qu'on semble
avoir inventé tout exprès pour mettre un peu de gaieté sur
ce fond mortellement triste de la mer du Nord où la déesse
Amphitrite i.c se pare jamais d'une écharpe d'azur.
Malgré tous ces cfTels disparates, celte coquette plage de
Scheveningue a conquis, en raison de son voisinage du parc
enchanteur de La Haye, une réputation européenne. Involon-
tairement en regardant cette mer houleuse, toujours
frémissante, on songe aux longues nuits il'hiver oA la
tempête déchaîne ses colères, oij les vagues monstrueuses et
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192 REVUB d'aLSACB
sinistres vienncnl l>altre les digues et font Irumbler la
modeste bourgade déjii éprouvée par des ciitaGJ.vsmes
historiques.
Des hdtels splendides, alignés le long de la plage, tournent
leurs façades vers l'horizon lointain et embruni, n'ayant
d'autre distraction que celte mer immodérément maussade.
Nous allons visiter le joli belvédère qui domine la dnne, avec
noa balcon arrondi tout étincelant de propreté, puis le pano-
rama de Scheveningue pris du haut de ce belvédère par le
peintre Mesdag. dont les superbesmai'inesflgui'entluus les
ans au salon de Paris. Mestlag est le peintre attitré de la
mer du Nord, comme Caualello a été celui de Venise :
il en a pénétré, eu vrai poi'te. toutes les tristesses, toutes
les profondes mélancolies, pareilles ù relies du ciel gris et
violacé sur lequel s'enlèvent ses vagues lourmeulées: son
pinceau sait rendre l'âpre grandeur de leurs colères avec
leurs crêtes é eu mantes, leurs houles moutonneuses et
leurs glauques perspectives qu'anime le vol saccadé des
pétrels,
l'ècheurs et pécheuscsde Scheveningue, lous bien ntlifés et
d'une propreté légendaire, ont l'air de personnages d'opéra
comique, les hommes avec leui's casquettes en cuir couvre-
nuques, les femmes avec leui-s casques d'orgent et leurs
jupes volumineuses. Car c'est l.'i encore un des traits dislinc-
tifs de la femme du peuple en Hollande, c'est que plus elle a
de jupons superposés plus elle est fière d'elle-même.
Rentrés k La Haye, nous y prenons le train pour
Paris, emportant toute une collection de beaux souvenirs
i}ue je me promettais bien de flser sur le papier avec
les clichés instantanés que j'avais emmagasinés dans ma
mémoire où quntorzp ans écoulés ne les ont pas fait
Irop pfllir.
Au moment de clore celle série de mes mémoires,
au seuil de l'année néfaste qui a vu se dérouler dans
noire cher et merveilleux pays d'Alsace tant de pages
tragiques je ne sais si je pourrai jamais poursuivre
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A TRAVERS LR PASSÉ 193
une lAche si absorbante. L'homme propose, mais les
hasards de la vie, le destin souvent iaclémeat, se jouent
des meilleui'es intentions.
Dans ma longue promenade k travers le passé, tout
en suivant un chemin plein de ronces et bordé de tom-
beaux, j'ai pu cueillir çà et là quelques fleurs cachées dans
la lande et respirer leur parfum discret; me retournant
parfois pour voir s'évanouir dans la brume du couchant
les réres d'or, les visions capiteuses, l'azur trompeur
des illusiuns.
Et malgré les heures amères, malgré les spectacles na-
vrants coudoyés en chemin, je reste sur ma conviction, con-
solante pour ma vieillesse, que la vie n'est pas à dédaigner
quand on sait la comprendre et y associer, avec une foi ar-
dente dans l'avenir, une large part d'idéal et de bonté
Charles Goittivilleh,
B LA PRBMlfeRB PARTIE.
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THEOPHILE CONRAD PFEFFEL
LA VIE ET L'ŒUVRE
DKUXIKMR PAIÏTIR
L'ŒUVIÏË UTTHnAlRE
3. Le Fabuliste (suite) (I)
Pour pouvoir, en pleine connaissance de cause, mesurer
la place qui revient à PrefTel ilans la litlératiire allemanrli^,
il est opportun de se lappcler les travaux de ceux qui l'ont
procédé sur la voie où il s'est spécinlemenl illustré.
La Fable en A llemagne tirant l*feffel
Patrimoine commun de la race aryenne et issue peul-élrc
de la même source mythique que le conte dont elle i^t.'
rapproche fort, au début, (lar la naïvett^ de Ion, U fable, sans
exclure le but didactique, ne l'avait pas primitivement pour
objet principal, et attachait plus d'importance au récit qu'à
ta morale.
Ainsi il se trouve que La Fontaine, guidé par son seul génie
poétique, a senti le vrai sans s'en rendre compte ou pluti'it en
{i) Voy. p.p. 107 & 145 précédentes.
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TItl'ilifllII.K i;iiMt.MI l'KWKKI. iîla
s'en excusanl, et n monlK' son ori^iimliti^ on écrivant, avanl
la di^couverte de folles de Itabnus, des fables «où la poésie
exhale tout son parfum, an lieu île s'atladior îi cet lierltîer
désséclié qu'un appelle le recueil i^sopique » (1). Uabrius
avait rendu ;i l'apulo^ue cette vivacité primitive, cet accent
poétique qui en faisaient le charme dans la bouche de ses
premiers inventeurs. Exhumé en 184 i. (?dité la même année
par lloissonade, il fut étudii'- par Daivstr et par Egger, traduit
par llertzherg et par Lrvêque, et est venu renverser les
savantes théuries de Lessing, en prouvant que la fable, à l'u-
ligine, n'avait rien de la brièveté et de la sécherossc de Phè-
lire et d'I-Uupe, mais resiiemblait plutôt, dans ses éléments
essentiels, au poème épique. Celle ressemblance contribue à
éclairer les liens de parenté qui rattachent U la fable primi-
tive le Roman de Renarl. Cette épopée des animaux, comme
celle des héros d'Homère, se forma de la fusion et de la juxta-
position de pièces isolées dont le groupement, plus ou moins '
méthodique ou fortuit, Unit par créer des traditions, de véri-
lahles cycles légendaires couiparnbles k ceux des paladins de
Charlemagne, et une source inépuisable pour le symbolisme
si cher au moyen Age.
« I, animal est essentiellement symltolique. Son instinct
fait tourner toutes ses actions dans un cercle fatal. Aux chan-
gements subits des idées et des passions humaines, il oppose
la persistance invariable des mêmes types, et correspond
ainsi admirablement h ce qu'il y a aussi de perpétuel dans le
retour inévitable des faiblesses du ctenr humain. La distance
qui le sépare de nous fait que cette analogie n'est jamais
gênante et qu'un léger efTort de l'imagination l'adapte aux
lûvilisations en apparence les plus opposées. On étudia donc
ses mœurs avec passion, pour en faire !a satire de l'homme.
L'animal eut le privilège de chevalerie aussi bien que celui
de rlergie, et le lioman de ftvnart devint l'image de la so-
ciété féodale » (2).
Le débat sur les origines de cette célèbre épopée a été
envenhné par les rivalités df l'iiniiiur-propre ii-.lional.
(1) I. Kanl, Choix de conle» et de fables jUarnier, 18»2j.
(2) lleinrich. Hi»toire de la IHtératiire allemande, t. ;t47.
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196 REVIE D ALSACE
Transportant dans la liltérature le rêve de Rousseau sur l'état
de nature, la critique allemande en appelle à l'existence d'un
âge d'or primitir, où la vie, encore exemple de
troubles, aurait établi un conimercci intime et enfantin entre
l'homme et les animaux {Vilmar, OeschiclUe des deut^chen
yationallitleratiir, 1873, p. 19i)j. Mais les luttes implacables
(jui assaillirent nos ancêtres à l'aube tXcs civilisations lui lais-
siirent-elles le loisir de couler des joui-s aussi idylliques ?
Puis comment se fait-il que cette légende, qu'on nous dit si
profondément nationale, n'ait laissé aucune trace dans les
plus anciens textes ? Car on sait que la littérature allemande
n'a gardé nul souvenir d'un temps où l'épopée des animaux
n'aurait eu ni couleur satirique, ni tendance didactique ; il
est impossible d'y trouver un seul vers sur lienart avant le
moment (H47) où nos trouvères commencèrent à chanter
ce sujet qu'ils puisèrent dans les bibliothèques latines des
monastères.
Ce n'est que vers 1170 que le seigneur alsacien, qui se
cache sous le pseudonyme de Henri le dissimulateur, le leur
emprunta pour le traiter, avec une intention manifestement
allégorique, ian^ un poème remanié cinquante ans plus
lard par un anonyme.
A côté de l'épopée satirique, dont nous n'avons pas à sui-
vre ici les innombrables transformations qui aboutissent au
Heneiche Fuc/ts de Gœlhe, les fables détachées continuaient
sous le nom d'Exemples, Iiei»]tit ou Biscluift, leur existence
propre dans la littérature, où elles occupent, dans le temps
des Minneiœnger, une place importante, en rapport avec le
goût si prononcé du moyen flge pour les symboles daus l'arl
et la poésie, mais en participant toujours plus du genre mo-
ralisant et satirique. Esope no fut traduit que vers 1480 ;
mais, dès le début (lu siècle précèdent, l'Allemiigne possède
un véritable fabuliste dans le dominicain L'Iric Boner de
Berne, qui dédia vers 13.S0, a. un des magistrats de cette
ville, son Edehlein, recueil de 100 pièces imprimé !i Bam-
bergen 1461 et, ainsi un des plus anciens monuments de la
typographie atleiiiande (un exemplaire de celte édition est h
la bibliothèque de WoIfenbOttei). Imitateur d'Avianus, qui
se traduisit 42 fables d'Esope en hexamètres latins (fin du
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CONRAD PKEFFBL 197
siècle), Bonet prêche une morale pure et austère qui ne fait
gnlce qu'aux sentiments vrais, aux affections naturelles, mais
qui n'exclut point l'esprit d'observation et même une pointe
de malice. On est étonné de trouver sous sa plume des sujets
qui sont familiers h notre enfance. Le meunier,
sou fils et l'âne. — La matrone d'Ephèse. — La poule aux
œufs d'or. — Le rat de ville et le rat des champs. — Le loup
et le chien, etc.
Considérant la cn'aliun entière comme un immense miroir
dans lequel Dieu nous pri'scnte nos vertus et
nos vices, el la fable comme un simple appel aux
hommes pour les inviter à y porter leurs regards, Boncr prend
ses sujets un peu partout. Il servit de modtMe aux auteurs
d'épopées burlesques qui empruntéitint ^ la vie des animaux
la matière de leurs fictions, l'armi eux nous citerons Wolfart
Spangenberg qui publia son Ganxkœnig à Strasbourg, en
ifiOT. Une petite pièce comique de Hellin de Sainl-Gclais sur
un clerc amoureux semble aussi imitée de Boner. Mais comme
celui-ci éluit sûrement inconnu en France, une fable latine
a dit être la source commune des deux auteurs.
D'ailleurs Boxer lui-même ne fut pas le premier en date des
fabulistes allemands. Cet honneur revient au Tricoteur
(Slricker),ce\. inconnu, dont on sait seulement qu'il composa
vers 1240 son recueil de fables el de récits, intitulé le Monde
dont quelques fragments ont été conservés par les frères
lirimm-Boser, enl aussi un rival presque parmi ses contempo-
rains, le Bas-Allemand Gérard de Minden, qui composa, en
1370. 102 fables, dont Wiggerl découvrit et publia 21 en 18,%.
Nous passons le XV* sii^cle, dont les épigranimes et sen-
tences sont proches parentes de la fable, mais nous entraîne-
raient trop loin, et arrivons à Luther qui, lui-mémes,
s'essaya dans l'apologue <-t siirtoul le mit en grand honneur
par l'estime singuli<}rc qu'il professait pour Esope, surpassé
seulement, dtsatl-il, par la Bible. Aussi ce genre adopta-l-il
les aspects les plus divei-s. Développé chez Dans Sachs au
point d'affecter les proportions d'un petit poëme. il prit une
allure correcte et vive dans les 49 fables qu'Erasmus Alberus
publia en 1534 sous ce litre : Das Biich l'on der Tugent und
M'eiss/ieilmUffuleiiJieimenverklerrl.yiaisaelécriv&iïiiesayànt
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I'.W
lIEVlb L> AL.-ACK
repnsetî en 1Ô50 pour en faire un ubjel de polémique reli-
gieuse, il en alTaiblit le mérile lilt'Taire par d'interminables
additions. Par exemple, Irlne rerètn de ta penii du Lion
devient le papeiqucicgraiidsolde la foule ignorante croit ter-
rible et vént^rable, mais dont Ltilber a aperçu la longue oreille
et ivvélé la niaiserie et l'inipuissauce. C'est iiinsi qu'Alberus
se laissa surpasser par Burlcanl Waldis, Ikssois de ramillc
consiiiéive, moine défroqué de Itiga. devenu ferblantier iti-
nérant, puis pastinir diins son pays natal et qui, quoique
mêlé si intimement aux lulles du moment, sut pourtant ganler
plus de mesure dans son Empui ijaiit: neu yemaihl und in
Aeiinen gefatst (Francfort, 1348), collection de plus de -iOO
récits, dont plusieurs ont une véritable valeur. Il partage aver
Bodmer l'bonneur d'avoirproduit une série d'imitateui's : li'l
Lazare Sandroli, qui dégagea rHj)olugue des allusions tbéolo-
giqucs, le ramena à sa brièveté ordinaire, mais n'y laissa pas
assez subsister l'intention morale, en subordonnant tout au
désir d'amuser. Il remplace les moralités par la moqueriù el
inonde ses petites pièces de comique, comme pour détloni-
mager le lecteur des serinons et polémiques de ses prédéces-
seurs.
Il faut avouer que le XVH siècle n'olTrait pas ii la fable les
conditions nécessaires pour garder ce juste équilibre qui doit
la distinguer et des contes badins et de la salii'e. Les contro-
verses passionnées du temps fournissaient trop aux littérateurs
l'occasion de ces succès faciles qui sont rarement la promesse
d'une réputation solide. Mous avons encore, sans prétendre
pour cela à une énumération complète, Eucharius Kyering,
né il Kn^nigshofen (Basse Krancouie), pasteur de 1578 ii sa
mort (1399), et auteur de Etlic/t rii-l /iiinilert /ateiiiischer
tiiid deulschttr Spricinrorler, mil... ffii/orjen, Apolotjen,
Fabeln und Gedichten gezierl.
(3' volume l60t-3;
Le 17" siècle, dont toute la liltérature n'a guère fait que
végéter, ne pouvait rien produire d'original dans notre do-
maine. Maisavec lui commence un nouvel élan qui durera jus-
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TM^I-llILli IHINBAD PFeKFEI. 409
qu'à la période clnssique. Celle résurreclioii peut se ramener
à trois causes ; l'exemple de La Fontaine et des autres fabu-
listes français, surtout de ceux qui, comme Lamotte et Ri-
eher, ont joint la théorie b la pratique ; ensuite l'influence
moralisante de la liltéralure anglaise ; enfin les discussions
critiques pi-ovoquées par la lutte entre Gottflched et Bodmer
qui, lotis deux, assignèrent à la fable une place prépondé-
rante, en vertu de l'importance capitale... toute poésie du
Vf rs d'Horace : Etpmd.asiexse volunt et ddectare pœtœ. Le
P. Le Bossu avait défini la fable comme un discours inventé
pour former les mœurs par di-s instructions difgui^ées sous
le« allégories d'une action, comme devant être universelle,
imitée, feinte, et contenir allégoriquement «ne vérité morale.
Le chaptli'e que la Poétique de GoUcbed consacre U la fable
n'est guère que la paraphrase de cette théorie, qui séduit en
olfetpar sa clai-té et sa pr>'-cision appaientos. Ajoutant que
tout dépend ici du pi'écepte moral, le législateur de Leipzig
donne la recette pour fabriquer la fable: On n'a qu'à choisir,
selon le but qu'on veut alleindre, la doctrine morale qui doit
faire le fond de loul le poème. Ensuite il faut inventer un
événement, c'est-à-dire une action, qui montre jusqu'à l'évi-
(Itmi^e le précepte moral qu'on veut enseigner.
Selon les Suisses, qui cherch:iient surtout le merveilleux
uni il la morale, un poème avait atteint son but, lorsque, à
côté d'autres mérites, il avait celui d'être utile. Cherchant le
grnre qui imitait le mieux la nature sans négliger le mer-
veilleux et qui avait en même temps une lin et uns utilité
nettement morales, leur théoricien Breisinger décida que c'é-
tait la fable d'Esope.
Cette prééminence également décernée à l'apologue dans
les deux camps ennemis explique assez le goût prononcé qui
porta les contemporains de ce cAti' et le grand nombre de
fabulistes qui vont se succéder jusqu'au moment où la
diffusion des thi'uries lie Leasing arrêtera net ce bel essort.
Lessing u appliqué à l'étude de la fable ce même esprit
investigateur et critique qui a valu à l'Allemagne la régéné-
r.'Ltiun du lhéi\tre national et i|ut a imprimé au génie alle-
mand, dans toutes les branches de l'activité intellectuelle,
une impulsion si irrésistible. « La renommée de nos fabulis-
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zOO RIWK D ALSACB
tes dit Ileinricfa (II, 126), avait suscit<^ une foule de pâles
copistes; cha<iue foire de Leipzig voit éclore rie nouveaux
recueils s. En présence de ce spectacle, un Lfasiiig devait se
dire que ses compatriotes avaient suffisamment montré au
moyen Age qu'ils savaient donner une forme originale
même aux sujets antiques et étrangers, pour qu'il suflit de
les rappeler à cette tradition plus glorieuse. Tout d'abord,
Lessing lui-même avait, il est vrai, suivi le courant général,
et essayé dans ses Fables et contes en r-ers (1153), de repro-
duire la grAce de La Fontaine, auquel Gellert seul, chez ceux
de sa nation, lui paraissait comparable. Mai-^ il ne tarda pas
à sentir combien lui faisaient défaut l'aimablr Iwnhomic et.la
fine ironie qui donnent tant de charme aux lefons du bon sens
de notre grand fabuliste. « Les natures germaniques (Hein-
rich, 1. c.) ne comprennent guère que la louange ou le sar-
casme ; et la malice, ce mélange délicat d'une raillerie
badine et d'une irréprochable urbanité, leur est presque in-
connue ; elles ne savent que frapper fort, et l'amabilité caus-
tique qui blesse adroitement au milieu d'une caresse,
pour guérir aussitiM la piqûre, leur a toujours paru fausse et
méchaate. Leur langue est tout aussi impuissante à rendre
nos réticences grivoises, et tombe dans l'indécence dès qu'elle
passe les bornes de la pudeur ».
D'ailleurs, Lessing avait beau possi'der parfaitement le vo-
cabulaire de notre langue et être tout imprégné de l'esprit
de notre XVIll" siècle, au point d'en partager les passions
et les aveuglements aussi bien que les ardeurs généreuses;
il lui manquait quelque chose pour la véritable intelligence
de nos auteurs : Pour bieu comprendre une littérature, et
sentir réellement les beautés d'une langue, pénétrer dans
l'intimité du peuple qui les a créées, s'identifier avec lui, il
faut partager littéralement son atmosphère physique et
morale, en un mot, vivre de sa vie pendant quelque temps.
Ne voyons-nous pas journellement l'étranger, même non cul-
tivé, qui habite au milieu de nous, juger plus équitablement
nos usages el noire caractère que le plus savant docteur qui
ne nous connaît que par ses livres ?
Quoiqu'il en soit, Lessing sentit le besoin de changer Av
tactique, et lorsque six ans après, il donna un nouveau re-
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THÉOPHILE CONRAD PFBFFBL iSOl
cueil de fables, elles étaient en prose, et accompagnées d'une
longue dissertation critique qui constituait un manifeste en
règle contre nos fabulistes. L'apologue n'est plus di*-
sormais qu'une dépendance de la philosophie morale et a
rompu tout lien avec la poésie ; elle ne doit être que l'ex-
pression sèche et nue d'une vérité illustrée par un exemple,
et que tout ornement défigure, que tout développement af-
faiblit.
H&tons-nous de dire que l'auteur de celte théorie austère
en a, dans la pratique dépassé les limites élroites. Ses fables
sont arides cl brèves, mais d'un style irréprochable. On peut
dire, il est vrai, que ce sont plutùt des maximes que dEs fa-
bles. Quoique la moralité en soit paradoxale et subtile, les
observations fines et les vérités solides n'y manquent pas, et
l'on y voit éclater h chaque ligne la force de caractère, la
haine des coteries, de la bassesse et de la fatuité médiocre.
Surtout, elles ont rendu le grand service que Lessin^ atten-
dait, celui de jeter le discrédit sur les pAles contrefaçons
dans lesquelles nos fables continuaient à être délayées. A ce
point de vue elles ont même dépassé le but : le discrédit fut
si fort, que personne n'osa plus écrire dans ce genre, faute
<le pouvoir rivaliser de concision et de clarté avec Lessing.
Les principes fçénéraux de sa critique dogmatique expli-
quent assez , au reste, les raisons de la guerre violente qu'il
a faitek nos fabulistes. Sa tendance fondamentale étant de
substituer pai'toul, à l'imitation des Latins et des Français,
celle de l'héllénisme comme plus primitive, plus authentique
elnus^i plus riche en af(înités naturelles avec le germanisme,
il crut remonter h la source même de la fable en allant droit
il Esope et en ramenant l'apologue h. celte simplicité « aussi
peu semblable k celle de la vraie fable antique que la plante
desséchée d'un herbier à la fleur épanouie sur sa tige...
Plus les étudcii sur l'origine et le développement de la fable
ont été approfondies, plus l'erreur est devenue évidente.
Mais n'attribuons pas k la mauvaise humeur ou h la haine
une théorie qui trouve son explication dans les principes
dogmatiques <Kont. I. c.)
Nous voilk revenu ii PfelTel, notre point de départ. Comme
fabuliste, il procède en droite ligne de Gellerl, qu'il connai s
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202 HEviE d'ai^ace
sait personnellemenl depuis sa Jeunesse (1) et pour lequel il
proressa jusqu'il si mort une grande vénération (2). Ce que
(îellertdit de sa prupre nmsc dans i'Ode k la Renommée,
peut s'appliquer avec non moins de justesse à celle de son
disciple : « Si tu écoutes la voix de la Sagesse et que Ion zèle
•''!:ale ton devoir, la gloire couronnera (es efforts. Et quand
même tu ne l'alteindrus pas, ta conscience, en dépit de tout.
!<■ la diionprail pour l'éternité. »
Voici comment lleJnrich caractérise les deux fabulistes
1 1 p. Ô60-Ô0ii : « Les failles de Gellert ont un tour familier et
vrai. Leur seul défaut est d'avoir une intention morale trop
Jiccenluée, de conclure souvent par des n'-pi'tilions inutiles
de la vérité que l'uuteur vent faire pénétrer dans l'esprit de
ses lecteurs. Oux de ses apologues où il s su éviter cet excès
sont les meilleurs... Toutes ses œuvres se recommandent
jiourtant ii l'indultience et même aux sympalbifs de lu criti-
que par le parfum d'honnêteté qu'on y respin.',... C'était une
de ces Ames honnêtes pour lesquelles le culte des lettres
obtient comme une !<econde religion... Il peut, à défaut d'au-
tre gloire, prétendre à ce respect ijui s'attache nu lillérateur
sérieux et h l'homme de bien.... Son succès suscita d'autres
fabulistes. Le meilleur de ses imitateurs est Lichwer qui a
même [larfois déjinssé son modèle en orisinulilc et en
vigueur... . Ffelfel, s'inspirant k la fois de Gellert et des
grands fabulistes français, a donné souvent à l'apologue un
tour simple et heureux. Bien que sa carrière se soit prolon-
gée pendant la période classique, il appartient entièrement,
par sa manière, à l'ftge de transition, (^'est une noble et
grande figure que celle de cet homme de lettres qui, devenu
(1) Hei'ue dAliace IHiHi, p. 4«6.
(2) Voir les vers louchants (|u'il adresse à son Ajève, I
comte fie Custincs :
t'reuud, pflanzert <ler auf ileiilsi-hc Wàllc-
Einsl dein l'apier mit lapfrez Hand,
So denke stals : .Vueh dièse Sicile
Gchn-rtzatiellerl Valcrland ! (Ed. Colla, H, IIK).
Uuns Phëbui et le pâtre (id. I. 3, il pnif'lauic lui-méiuf
son maître (Cp. Slœher, Blœtter deti .Indenken, p. il7-38
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Tllb;<>]'lllLK CDMIAII fKItFFlil. =03
iiveugle k il ans, continua k Iraviiitlyr avec ardeur, écrivit
un rran<;ais et en allemand, fondu k Cotmar une école impor-
(anlo et cunsaora, mnigré ses inlirmilcs, toute sa vie à faire
11- bien. Ses fables, eu général assez courtes, attestent un
Bsprit judicieux et une exquise sensibilité. Leur morale est
pure sans t^tre moroso. et ça et l;i de riantes description?;
montrent que l'imagination de l'auteur n'a rien perdu de su
fiaîcheur, et que cet Hveugle savait voir par les yeux de
Vlme».
Itieder, d'autre pari, juge ainsi les poésies de celui dunl il
fut d'abord lo secri'taire, puis lami et enlin le biographe :
« C'est dans la fable ésopiqne qu'il excelle; il y a créé un
genre spécial, qu'on pourrait appeler la fable épigraniniati-
que, parce que son caractère distinclif réside dans la pensée
finale et spirituelle, vers laquelle converge loutce qui pré-
cède ; aussi commeiii;ait-il souvent par écrire la lin de ses
fubles. Le sujet en osl souvent de son invention, il le trouvait
uisément dans ses lectures et plus encore dans les rapport*
et les événements de la vie publiiiue et privée. Il manie lé-
pigramme avec une grande force, mais l'un peut aftirnier en
toute vérité que Jamais il n'a blessé les mœuis pour faire un
trait d'esprit.... Il a surtout enrichi l'épilre poétique, genre
qui n'était guère cultivé en Allemagne et dans lequel il a
imité avec beaucoup de bonheur Despréaux et les Fran-
rais » (t|.
Il nous reste à vérilier à notre tour l'exactitude de ces
diverses appréciations en parcourant rapidement l'œuvi-e du
fabuliste, d'après la dernière édition {Ileitz, 183-t) qui nous la
présente dans l'ordre chronologique.
Terminons auparavant la série des Jugements sur lui en
citant celui de M. Kout, prof, au lycée du Havre, qui dit
dans l'introduction de son Choix 'f" Contes et ih l'ablex
fCarnier, 18921 : « Pfeffel est peut-être le fabulistr allemand
(fui a le mieux réussi à rendre la grâce nonchalante des fabu-
listes français. Il s'inspire surtout de Florian, ses récils
(I) Biograpliiicher Entwurf, p. t
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ZU4 RBVTB D ALSACE
marchent d'un pas plus rapide que ceux de (iellerl ; la mo-
rale austère est remplacée par le badinage innocent. Son
compalriote Nicolay (i) lui ressemble de loin ».
Edition Heilz.
L'avant- propos est celui même que l'auteur C'crivil en avril
t802 pour l'édition Cotta. Les plus anciennes pièces(17ol) sont
complètement remaniées. Exemple : La toute première fablp,
La femme noyée, t\u'], dans l'édition do 1761 (p. IGi) avait
trois strophes, chacune de sept vers à 3-4 pieds, en a main-
tenant (p. 10) 4 d(! 4 vers à 3-fi pieds. La troisième, J.e cui-
sinier, n'a guère modiflé sa forme rythmique, mais d'autant
plus les termes, au point que l'iili'e seule e-^^t restée la même.
Par contre, le quatrain, emprunte k Uoileau, Preure à pox-
leriori, de 1753, n'a changé qu'une expression. La fitlélilé
(même date), imitée de Destouches, est ii'-duite de plus de
moitié. Le prédicateur criard |lT39),composé d'après Saint
Gelais, n'a subi de changement que dans les mots et garde la
même étendue. D'autres enfin n'ont maintenu que le titre,
dont le sens même est parfois nitéii', comme dans CMoé
(1738) et La mort, titre d'un récit en prose de 1701 (p. 192}
et qui ici (I, p. 91) traite en vers un sujet tout différent {i}.
Pour la revue des fables elles-mêmes, telles qu'elles se pré-
sentent sous leur forme délinitîve, nous nous en tiendrons
aux plus connues ou, ce qui n'e^t pas toujours identique, îi
celles qui méritent le plus de l'être, laissant dans l'omlirc la
partie médiocre de l'œuvre, où le mauvais goût s'étale avec
complaisant, et dont les allusions obscures, mythologiques
et autres, achèvent de rendre la lecture pénible. En d'autres
termes, au lieu de faire une simple critique négative en si-
gnalant les défauts, chose aisée en somme, faisons plutôt un
travail positif en glanant ce (|ui reste digne d'être admiré.
Dans ce travail de sélection, hittons-nous de le dire, nuus
n'aurons que rembarr.is du choix. Car combien l'on pourrait
(1) Annales de VEa, 1895, p.5T0.
(2) Reproduit par Edel à la fin de sa broehur
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THBOPHILE CONRAD PPBFFSL zUo
donner de preuves de la sensibilité la plus vive el la plus pure,
d'un goAt exquis, des plaisirs simples et des choses de la na-
ture, d'une sagesse, sereine comme celle d'un philosophe an-
tique el charitable comme celle d'un chrétien ! Mais il faut se
restreindre pour ne tirer de celte gerbe abondante que les épis
'es plus pleins et les plus savoureux.
Voici ce qui, dans le premier volume, se recommande ii
noire attention par l'intérât particulier du sujet, l'exécution
plus réussie de la forme ou la nature de la dédicace :
La mère des Oracques. h sa femme (p. 2. 1768) Emma et
Eginhard, à une inconnue, llclty (p. 27. 1776), récit gra-
cieux des amours de la fille de Charlemagne.
L'Enfant et son père, h son élflve, le comte de Custine
fp. 14-t. 1778).
Le début de VEpiIre à Phœbé, sa fille atnce, pour son
quatorzième anniversaire (p. 162. 1778).
Le vieux serviteur, k son frère (p. 171. i1%S) Le Pélican
il ses enfants (p. 173. 1780).
Usgué te Zacchi, histoire japonaise (p. 184). Rosette,
fp. 99).
La pipe turque {p. 137. 1782), une des productions les
plus populaires du poète.
Combien d'autres mériteraient une mention f Partout le
sentiment est vrai, protond, naturel, même quand il revêt
une expression peu élégante . Car, disons-le une fois pour
toutes, si la forme laisse parfois à désirer, toujours le fond
est sain el instructif, digne d'un homme de bien qui n'est
pas un sot.
Le deuxième volume va de 1783 k 1792 et débute par deux
perles : Les Colombes, (p. 7) à Doris, sa femme, à laquelle
il ne désire pas survivre ; et Tkéonise (p. 8j ii sa fille Lîna,
Nous nommerons ensuite VEpitre à Gœckingk (p. 26) el
celte k Thérèse Paradis (p. 31), le quatrain intitulé Le
deux général (p. 89), Le philosophe et la vérité {p. 59),
qui nous rappelle que cette dernière ne se révèle pas à la
foule des orgueilleux el ne rencontre pas sur le bord delà
(I) Sur ces deux personnages, voir /aArôwcA der Vog, Clubs,
1898, p. 33 «11897, p. 137
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iot;
grande roule. Le luxe (p. 6)1 est un vrai pelil Jranio, ilonl
la conclusion iiuuscITraie pour nous assagir. Le rubin (p ûl
1788 s'adrpsse au baron de Salis, le poêle connu, alors ofli-
cier des Suisses Ji Versailles, et La cigogne de Delft à Mme
Schlosser la deuxième femme du beau-frère de (îœlhe (p.
83. 1789). Le Bavard, autre quatrain (p. 137) et Die Jun-
frau (p. 176. 1792), qui devrait plutôt s'intituler Le cygne,
Yiennent clore dignement cette liste, que nous pourrions pro-
longer sans peine. Elle suffit pour montrer que le livre qu'elle
repn'senle n'est pas inférieur au pn'eédent. Le suivant n'n-
ferine encore quelques pièces dft 17112, dont nous siiçiialons
celle qui salue les Suisses survivants du 10 août, ivutrant
chez eux en oclul>ri>, cl dont plusieurs stroplics peuvent
compter parmi les plus belles productions de Pfeffcl. I.a lé-
gende de liathille est aussi, sauf quelques légères incor-
rections de style cl de goût, d'une lecture très agréable.
L'année 1793 n'est pas moins bien fournie. Le lièvre et
te» amis (p . -19) cache d'amères expériences sous un ton en-
joué et adresse, par son dernier vers, une louangcdélicateau
destinataire, Jacques Sarasin de Mlo. Lnc expérience aussi
profonde et aussi triste se dégage des .Viteg (p. 88j, dont la
formeest un peu triviale etd'autant plus expressive.
l/année suivante est introduite j)ai' un épitrc .1 la Soriélé
Uéicétigue. dont le début donne ces curieuses allusions piT-
sonnelles :
Scbon wiedcr, cch ! zum secsbtem maie.
Versagt das Schicksal uiir die Lust,
.\us Tells geheiligtcm Itkale
Nil cuch zu trinken, uieine Brust
.\n eures biedern Rrustzu wanner
tind, wie es Vatcr Flaccus heint.
.Ani rechtc Oriesun zu scliwœrmen !
Ja, Broder, Krank an Leib und (ieist,
Weiss ich nicbt mehr wie mann sich frcuel.
Duch meinc niflrben Verden reisst
Die wilde gicht ; von aussen drai'lel.
Gieich eine tobenden Vulkan,
Der rund umher Verderben speiet.
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THKill'IllI.B UONHAD PFKKKKI. iOT
Des ArusGlut; des Vipcrzalni
Des soi'i^e iiagt an iiieinem Acrzcn,
Uqs Ronst 60 gern den heileni Si^herzer
[n eucrm Zirket ofîeii stand,...
Nous nous arrêtons à regret, car l'épftre continue jusciu'îi
la ftn sur le môme ton cordial et humoristique, en vers aussi
coulants et gracieux.
1793. /.s calendrier rvpiib'.icoin (p. CO).
Der FraiikL'u nlmnnach ist wunderscho'ii :
Kr gilit fllr llpilige luirSchœpsc fitense. Fi^clu',
Alleiii seitdem sie im Kalcnder slelin,
SIcliu sic uicht nielir auf meinfm Tis<tlie !
.1 AnnetleAc Rntlisnmhausen (\>. 71 j.
. . , .du KennsI den Eigensins
Des alteu Belisars {l) ; er reicht die Schale.
Der Freundsi;hoft kulnem dur, der nicht zuvor
Den Keleh des Leidens trank. Auch du hast ihn getninkeu.
Du die, w.'is das gEschick uns rauben Kann, verlor,
Allcin je tiefcr du durch seine Wacht gesunkeu.
Je hacher hob dich eigne Krafi empor.
.Vnnelle prangle ine mil angeerbfem Schimiuer :
ni»" Schla'sspr slilrzten oin, die Burglierrn llohr :
Si bliehl u. setzip sicli nul ihres rilili>k<>-; Triiniuiei- !... »
Les 1:2 nioi-ceaux de 17iKî intVilomient d'être ciliés lou-,
ilepuiK l'ode An Beide {p. U4), adressée aux atnées des ile-
moisclles de Berckheim, jusi|u'à celle h Mon grillon domex-
lit/ue (p- l*i7), doni la verve et le rythme animé conti-astent
avec le sentiment résigné et mélancolique qui perce surtout
dans la dernière des cinij strophes. Celle pièce ne porte aucune
marque du t'"ups et se lit aujourd'hui comme si elle était
l'œuvre d'un conlemporain. Plus loin, nous relevons deux
(i) Nom symbolique de l'iuilrur doua la Hergerie slrasbour-
geoisc, dernier souvenir lies tVoies sili^siennca aux jeux allégori-
ques cl aux termes de paalorale. Strasbourg avait eu sa Tati-
wngeKlbsehaft en 1033 (Heiiirich I. 47:i. II. i»).
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ZUQ REVUE D ALSACE
dédicaces : Le phénix mourant, au professeur Jacobi, d'al-
lure un peu p^danle, et Le Moine à Madras, qui loue l'esprit
large et tolérant, quoique profondément religieux, d'Aug.
Périer. Ces 12 fables d'ailleurs sont loin de représenter tout
le travail de l'année. Elle en a vu produire 70 autres que
nous trouvons au début du
Théodore Schkl.
(La fin au Irimettre prochain).
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LA VIE A STHASBOllUi
commencement du XVII*' siècle
i;il.\PITBF OIARANTK INIKMK
De l'Escorcbeur et Cureur de privée '
.If m'esmeiveille cuiniiienl il se Irouvi* de gens, qui s'nddor-
Dcnt il de si villains innslicri! quR d'cscorchei- Ifs besles iiior
tes H chamsoos puanlcs el souvent fourmi liantes di; Afrs,
.le ne prc^ndrnîs pas tous les biens du mondo, pour rslrr
nmployt^ » une telle be^og^ne el avoir mon ordiiioirn aslelier
en in voirie {ij. Ne vous en cskiihissez point, IWiur du frain
Rt le plnisanl aspect de l'or et de l'ai'gcnt, sert de pomme rie
senteur et d'antidote contre In jiii.inteiir et horreur de reelf
villenie.
;,1) Vo.v. pp. 78-IO;t, (tti triiiieslre '!<■ Jnnvier-Février-Mars ; pp.
S4:t-28l du trimestre Avril-Mni-Jnin ; pp. 3K7-421> du trimestre
Jiiillel-Aodt Septembre, 1SI7: pp. mutti du lrime<!lreOplobre-
No ve m bre- Décembre, 1897.
(i) ScAinder und secret fe^er.
(3) Die Sc/ilHl.
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-I" iiRvi K n\i,SAi;K
Que diles-vuus tl>inc <Ies ciireurs de privez (i), qu'on ap-
pelle aussi mal jtres fi (I ou inaisU'es di;* In :■; ■« œuvres ?
Je les tiens pour cousins-germains et m -..ic ne font qu'une
mesme chose en Allemagne, cnr les gadouaitls y escorehent
et les escorcheiirs mi^neiil le tomliereau de h gadoue, et s'ap-
pellent en Auslt'iclio Uoys de nuicl, comme en ceste vIIIp.
D'où leur peuvent venir ces sauypeuez noms *
Ceux d'AusIi-iclie les appellent seigneurs de nuicl, ]iarce
'pi'ils vuident les privez et mènent ces immondices de nuicl
'•I sont maistrcs dcï. riles tant [«urce ijue chascun dort alors,
qu'fi cause que le )>ru de gens, qui n \ Tuire par In ville
s'éloigne di^ux, leur fait large tant qu'il juiut, pour éviter la
puanteur de leur drogue. Mais icy l'un les. nomme maislriif de
treRle OH de ga»in, d'autant qu'ils nti'inent hors leur lie de
froment en plein uiidi et de jour, sur des prairies verdes.
>'e font-ils |K)inl de chef-d'ieuvre, comme un fait '^s autres
niestiors, pour estre receus nmislres jurez ?
Je ne si^ay : mais j'aj bien ouy dire qu'ils se servent d'une
estrange tenlalive pour espronverle bon cipur des candidats
gndollards et niei-deux app''entirs.
Faites-m'en le iV'cit, je vous prie.
Après que les maistres oui oslé la selle du retraict, el des-
couvert le pot aux roses (i), ou fuit avancer le novice elmpeau
bas, au près de la gueule du privé, un des maisires luy pla-
que une poignée de cire de blé (3| contre le front au-dessus
du ne», à laquelle il attache nu lioul de chandelle, afin que
S'- tenant lu en droicte posture, il esclairc à ceux qui puisent
l.'i matière fér.iie, dont ils cuqdisseni leur tombereau, ^•ur In-
quelle ils inctti-nt une large et longue planche, qui nageant
nu-dessus de Ci'sle liqueur musquée, empêche qu'elle w re-
|1) Sclifisihiiuitfvger iHf mnn niich Waten ndi'r KUemfUter
htitft. Slrasbourg i-\;\\\ id.irs silbiuiéc do canauii. Tous ces fossés
daicnl surplomliés ili' S/iriirA/iûnifr on latrines, suspendues au
revers ilcs niiiisons ri rcccviiii'iil li's jmiuondiccs cic Inules natu-
res qui crnupissaiciil ['ni>nili>!iiir pbirc. h ciel oiiturl. (tteiis?<. la
justice criminelle p. fU).<:!. S.'jiinill I, <- p. 10.
li) Die Bitfmhûihi-.
i.'X\ Mrnscheinrach/'.
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Jaillisse dehors, et embrene les p-'issants onrhaniaiit ]>ar
cahots sur Ir pavi' raboteux des rues. Breii, ma phuiio, n>n
parlez plus autrement, vous me ferez, lever le fenr.
ri!APiTRKOi\HA>Ti:-ni:ixii:\fi'
Do Colporteur
Au dernier Jour, tout le monde sera eolportenr.
t'iHirquov cela ? Comment l'entendez- vous ?
Cliacun portera sa Italie uii son gianier.
Japerfois bien ii ceste heure où vfnis voulez venir. Ce^L
que personne ne poun'ii estie sauvé par les mérites d'un
.aulre, et dira envnin. Sei;îneur, tn me dois donner la vie
élernelle et les ioyes de l'aradi*. nonobstant que j'aye
meschamment veseu et piuté les armes ii la solde de tnu
ennemi, car j'ay eu iMinnc dévoliou et me suis reccmimandé fi
tel el tel, qui n mené une vie auslère et sainctement ves.cii :
mais l'hascun portera en son eorps et son Ame la peine et les
lourmens desservis par ses propres peehez, s'il ne s'en des-,
charge sur l'Agneau de Dien, <|ui porte et oste les peehez ilu
monde et en rende riair |esmf>i!{iiaKe par nue vrnye repen-
lance, suyvie d'amendemeni de vie.
Mais proprement, quesl-ee qu'un folportcnr'
O'est nn mercerot M) qui porte un panier pendn à Mjn eol.
garni de rnbans de soye, HelleHret outie laine, lacets, aiguil-
lettes, peignes, pelits miroirs, esiuys, aiguilles, aggraphes,
et autres senihlahles chosettes de petit prix. Il y en a d'autres,
qui portent çà et \k des almanacs, livrets d'Abecé, la gazette
ordinaire et extraordinaire, des légendes et petits romans de
Melusine, de Hnugis, des quatre fils .\ymon, de GeoUroy k la
grand'dent, de Valentin et Ourson, des Chasse-ennnys, des
chansons mondaines sntes et villuînos dictées par l'espris
immonde, vaudc-villes iii. villanelles. airsdei<. i-, chansons
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IIKVI'R 11 ALSAnK
'a boire, le loiil composé par les sacrillcaleurj' d prophMeis
d'Apollyon, inspiniz par cesl niiçe dp rnlivsiiif. ;i l'usn^ie di^
i^enx qui ont •li'votion .i son service.
CHAPITRE OtARANTK-TROrSIÈMIi:
Da Cordonnier
Mon maistre, (lue faites-vous ces escuqiiiis el cm luales'^
Monsieur, c'est de la besogne tie commande, ils ne sont pas
h vendre, ils appartiennent ïi un vieux marchand demeurant
au coin de ceste rue. Ou'en voudriez- vous faire? Vous esles
encore trop jeune pour vous servir de telle chaussure.
Je le demande seuli'menl pour en pouvoir dire le prix k
mon beau-pi^re, qui domeure toute In journée en sa boutique,
et en veut faire faire nue paire doubli^e d<' feutre, pour avoir
plus chaud.
Qu'il les couuiiande, (|uand il luy plaira, je les luy feray si
l>elles et si bonnes, qu'il en ^era content et espi^re qu'il me
contentera du jnix sans dispute ou di^bat, car je s^ay qu'il est
homme de ntison. à laquelle je suis tousiours prest de me
sousmettre.
Je le luy diray. Au reste je voudrois que vous me fissiez
Irois paires de souliers, une de vache, l'autre de veau, et In
li'oisii^me de maroquin, el mesme une paire de pnntoufllles.
J iiunnsausM volontiers une paire de bottes avec les galoches.
si vous m'en vouliez faire bon manihi*.
.le vous en feray si juste prix que vous n'aurez pas occasion
lie dire que je vousuyp esiiorché. Ce n'est pas h mes vieux
l'halands et aimboursreuis que je me veux ri-eourre. Dites
seulement conuneiit vou* les voulez avoir, el je vous serviray
.'i vostee guisi'.
.le les voudii-i^^uvo^rd.' rMiirnupiin retoiirm-, liieu wuiTuil-
léesîi la mode, nyaiisK->;iHii.-be> bien eousues, la ^enortillei-C
assez large et ilould<-e de cuir rouge: la tige ni trop large,
ni trop estroii'l", (prinr'ip.Tli'Uienl ;i l'endroit du gras île la
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I.À vie A ïTRASBounn HZ
Jambe) avec des souliers quarrez ou larges vers les orteils, et
des talons à poiil-leviî (f ) : et voudrois les avoir pour
dimanche.
Je feray lout de poinct en poinct, comme vous me l'avez
prescrit et mesme à poinct nomnit''.
Vous serez un galant homme et me donnerez sujet de
bailler le vin aux valets. Ouand un jeune maislre veut ouvrir
boutique, luy faut-il beaucoup d'argent pour se fournir des
outils du mestier?
Ouy Vrayment : car il ne luy suffit pas d'avoir des formes
de souliers h tous pieds, un trenchet, des alesnes, du chegros
ou fil gros poissé avec de la soye de porc au bout, des talons
de buis, du liège, une mesure, des cadets, et des chausse
pieds : mai-i aussi se doit assortir de plusieurs fafons de
cuir, tant pour les empeignes, que pour tes semelles et dou-
blures (21.
CHAPITRE UUAR.\NTE-Ot'ATRlEME
De l'enternar de Bwrts
Ah, le pauvre homme a rendu l'A ne h Dieu, il est trespassé
ou d>5cédé, il a passé le pas, c'en est fait. Voyez comme il est
palle etsans soufllle, il n'a plusde pouls, lecœurne luy bat
plus, les lèvres ont changé leur couleur vermeille en blesme.
{\i Ich wolte sie haben cou umi/ekefirlent cordowan. woht
falla uinde geirachlell, daran die êlrttpffen tleiff angenehet,
der tlolpe ii-fit 'jniiij, unnd mil rol/iem tedder gffûttert : der
ivhafl'l wuler :a veit noc/i :u eiig (itmonderheit umb die
Waden) mil alla inoile Schiihen, vornen lireit und mil hohen
abtcelsen.
(i) AUerleg l'-i/tteit, '•ht kntipun tœiil'-", di-ant fto ein tlar-
cker gepic/i 1er mets fit mit einer saichfiralen an der spilsen)
tlœc/ieln, pantoffelhoUs, ein me»irahmrn, achuchnadel und
anrie/ier.
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Ses iiiciiibi'es su ruitlissenl à mesure que la chaleur nalurdle
s'évanouit. Ferinons-luy les yeux, et l'enveloppons d'un lin-
ceul et le poilons sur une paillacc en imc chambre fi part
selon In cuustume d'icy. Je voyois bien h ce matin qu'il ne
luferoit plus j;uèt<> longue, lorsqu'il a commencé à rasler,
qu'il a perdu la pamle, que tes yeux hiy sont enfoncez et que
ses pieds sont devenus fraids comme glace, Qu'avez-vous a
pleurer et lamenter, quand bien vous vous tueriez de tristesse
el regret et Teiiez retentir l'air de cris continuels jusques ù
la fin du monde, vous ne le resuscileriez pas.
Je le sçay très bien, et raèsme que le deuil n-s profile de
lien au morl, el nuit beaucoup au vivant : néantmoins, la
playe eslant encore si freschc, et la perle que j'ay faite si
sensible, il m'est impossible de m'abslenir de me douloir et
me résoudre si subilemont il la patience. Jo sçay bien que
nous ne sommes pas séparez pour jamais, et <[u'il est seule-
ment parti pour que^iues jours devant moy, pour arriver de
meilleure heure 1^1, où aussi j'aspire sçavoir est au Paradis
céleste: car il estoit vrayement chreslien, il avoit la gloire de
Dieu pour but: pour rè^le sa volonlé nianifealée en sa
Parole, sa Crovidence pour guide, el ses promesses pour con-
solations. Je ne doute non plus de son salut, car qui vient
bien meurt rarement mal : el celuy meurt bien qui meurt
volontiers, comme il a fi;il : au contraire mourir envi c'est
mal mourir. Vous si^nver. qu'il a dit souvent à ran iict de lu
mort, IJue celuy-lii craigne la mort qui n'a point d'espérance
de vie apn's la mort. Il a eu une mort que les sages appellent
heureuse, assavoir une mort, qui a rt'ucontit' une ame forte
en un corps foible : pourtant l'a-t-il rendue à Dieu sans se
débattre et contourner les yeux de douleur. Elle a esté menée,
suyvant gayement, hors de sa prison caduque, au lieu de
tranchisc ('ternelle. où Dieu essnycra toute larme de ses
yeux : el non trainée par force, comme celles de ceux, qui
s^-avent qu'on les mène devant le tribunal du juge justement
rigoureux, pour recevoir le loyer de leur mescbanle vie sans
foy et sans repenlance. Mais vous pourriez dire qu'il estoit
encore on la Heur de ^on aage, et eust encore pu servir
d'aide el d'uppuy à tous les siens. Mais je vous responds que
la mort ne demande U personne que! aage il a, el que per-
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I.\ VIK A STH.ISBOIHU âl3
sonne ne meurt qu'en son jour, et ne penl rien de son temps,
celuy qu'il laisse estant h autruy, aussi tiien que le temps
précédant sa naissance. Pour l'appuy que vous avez perdu,
soyez certaine que Dieu vous en donnera itn autre aussi bon,
ou meilleur, si vous vous couliez en luy seul, qui dit par son
t>rophète Jérémie, chapitre 17, verset o Maudit soit le per-
sonnage qui se confie en l'hommu. et qui de la chair fait son
bras. Dieu est protecteur des veuves, et tuteur des orphelins.
Quiconque en Dieu espérera, jamais confus on ne verra.
Vous avez raison, c'est aussi loule ma consolation, et ce
qui fermera les bondes de mes Inrmes, pour penser et advi-
sera faire honorablement porter feu mon mari d'aggreable
mémoire en s(>n lict de repos. J'envoyerai ma servante au
fossoyeur ou eiileri«iir de morts, commander la fosse pour
demain apr^s le disner: car il fait une trop granil'chaleur
pour le garder plus longuement.
Gardez-vous en bien, cousine Ursule ; vous feriez parler le
monde au désavantage de voslre honneur.
A quelle occasion, cousine Dorothée ?
Vos ennemies, et celles qui ne sçavent pas eu quelle
amitié et concoi-de vous viviez ensemble, prendroient subject
de mai parler de vous, et de dire que vous estes bien aise
qu'il est allé ad patres, et que poi;i' lu peur que vous avez
qu'il ne revienne il soy, et ressusci.c, vous vous hastez de
l'envoyer coucher sous les draps vcrris au rayaumc des tau-
pes : el que vous estes du parenlage de celle qui entendant
que la bière dans laquelle estoit son mari, esloit si grande
que les porteurs de morts avoienl beaucoup de peine de la
dévaller en bas de la montée, leur cria : Culbulez-le du haut
en bas, s'il veut se revenger de faire le mauvais.
Nous remettrons donc l'enteri-ement h dimanche, tant
pour fermer la bouche aux^ mesdisans, que pour avoir un
plus grand et beau convoy, U cause (|uc chascun :i meil-
leur loisir qu'un jour-ouvrier.
Eu quel cemetiére le ferez-vous porter"
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Aux Uciiis Malades (l'i. La plus pari de nos parents y
gisenl ensevelis, mms y avons noire sfpullure parliculière ii
c-joté dy la oliaii'j du ministre.
Qui voulez-vous prendre pour prier ù renlerrement"?
Le inaisti-e cl'i'*cole de l'cgiise de N
Il fort est honnesie homme de vray, mais il commence
il devenir fort caduc, les jambps ne le portent plus si gaillar-
dutnent qu'elles faisuienl il y a iieufuu dix ans, il ne trotte
plus si hubilenient.
Ce n'est pas merveille, car depuis ce lemps-la la morlulité
a esté très grande, et partant, iuy, comme le principal se-
monneur rrenterremens |2i. a est: harassé plus que
quatre autres à tracasser tous les jours par la ville.
S'il a eu du travail, il a esté bien récompensé : la peste,
le chaud-mat, la dysenterie, et les convulsions ont este de
bonnes et fertiles moissons h ces gens-lfi que quelques
uns par dérision appellent oiseaux de la mort (3), mais
il lurt : car ils ne prâlisent pas la mort <i-venir, mais
advenue (4). Je vous conseillerais de prendre le cler du poile
des Gourmets, il a la langue bien pendue, la voix forte et
intelligible, ne demeure iamais court, et court comme un
verrier descbargé, ou comme un chien maigre. Il priera k
lentern^ment. remerciera et congédiera ii la porte de la
ville. Autrement il vous faudrait avoir deux hommes, et
faire double payement.
(Ij Zu deit Galleaten. — Cimelière Suiole-Hétèau actuel :
Voyfz la notire sor l'égligc rouge et la léproserie de Strasbourg
par Cil. Srhmidl dans son Bulletin de la Société pour la
conservation de mi>u liistoii'e d'Alsace, tome .\.
(i) Leiehlader.
(3) IVfckvœgel.
ti) Il n'est peut être pas sans luténH de comparer ce passage
avec celui du médecin Maugue qui érrivait vers 1730'1725 son
Hisl. naturelle d'Alsace où un lit le passage suivant :
Lorsqu'un homme est mort on l'e^iposc sur sou lie! de parade
Tèlu d'une longue robe de salin blanc, où il esl gardé pendant cinq
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LA Vm A STUASBUlHIi H'
tiivoyez-lu donc quérir, et lu.v donnez cfste liste des noms
de nos parens el amys et lu) enchargez bien do n'en oublier
pas un, afin que nous ayons un beau convoy (i). Il cousle
merveilleuseoienl ù mettre un pauvre corps en tcrro. ('nr
premièrement on paye cent so\s d'une simple bièi'c ou d'un
■ sarcueil de bois de sapin nnirci, avec une croix blanche
dessus: on donne vingt-qualre sols pour la fosse el l'enten-e-
inenl ou ensevelissement : dix-huicl sols pour le prest du
nu si K jours ù la manière des Komains : on le porte eiisuilc dans
le poésie de sa Iribul, ol ou annonce le eoiiToy, coniuie on le pra-
li((i)oil anciennement suivant le Phonnion de Térence. Exequiai
chrtmeti» qttibua eat commodum ire, jam temptu eit,
Oeu<i qui aisislcnt au convnt- sont les pare ns et les amis qui
s'assemblent dans lu poésie où le cors a esté déposé le malin. De
là ou le porte de»anl le portail de l'égliBC pour le placer dans le
ebarriot dont je parleray dans la suite.
On porte les corps du poésie à l'église sur des espi'rcs de petits
lits que les Romains appclloient lecticae, lecliques. Ces Icctiques
cstoienl appelles ^n-aphorea lorsque six hommes les portoient ou
oclaphorts lorsqu'il y en avoit huit ; ces porteurs esloient appelles
vetpitlonet de vespera, parce qu'on enterroil le soir.
Si le mort est sladmestre ou bamesl?e, ces porteurs sont bottés
et toujours babilles de robes noires rourles et un grand crêpe.
Le mort est accompa^iné du Poésie b l'église par louis ceux
qui se sont assemblés au rendes vous; les hommes deux b deuK
en babil noir, et les femmes qui les suivent en grand nombre, et
deux â deux, coëlTées d'aisles de toille blanche, romme on le voit
dans la tadle-douce, et conformément a la coutume des Romains.
Lorsque le eonvo; est arrivé à la porte de l'église, on place le
mort dans un long el grand ebarriot ouvert de toutes parts k
l'exception du dessus qui est couvert de noir tel qu'il est repré-
senté.
Les conviés qui ont honoré la pompe fnnèbre, entrent dans
l'église; le ministre monte en chaire et fait une sincère oraison
funèbre, sans meltrc k couvert les deffauts du mort & ladiiïérence
des Romains qui ne portoient le défunt aux rosira ou tribunes que
pour y faire son élo^e et y étaler ce qu'il avoil fait de grand.
Après l'oraison funèbre chacun se place selon son rangel proximité
du sang dans les charriots qui sont quelquefois au nombre de
vingt destinés à l'accompagner au cimetière.
Lorsqu'il meurt quelque enfant ou quelque vierge on couvre le
cercueil de fleurs aNilicielles qu'on y laisse en lei enterrant dépense
aussi grosse qu'inutile.
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S18 REVUE tlAL^AlX
ijrap-morluaire : à chascun des six porteurs de marts douze
sols, une miche, et du vin loul le saoul, ce qui monte en cesie
année 1637 ù environ six livres tournois : un florin d'or ou
deux risdales au Semonneur et Congédieur : item un risdnic
aux pauvres escoliers île Sainct Guillaume, qui chantent les
cantiques funèbres,, sans spécifier la discrétion qu'on
doit par honneur ri celuy, qui fait le presche-funebre. J'avois
presque oublié le marchand, îi qui on doit une honneeteté
pour le drap noir, qu'il preste pour couvrir les tables, licts.
buffets, bancs et selles : il couste aussi quelque chose k
traiter le tailleur, qu'on employé à cloiler ledit drap, etencoi'e
plus si l'on fait un banquet d'obit (I), comme en plusieui's
lieux. Tellement que tout bien calculé, on n'en peut
eschappen'i moins de vingt-cinq ou trente livres. Pour les
;;en9 de qualité, il couste bien d'avantage, pour cestequanlité
de crespc qu'on distribue aux gensqui portent le ileuil. pour
en entourer leurs chapeaux, et en laisser pendre une longue
queue sur le dos : item pour les chars couverts de drap noir,
dans lesquels ou rameine les dames en la ville. Somme toute,
l'homme couste force argent, soit qu'il naisse, soit qu'il se
marie, ou bien qu'il meure.
J'ay baillé la liste des noms au Siiuonneur, il m'a promis
de commencer demain dés six heures h prier, et n'en passer
ou sauter pas un.
Le semonneur prie ou tetaond à l'enlerremenl.
Toc toc toc toc.
Elisabeth, regardez qui c'est qui heurte ou frappe si fort et
dru il notre porte, il osl sans doute de bien loing, il a baste.
Qui heurte là-hast
C'est moy, ditus à Monsieur et à Madame, que Madame
Ursule leur commère les prie tros affcctueusemeul lous deux
de luy faire l'honneur d'assister à renterremenl di> son mari
demain )i douze heures et demie. Ne manquez pas le le leur
dire je vous prie.
(i) Ces repas de funérailles sont encore en usage Jnns
localités d^Alsace. On en trouve un exemple dans le
d'Erckmann-Chatrian : l.ei Deux Frites,
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il!)
N'en ayez peur je n y manqueray pus.
Hè bien, qui esl-re Elisabeth?
C'est le semonnetir d'enleirement, qui vous prie a l'enler-
reinent de voslre compère Nicolas, qui a laissa son cscuelle à
un autre (I).
. Aht je pliius la eomm/^re tîrsule, de la voir perdre un
liomine qu'elle aimait tant, et de qui elle cstoil étant aimé.
li n'y a remëde que ta patience.
Vous avez raison, mais elle est plus aisée à conseiller,
qu'k practiquer : c'est une ti'ès bonne herbe, mais elle nt-
croist pas au jardm de chancuii. Quand est-ce qu'on l'en-
terrera.
Demain à midy et demi, c'est îi dii'e, à une heure car on
met tousiours une bonne demie heure k s'assembler.
Qui sera-ce, qui mènera le deuil, et recevra les condo-
Ipances?
Ce sera sans doute son cousin Hobert, c'esl le plus proche
parent de son costë : et le frère de la vefve luy pourra .
assister.
Chambnllon as-tu lourni' le sable (2) à midi, comme je
t'avuisenchargé?
Ouv. Monsieur, il en e^t desiu escoulé un quart.
Il est donc temps que nous nous appreslions : car cela est
fascheux, quand il faul donner la main à tant de gens, et
faire tant de révérences et chimagrées. Apporte-moy mon
grand manteau, et mon cordon de crespe, je veux aussi
lesmoigner cxtmeurement, le deuil intérieur, et le regret
que j'uy au cœur de la perte d'un bon amy.
L'homme entrant en la maison fait la révérence et
aborde ain».i celuy, qui est au haut bout pour recevoir les
condoléances des suroenans.
Monsieur, la cognoissance réciproque, que nous avons tous
deux de iiostre sensible perle, en ce que nous nous voyons
.1 Welclier au$ dem letjten Loch gepfisi
(3) U iabiier (da» Stundglais).
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privez, vous il un bon et aimahle cousin, cl inoy d'un hono-
tulAc compi-re, et singulier amy k l'espreuve, me défend
d'user de beaucoup de paniles pour tesmoigner ma douleur :
c'est pounguoi je me tourne à la consolation, plus tost<|u'au
renouvellement de la playe récente, et vous prieray d'ensuyvre
mon exemple, sousmettanl vostre volonté à celle de Dieu,
qui nous fait entrer et sortir de ce monde, quand lH>n luy
semble, croyant fermement <|uc les afllictions mesmes sont
bénédictions à ceux qui craiginent Dieu et l'aiment, et qu'il
tourne en bien les accidens désastreux en apparence. Au
ri^lejcpriele loiit-Puissant qu'il vous vueille consoler pnr
son lion Esprit, aussi bien que raoy, et nous pi-éserver par
longues anné<-g de semblables accidens.
Monsieur, ie commun ressentiment, que vous avez <ti;
l'aflliclion de cestc tiiste. famille et maison, m'est un grand
allégement en mon dijuil, et vostre présence, qui honore le
convoy du défunct, oblige tous ses apportenans !i vous en
savoir gré, et vous en rendre grftces, et outre plus k prier la
source de tout bien et prospérité, de leur fournir un plus
aggréable sujet que celuy-cy, de vous lendredes offices réci-
proques.
La femme fait nés condoléance» à la vefee en re»
termes :
.Madame ma commère, et chère amie.jay entendu la nou-
velle de vostre désastre avec un extrême regret, tant pour la
compassion, que i'ay de vous, qui ave?, perdu une si chère et
douce moitié, que pour vostre propre interest, estcns par son
decez, privez d'un ami franc et loyal. Mais puisque ça esté la
volonté He Dieu de le retirer en son repos. Il umus faut en
commun nous résoudre )i croire, bien que contre touti*
apparence humuine, que c'est nostre liien autant que le sien,
et qu'il vous suscitera un autre support, on se munslrera luy-
mesme, pur une manifeste assistance, vostre tutem' et puis-
sant pretecleur en vostre veufvage, comme je ne niiinqueray
point do l'en supplier humblement en mes prières ordi-
naires.
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i.A viK 1 sTnAsuoi:iti; iit
Madame ma comm^ro, te peiithelomcnt de ma. poiclnnc.
et rnng'-iisse de mon pauvre cœur oiiln'' d'indicililc Iristossp-
m'empc&chant lu |>arolo entifc-oupi^o de sanglots, je remet-
tray et dilTéreray ù une outre fuis les remcicifinens pour It's
salutaires consolations, que vous iiw^ donnez, et l'honneur,
que vous daignez faire k une pauvre veufvt- conlite en
amertume, et afDig^e jusques h l'istréinilé : et prieray Dieu
de destourner pour lonstemps un si pesanl ll^nu de voslre
maison.
i:H.\P1TRK (JLAH.ANTK-niNQI'IHMK
De rEBcayer-trencbaDt
Y a-il un Escuyer-lrenchanl ou cesle ville? (Juel liomun'
psl-ce ?
C'est un homme qui s'entend bien h découper la viandi'
avec bonne grAce, comme il y en a en Italie <l)t qui font
profession de ce Itel art et renseignonl îi ceux qui hantent la
cour. S'il y en avoit un icy, jemployerois volontiers deux ou
trois mois de temps, cl une quarantaine dp, Risdales h l'ap-
prentissage de ce bel art. Car qu'y a-il de plus beau et mieux
séant îk un jeune homme qui bante les i.-ompagnies, et se
trouve souvent en des banquets, ou nopces, où i! y a de
jeunes dames et demoiselles, qu'après avoir voyagé, el
acquis le bruit d'avoir bien estudié, et appris plusieurs
langues estrangtVes, d'pslre aussi adi-oil a table, et n'i'stre
contraint par ignorance et louniise. ili> rep(ui8SRr une volaille
.1,1 Vom Vorschneido: — 1). Martin fnil Kans duutc «ilusioii au
curieux volume inlilulé : Triiicier tder Vorlegbuch darinncn
herichtct wird wie man aUerhaad febiat.iie uitd gcsoitene Speisni io
aujf JOrstliclie und andere Tafel geiragen werden\ inogen... !(ei-legen
Mill i-oM desaen von Glacomo i'nicacçbi in italïantsiher Spracli
bel .lirieten anjel^o in dai lioçhdevtscbe tienliclien verseljet undatif
dcn signirten KupferstielieH... g^^ieret. — Leipzig, bey Henning
(iiiissen des jungen, /(iïi, in-fot.
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qu'on luy pri'sente ii découper : innis après une pelile ex<:iise
des Taules qu'il pourroil fnire, embrocher un chapon de
lionne grAce avec la fourchelle, luy couper le col nel tout h
un coup, lever les cuiRSes et les ailes sans difUcullé. commi'
s'il n'y avoil poinl d'os, ce)uper le croupion, puis Irencher li'
blanc, et préitenter chasque morceau, selon qu'il esL csliiiu'
JM)n el friand, h chnsque personne, suyvant son di>;îré el
m/'rite : et en savoir ainsi faire de mesme de toutes autreit
sortes de rosti, de bouilli et de fruicl. Si d'iivenlnre quelque
lémérnire entreprenoil de ce faire, sans Avoir est»' inslniil
pur un mnistre bipu expert en l'art, il pourroit aisénienl
tomber en l'infortune d'un lourdaut fanfaron, lequel eslan)
venu h un festin de nopce. boité el espcTOnni', avec la plume
à l'en tour du chapeau pour faire la roue, comme un paon :
bien qu'il fust de ces gentilshommes, doni les pitres vont ii
la chasse avec un couple de f/œuf» d}, se mit à la lahle de-;
demoiselles et autres jeunes (llles, pour les servir, el njtrcs le
potage mangé, entreprit de découper un oison farii, qu'il mil
sursontrencboir (î)là la mode du paysj mais ne sarhnni par
quel bout commencer, se mil h scier l'os d'une aile, ne pou-
vant trouver la joincture : mais en poussant fort, il fil rouler
l'oison de dessus le trcncboir sur ses chausses, {car il avait la
serviette sur l'épaule) et de lîi îi terre. Ce désastreux accident
troubla de sorte monsieur le courtisan fait it la haste. toute
la tablée s'esclalant de rire, qu'il se leva îi l'estourdie. pour
relever l'oison, qui se saloit, celoit et salissoit dans la pous-
sière : mais comme un malheur n'arrive guère seul, ainsi
qu'il levoit le second pied, jiour le passer par dessus le banc,
la nappe qui estoitlongnelle s'accrocha à la molette de sun
esperon, et en la haste iinpélueuse qu'il avait de r'atlrapper
son gibier, la tira en bas avec lout ce qui estoit dessus, afin
de faire disncr les dames chrétiennes à la lurquesque sur le
beau plancher.
Ce second malheur renvyant sur le premier, lit qu'il voulut
prendre la fuite, lant pour éviter la moquerie, que la baterie :
m "Wttclie die Bauren Velter nenneti.
(2) Assiene [TelUr!.
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mais comme on (lit en Allemand, f]ae. ce qui se double sp
Iriple volonlierâ, en courant, sana dire gare, il rencontra une
servanteù la porle du polie, laquelle apportait une grunde
jatte de ris avec la poulie cuile dedans h la mode du lieu, la
heurte si rudement, qu'il la renverse par-lerre avec la viande
Nur le vidage et dans le sein, et eschappa à toute peine de ce
logis, comme d'un embarras de disgrâces et malheurs, et fui
la honte de tant d'alTronts si grande et puissante en luy, que
dès l'heure il prit la poste, et s'ahscnta i>our quelques années
de la ville, jusqu'il ce qu'on en eut aucunement perdu la
mémoire .
Pardon nez-mo Y. Monsieur, si je tiens ce cunle pour un
peu suhiect h caution. S'il n'est vray, la bourde est belle, il
n'y a toutcsfois rien, qui ne soit faisable. Pour le moins n'y
a-il point lie contradiction. Quant à la chente de l'oison du
trenchoir sur le gyion, c'est une choseordinaiit; à un lour-
daul qui entreprend de découper de la viande, et ay veu
arriver plus d'une fois un cas semblable. Or est-il ifuï du
gyixjn en terre la descente en est aist^e. S'il est vrny, il peut
bien ^tre. j'nime mieux le cniire qne d'y aller voir
f.HAPITKK yi^AHANTE-SlXIRMF
Du Faqain
Ou'est-ce qu'on appelle faquin ? Il me sembip quf eo n'ei;!
pas un mot fran^ois ?
Aussi n'est-ce. c'est un mot italien facchino, comprenant
gi^uf'ralemont tout homme, qui a furce de corps i\ i, sans art
ou me^tier, gaigne sa pauvre vie. comme sont porteurs ou
portefaix, crocheleui-s, et tire-charrrltes (2), lesquels derniers
(Ij Bfn itos(/er Auj. Birnsel — domestique « toulfaii-e.
Bosselarbeit Ihun (Geiler. Bilg. (IttHh.j — Kein Mensrh
aoff Erden hie — Dete Solliche Bosselarteil wie Christus
'Murner Daden. (j.6a. — Sotl icb nur allewii eahrt Bossel
sin ". — f*ostle, s'acquitter des grosses besognes de la maison
idh, Schmidt. Wœrterbuch der strassburger Mundart).
lii Sarkirceger, Kretttrœger und Kerchelzieher.
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m iiEVLP. d'alsaoe
sont A Stnisbourp et Francfort des chevaux a ili-iix piwis.
qui H'nllellont eux-mcsmcs îi une clini'cUc avec une .sangle
>'ii escliarpe, comme timonniers, pour transportor du grain,
(lu vil), ou lie la iiiarcha ndise d'un lieu ii l'autre : si le runlcnii
est par trop posant, leur rcmiiic ou un de leur^ compagnon--
pousse au cul de la chaiTelle. I,e croelieteur |ioric de loiiles
sortes de fardcnux plus It^iïcrs, i;amme des fagots. Itourn'es.
une caque devin etc., sur des crochets faits en fni;oo de deux
harpes (1) : c'est pourquoi par gausserie on appelle har-
peurs (i), ceux qui les portent, et les crochets mist^re-en-dos.
Comment pst-ee qu'ils font tenir ces crochets Jt leui' dos'
Il y n des bretelles, comme ii une liolle, dans qnoy il*
passent les deux bras nvui: les espaules. Kii voicy un tool îi
propos pour porter mon bahnt Cil Mo;; imiy. vi>iilp/-vrij,
porter ce bahut en mon lo^is eu payante
Ouy-dii Monsieur : où e-^tes-vouslogé?
A la place de Sninct-Estieime auprès du Cliiistrr.
i"est bien toinst si le haliut est pesant.
Il est fort léger : il n'y a dedans, qu'un peu di- linge hlnne.
et un habit d'esté, avt'c deux ou trois livrets.
Aidez-moy un neu à le charger sur mes ci-Oc.heU.
lUItien, baiss3z-vous.
Là de par Dieu, le voilà Ijien. . . Marrhex de.vnni je vous
suivray.
Gardez bien qu'il ne glisse et lomlDe en marchant.
N'enayez peur, la corde qui le serre par-dessus, et que je
liens feimeen la main, l'empeschera de glisser. Il ne courra
point de risque, si (i'adventnre quelque lourdaut e.%tourdi ne
me heurte trop rudement en passant : mais je tuy donnerais
de mon gourdin.
Votcy mon logis, tournez vous de costé. autrement vous ne
sçauriez entrer, h cause que la porte n'est pas si large, que
le bahut esl long. Servante, aidez h resl homme à se de---
chargfr. One faut-il mon maistre?
I Ij h'retren oder hoHsene ff'tar/ien die ziroen /fm'/i/iffii
ithnlich sehen.
(2j Darumb werdeii die Kretirnger xchimpfUfh Uarpffe-
nisten genennet.
(3} Reittkaxteii .
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i;n demi-quart descii, car le i-hciiiin osl lon^'. i.'l le fardeau
non si léger, (|ue vous le (nisie/.. Je suis tout en eau de
sueur : il m'en faudra employer la moitié ù une pinte do vin
pour me rafreschir et r'avoir.
Tenez, le voil^. Dieu vous en rlonne ehanee.
(rrand-merc.ï, Monsieur.
CHAPITRE 01 ARA M K-SKPTIKMF
Dq fendeur de bois 1 1 <
N'èstes-vous pas un fendeur île liols inon amy?
Ouy Monsieur, comme vous pouvez voir a mon merltn lii.
Je viens d'acheter du liois ;hi quay. le voulez-vous
fendre?
Ouy, combien en avez-vous '
Trois cordes : deux de che.'^ue, et une de fau i;t).
Esl-il aise à (endre?
Venez-le voir. Il est jeune, non pourri, ni nuueilx : il y a
aussi fort peu de souclies. Il est desia corde (^ J, comme je
voy, et si les ciiarretiers commeni^ent h le mener au logi-;.
Voulez-vous siiyvre cesle charelle? elle va dmit b mon losis
Il me faut preniièi'ement aller en ma maisonnellc qui
n'est pas à muy, quérir mon maillet et mes coins (o).
Revenez donc bien losl, car il faut qu'il soit aujourd'liuy
fendu : je ne le veux pas laisser de nuict devant la porle, il
n'y croistroit pas.
Me revoiey desjà. Je suis léger cojnme un oiselet de plomli.
dit l'Allemaml, c'est Ji dire comme l'oiseau St Luc, qui esi
un bœuf.
L'i fendez mon hoia bien menu, je vous payeray non seu-
lement six sols pour conle, selon la taxe et oi-donnanco, mai*
aussi vous donneray une pinle de vin. el une piiice 'le pain
quand vous aurez fait.
(1) NoUipalter. — (i) llolsaxl. — (H) Buc/ienholh . —
H) Gelegt oHer oemfts'n . — (5i Mein ,tr/ilai/e/ unit meine
Wfcken.
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iiti HKViiK i)'\i.sAr:>:
Je le gagneray bien, si je le fends en menus esdats comme
les boulengers d), car les busches sont grosses et y a fort peu
de rondins. J'aîmerois mieux fendre de la saulx, de l'aulne,
du sapin, du tremble, de l'érable, de l'orme, du cerisier, du
fresne, du pommier, poirier, prunier, tillet, plane, bouleau,
charme ; car le chesne, le huis, le cornoiller, le noyer sont
le plus dur bois de la forest (2).
CHAPITRE QUARANTE HUICTIÈME
Du vendeur d'amorce et de fusils (3)
* Nous n'avons plus ni amorce, ni pierr<- !i feu <|ui vaille eu
nostre boite à fusil : Vas en acheter U'autre.
Oùtrouve-t-on cela?
Sur la place Sainct Martin au dessus de la maison de l'es-
picier, qui est auprès du puits des pescheurs (4). Là lu verras
un homme contre la maison, avec une petite table devant
luy, chargée d'amorce, ou cordons soulphrez, pierres à feu,
pièces d'acier, ou fulsis : pour des allumettes en bottes, ou
chenevoltes ensoulphrées par les bouts, on n'en a point icy.
Voilk son traftique et sa marchandise.
(t) Back»cheiillein.
(i) Ich wolte lieber Wei/ten, Erlnn, Itunmn, Ëipsit, Unithol-
lier, HiUlenholts, Kirschenhaum, Eschenbaum, Apffelbauni.
Birenbatim, lÀndenbaum, A/iorn- Bircki'n-Spindelbaum, hawen
i/ann daê Eickinhol: : der Bitrbaum. Weltchenkirsrhenhaum,
Xuisbaum leind das hœrteate Holcim Wald.
{'A) Vom Zuntleltnann.
(i) Le Fiachbrunnen se trouvait h l'angle de la place Guleiiberg
actuelle vis-à-Tis delà rue Mercière. Nos anfi'lresj rallachaienl
une foule de légendes de souterraine correspondant avec les fou-
dations de la cathédrale et de baniiiosFnruivrc dans lesquelles on
naviguait. Il est déjà cité en 1419, fui transformé eu 1575 on
l>'impe monumentale et supprimé en 184.'{ (Piton I. 177). D'après
Sr.vbolh ISlrashgishl Mî) il est déjà mentionné en i:<05 sous le
nom de /feriuffsburne. L'atilLi|ue pompe, d'abord eu bois, avait
élé remplacée en 1573 par un polit monuuienl à pilastres cannelés,
avec, dans une niche, l'écu de Slraslmnrg surmonté d'un cartouche
avec la dale de rcconslruction. — La place Si-Martin correspon-
dait à peu prés avec la place Gulenberg actuelle.
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LA vu A TRASBOURQ 227
Comment est-il possible qu'il vive, et s'entretienne de cela ?
Tout son estau ne vaut pas un bon desjeuner.
Il n'y a si piettre trafllque, ni si chetif mestier, qui ne
nourrisse un homme, qui y vaque soigneusement, et vit avec
mesnage : celuy, dont je parle, ne meurt de faim, ni ne va
pieds Duds ou descbaux par les mes : il est bien vray qu'il ne
peut pas jetter les gigots de mouton tous rostis par la fe-
nestre.
CHAPITRE OUABANTE-NEUVIÈME
Dn Jardinier
J'ay ouy dire, que vous avez un beau et grand jardin.
Est-il vray ?
Oui, mais nous l'avons loué k. moitié & un jardinier, qui le
doit cultiver, ensemencer, esherber on sarcler : et n'en avons
retenu pour nous qu'un petit cofn pour y planter de rares
plantes, et Heurs estrangères.
Est-il clos de murailles? ou de palis ou d'une palissade ï
Nenny, mais de haye vive, espesae et forte. Il y a une
maisonnette de plaisance, toute environnée de treillis verds :
et ausM un puits, tant pour y rafreschir le vin, quand nous
y allons collationner, que pour arrouser les quarreaux, aires,
parterres, avec un arrousoir déterre ou de cuyvre, en temps
de trop longue sécheresse.
Mais qui est tenu de fournir le fumier pour le fumer?
Mon père s'est offert luy-mesme de le faire, parce que
nostre cheval, et nos vaches en font assez, sans qu'il soit
besoin d'en acheter d'autre.
Je le verrois volontiers en ceste saison, que la pluspart des
fleurs sont espanouyes.
Je vous y meneray demain, s'il vous platl : c'est jeudi,
jour de campos ou de n^création. Nous ferons des bouquets
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22M HEVIK ii'ai-sace
de roses, œillets, violettes, gyrofirés (II, mignolrses, pimw-
velours elc et rapporterons une poigni^e de lys, pour niellrc
rfans un vase plein d'eau sur nostre biiT l, afin de faire
sentir bon tout nostre poile. Quand U' IVuict sera meur, je
vous y menerny aussi, pour nmiiger en la saison des ce-
rises etc. Voyp/ ces sortes de fniicls eu la Fruictière.
N'y a-il point de muguets'?
Nenny, il ne croist qu'es garennes et bois, que je
Bçache.
Qu'est-ce que vostre Jardinier s'^rae et plante de bon en sn
part de jardin"?
De toutes sortes* d'herbes potngèrci il de cuisine, comme
lies elioux verds, cboux blancs, ou rabus, de la jotio, du
persil, du cerfeuil, des naveaux, des oignons, des pois, des
fèves, phasioles oit fâvcs do Rome, cibolles, lulx, paslenades,
rarottes, nrticbauls. salsifis, de l'oseille, chicorée, endive.
laictOes, cspinnts, nienle, cresson, pouliot, reponces, mar-
jolaine, serpolet, sarriette, bysope, sauge, rue, asperges.
bourrache, des raves, du pourpier, des porreaux : el autre,
comme de la lavande, du rosmarin, de l'anis, dn fenouil,
des melons, concombres, citrouilles. (^)
Il me semble que vous y ave;: mesié quelque chose, qui
croist hors dos jardins.
Il n'importe. Nostre jardin porle de tout ce qu'on y planlc
lin si^ntE.
Y a-il aussi Lieaucoup d'ail)res fruictiers?
Assez: car il y a un pommier, un poirier, cerisier, reniffler.
nieurier, cormier, noyer, pescbier, prunier, abricotier, cor.
noiller, coignicr, el quelques arbrisseaux, comme un gro-
il) Gilbe Nœi/etein, Mutkuwillen, TmisendscAoen.
(21 AUerlei/ Eis-od^r Xoc/iArœutur, <ila k'o/iltr*is/iraut.
Miingold, Pt/erlein, A'ntiel/naiU, J!vU/i. ZtdLeln, Ert»en,
llonen, Wekc/ielionen, Si/inUlaiir/i, Knoblaw-h, Peslnnchen,
(itlbe Riilieti. .XrUchtikfti, Arligirai, Suurampfur, W^qwart.
Hifliritn, f,it/ir/,./)in-ltt:'i -lier Uriin Kraat, Mûat:, Krnstett.
Poiei/, RapurUsrln. Mejnrnn. ijuendi-l. Sfdenty oder hiinel.
Hytop, Salbey, Rniile, H/iari/eii. /lUrrelsc/i, Riiltichi Burtzel-
kraut. Lauih, und nndere ah Spick. Rosmarin. Enis. Feiir/iel.
Hflnnrn, Ciin'tmern. A'irbsiiPii.
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LA VIE A STRASBOURG 220
sellier, rosier etc. En la hnye il y a un esglantier, un sureau,
un prunellier, une ronce, un frambofsier, ul un coudrier
blanc (1). Si l'air esloil plus cliaiid en ce climat, mon père y
feroit planter uu amandier, un laurier, un figuier, orangier,
citronnier, limonnier, grenadier, olivier.
N'y a-il point de saule ou saux à un des ooins dé la
haye?
Ouy-dîi, cl 'lu lierre rempant h lu muraille de la i
nelto, et une petite treille de vigne.
CHAPITRE C1NXH:.A.\TIE!HE
De la Lavandière
.Vddressez-nioy une bonn» lavandière, ijui blanchisse bien
mon linge et h bon marclié.
Kn voicy une, qui pour sa propreté et s;» netteté, a la cha-
lundise de la plusparl des gentilshommes et estudians de
■■('ste.\cadéniii'.
Comment vous appellez-voas?
Je m'appelle Maiilie-Anne Monsi ur.
Kù est-ce que vous demeurez?
Je demeure i?n la ruelle Uu Uou<.' (1j. non loingde Sainct
\icolas.
N'estes-vous pas cesle Temnie, qui aianie son mari en
courbettes, le contraint d'aller qu<5rir le linge sale, reporter
le blanc, et aider à laver et ii savonner?
Xcnny, Monsieur. Je n'ny pas si grand besoin d'un sol
que j'en vueille faire un du mon mari, Il qui j'ay promis.
(1) Kin A/ifel, ein Byrtn, Kirnhen. A'f*/>et, Maulbeer.
Ktc/irresalin, ifiiss, Pfenich, WœlMen, WeUchkirgchen. Kitten
orifr Quiltmibniim. m'e auch ellic/ie Hipiimlein oder Sfauden
ah ein Griiflberftttud . Roffnistoch etc.
(1) ftuc d#j& meDiLonnce au \\S' sii'i'Ie. Vicu« dicii Bockelin.
trans noTumpoutcm 1315. '.Ainsi nommu' d'après la vieille famille
patricienne îles Hoecklin.(Schmidt 1. c, 40).
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230 Un'B D ALSACE
devant Dieu et tes homoieB, de rendre hooDeur et obéis-
sance.
Vous en parlez tres-sagement. Hais venons b nostre propos,
qui est-ce que tous demandez chasque quartier, ou tous les
trois mois pour le blanchissage de mon linge 1
Je ne vous demande pas plus qu'aux autres : chascun de
mes chalands me donne deux florins et demi : si vous ne me
voulez croire, vous le pouvez demander.
C'est beaucoup.
Je l'advoQe franchement, mais il m'est impossible de
prendre moins : car non seulement le blé est quatre fois plus
cher, que lors qu'on me donnoit un risdale, mais aussi toutes
autres choses & l'advenant, et nommément le savon de
Venise, le savon noir, t'amydon et la couleur bleue, dont on
fait l'empoix, pour empeser tant les rabats, que les fraises,
que l'on godronne par après : Je vouh cro; si raisonnable
homme, que vous ne voudriez aucunement souffrir que je
vous servisse à mon dommage.
Nennj dk, je m'enquesteray de ce que les autres donnent,
et me soumettra; à leur taxe.
J'en suis contente. Tenez vostre linge sale presl tous les
lundis, avec une liste de tout ce que vous me délivrerez, et
je vous le rapporteray, ou renvoyeray tous les samedis,
et si je vous perds quelque chose, je vous le feray bon .
Vous ne sçauriez mieux dire, si vous ne recommencez.
Mais je vous prie de prendre garde, quand il y aura quelque
chose de deschiré, de le vouloir refaire et recoudre, je vous
le payeray particulièrement.
Je n'y manqueray point.
De quel outil vous servez- vous pour sécher les rabbatst
D'une platine de laiton (1) sous laquelle on met un réchaut
plein de braize, ou bien un quarreau d'estain creux, ayant
un fer chaud par dedans. Excusez-moy Hr. si je ne puis vous
Ein Trachelkut darunter man eine glulpjfanne teitt.
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LA VIE A STRASBOUBi: iSl
entretenir plus longtemps, j'ay une savonnée au logis, qui
m'empesche de la faire plus longue icy.
Vous me doniierej congé, s'il vous plall.
A Dieu donc, m'amie,
A Dieu Monsieur.
CHAI'ITBE CINQUANTE TMEME
Du LarroD
Quel est le plus meschant mestier du monde k vostre
ad vis?
Je t'ens qu'il y en a deux les plus meschans de tous,
sçavoirest, le jeu et le larcin ; car ccstuy-lk ruine bod homme.
et le conduit k l'hospital ou à la besace, et cestuy-cy &la
potence ou au gibet. Je les accouple ensemble parce qu'ils
sont cousins germains : carun joueurordinaire ou brelandier
qui fait un mesticr tic ce qui n'a cslé inventé, que pour
servir de récréation, est ordinairement tricheur, pipeur,
escamoteur, et par ruses esloignées de toute charité, attrape
meschammenl l'argent de son prochain, et par conséquent
est larron foUellable, si non pendalile.
i'ourquoy njesprisez-vous tant le larcin 1 Veu que la
pluspart des hommes ne vit d'autre chose.
Je ne parle pour le présent que des petits larrons, des
coupeurs de bourses, voleurs de Quict, lesquels ont plusieurs
noms, car on les appelle Qloux, tireurs de laine, grisets,
rougets, plumets, chercheurs de barbets (1), dont le gain
est le but et le gibet le bout. D y en a d'autres qui non contens
de la dignité d'cvesque des champs, et de la charge de
garder les brebis ù la lune: deviennent voleurs ou bri-
gands, guetteurs de chemins, assassins, afin de monter sur
(1) F'ilonj:, aolUieher. grawtickte. rolhlickte federharuen,
barbûHtucher... Voy. sur les Toleurs : Reuss : La Justice crimi-
nelle k Strasbourg p. il7 à 138,
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â3f nEVL'E d'a[.sage
la vQw. d'infortune, ou pour purler plus ouvertement, estre
ronÇz ou rompus t^ur la rouP.
Si l'on recuit un si mtiuvnis payement d'un tel mestier.
d'où vient iiuelantd' cens s'en inaslent, et n'en sontdes-
ffOUStCK 1
l.'espéranL-e d'impunito, et la paresse jointe a la gourman-
liise Irur fait ouhlifi' k <langer. <Jue1ques uns ayans laissi^
imi? oreille ou deux en (ïaseogne, poiirentendre ce qu'on dit
iI'l'uïl et (le leur^ beaux faits en leur absence ; ou bien ayans
esti*! menez Iriomplians au cul d'une charrette, ou cscbappez
lie la main du liourrcau. viennent trainaos leur licol se
fuiiiTiT et peslemi-skf dans cesie rourmillière de peuple
si''.jouinant à Paris |iour s'y musser et tenir à l'abri de la
niescogiioissanee. .Mais ces honnestes chevaliers de la courte
espée, n'aynns ni rentes ni revenus, sont bien tosl (.ontraints
de retcmrner à l'excrciei! île leur meslier, et cominençans par
l'i'Iuy di' i-oulrefiure l'Allemand pour atlrapper la duppc,
continueul par la reeln'Lche des barbets, entrent liaiMilimeut
dans les maisons, inellent la main sur la preudàre chose dt
viili'ur. qu'ils li-ouvent. s'ils sont lencontn'z, et qu'on leur
deinaudecc qu'ils vont cherïlier, ils respondentqiiclc barbet
de leur ni.iistre y fsl i-ntrê ; si on les attrappe sur le fait, eu
tiagraiit delicl. le larcin son^ le bras, ou en lu main, ils sont
appréhende/, menez en espousées ii couvert de ])eur du
.basle, et sont faits peiisiounain^s du Iloy, mangeant de son
pain, et non pas de celuy de la Ileyne.
Oue donnenl-ds de pension i
Après qu'ils ont dcineun- quelque temps en la Uouj' du
faiais, au KorirEvesque, au pelit ou jLrrand Chastelet (1).
Il) Il est tiueslioa in des prisons parisiennes, Il est assez
■■urieux que Jlarlin ne parle pas de celles de SIrnsbourg.
Les prisons de la ville so IroiiTaient am'icnnncmcnl ctabliei
dans la rplupatl (.'es leurs {d'eneeînlc cl parlirul librement
dans celles encore exislanles pri's des l'onts-tlouv ■ris et qui
datent de la dcuxi.'me moilié du XV' siècle (Piton II iV.t). On en
trouve les noms siivants: llenkers Tarn (IÏM>1 dai nlle Stoghus
(VXti). rlfrniiire /"Mcndlfti). HcttetlIiurnQvkfUeRfhiirm (XVI'
uu XVIII' siêile) i:nle«milhurm (I77H). Les Ponls CoureMs
servaient i*>|;a]cmenl de prisonit de la ville au XVII1« sif-clc et pour
les (.'ardes iiHlionanx en M^i'è. I.e Itaspelhûs actuel, maison des
l'Iievalicrs itu Temple, puis de Saint Jean ne devint prison que
dans II- couraul du XYllK siècle. Quant aux prisons de la rue du
fil elles ne liaient qnc de 1KI.^> i\ i«2.'!fSevholh dasnlte Slrassburg
p. \\, !«, ÎWetc.)
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LA VIE A STRASBOURG 233
on dresse leurs parties, on en fait revenue, puis le compte
fait et arrest^, il faut procéder au payement, lequel se fait
par quelques uns avec le parchemin du dos que maistre
Guillaume paralTe d'une plume à quinze poinctes ; les autres
sont faits héraulds. ayans l'honneur de porter les armoiries
du Roy, ou une belle Heur de lys ineffa(ablement
empreinte d'un fer chaud sur le dos : les autres sont invitez
ù une collation de poires d'eslranguillon ou d'angoisse, et à
danser un branle sous la corde. Parfois il arrive que quelques
uns (par une grAce dont Dieu nous garde:) sont envoyez k
l'escole îi Marseille, pour apprendre h escrire toute leur vie
sur le dos de Neptune avec une longue et large pluc.e.que
les gens du pays appellnot une rame .
J'entends bien minon sans dire chat, vous voulez dire
qu'ils deviennent forçats galériens attachés à la cadène.
Vous avez trouvi? la cache, vous y estes sans chausse-
pied .
Je m'attendois bien que vous m'en conteriez des Juifs bap-
tisez, qui jouent du baston à deux bouts, qui sçavent le tour
du haston. mais vous nie frusterez de mon espérance.
Je n'y ose toucher pour ceste heure, que j'en suis si près
et qu'il me faut encore presque tous les jours passer pai' leurs
mainH ; je remets la partie k un temps plus commode.
CHAPLTRE CINQUANTE-DEUXIEME
De la Lingàra
Oui! demandez-vous, Messieurs f
Nouri cherchons des chemises, des calsons, i^l^ des bas de
loile et des rabats : en avez- vous de faits :
Ouy, Messieurs, entrez seulement en la Ijoutique, je vous
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i&i RBVUBD 'ALSACE
eo moDstreray. En voulez-vous de Une toile ou grosse ? -Noue
eu avons de tous prix, selon l'argent l'ouvrage.
Monstrez-nous des chemises de moyenne toile, forlc et bien
blanchie.
En voilk comme vous les demandez, sinon qu'elles sont
froncL-es au collet et au poignet au bout des manches.
N'en avez-vous point sans Troncis k la Françoise! Celles-
là ne sont pas nosLre fait, qui portons les armes, et sommes
subjects à la vermine. Les poux feroient leur retranche-
ment de ces plis.
J'en ay bien, mais la toile en est plus fine.
Il n'importe, c'est tout un, monstrez les nous.
Les voilk, les desplieray-je ?
Ouy. Combien faites-vous la pièce?
Quatre florins au dernier mot.
Comment? quatre pour un florin ! Je vous prends au mot,
c'est bon marché.
Aussi est-ce, qui les peut avoir pour ce prix.
Mais sans raillerie, dites en un mot combien vous la voulez
vendre, car vous les surfaites de beaucoup.
Monsieur, je ne me gausse pas, ni nesurfay la marchandise.
Pour le faire court, je vous les laisseray ii trois florins et demi
pièce. Je n'y ay que la fa^on, et ce bien petitement.
Nous vous en donnerons trois florins. Regardez si vous
voulez de nostre argent. Nous avons îi faire ailleurs, nous
ne pouvons longuement marchander.
Meticz-y encore une pièce de six sols.
Nous n'y mettrions pas la maille.
Combien en voulez-vous prendre ?
Chascun trois.
Rentrez donc, et contez de l'argent.
A combien prenez-vous les pistoles ?
A cinq florins neuf bats.
n me semble qu'elles valent d'avantage.
Pardon ne z-raoy. Monsieur.
En voilk donc trois, qui k vostre conte ne font que seize
florins et douze bats; puis voilk deux quaris d'écu, qui avec
ces deux pièces de dix-huicl deniers font juslemenl dix-
huict florins.
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235
!1 s'en faut un sol ; mais pour peu de chose, peu de plaid.
Il me semble que ces pisloles sont bien petites, je crains
qu'elles ne soient trop légères . Gardon, baille-moi le trébu-
cbet pour les peser. Elles sont de poids. Ne voulez-vous rien
d'avantage? J'ay de belles coeffes, fraises, fraisettes, man-
chettes, rabats b dentelle, et de poinct-coupé : (1) et pour
vos ménagères des peignoirs, collerettes, couvre-cbefs,
cornettes, toilettes, gaMerobbes blancs et tavayoles. (2)
Comme aussi de toutes sortes de toile et fllé : de la toile de
Cambray, de Suabe, de Hollande, du linon, de la gaze.
CHAPITRE CINQUANTE-TROISIÈME
Du maquignon de chflTaux,
Mon maietre, je sçay un Seigneur qui a à faire de deux
cbevaux de selle, de quatre chevaux de carosse de mesme
parure ou poil, de trois chevaux de Iraict, d'un bon mallier,
sommier, d'un petit bidet pour son fils et d'une haquenée
ou traquenart poursa femme. C'est pourquoy je suis venu
vers vous, pour savoir si vous t'en pourriez accommoder h
prix raisonnable.
Ouy dà, MoDsieur : car bien que je ne les aye pas tous, si
sçay-je bien où ils sont k vendre, et non seulement ceux,
que vous avez nommez, mais aussi plusieurs autres, comme
un eslalon, une cavalle ou jument, un roussîn, un Barbe, un
Polonnois, un Sarde, un Genêt d'Espagne, un coursier de
(1) ffauben, Krœst, Handkrœtilein, Handûbenchlœg
Umbsc/ilœgmil Spitxen und vonauasgeschnittener Arbeit.
(2) Haarmaentelein, Nackmaentel, Schleyer.Nachtsck-
leyer, Nachltûcher, tceysse Schûrtz, und Taufflûchtr .
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236 REVUE D' ALSACE
iNaples, un guildin d'Angleterre, un courtaul, un Frison, un
poullin, une poultre, un cheval de manège, un cheval hianc,
grison, gris pommelé, un roQen, rubican, un moreau,
mouEchel*^, bayou bayard, .nlzan, alznn-brusli', balzan, une
pie, un fauve, etc.(i^
Menez-moy les voir, je vous prie.
Venez avec moi au haras de N.
Les voilà tous, dites en voslre opinion, vous les cognois-
eez à la taille, au poil, nu pas, au Irot, au galop, ii la
course.
Cestuy-cy est doux, cet autre ru6 ou regimbe, Cestuy-lh
est ombrageux, rcslif, fort en bouche. Cesluy-I'i est brusque
fougueux, s'abandonne de leste, s'esgourmit ou rengorge,
est fascheux à ferrer, perce son mors, s'enlrelaille, ou forge,
se balotte. En voicy un qui a bonne bouche, est seur aux
espérons, a un l)on pas, un bon trol, IroUe, galoppe, va
l'amble, le Iraquenart, il court bien. Cest autre ne porte pas
bien la leste, il a besoin d'un cavesson, cesluy-cy au rebours
ne cabre ou enarbre volontiers et pourtant demande le
camorre. Voyez-vous ce hongre, il est ferré de toutes ses
dens, a les yeux verrons, une estoile au front et le col voulé
Il a belle crnupe, longs crins, les paturons courts. En voilà
trois, dont l'un est de platte corne, le second de comble
corne et le troisième a le pied de mulet.
Qu'est-ce qu'on appelle le garrot :
C'est l'os au bout du col du cheval sous le pommeau de
la selle, les flancs sont les costés du ventre. Les canons sont
les os, depuis les genoux iusques aux pieds. Outre cela, un
cheval a le dos, l'eschine, la queue, le tronc, les jambes, le
sabot, la corne, les salières, les remolins, le niuffle.
Avez- vous des chevaux de louage?
Ouy, les voilh en ceste estable, entrez-y, et les voyez.
0 qu'ils sont maigres et desfaits! Outre cela, il n'y en a
{1} Ein bcsckœlfir, eine Slnl, ein ffei'i/it. Eût
Barbar, einPoInck, ein Sardanisch, ein Spanif^h Pferd,
ein Turnierross, am Neapo/i, ein en*ffliitc/i-r Zelter.
ein Stulzohr, ein Frieslœnder, ein Bohl, vin junge
Stut , ein Schulpferd, Weiischimmel , grauer, apffel-
graw, rolfischimmel oder xandsc/iimtuel, sHchelhœritj,
ein Happ, Muckenschimmel, Braunfuchit. xçfureissftic/is,
Weisfucks, ein Scheck, ein Fahl etc.
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I.A ViB .V STlIAïiBOLHG £tT
pas un qui ii'aye son vice. L'un est gourd-foulé, l'autre
fourlieu, l'autre borgne, aveugle, farcinous, 0 les pauvres
huriiJelles de deslrcsBC.
Messieurs les Ëstudians ou Escoliers (de leur grâce), me
lesontninsi accouslrez. Quand ils ont bien Irinqué en un
banquet d'Adieu, et qu'ils donnent la conduite ù un de leur
pays qui s'en va, ils piquent et tourmentent de sorte les
pauvres besles, lesquelles ils font jusner toute la journée,
que c'est merveille qu'elles ne tombent mortes entre leurs
jambes. La taxe ordinaire de la journée d'un cheval est d'un
demi risdaie, mais je ne leur en louêray plus, quand bien ils
m'en voudruient donner un ilorin ou trente six sols: si ce
n'est quelcun de cognoissance, ou qui donne bon respoDdanl.
CHAFITRE CINQUANTE QUATRIEME
DaSelUtr. — Soliloque.
Nous sommes grandement obligez à Messieurs de la ville
de N. de nous y avoir octrayé libre entrée et sortie, pour
y uclielter toutes nos nécessitez, et notamment le harnas des
chevaux de traicts et de selle; car as vitlettes que nous tenons
il n'y a plus rien, nos devanciers n'y ont laissa ni riffle, ni
rarUe ; les selliers ne sont pas assortis el n'ont pas la moitié
de ce qu'ils devrolenl avoir. Celuy qui a une selle, n'a point
de sangle . Celuy qui a des brides n'a ni poictral ni crou-
pière. Tel a des estrivières qui n'a point d'estriers, beaucoup
moins de ihnpelelg. S'il a des Tourreaux de pistolets, il n'a ni
riLUconnière, ni malle, ni valize, ni coussinets h courir la poste
ni basts pour les sommiers. Mais icy tout y est en abondance
insqu'aux nerfs de bœufs, rnmorros et licols, mors, branches,
bosselles de brides de mulets, resncs, gourmettes, sous-
gorfte, teslières, surfaix. J'y ay fait recouvrir le pommeau
de ma selle, et les arçons, parce que le cuir en esloit usé et
di'schln'-, et que l'on en voyoit la liourre. Je l'ay aussi faie
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ZJn IIEVVE D ALSItCS
rembourrer par lout. Il ne me manque plus rien que des
trajets, eseourgèes et chassoires, et du cordage, que je Irou-
vcray au faux bourg en sortant de la ville.
CHAPITRE CINQUANTE-CINQUÊME
Du Xareichal.
Qu'a votre cheval, qu'il cloche'?
Je ne sçay, si ce n'est que le mareschal, qui l'a Terré h ce
matin l'aye paradventure eucloué : car la traicte, que j'ay
aujourd'huy faite n'a pas été si grande, que de le pouvoir
mettre sur les dens, ou rendre boiteux.
Je vous conseille d'y regarder de bonne heure, de peur de
luy gasterle pied.
Aussi tost que nous serons arrivez en la ville, j'envoyeray
quérir le meilleur mareschal qui y soit.
Nous voicy desj^ dans le faux bourg, où il y a une très
bonne hostelerie, meLtons-y pied à terre et y logeons.
J'en suis content. Garçon, vois-tu ce travail (t) Ih-bas?
c'est la boutique d'un mareschal; va dire au maietre qu'il
vienne en haste jusques icy, et apporte des fers et des doux,
et des inorailles, sans oublier son marleau et ses tenailles.
Le voicy : il m'a falu attendre un peu qu'il eust achevé de
forger sur l'enclume un fer qu'il avoit commencé.
Qu'y a-il à faire icy, Messieurs?
-Mon maystre, regardez ce qu'il faut à mon cheval, il com-
mence k clocher de ce pied.
Il estencloUé.
Qu'est-il donc de faire?
11 le faut desferrer ou luy osier le fer, luy bien parer In
corne, et le referrer commme il faut,
Faites le donc vistement, et je vous contenteray. Ratta-
chez-luy aussi les fers, qui lochent, où luy en mettez d'autres,
s'il en est besoin.
(i) Nothstall.
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Ferrez le mien à glace mon maJstre : il Tait une extrême
froidure h ce Boir, il gèlera la nuict, et sera demain glissant
par tout
CHAPITRE CINQUANTE-SIXIÈME
Du Prédicatenr.
Où a liez- vous tous les dimanches au presche'f
Je vay b Sainct Nicolas (1). quand il fait beau mais lore
qu'il pleut, au Dôme, au Monstier ou en la Grande Eglise.
Pourquoy est-ce que vous allez si loing, ayant une églisi^
si près de vostre logis (î) N'est-ce pas vostre paroisse.
Nenny, j'ay choisi ce petit t«mpte pour plusieursraisons.
Premièrement i'y ay une bonne place vis-à-vis de la chaire
du Ministre, auprès des orgues, qui sont au dessus de l'autel ;
et mesme en quelque coin que l'on soit, en bas ou sur les
gaileries, on peut tout entendre sans perdre un seul mot du
sermon ou de la prédication. Puis après il y fait plus clair,
qu'en nul autre, et i'y puis lire aisément Ifi pseaume, ou can-
tique spirituel qu'on y chante, quelque sombre temps qu'il
il) L'église St Nicolas est une construction banale de la Un
du XIV* siècle avec un chœur du XV*. Elle remplace une
petite chapelle beaucoup plus ancienne, que le chevalier
Gauthier Spender avait t'tevéeen 1182, en l'honneur de Marie-
Madeleine, Stc Cécile et des SS. Maurice et Nicolas. En 1311
elle fut incorporée au Chapitre Je SI Thcmass. La grande
mortalité qui suivit la peste de 1381 fut une source de richesses
pour plu^ipurs des paroisses de Strasbourg cl l'on put faire
les frais d'une reconstruction de la nef; seul, l'antique chœur
subsista jusqu'en 1434. Le clocher actuel date de lôSiî Le
zèle des iconoclast'?s de ta Réforme (1330) et de ceux de la Ré-
volution fut falal hSt-NicoIas ; eu 1793, malgré le bonnet rouge
dont on l'avait coiffée, une statue du Saint qui ornait la façade,
tomba sous le marteau des d(^molisseurs.(Seyboth, Strasbg.
hist. p. 600-601. Schmidt Hist. Chap. Si Thomas 248-231,
Strasshurger ûassen und Heeusernamen. 129 Pilon 1 71).
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iH> HEVUE d'aLSACH
face. Pour le Iruisième, le Ministre presche d'une vuix fork'.
et parle très distinclemeDl, ce qui est très agréable pour un
auditeur qui n'est pas allemand naturel.
Je suis d'advis d'y aller aussi : veu mesme qu'on y relient
encore la confession auriculaire, ^ laquelle je me suisaccous-
tumé en noslre pays de N. où l'on va avant que de se eoni-
munier, ou communiquer à laSaincle Cène : sans toutes fois
spécifier les péchez, si ce n'est du plein gré et propre
mouvement du confessant ou de celui qui le confesse.
Pour moy, i'ay esté instruict à confesser mes forfaîls,
transgressions, iniquitez et toutes sortes de péchez au Dieu
de miséricorde, qui peut et veut, selon ses promesses, infail-
libles, les pardonner ii pur et h plein, h ceux qui d'un cii>ur
froisséet repentant de leurs mcsfaits, et sérieusement désireux
d'amender leur vie, se jettent et abbalent devant le throne d<'
sa grâce, luy erians mercy, demandnus pardon pour le passé
et le secours et assistance de son Saincl -Esprit pour charrier
plusdroictà l'avenir, et demeurer ferme dans les senliers
des commandements. Toutes fois je ncdésapprouvepasvoslre
couslume, estant accompagnée de celle que je viens dédire.
Aussi les conjoignons-nous. Pour les mardis et vendredis,
jevayen l'Eglise Cathédrale, au presche de Monsieur le
Docteur Mareschal et de maisire S. (1) cuiv de Sninclo
.\ureille: il y a très grande presse h ouyr prcscher ces deux
personnages.
CHAPITRE CINQUANTE SEPTIEMK
Da relieur de livres
Maistre N. auriez-vous le loisir lie mp relier quelques livi-es
à la hasle.
Nenny, s'ils doivent estre lavez : car i'ai lavé îi ce matin,
lellement qu'il faut attendre qu'il me vienne quelipie autre
(1) Le texte allemand porte simplement. Ift-rrri Doclor
Schm. unàM.Seh. (sans doute Schmidi).
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a--''
LA VIE A STBASBOlRli iH'i
besogne : car deux ou Irois livres ne peuvent porter les frais
d'une nouvelle eau.
L'un n'a pas besoin d'estre lavé, estant de papier à escrirc ;
partant je vous prie de le coudre seulement, pour m'en pou-
voir servir, jusques k ce que vuus ayez le loisir de l'achever.
Envoyez-le moy donc par voslre gar^-on ,
Aussy feray-je, et ce tout incontinent, car je m'en retourna
droict au logis.
Maistre S. voicy les livres, dont mon maistre vous vient
de parier. Il désii-e que vous cousiez cestuy-cy en hasle.
qu'il le puisse avoir encore aujourd'hny devant le souper.
N'a-il pas dit comment il les veut avoir reliez?
Ouy; ceste Bible Françoise doit eslre laviîe, réglfie, bien
bafue, relii'e en veau rouge avec deux (liez d'or, dorée sur la
trenche, avec une trenche file de soye incarnate et verte, et
deux rueillots de papier marbré tant an commencement qu'au
bout du livre.
N'y faut-il point de rubans?
Nenny, il y veut faire faire des fermetures ou fermoirs
d'argent. Mêliez de bon cailon dedans la couverture, et la
laissez longtemps en la presse, ce n'est pas une besogne
pressée, faites-lii à loisir el liien. Pour cestuy-ci, ce sont les
Instituts, qu'il vous faut relier en velin, (que vous appeliez
bon parchemini et marbrer In trenche, y fournir et mettre
des rubans verds de fleuret, avec la ti-enchc file de filé de
mesme couleur, Voicy le code du Droict civil ou du Droict
canon, je ne sçay pas bonnement lequel. Beleiz-le en cuir nie
porc avec des ais, si vous en avez.
Hélas! nenny. Ceux du pays de Bavière, d'oïl il nous venoit
icy, mangent k O'sle heure la coûane îi faute de Inrd : encor?
n'en ont-ils qu'à lèche doigts.
Reliez-le donc en basane violette avec de gros carton, sans
aiguillettes. l'our ce pseautier, ou livre de pseaumes, il li'
veut avoir proprement relié en marroquin muge, doré à
petits fers, ainsi qu'on relie ordinairement le pseautleralle
mand de l'impression de Strasbourg en nonparoille.
Prenez bien garde de les si bien rogner tous, iiiLaroment
les dorez, qu'il ne faille pas ouvrir les fueillets avec un cou-
teau ou ganif ; car il n'y a rien qui dépare plus In trenche-
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238 nKviE d'alsack
Collez aussi bien de dos, non de papin, mais de colle forte.
afin qu'il ne se rompe pas si lost en les ouvrant.
Dis à ton maistre qu'il laisse faire à George, qu'il est
homme d'aage. Je ne suis ni apprentif, ni muçon, ni gnste-
mestier.
■le le sçay bien, vous n'avez pas tanl voyagé pour ne rien
apprendre : mais un homme qui fait faire quelque-chose,
dit volontiers comment il la veut avoir. Il vous prie aussi
que vous ne le fuciez pas longtemps attendre.
S'il ne veut allendrc, qu'il courcdevanl : il me faut achever
reste besogne-cy auparavant : qui premier vient au moulin,
premier engrène.
Vous eussiez esté un bon juge, vous n'avez point d'esgard
!i l'apparence des personnes. 11 semble k vous ouyr parler»
quemonmaistre soitun fendeur de souches ou vostre pareil,
je m'csmerveille que des gens de {{ualité daignent faire
gagner del'argentk un rustaut, qui lus rudoyé do la façon, et
leur porte si peudo respect.
,)e suis autant que Ion maître, hops-mis son tiltre : il ne me
donne rien pour rien. Va l'en lioi's d'icy, babillard, ou ic le
hasteray bien d'aller.
A Dieu donc, car ie hay naturellement les coups. Mais je
me plaindray à mon maistre de vosirc incivilité plus que
rustique : il fautque vous ayez beaucoup d'argent contant,
que vous estes si fier et rogue
Si ie t'empoigne, si ie je mt: rue sur la friperie.
Que me ferez-vous ? Vous ne me lainez qu'une oreille d'un
costé ou me mettrez la teste entre deux espautes (1).
Attends, attends, ie te le monstreray, ie te planteray la
fève, ou te laveray la teste sans lexive. (I qu'il a bien fait de
gagner aux pieds, ce petit fripon, l'estois en bonne humeur
de luy faire manger une salade de coups de poing, ou de luy
donner les seaux, ou planter la fève.
Maistre, il y a un défaut en ce livre-cy, la lettre U. y
manque.
(1) Eipressions populaires très en usage à Strasbourg aujour-
d'hui encore.
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LA VIE A STHASHOL'HU âÔ9
lleporle-te donc chez le libraire, et luy demande ccste
fueillË ; s'il le la donne, bon ; sinon laissc-luy le livre. Tiens,
plie ccstuy-là el le couds, il esl entier, ie l'ay collulionné : il
n justement deux alphabets. Prends garde sur ta vie que tu
n'en laisses pei-dreou esgarer un cahier.
lié bien, mes livres sont-ils reliez ?
Ouy, Monsieur, les voylà.
Voilà qui va bien, vous estes un brave homme.
Chascun ne le dit pas.
Je le croy Lien : quel moyen aussi de contenter tout le
monde? il faudroit estre bien rent'^ Combien vous faut-il
pour la reliure de tout cela ?
Trois florins, trois schillings ; douze schillings pour ie Code,
autant pour la Bible, cinq pour le Pseautier, et quatre pour
les Instituts.
C'est trop ù la véritt! : ie n'ay jamais payé plus de quatre
bats ou trois schillings d'un livre in octavo, comme sont les
Instituts ; et puis ce seroil assez de quatre 5chilltDgs.pour ce
petit livre de Pscaumcs. Faites qu'on aye encore envie de re-
tourner à vous une autre fois.
Je ne me puis plus régler selon la vieille taxe : la cheiiê
des vivres, les tailles, imposts, et corvées nous contraignent
de renchérir nostre besogne, pour n'estre contraints de faire
le demi-crucifix, ou mendier e;t travaillant. Je ne vous parle-
ruy point des coqs d'Inde, perdrix et beccasses, dont ie n'ay
jamais gousté et m'en passeray encore bien : mais du fro-
ment, dont le sextier couste neuf, et dix escus : outre celîi,
un chou cabus ou te^te de chou blanc, trois bats ou quatre :
une poulie, douze schillings, ou trente six sols : un œuf, dix
huict deniers. Uernièrcment ma voisine m'appcUa, et me de-
manda, si ie ne voulois point acheter d'œufs, parce qu'il y
avoit quelqu'un eu la ruiS qui en vouloit donner cinq pour
six sols, et pour ce rroyoit-elle qu'il les eost desrobbez.
Je sray bien tout cela, c'est pouripioy ie vous donneray,
sans longtemps disputer, ce qui esl de raison. Tenez, voilà
trois florins en une pièce, c'est un escu sol, ou au soleil.
Bien, ie les prendray en espérance que vous me rccompen-
crez une autre fois, en considi^ration que vous estes un de
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HRVUB D ALRACK
mes vieux chalands. Vous les feray-ie porter en voatre logis
par mon apprenlif?
Ouy, s'il vous plait. le luy donnerny son vin.
CHAPITRE ClNQUANTE-HirCTIEME
Ou Mari
Jlinogame. — Que veut dire resl" sonnerie en toules les
paroisses de notre ville i
Pliilotjame. — Cela veut dire des nopces.
Mhogame. — le m'esbahis qu'il se trouve encore des
gens, qui se veulent sousmelire à l'insupportable ioug du
mariage, durant cestos cherté, principalement de vivres,
Ces pauvres artisans ne pourruîent-ils pas bien manger ce
peu qu'ils gagnent, sans se charger encore d'une autre
personne?
Phil. — Comment voudriez-vous qu'ils tinssent ménage
sans femme? Un ménage sans femelle est une lanterne sans
chandelle. Qui esl-ce qui relaveroil leur escuelle, n^feroit
leur lict* ramniineioit leur poili'. lilanehisseroit leur
linge* etc.
Mix. — [l n'y a point faute de bhinchisseuses icy : pour
le reste, il n'y a homme, qui ne le pui^ise aisi^'inent faire.
Ph. — Qui est-i'e qui travailliMvit cependant, que le
jocrisse ou taste-poullc cbambrillimneroit (l|?Vous vou-
driez san» doute iju'il sonnast et allui^t en mesmc temp^
k la procession, ou sifllast et beust tout ensemble. Asseurez-
YOus qu'une fenimi- conduisant bien son ménage, et espnr-
gnante, fait autant que son mari qui travaille,
/>A. — Ouy bien, si le bouhf'ur en diiisoit à ehascun et
qu'on trouvasl la bonne femme, desîriti' par le llny Salomon
en ses proverbes, mais la race en est périe: elles sont
aiijourd'huy tell-'s qu'on dil en vray proverbe : Aujourd'huy
(1) l'nterdetgen. dns^ der ErhannsalT ai/er ffennengrellT der
Mag'l Arheit nbtravti'n ao/f'.
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LA VIE A STHASBOLIIG iGi
mari, demain marri (1>, et le pis est que ce marché tient
Jusques à la mort, el que l'on n'en est pas quitte en pnyanl
les vins. Oui mal se marie s'en sent loute sa vie.
l'h. — S'il faisoit si mauvais et dangereux en mariage,
on ne verroit pas tant de veufs et de veufves se remarier
jusques à trois ou quatre fois.
M. l'en scay bien la raison. C'est (|u'il n'ont pas le don
de continence, comme moy. Dieu mercy,
P/i. Estes-vous donc des froides queues, ou mati5-
llcié, ou séné, comme un porc qu'on veut engraisser?
M. — le ne suis ni séné, ni cliaponné. mais i'ay le
pouvoir de gouverner mes passions, comme formais ii la
cadène.
Ph. — C'est beaucoup, s'il est vray : vous n'en aveï pour-
tant guère la mine, estant si dispost, membru et vermeil aux
joues. Gardez-vons bien de faire comme plusieurs hypocrites
qui, vivans en célibat, outre les péchez occultes, qu'ils com-
mettent, et les sales convoitises dont ils polluent leurs âmes,
tombent il lalon^ue entre les mains de la justice ou Magis-
trat politique, qui ne souffre ni le concubinat, ni le garoilage
des taureaux banaux, qui par faute de femme Icgllime, sont
en rut continuel, l'ny veu rexijprieneo de cecy en un joueur
(le luth, lequel se moquant d'u;i de ses amys, dequoy il s'es-
toil marié, et su ventant de sa liberté, allant tous les jours
au change chercher foilune, trouva enlin son infortune; car
premièrement une de ses garscs ayant été appréhendée et
mise au carquan avec un peunache de bouleau au-dessus
(le sa teste, l'accusa, et ainsi fut cause qu'il prit la clef
des champs, de peur de vestir un pourpoint de pierre, et ne
rentra point en ville, qu'en payant vingt-cinq risdales : mais
la plus grande punition qu'il en receul, fut que par après
il<leviiitsi parfaitement Napleux lâj sans passer tes monts
(i) Ifeul (/efreyet. morgen f/erewet, lleute Ehe, Morgeii
Wehe.Ce proverbe irèsuEilé au Xyil-^s. se rencontre dans les yoie«
du Mariage publit^es en l(i)4T ù l'occasion dH mariage de Ph. !..
Kunaal en dialecte strasbourgeois, publiées en )S89 par J.
Froelich.
(2) Le mal de Naples ou la syphilis el traduit par Martin sim-
plement die Frantcosen.
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qu'une fine el exquise vérole Uiy rongea les os de In lesle
peu h peu, par l'espace de huict ou ueuf an«. lellement
qu'eslans sortis pnr petites piêres, le nez s'enTmira et com-
mença Il piiir de sorte que personne ne le vu^ihiat plus loger
il fui contraint de se retirer en l'hospital, où il mourut
comme il pleut à Dieu. Tels sont li's itigeinens de Dieu s-ur
ceux, qui mesprisentsfs ordonnancfs. En tel vivier se preml
tel poisson. Maintenant rai-onlez-nioy toutes les incommo-
ditez du mariage pour voir si elles enipm-leront le poids ùe>
susdites.
àf. — Premièrement, qui cherche femme cl veut faire l'n-
luour, doit délier sa bourse pour faire do* piV'sens k sa bien-
ainiée, luy donner aujourd'hui de beaux rutuins pour si<s
tresses pendantes, demain un lacet d'argent ou d'or, trois
qutrtiers de quelque belle •■slofTe pour une pièce, la mener
faire la promenade et la collation en un beau Jardin avec une
brigade de ses compagnes : car la libéralité est la (llle aisnéo
de l'amour, et à qui apporte, s'ouvre la porte : et mesmes;
Uui graisse bien ses rou5s sort aisément des houës. Après qu*-
cesle vie prodigue a dun- on bon espace de temps, et que l'a-
mourauK las de tournoyer ii l'entour du pot, veut venir an
but, s'il a gagné les bonnes grùcfs de sa dnnie, el en a tiré
une favorable responce, c'est alors r{u'ii faut mettre à bon
escient la main à la bourse, acheter de belles 'bagues, des
brasselets de coraux el granats, ile« carquans de perles, el
des chainej d'or, et en faveur de la nouvelle parenté, faire
présent au beau-fièi-e d'un chapeiiu iivec le cordon dn cinc[
ou six risdales, à la bellc-so'ur d'une paire de bas de soye, ou
pour le moins d'Angleterre, avei' la paire de souliers de cuir
velouté. Et bien que les futurs cspoux soient desja d'accord
touchant les articles du contntct île mariage, si est-ce que
pour observer la forme ordinaire, el faire les fiais accoustu-
mez, il faut envoyer deux bon nor.i blés hommes an père de la
fille pour la demander : ausquels il sentit mal séant de ne
rien donner, el nererognoislre leur peine. Quoy fait, le (iancé
se l'cpose un petit jiour mieux sauter ; car le père de la fian-
cée est tenu de faire les frais des (lan(;ailles. Le fiancé n'est
pas pourtant franc, veu que par le contract de mariage on
l'oblige h donner pour douaire à sa future espouse deux, trois
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I,* VIE A ■itiUSBufHd â(i3
ou quali-e cens llorins en proprii^lé, lesquels le lendemain Uc
la nopce, advenant le Jecâs subit de l'un uu de l'autre, il faut
délivrer aux parenlsde la mariée, avec loules les bagues,
ioyuus et babils, qu'elle a receus de son bicnaimé, comme i'en
ay un exemple tout frais d'un jeune homme, à qui il a cousté
environ Irois mille florins pour avoir jouy de sa femme l'es-
pace d'une demi-année seulement. Les fiançailles cslans
achevées, il faut envoyer le tailleui' cbcz le marchand non
âeulemenl pour lever des esloffes pour s'habiller soy-mesmc.
mais pour faire une rob"be h collet à mademoiselle, une juppi;
ou cotte, un frizon rouge, une sous mbbe, et du veloux plein
et ligure, qu'on envoyé au chaperonnier, pour en faire deux
chaperons, l'un pour les dimanches, dont le bord soit de sou-
bline (Il ; l'autre de martre pour tous les jours, ou jours
ouvriers, les deux revenaut avec la façon à quelques vingt
quatre ou vingt cinq risdales . Après cela vient une couple de
pelliçons de peaux d'agneaux, dont la large bordure de dehors
soit d'hermines, et le haut couvert de ilamas et de taffetas
renforcé, chascune montiinl à trente cinq ou quarante flo-
rins, ou h peu pri'S, plus tost plus que moins, car i'en ay veu
de cinquante. Ces articles vuidez, on va voir la lingère pour
acheter ou faire faire des coiffes h dentelle, des fraises, colle-
rettes, garderobbcs à la mode, de fine toile blanche comme
neige ; et choses semblables pour environ cent florins. De la
lingère, il faut faire un tour chez l'orfèvre, pour j acheter
une belle potncte de diamant qu'on doit mettre au doigt de
l'espousée lors de la copulation en l'Eglise, et laquelle on
n'aura pas ii moins de trente ou quarante risdales, si elle est
belle.
Pfi. — Hé bien, avez-vous tout ditî le sac est-il vuide î
JU. — 0 que nenny, voicy le meilleur pour la bonne bou-
che. La semaine de devant la nopcc on achettc de toutes sor-
tes de bonnes viandes ; on asseure un notaire, qui le ven-
dredi, accompagné d'un des parents invite, convie, semond
OH prie h la nopce les amis, dont les noms sont escrits en une
r Zobeln Brawen.
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26-i BEVUE d'alsace
liste. A ces semonneurs (1) il faut donner k desieuner, disner
et souper, et un risdalc en espèce à Mr. le Notaire pour son
tracas, qui en gagne encore un autre le jour de la nopce tant
U dresser et lire la liste des conviez selon l'oi-dre qu'ils doivent
tenir en conduisant et reconduisant l'espoux et l'espouse de
l'Eglise, qu'à les congt'dier et remercier: outre leur l)on
loyer, ils sont francs d'escot, n'ayaos qu'à torcher leur bou-
che, et s'en aller bourse et bouche bien garnie. Il faut aussi
donner environ un deiui-risdateauClerdclaTnlju(2),aupoilo
de laquelle les gens de nopce s'assemblent, t.t envoyer quel-
que honnesteté tant à celuy qui les a espousez, qu'au mar-
guillier. Deux ou trois ilorins d'or font aussi le saut pour con-
tenter tant l'organiste, que les musiciens et le souffleur d'or-
gues. Xu l'elour de l'Eglise on s'assied à table (3) pour dissi-
(2) l)er- Billet.
(■'!) La Politei Ordnung de Itiffl proniulgiu^c soua le gouveiue-
iiienldu sleltmeisIreLouia Boeelilinde Bœcklinsau, en usage du-
rant tout le XVIIt sièi'lc contenait un nbapiire relalif aui noces.
11 y en avait de trois sortes ; les FreykochzeiUn, en usage dans
la première classe de la bourgeoisie ; les invités élaienl Irailés
aux frais des époux et ne donnaient pas de prisent» : les Gaab-
hocAseilen, pour la seconde et la Iroisiëme classe ; les invités en
rccounaissauce de l'honneur qui leur était fail. offraient des ra-
deaux aux époux ; les Irtenkoch:eUen , apanage commun des trois
dernières classes ; chaque convive payait son cent. Aux Freyhoch-
seiten et aux Gaabhochteiten célébrées soi! dans la demeure des
époux, chez un parent ou dans les tribus pouvait assister la pa-
renté Jusqu'aux cousins issus de germains et SO personnes étran-
gères seulement. Les fêles ne pouv-aicnl durer au delà de 3 jours,
le 3' pouvait être affecté aux gens de service. L'cdil réglementait
le nombre de plats : 8 pour la i" classe. 6 pour la i" et 4 se'jlc-
ment pour les Irlenhof/iteileH qui ne pouvaient pas (^Irc compo
sées de plus de tiO personnes cl se tenaient ditos les poêles des tri-
bus, dans les hôtelleries ou auberges. Elles ne pouvaient pas non
plus durer au delà de deux jours et défense était faite de la pro-
longer dans les villages des environs. — L'ordonnnnce de I6i8
poussaient le £oiu jusqu'à fixer la <|uuntilé et la qualité des vins à
boire. Elle enjoignait même ft la noc« de se rendre à l'église au
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LA VIE A STRASBOURG 265
per et consumer en peu d'heures ce qu'un a espargné et
amassé en toute une année. Le vin esquis y est beu îi creve-
peau non seulement par les conviez, mais aussi par valets,
servantes, relaveuses de vaseille, qui en avalleiit une partie,
et en emportent une autre, sans mettre en ligue de compte ce
qu'ils en respandent, eslaiis yvres, comme l'en ny souvent
veu avec hoireur faire de^ gascliis par le plancher. Tinit est
alors de bonne guerre, on fait du cuir du marié larges cour-
royes, car il doit tout desfrayer. Le lendemain viennent les
parens aider îi faire de nouveaux despens, sçavoir est un
restaurant pour les nouveau-mariez avec du vin, des œufs et
du Bucre, qui ne couste pas moins de quatre florins, ou trois
risdales, maintenant que la livre de sucre couste treize bats
ou trente deux sols, et que l'on croid qu'une femme aye des-
robbé ses œufs, quand elle en veut donner cinq pour six
sols: car on en fait une bonne chauderonnée suffisante non
seulement aux présens, mais aussi aux amis absens, aus-
quels on en envoyé de grandes escuellées au logis, pour les
obliger k faire présent de quelque pièce de ménage, ou d'ar-
gent : mais la matinée estant si bien commencée, un ne s'ar-
reste pas en si beau chemin, car ce potage estant avallé, on
couvre la table de bonnes viandes, de bouilli et rosli de pas-
lez et poissons, à peu prés comme le jour précédent mesmes
les Jeunes gens, tant garçons que fllles sont invitez à la colla-
tion, qui est un bi-n repas durant toute l'après-disnée. Le
troisième jours sont traictez les pauvres voisins, artisans et
ceux qui ont servi k la nopce, et c'est alors qu'on fait bonne
vie, que l'on mange des deux costez, et qu'on boit h ventre
desboutonné : et par ainsi se passe la semaine sans rien ga-
plus tard à dix heures, « afin qu'elle en revienne d'autant plus 101
cl apparaisse au festin k une heure correcte n, c'est k dire à onze
ht'ures, cnr i< il s'est introduit depuis quelque temps une habitude
désordonnée. Le dîner des lendemain et des surlendemain com-
mence trop lard ; on se permet souvent de ne se raeltre à table
que vers midi, à midi, et même plus tard encore ; omre que c'est
une chose afOîgeante pour les invités, le monde est encore induit
H tabler au-delà de ce que la raison autorise ».... (Der Statt
Strambg Polizey-Ordnung 1638; Gérard l'Ane. Alsace à table
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iKK nEvi'B u'alsace
gner, et à louajours despenser. l'ay presque oublié que pen-
dant qu'on est a table le premier jour, le guft ou les deux
Irompeteurs de In Tour, ou du Monslier, viennent bonne-
ment demander, pour avoir sonné de La trompette, sans en
avoir esté priez. Le prochain ilimanche après la nopee, quel-
ques parentes de la jeune et nouvelle femme, la viennent
quérir en son logis (là où elle demeure rei-luse toute la çc-
inaine sans se monslrer en ruei pour la mener detiors, com-
me on dil, c'est à dire la conduire au presehe. et l'en rame-
ner. Or ce serait une grande discourtoise de les laisser re-
tourner il jeun en leurs maisons après avoir fait une corvée,
mais les finit retenir .'i disner. Quinze jours ou trois semai-
nes après, les créanciers tny envoyent ses parties de tous
coslez, s'il n'a tout puyé e<mtenl : tellement qu'il a grand
subjecl de dire ; après la feste gratte la leste. Api-és liesse
vient la tristesse, nul soula*, sans lielas,
Ph. — Hé bien en estes-vous îi Amen? Je suis Inntosi
saoul de ee fâcheux discours.
M. — Patience, vous estes bien chaud, vous ne seriez pas
bon pour couver, il y auroil danger de vous abbreuver a
ceslc heure. A-peine aura Monsieur le jeune homme repris
haleine que le clerc de sa Tribu lui œnimandera de compa-
roir devant Messieurs pour recevoir rommandemenl de fain-
lagarde de S. George (qu'<m appi'tlej ou la faire faire par
unaulreen payant environ sept florins, et un repas ou
deux. Puis il luy faudra payer vingt florins d'or en la Ihréso-
rerie, en cas qu'il soit estranger et le droicl de la tribu ou
argent de l'oile (t). Après que tout cet orage est passé, et
que le boursot, le boursillon, la bourse et la gibecière sont
espuisez, ou n'ont plus que la lie, ou fondrilles (2), c'est pour
lors qu'il faut nécessairement chercher de l'argent, car bien
qu'il soit fourni de chair, il faut encore du pain, du sel el
de tout : et ceTout s'estend fort loing: veu qu'il n'y a si
petit ménage, qui n'aye la gueule plus grande qu'un four.
Premièrement, il faut pourvoir le grenier de blé et légume.
la cave de vin, le buscher de bois, la charbon nii^rc de charbon
(1) Das Slubengetil.
(*) Die Mut/er.
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LA VIB i StHASBOURIi 26 f
poui'une année au moins : In cheniini^c doit eslre parôe de
i{Mnrtiei-s d<.> liiixl, d.» iambonR et clinir enfumt'c : on doit
avoir un baril de vinaigre derrièrt- !<■ fouineau ; un quintal
de beurre rondu{(), et un demi de sr\6 en la cave: au cabinet
ou armoire en la despensc trois ou quatre pain» de sucre, de
toutes sortes d'espites surfîsanienl d'une foire îx l'autre, et de
l'huile d'olive. Si In jeune femme n'a de liches père et mère,
i|ui l'ommeublent, voilà la pilîp, c'est un goulTre et abysme
d'argent, lors <)u'il Taul acheltirchasqui' pii''('e et pii'cettc de
meuble . Si i'entro'S dans ce labyrinthe, le n'en s^aurois sortir
d'aujourd'huy, pourtant ie vous renvoyeraj' aux chapitres,
i{ui traiclent des meubles, comme sont celuy de la cuisinière,
dn boulanger, ruslis^seiir, servante, gari;on, blanchisseuse
Pic.
Sans passer plus avant, ie laisseray k penser à qui en aura
le loisir, que eoustenl à nourrir deux servantes pour le
moins, l'une cuisinièiT, l'autre sous-sei-vante, en attendant
que la troisième viene au bout des neuf mois, api-ès
l'accouchement de la jeune femme, pour e&tre chumbrillon
il'enfant, le herser et porter sur les bras, et laver ses dra-
peaux ou maillots : sans conter la fiardienne-d'RCcouch'es
r[u'il faut ordinairemimt tenir six semaines, à sis schillings.
ou dix-huict sols la semaine, ce sont iustemcnt trois florins
six schillings, sans le présent qu'on luy fait au sortir de la
maison, et sa nourriture aussi bonne que celle du maistreetde
la maistresse du logis. le ne loucheray point aus frais du
baptpsme, ni h ceux de l'enlerrement de tels enfançons, qui
m'îur3nt pour peu de chos«, comme de catarrhe, de convul-
sions, de la pelile-vérole cl semblables accidents, comme un
Heuron fiinit et chet par un peu de vent froid et fort. le
m'arresterny icy pourchanj;cr de propos, et conclurray par
ce proverbe allemand. PeliU enfans, ]iettle croix, grands en-
fants, grande iinis, leimioiiigsen soient Aiiam noslre premier
père dont le fils aisné assomma le puisn<-: le bon Lut dont les
tilles le renilirenl incestuex, n'ayant pu eslre f orrompu par les
Sodomistes : JNoé, qui fut moqué de l'impie Chani: le patriar-
che Jacob, et le Roy David, que tours mcschants lils envoyè-
rent en Cornoflaiiles sans baleau : ce qui ne seroît nullement
(1) Ein centner Âncken.
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mon fait, qui crains les cornes comme le feu, de peur d'eslre
deschiré des chiens comme Actéon. Tout ce que vous avez
dit ou pourriez dire jusques » demain, ne sçauroil mu
destourner de chercher ma coste, et ensuyvre la trace de
mes ancestres; ils en sont pschappez leurs brajcs nettes,
i'espère aussi de n'y taire banqueroute ni de liiens, ni
d'honneur.
Monsieur, tout ce que i'en dis n'est pas pour vous des-
gouster du mariage, si vous vous sentez mal propre au
CL'libat : mon intention n'est autre, que celle de l'Apostre, qui
dit en la T, Cnrinth. chap, 7. Qu'il est bon à l'homme, de ne
louchera femme et de demeurer libre, comme luy pour les
tribulations qu'on a au mariage: car (dit-il) celuy qui n'est
point marié, a meilleure commodili» de vaquer au service de
Dieu, que celuy qui employé son soing et temps à chercher
comment il plaira k sa femme. Toutes fois son refrain esl
qu'il vaut mieux se marier, que brusier, et que pour esviter
paillardise, ehacun doitavoir sa femme, et chasqiie femme
son mari: k quoy il fautadjouster le commandement de Uieu.
lequel voyant qu'il n'estoit pas bon que l'homme fut seul.
lui a fait une aide et ordonné que l'homme délaissas! père
et mère et s'adjoignist k sa femme et mesme nous a denoud^
par son apostre que nostre corps est le Temple de Dieu le
Sainct-Rsprit, et qu'il destruira celuy qui desiruira ce temple,
en faisant des membres d'une paillarde. 11 s'ensuit donc que
ceste lerne et iliade de maux et incommodilez que vous avez
mis en envant ; n'est pas bastanle, pour emporter le poids de
l'autre bacin de la balance.
Nenny vrayement, car toutes les soull'rances qu'il y a sous
le joug conjugal ne sont que passagères et de peu de durée
mais les cruelles supplices et lourmens infernaux, qui
talonnent le célibat des putassiers, adulU'-ics, bougres, et
semblables hypocrites sont éternels, et ne prendront jamais
fin. Ma riez- vous donc de par Dieu, de peur que vous ne
retombiez dans le Irébuchet et filez de l'oiseleur et chasseur
infernal.
(À suivre) Charles Nbullnubu.
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HISTOIRE
VILLE & DU BAILLIAGH DE SOIILTZ
Chapitre VI, suite (1)
Bourgeoisie.
!.('!: habitants de la ville de Suulz élaient divisés en truis
classes : les bourgeois (Bûr^er), les manaiils (mnnentex,
lAngeuess) et les JuiTs. Il semble que, dès la runslitulion de
la cité, il n'y ait plus de serfs dans Souitz. Nous n'avons
trouvé aucune mention de cette catégorie d'individus depuis
le Xfll" siècle.
Chacune des trois catégories d'habitants avait ses privilê-
jçi's et ses charges particuli(\rps.
Le!> bourgeois jouissaient de tous droits communaux à
l'exclusion des mananls et des Juifs, qui n'avaient que quel-
ques concessions.
Les bourgeois seuls nommaient les conseillers. Pour èlre
rcs;u iiourgwis de la ville de Souitz, il fallait accomplir cer-
taines formalités ou être lils de bourgeois. Les plus anciennes
ordonnances relatives au droit de bourgeoisie portent qu'il
était interdit de recevoir un étranger comme bourgeois, à
(i) Voy. Revue 1893, p.p 310-bM; 1894, p.p. 01-210-334; 1895,
p.p. S7-231-437 ; 1896 p.p. îOJt-îlS; 1897, p.p. ï07-30!>.
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270 REvcE d'alsace
à moins qu'il n'ait présenté un certiiîcal de vie el bonne
mœurs, délivré par les aulorités de son lieu d'origine et altes-
lant qu'il élîiil homme lilire ou racheté du servage, né de
bonne famille et de parents honnéles. 11 était tenu de se pro-
curer son harnacliemcnt et ses amies, selon la forme prescrite
pour figurer dans la milice bourgeoise. Il devait juslilier qu'il
possédait une fortune d'au moins 20 florins qui, en 1578, fu-
rent perlés il 100 florins et qu'il devait garder lidèlement
pour les présenter à tout instant. Il devait payer au seigneur
i florins pour son droit de réception, et sa cotisation selon la
coutume nu poêle de sa tribu. Enfin il devait contribuer.dans
la mesure de ses forces, ou maintien de l'ordre public et dé-
noncer aux autorités toute infraction aux lois et loutu-
mes (1).
\\i iQ' siècle, l'administration du llaut-Munilat rendit une
ordonnance qui défendit de recevoir dans le pays aucun
Wellsch comme bourgeois (2).
Cet arrêt d'ostracisme contre les Wellsch se relivjuve en-
i:ore dans quelques endroits d'Alsace. Ainsi à Munster il était
défendu aux jeunes gens d'épouser des Wellsch. (Cette or-
donnance ne fut plus en vigueur sous la domination fran-
çaise).
En 17i2, il fut établi que nul ne serait re^u bourgeois à
moins qu'il n'ait demeuré en ville l'espace de trois ans con-
sécutifs, acquitté les charges el qu'il nu possède dans le ban
la valeur de 500 livres de biens fonds. Ils ne jouiraient des
privilèges qu'après avoir prêté le serment de bourgeoisie et
aloi's ils n'emploieraient jamais de voies indirectes pour bri-
guer les emplois, à peine de destitution, de 300 livres d'a-
mende pour les pauvres et l'amende du seigneur (3).
Le 26 mars 17<57, les chefs de tribu exposaient au magis-
trat de Soullz, au nom de la boui'geoisie, que les règlements
précédents de 1728 et 1748 n'étaient pas exécutés, en sorte que
plusieurs manants, habilantsde Souitz, préleu laientjouir des
droits qui compétent aux bourgeois sans en ii voir le titre et
Mj Livre des sermeuts.
[i) Ibidem.
(8) Archives de Soulli.
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LA VILLB ET LB BAILLIAGB DK SOULTI 271
sans payer les charges; en sorte que les anciens bourgeois
sont onérés par eux. En conséquence, le magistrat rendit les
iinlonnances suivantes qui furent approuvées par l'intendant
le â5 juillet 1767.
1" Nul ne pourra être reçu habitant de la communauté s'il
n'est pourvu de certilicats de bonne vie el mœurs, religion et
catholicité, s'il ne sait pas un m(''tier ou s'il n'est pas en état
de travailler dans la campagne, de payer les droits seigneu-
riaux, royaux et urbains.
2" Chaque habitant reçu fournira une caution de iOO livres
et fera sa soumission au grefTe pour l'acquittement des de-
niers et dont il sera délivré copie k la Iribu à laquelle il
aura été agrégé, aux frais du récipiendaire qui en outre,
paiera le droit de réception ordinaire qui est de 33 sols 6 de.
niers et un seau à feu.
30 Chaque habitant de la ville et dépendances se présentera
tous les ans la semaine avant Noël pour demander continua-
lion du droit de manance au .Magistrat qui ne le leur accor-
dera que s'ils su sont comporti^N en gens de bien et d'hon-
neur, et s'ils ont observé tous les droits et payé toutes les
charges, ce pour quoi les chefs de tribu fourniront au Magis-
trat un état des manants de la ville et de la manière dont ils
se sont comportés, en sorte que s'ils n'ont point satisfait à
leurs devoirs ils seront déchus du droit de manants et de-
vront quitter la ville et dépendances, sur la notilicatioD du
magistral sans autre forme du procès.
4° Chaque habitant paiera li l'avenir pour droit d'habi-
tation et jouissance des communaux, 1 livre 13 sous 4
deniers h la ville, dont 1/3 sera employé pour l'entretien <le
la maison de ville, les 2/3 pour l'entretien des deux
tribunes.
d" Les habitants ou manants seront assujettis comme les
bourgeois, soit pour les règlements de feu, guets, gardes,
et corvées, sans qu'au surplus, ils puissent se mêler d'aucune
affaire de communauté, ni de se trouver dans les assemblées
générales de la bourgeoisie.
6° Chaque habitant pourra chasser une vache seulement
dans le troupeau communal sans payer autre rétribu-
lion que les frais de la garde, comme un autre bourgois ; il
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272 REVUE d' ALSACE
pourra chasser dans le même troupeau unou deux porcs, mais
il ne pourra mettre sa vache pendant l'été kla montagne, ni
chasser ses porcs k la glandée. Il pourra également se pro-
curer son chaiilTage rlan^ la fnr^l commnnale, mais m
pourra prendre de bois mort qut; ce qu'il pourra porter
sur son dos, sans se servir d'aucune héle de somme, car la
forêt et les pAlurages dn In uiiinlagr.e n'appartiennent qu'à la
bourgeoisie .
S'il se trouvait qu'un lunnniit pos-sùde une maison en
propre, il lui sera délivré les bols de ménage nécessaires '.i
la construction et réparation de sa maison, pour un prix
raisonnable et il aura la préférence pour les matériaus
dans ta tuilerie de la ville devant un étranger.
70 11 fM défendu tant aux bourgeois qu'aux manants de
donner asile ni l'elraite à aucun étranger sans la permis-
sion des préposés et ce k peine de 50 livres d'amende (1)
En 1776, les bourgeois de Soultz contestèrent encore sur
les réceptions au droit de bourgeoisie qui se fuisnient en
audience du magistrat, sfins la présence du bailli on du
procureur fiscal.
Le 6 mai 1778, les avocats du C. S. d'Alsace établirent, par
i-unsultation, que le magistrat de Soull/. élait eu possession
depuis ptusinnrs siiVles d'accorder le droit de Ixturgeoisie ei
inanance sans le consentement <lii prime évèque de Stras-
bourg. Le règlement fait par la Régence de Saverne, le 11
juillet 1731, annonce même que le droit de l'évéque se réduil
pour la réception d'un bourgeois ou manant de la ville de
lïouitz, à la perception d'une taxe purement pécuniaire.
Cette possession du magistrat vaut un litre (2),
Le droit de bourgeoisie n'a plus été après la Révolution
qu'un titre honorifique. Nous le voyons conféré en 1817 an
docteur Méglin en reconnaissance de la publication qu'il lit .'1
celle époque de notes historiques sur Sonitz. Les Soultziens
prisèrent longtemps bien haut ce titre de bourgeois de leur
ville. Loi-s des fêtes qui furent célébrées à l'occasion du pas-
sage en Alsace du prince Napoléon, président de la Républi-
(1) ArchiTes de Soull>:.
(i) Ihidem.
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I.A VILLB KT Li; BAILLIAGE Dl SOULTZ 278
que, deux jeunes clercs habitant alors Soultz se virent refu-
ser l'entrée du bal donné aui bourgeois ù l'Hûtei de Ville,
sous prétexte qu'ils n'étaient pas bourgeois de Soultz. L'un
d'eux cependant occupe aujourd'hui dignement la charge de
maire de cette ville.
Le bourgeois de Soultz était tenu, en vertu du serment
qu'il prétait chaque année au Schwertag, de donner foi et
hommage à l'évèque de Strasbourg comme à son seigneur
et maître, et aux autorités établies par lui comme \ ses repré-
sentants. 11 devait veillera ce qu'il ne soit fait aucun préju-
dice à son seigneur, ni k la ville. Si les circonstances
obligenrent '» lever le ban, il devait suivre sa bannière,
obéir h son capitaine partout où il le mènerait et ne pas le
quitter sans permission. Il devait s'acquitter fidèlement des
impositions et des fonctions qui pourraient lui être confiées
et ne pas loger un domestique avant qu'il n'ait prêté son
serment au seigneur. (1)
Quand un bourgeois voulait aller s'établirailleurs et résilier
son droit de bourgeoisie, il devait le faire devant le conseil et
jurer que dans le délai d'une année k compter du jour de sa
résiliation, il réglerait toutes les affaires qu'il pourrait ::voir
dans la ville et qu'il ne citerait am-un bourgeois de Soultz
devant un tribunal étranger, à peine de parjure. Il devait
aussi acquitter le droit de succession, ou Erbgelden, soit un
Qorîn Ji l'évoque et 1/2 au prévôt. (2)
Un domestique qui voulait entrer k Soullz, devait prêter
foi et hommage à l'évèque, promettre obéissance aux auto-
rités de la ville, veiller à ce qu'il ne fut porté aucun préjudice
ni au seigneur, ni h la ville. Si on levait le ban, il devait suivre
son mattre partout où celui-ci serait appelé et ne citer per-
sonne devant un tribunal étranger, mais seulement devant
celui de Soultz. (3)
Toule veuve ou orphelin était placé sous la tutelle d'un
bourgeois nommé par le conseil. Ce tuteur devait prêter
(1) Livre deiserraeals.
(i) Ibidem.
(3) Ibidem,
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274 RRvcB d'alsaci
serment d'administrer coDscicncieusniiient et fidèlement tous
les biens qui lui seraient conli^s, d'acquitter les charges et
veiller nuit créances. Faire dresser par le greffier, en double
expédition, un inventaire (Idèie de la furtune de ses pupilles
et ce, en pn^ence du prévôt et de quelques parents. En
remettre une copie au conseil et garder l'autre en mains.
Prot<^ger contre tout préjudice les biens et la personne de ses
pupilles. Chaque année il devait rendre compte de sa gestion
au conseil en présence des dils pupilles et de quelques-uns
de leurs parents. S'il devait, avec le consentement du conseil,
vendre quelque bien de ses pupilles, il ne pouvait le faire k
son profit. Loi's de la reddition de ses comptes, le conseil
pouvait allouer au tuteur une certaine somme pour sa peine,
maisc<>lui-ci ne pouvait rien exiger au-der<. (I)
On choisissait généralement comme tuteur un membre du
conseil, mais comme il ne pouvait assumer plus de trois
tutelles, s'il arrivait que tous les membres en fussent char-
gés, on prenait un bourgeois. Quel qu'il soit le tuteur était
tenu aux mêmes ohligalions.
T'/'iAuf. Une des institutions les plus fécondes du moyen
âge fut ceitaineuient la constitution des luiurgeois en tiibus-
C'est grâce aux Irilius que les privilèges et les droits corn,
munaux demeurèrent intacts dans les villes. C'est au sein
de la tribu que se fuiida le tiers-état. C'est là que prirent
naissance et se fortilièr'^nt les idées de liberté, de démocratie.
L'instilulion de la tribu élait en effet d'ordre politique, non
muins que d'ordre industriel. C'est du moins ainsi que nous
letrouvonsà Soullz. Ce sont les tribus qui éliminèrent au
XV« siècle la noblesse arislocralique des villes et cela d'autant
plus facilement que celle-ci, imbue de son esprit de caste, se
confinait h l'écart (i). Au XVI* siècle, les tribus embrassè-
rent avec enthousiasme les idées de libei té propagées par les
réformateurs Dans toutes les villes la majorité des tribus
(1) Livre des serments.
(2) D'après la chronique des Dominicains de Colmar, celle éli-
mination des nobles coiiimenre dès 1S74. Leur dépari du Miindal
fut provoqi'é par les imposilions dout l'évèquc de Strasbourg
les cLtirgea. Selun lu clirouique du Tliann ce fui ou 1407 que plu-
sieuis d'colr'eui s'élublireiit h Thann.
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La villb bt le bailliaor dk sovlti 275
s'allia & la ligue des paysans, qui eAt alors déjà Iriomphé de
la féodalilé si le peuple n'avait été profondémenl plongé dans
l'ignorance et s'il ne s'était laissé conduire par des moines
défroqués.
Au XVni« siècle nous avons vu les tribus de notre ville
lutter courageusement contre les entreprises d'un magistrat
qui, s'appuyanlBur le seigneur, cherchait à créer une sorte
de gouvernement aristocratique. Elles s'attaquèrent à la
gestion des afTaires communales, firent réformer les abus
dans les finances et exercer plus de vigueur dans l'admmis-
tration. A la révolution la tribu devint le club, ta société
populaire toute puissante. Nous ne savons s'il ne faut pas
regretter aujourd'hui la disparition de cette institution des
tribus. Ce n'est pas assurément le tumulte des meetings qui
pourra rendre actuellement au peuple, plus de cohésion,
réunir dans un même but, dans un etfort commun, le bour-
geois, le commerçant, l'ouvrier, le cultivateur, contre les
entreprises des gouvernements et de la féodalité financière
et industrielle.
Les tribus poursuivaient encore, outre leur but politique,
l'organisation du travail, si intimement lié alors h l'existence
de la bourgeoisie. Dans ce but chaque tribu était divisée en
corporations qui réunissaient les individus exerçant des
professions similaires. L'organisation des corporations était
scmi religieuse, semi-civile. D'un cûté on réglementait
l'exercice du métier, de l'autre on se portait un mutuel secours
par la charité et la prière . Leurs règlements témoignent que
les tribus et corporations cherchaient également le maintien
de la tr-orale et des bonnes moeurs.
Nous verrons les corporations k l'œuvre quand nous étu-
dierons l'organisation industrielle de notre cité.
Tous les habitants de Soultz étaient, dès l'origine de la
ville, répartis en trois tribus, ; celle de» cultivateurs, celle des
artisans et nobles. Plus tard, quand la noblesse eut été pres-
que complètement éliminée de la ville, il n'y ent plus que
deux tribus, celle des cultivateurs i Obersunft ou fiebleu-
tenîunf/, et celle des artisans : Thiergartemunft. Dès
iol^, nous ne voyons plus subsister que ces deux tribus.
En 1S25 les corporations eties tribus furent dissoutes en
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276 nsTUB d'alsacb
punilion de leur adhésion îi la ligue des paysans, mais elles
furent bientôt reconslitu^es avec leurs anciennes attributions.
Les li'ibus et les corporntions étaient immi^dtateinent sou-
mises iï l'aulorité du Mundiit h RoulTuch.
Tout habitant de Soullz devait se fiiire inscrire au rAle de
l'une des Iribus, mais les bourgeois seuls avaient droit aux
élections. Ils nommaient entre eux un chef ; Zunftmeisleret
deux i^chevins ou élus, Yrtenmeister. Le chef de tribu était
élu chaque année. Le chef précédent le remplaçait en son
absence. Tous deux portoient aussi le nom de Baàmeitter,
architectes.
C'étaient eux qui procldaient à la répartition dei impftts
d'aprùs les rôles de la tribu, se char^jatent des rappoi-ts
entre la tribu et les magistrats, signaient les certiûjuts de
compagnonage et de maîtrise, servaient d'arbitres dans les
dilTérendâ de métier.
Il y avait aussi, h Wuenheim, une tribu qui dépendait de
celle de Soullz. Chaque tribu avait son lieu de réunion,
tribune ou poêle, on y buvait en commun, et l'on y discutait
lesafTitires de la commune et du métier.
Le p3!Sle de la tribu haute se trouvait autrefois dans la
rue de Wuenheim, dans la maison du charronW anlz, der-
rière une fontaine ornée aujourd'hui de la statue de Saint
Maurice. On ne remarque plus rien qui rappelle l'ancienne
destination de ce bAliment Le portail d'entrée dans la cour a
été démoli. C'e^t là sans doute que se trouvait l'inscription
dont le texte est conservé aux archives de la ville et que
voici :
Durch Gottes gnat der obrigkeit
Bewilligung stetir und arbeit
Uer Zunfftlbpueter ail iiisgemein
Bin ich erneunerl und soll seyn
Der nebleit zunfft von allers gênant
Durch mûhe gefeûrl zu guelem ent
Im dreynzenten der rainder Zabi
Alter zue geiitcht Qberall.
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L* TILLE ET LB BAILLUGB DB SOdLTZ 277
Cette inscription place la restauration du Mliment ii l'année
1SI3, par la gr&ce de Dieu et le consentement des auturilés.
Les membres de la tribu ayant contribué eD commun de leur
argent et de leur travail.
On lit dans le registre des audiences de Justice du magis-
trat de Soulli h la date de 1513, le lundi avant la Nativité de
la Vierge, que It&ns MunwJlr nlors chef de la tribu haute
et les membres de la dile ttibu : lleinrich Zimiuer-
Btein, Ilans Hanere, Diebolt Clingengenfels et RudoIfT
Salzmann ont emprunté à lafab'ique de Saint-Maurice une
somme de 2ô livres biloises pour la construction du poêle
de la tribu. Celte somme fut remboursée au bout de 3 ans
avec un intérêt annuel d'un florin. (1)
Le lundi avant la saint Valentin 151f>, StefTan Lieblin, chef
de tribu et 8 membres concractërent un autre emprunt de
45 livres pour le même usage. (3)
La tribu avait du reste ses renies et ses biens propres.
: Nous avons retrouvé aux archives de Soultz la copie d'un
règlement de la tribu haute, approuvé en 1513 par Jacques
d'Oberklrch, grand bailli du Mundat. Il y est dit que les deux
tribus, haute et moyenne de la ville, ayant été réunie en une
seule par don prédécesseur Louis de fteinach, et qu'à cause
de la vétusté des deux poêles, la dernière ayant ("té vendue
et la première restaurée, il convenait de faire un nouveau
règlement pour )a dite tribu haute, sans préjudice des anciens
droits de la ville et du seigneur. En conséquence :
io Quiconque de la tribu acquerra une maison par héritage
ou par achat, paiera à la tribu une livre bàloise el au valet
du poêle i liards de pourboire et au cas oh il n'aurait pas
l'aient, il devait fournir caution pour payer dans un an.
2" Quiconque louera une maison pourra se tenir dans la
tribu avec les compagnons en observant les règlements : mais
il paiera annuellement fi la tribu, 4 liards bdluis.
3" S'il arrive qu'un compagnon Ue la Iribu meurt en lais-
sant des Qls, celui qui héritera de la maison paternelle paiera
aussi le droit de poêle à la place de son përe et fournira un
(1) Archires de Soulli, Gerichlsbuch fol. 31 Teno.
(S) Ibidem folio 3.1.
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378 nm s'usAca
broc de II valeur de 3 liards on paiera cette somme. Si les
antres fil^ achètent des maisons, ils derroot acheter
■Dssi le droit de po?le. Si le défani ne laissa
«pi'une lîlle, s! elle se marie et possède la mai-
son, son époux achî'lera le droit de poêle moyennaot 10
liards bAlois. Si le déraot o'a point d'enfants, l'héritier
de sa maisou achètera le droit au poêle comme no étranger.
4* Si an compagnon a an âls qui lui succédera et s'il reul
le mener avec lui au poêle, il achètera son droit moyennant
une livre bdloise.
Sf Quiconque aura été reçu compagnon, ne pourra résilier
son droitau poSIe, il y restera jusqu'à la fin de sa vie.
&> Quiconque aura été reçu à la tribu, qu'il y prenne des
consommations ou non, devra payer sans réclamation tous
les droits que la tribu peut exiger.
7* Si l'un des comp^nons devient infirme de corps et
d'esprit, le poêle pourra lui être interdit sans préjudice des
droits des héritiers.
9° Quiconque se rendra coupable de désordres, querelles,
coups, blessures dans l'enceinle du po^le. paiera une demi-
mesure de vin aux compagnons, sans préjudice du rea>urs
de l'aulorit^. Quiconque, dans l'enceinle de la Iribu, blasphé-
mera ou excitera un autre ou fera témoignage, paiera un
demi quartaut de vin et 3 deniers à la Viei^e.
9<* Si une querelle s'élève dans l'enceinte du poêle, entre
deux compagnons, celui qui ne se laira pas quand on lui
aura ordonné Je le Caire, paiera à la (ribu un demi quartaut
de vin, autant de fois que cela lui arrivera et celui qui, dans
le cours de la querelle, aura servi une arme, paiera également
1/2 quartaut de vin sans préjudice du recours de l'autorité.
10* Quiconque n'aura pas comparu sur un ordre du sei-
gneur, paiera 2 liards bâiois à la tribu, si l'ordre vient de la
tribu, l'amende sera de 6 deniers. Si le chef de tribu invile i
une cor\'ée commune, celui qui n'obéira pas paiera 2 liards
à boire entre les compagnons.
H" Le chef de tribu percevra pendant l'année de son
exercice tout ce qui revient k la tribu et rendre compte de
cet argent à son successeur.
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LA V1LLB ET L8 BAILLIIGB DB SODLTZ 279
12o Chaque compagnon paiera dans le tronc i deniers k
à chaque Quatre Temps; la somme qui «'era ainsi produite
sera employée pour l'utilité de Ja tribu selon l'avis commun
des compagnons.
i3o Chaque année on nommera quatre échevins (Baùmeis-
ter) et un nouveau chef de tribu fziinflmeister). Ils veilleront
aux intérêts de la tribu d'après l'avis des compagnons. Ils
taxeront avec le valet de poSIe la consommation de chacun
avec équité Celui qui sera élu comme échevin ou valet de
poSlc et ne voudra point l'être, paiera une livre bflloise. Le
chef de Tribu tiendra à chaque Quatre Temps une assemblée
où il exposera aux compagnons leund devoirs et obligations,
et les consultera sur les besoins de la tribu. Celui qui ne se
rendrait point à celte séance paiera un liard.
140 Tout compagnon qui héritera 10 livres b&loises à
Souitz, devra donner à la tribu un broc de la valeur de
5 liards.
15° Tout compagnon qui aura besoin d'un ouvrier pour
bâtir ou autrement pourra, si les ouvriers que lui indiquent
sa tribu ne veulent pas lui travailler dans les huit jours de
l'ordre, employer alors tout ouvrier qu'il voudra.
Le règlement de la tribu de WuenheTm contient les mêmes
dispositions. Elle d.^pendait de celle de Suullz et était
régie par trois £"umetjffr4 ou échevins, éius annuellement
par la tribu. Son règlement a été approuvé et scellé parle
conseil de Souitz. La date manque dans la copie que nous
avons eue sous les yeux, mais cette copie même est du com-
mencement du XVI* siècle.
Le mardi après la saint .Antoine 1519 les baillis, prévôt et
conseil de Souitz, décidèrent, avec toute l'assemblée des bour-
geois, 1° que les comptes de tribu seraient désormais arrêtés
chaque année en présence du prévôt, de deux membres du
conseil, des deux chefs de tribu et des quatre échevins.
3* que chaque chef de tribu percevrait les droits de récep-
tion de la tribu et en rendrait compte chaque année, 3° er.Bn
que les autres revenus seraient perçus par les échevins, (1)
(1) Livre dei serments et coutumes.
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SM umn d'alsaci
Le 2d mai 1763, les membres de la tribu haule firent encore
(tntre eus le règlement suivant :
l*>Nul échevin ne pourrait servir du vin à quelqu'un qui
ne suit pas membre de la tribu, encore moins commander
quoi que ce soit îi la tribu. Quiconque enfreindre cet article
paiera deux pots de vin.
2°Les échevins seraient tenus, sous la même peine,
d'obéir au chef de tribu, ou en son absence À l'ancien
chef.
3° Quiconque se l'cndra coupable de blasphème paiera
un demi-quart de cire pour l'entretien des torches de la
tribu.
4° Quiconque aura injurié un de ses compagnons sera puni
de 2 pois de vin. *
5" Quiconque aura entamé une querelle avec un autre
sera puni de 4 pots de vin.
60 Quiconque s'endormira sur la table de la tribu paiera 2
pots de vin,
7° Tout compagnon sera tenu d'obéir aux ordres du chef
ou de l'ancien chef de tribu k peine de 3 pots de vin,
S" Pour prévenir le relâchement dans les pratiques de la
religion, il sera iDterdit à tout compagnon d'assister k une
procession sans manteau ou autrement qu'au rang qui lui
est assigné par la coutume, Il peine d'une amende de 2 pots
de vin.
90 Si un compagnon se rend coupable de désordre ou
d'ivrognerie et de grossièreté en assemblée de la tribu ; sera
punt de 8 pois de vin
10° Comme il existe plusieurs anniversaires et fondations
de messe au profil de la tribu, tout compagnon sera tenu d'y
assister en manteau h moins de maladie ou de service public,
b peine de 8 pots de vin.
Nous n'avons pu trouver aucun document relatif aux règle-
ments de la tribu inférieure, dite du parc ou Thiergarlen-
zunft, mais il parait qu'ils étaient identiques à ceux de l'au-
tre tribu.
Le poêle de la Iribu du parc, qui réunissait ordinairement
les artisans, était situé rue de la fontaine, mtiison Redier.
Les murs extérieurs en étaient autrefois peints k fresque ; on
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LA TILLE ET U BAILLUO* DX 301FLTZ 281
y voyait tooles fortes d'animaux s'ébattant dans un parc.
La maison Werner, attenante à la maison Redier, était
autrefois voûtée au rez-de-cbaussée. C'était une dépendance
du poêle.
Un cerliflcat délivré par la tribu du parc h un compagnon
boulanger et daté du 20 octobre 1775, et orné en tête des
armes de France superposées à celles des deux landgraviats
d'Alsace. Il porte un timbre composé d'un écusson chargé
d'une licorne dressée dans un parc, avec l'esergue
S. ZVNFT: DIER-GAllTHEN. L\ SVLTZ. 1667. O'après
l'armoriai de France, la tribu du parc portait d'argent
k trois jumelles de gueules.
Notre collaborateur, M. Gall, a retrouvé chez un de ses
collègues, un certificat délivré par la même tribu du parc à
un compagnon tailleur.
Il est daté du 17 janvier 780 et porte en tète une vue de la
ville de Souitz. La seule vue ancienne que l'on possède et
dont le cliché sur bois est aujourd'hui la propriété de M. le
baron de Heckeren-d'.\nthès. Ce certificat porte aussi le
timbre de 1667.
Une conlestation fui agitée à la fin du siècle dernier, entre
les deux tribus au sujet du droit de préséance.
Le 2 avril 1767, le m^igistrat de Souitz avait, k la requête
de la tribu dite Thiergarten, rendu une ordonnance qui obli-
geait tous ceux qui avaient appris un métier d'assister aux
assemblées de la dite tribu comme aussi d'acquérir les droits
d'icellc. h peine de 5 livres b&loises. Par contre tout vigneron
ou laboureur et non gens de métiers, devaient comparaître ii
la tribu d'en haut, lors même qu'ils seraient inscrits à
l'autre tribu
Les préposés de la tribu haute protestèrent contre cette
ordonnance exposant que, dès avant i51.*t, la Iribu supé-
rieure dite Oberzunift avait eu le pas sur l'influence dite
Thiergartenznnftet que celle prééminence lui avait été con~
firmée par une sentence du magistral en date du 14 décem-
bre 1730; que depuis quelque temps seulement on alTectail
d'appeler la tribu haute Rebleuthiunft, et l'autre Handwerc
klien-lhzunft pour établir l'égalité.
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289 HBVOI D'ALSACE
Ils ajoutèrent que partout ailleurs les deux professions de
vignerons et laboureurs étaient les plus respeclées, tandis
qu'à Soullz elles étaient méprisées et ne comptaient guère
que âO à 40 bourgeois tandis que l'autre Iribu compterait
plus de 400 Biembres. L'exécution de l'ordonnance du '2
avril 1767 aurait pour effet d'aséanlir la tribu haute dont les
revenu:; ne se monteraient plus qu'à la redevance de ces
30 k 40 bourgeois, tandis que l'autre tribu compterait
plus de 400 membres.
De temps immémorial, disaienl-ils, les bourgeois avaienl-
été libres de se faire recevoirdans la tribu où bon leur semblait,
attendu que les deux avaient les mêmes règlements et privi-
lèges. La tribu haute avait de tout temps compté parmi ses
membres et même ses chefs des gens de métier. « Outre cela
elle conserve comme un monument respectable les portraits
de trois vénérables vieillards peints dans le verre, qui, en
1604, étaient les chefs de cette même tribu, l'un dettquels,
Michel Zipfel, était un meunier »
Comme pièces h l'appui ils p<'ésentaient les extraits des
anciens rAles de leur tribu prouvant qu'en 1730, l'Oberrunft
comptait parmi ses membres, le recteur Ignace Hieden, le
bailli Marlois, le prévAt Canneau, le bourgmei^tre Guillaume
Immeltn, sept membres du magistral, H. d'Anthès et autres
gens de métiers. Même en 1767 elle comptait Antoine Bach,
prèvot, Héglin, médecin et bourgmestre, deux membres du
magistral, M. de Bergeret ancien major de Schlestadl et vingt-
trois autres gens de métiers, tandis que dans la tribu
inférieure on comptait vingt et un cultivateurs et pra-
ticiens.
Enfin elle cherchait à prouver que l'ordonnance n'avait
pour but que d'annihiler la tribu supérieure qui, seule, osait
s'opposer avec entreprise des praticiens et partisans des offi-
ciers du seigneur contre la ville.
Les préposés de la tribu de Thiergarten opposèrent aux
moyens de l'autre partie, entre autres pièces intéressantes:
un extrait de règlement de leur tribu du 20 août 1678, art.
15, suivant lequel il est d'usage que les compagnons de la
tribu sonnent les cloches pendant l'orage, sur l'ordre qui leur
est donné tous les 15 jours par le chef; une ordonnance du
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LA VILLE ET LE EAILLlAflK DE SODLTE 283
9 mai 1593 conSrmée par le grand bailli d'alors, Georges
Guillaume de Newenstein ordonnant au^ gens de métiers de
ne plus se répandre dans les auberges, h peine de perdre
leurd droits de tribu, etc.
Là conseil de la régence de Saverne, par sentence du 26
avril 1769, conilnne purement l'ordonnance du magistrat,
mais rOberzumft en appela vainement devant le conseil
souverain. La sentence de 1769 fut acquiescée par un acte de
dépôt signifié te 16 février 1761.
il existe encore des pièces de procédure contre un écbevin
de la tribu baute qui ne s'était pas présenté aux cssemblées
de sa tribu.
Le 23 nov. 1788, la municipalité de Souitz accorda k la
tribu de Wuenheim 30 livres de subvention ainsi qu'aux
deux tribus de Souitz, mais refusa le traitement payé jusqu'ici
k ceux qui prêtaient leur concours aux processions du (*'
mai et de la Fête Dieu, ce qui occasionnait une dépense
annuelle de 320 livres, comme aussi les 72 livres pourle repas
que le magistrat prenait à la Foie Dieu.
Les tribus et corporations ayant été supprimées par un
décret de l'assemblée nationale, les notables demandèrent
d'occuper les poSlos des tribus; la municipalité décida le 16
mai 1790, d'en prendre posse-«sion au nom de la ville, de
dresser inventaire des titres, papiers et documents qui s'y
trouvaient, et d'en donner décharge aux chefs de tribus et
échevins.
Le 8 juillet 1792, la municipalité afferma les deux maisons
des anciennes tribus ainsi que leur vigne. Elle revendiqua
contre le gouvernement les biens de ces tribus comme pro-
priétés conrniunales ; puis en 1793 la maison dite Thiergarten
fut adjugée au citoyen Jean Bernsviller pour la somme de
5£W0 livres ; la maison de roi>erzunft demeura le lieu de
réunion de la Société des amis de la Constitution jusqu'à
la dissolution de cette Société, puis elle fut également
vendue.
Manants.
Quand un individu voulait habiter Souitz, il devait au
préalable en obtenir l'autorisation du conseil ; il était alors
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38i IIKVCE d'alsacb
altaché&runedestribus,Ban8pûovoirjouîr d'aucun des droits
que les bourgeois y possédaient, mais ils devaient en remplir
toutes les charges.
Juifs
Il existait encore une catégorie d'individus qui, au moyen
Age et jusqu'il l'époque actuelle, formait une classe k part.
De pire condition que les serfs, le juif bonni, méprisé, en but
à toutes les tracasseries de la part de tous les autres bommes,
à. quelque condition qu'ils appartiennent, semble avoir été
la créature la plus misérable que la terre ait portée. Leur
religion, leurs mœurs, en faisaient un peuple à part dans
l'Etat. Le soin jaloux avec lequel il s'obstinaient dans leurs
croyances, en ne se mariant qu'entre eux, fit qu'ils ont
conservé jusqu'à ce joiir le type et le caractère des nations
orienlaiss.
Dès le 13' siècle nous trouvons des juifs établis dans le
Haut-Hundat et à Soullz. Ils étaient alors serfs de l'Empire.
Tous les métiers leurs étaientimpiloyablementfermés, ils ne
leur resta qu'H s'adonner au commerce et k un métier plus
inavouable: l'usure, par laquelle ils ne tardèrent pasb deve-
nir maîtres de la fortune de leurs mallres. Quand un sei-
gneur était k court d'argent, c'était chez le juif qu'il en
trouvait h des conditions d'autant plus dures qu'il en avait
plus besoin. Plus lard, ce fui le tour de la bourgeoisie quand
elle eût acquis quelque prérogative, et du pjiysan qui prit
l'habitude de mêler le juif dans toutes ses transactions. Celte
dépendance dans laquelle se trouvaient ainsi placés ceux
qui se croyaient en droit de dominer le juif.ne faisait que les
irriter encore contre cette malheureuse roee.
Les j jifs étaient parqués dans les villes, dans des quartiers
spéciaux qui leur étaient assignés et dont il leur était défendu
de sortir pour s'établir ailleurs. Souvent ces quartiers étaient
séparés du reste de la ville par des murailles et des portes
quel'on fermait lanuit Des réglementsparticuliersrégissaient
la juiverie. Nul juif n'osait paratlre parmi les chrétiens
sans être revêtu d'un vêtement jaune et coilTé d'un bonnet de
forme particulière.
(I) Voyei Gnndl<Uer, Schœpflin et Idt. des titres du baHIage.
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LA VaLK m LR BjLILUAAB DB gOULTI S85
La rue où étaient parqués les juifs de Souitz porte encore
te nom de rue des Juifs; c'est Ik qu'élait leur synngogue. Il
y avait aussi une communauté juive il Harsmanwiller où il
semble qu'ils aient eu alors leur cimetière. On lit en effet
dans le livre des flefs de l'église de Strasbourg, rappoi'té par
Berler, que les Wadner possédaient ù Ilartmanswiller un
jardin avec une maison située an der muren bey der Juden
Kirc/t/ioff (vers 1336).
En 1308, ilenri, élu roi des Romains, accorde à l'évéque
de Strasbourg. Jean I, en récompense des services rendus à
l'Empire par ledit évéque, l'échange de différents biens ; il
donne en oulre h l'évécbé tous les juifs demeurant et qui
demeureront k Ilhinau, Mulshein, RuITacb et Souitz. Cette
donation fut confirmée par les électeurs de l'Empire, par
iKttr'ïs datées de la même année. Dans la lettre de confirma-
tion donnée par ledit roi Henri, après son élection dèlînilive
il l'Empire et datée de 1309, la disposition relative aux Juifa
est omise.
Par deux lettres de l'année 1315, Frédéric, roi des Ro-
mains, confirme cependant la donation des Juifs de Souitz,
(■te., faite par son prédécesseur k l'évèché de Strasbourg.
Enfin cette donation fui encore confirmée par le roi des
Romains Charles, par lettres des années 4354 et 1336. (1)
Dès le commencement du XVI' siècle les Juifs furent en
buta des persécutions de la part des chrétiens; on en fit
périr plusieurs sur le bûcher. Leur plus grand désastre eut
lieu en 1338 ; ils furent tous massacrés dans le llout-Hundat.
L'évéque de Strasbourg se mit en possession des biens
délaissés par ces malheureux, et obtint à cet effet, enl342, un
nouveau privilège de l'empereur, Louis de Bavière (1). Il
donna en fief ù Jean d'Eptingen la propriété qui avait appar-
tenu k un certain juif tn oppido Ruffach ; de plus il en vendit
une autre U fludolphe de Uuebviller (2). Depuis cette époque
les Juifs ne sont plus revenus & Roulfacb et leur admission
(1) Berler fol. III.
\ï) La Cbarle était dans Berler fol. 367.
(3) Livre des serments.
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èfiè
RBVDB D ALSACK
dans le Hundat a, du reste, été défendue k perpétuité sous
les peines les plus révères.
Cependant les JuiTs venuienl toujours faire des transac-
tions dans le pays et les habitanls de Souitz se mirent telle-
ment entre leurs mains que les magistrats durent édicter des
ordonnances pour défendre ii tous bourgeois d'hypothéquer
aucun immeuble aux juif?, h peine d'une amende de 10 livres
bAloises ; ils ne devaient également vendre aux juifs aucune
créance, h peine de 5 livres d'amende. Il était défendu, bous
la même peine, à tout bourgeois et a leurs femmes d'acheter
quoi que ce soit aux juifs il moins de leur payer comptant.
Toutbourgeois t'tait tenu, avant de prêter son serment annuel
au seigneur, de se di'livrer de toute obligation envers les
juifs, a peine de poursuites de la part de l'autorité, {i)
L'inventaire des titres du bailliage de Souitz et de
Vuenheim qui, contrairement aux règlements faits au regard
des juifs, s'étaient engagés envers eux. (p. 44)
La chronique des dominicainsdeGuebviller rapporte qu'en
1666 les Juifs eurentla nouvelle que le Messie était nécn Judée.
Ils achetèrent alors tout le corail qu'ils purent acquérir afin,
disait-ils, d'en orner la chambre et la demeure du Messie.
Plusieurs allèrent mdme en Palestine, et le caustique écrivain
ajoute : mieslen aber mît Spoft undt iedermanniglichei
Gelachter, mit der langen Nasen widerumben nacherHant
gehn. 0 woht verstockhte blinde Narre n.
Après la guerre de Trente ans, les Juifs revinrent ii
SouUz; ils y furent même protégés par les seigneurs, moyen-
nant finance bien entendu. A Hartsmanwillers, les Waldner
de Sierentz permirent même à quelques juifs de s'élablir
dans l'enceinte de leurchAleau. Les Schauenbourg en firent
autant à Junghotiz et comme alors les Juifs avaient de la
peine à trouver un lieu de :9épulture pour leurs morts, le sei-
gneur de Junghoitz leur accorda les fossés de son chilleau
pour en faire un cimetière. Le droit que les seigneui's de
Schaucubourg percevaient sur les ensevilissements qu'y
faisaient les juifs, s'élevait en 1789 à une moyenne de 400
livres par an. La plus ancienne sépulture du cimetière juif
de Junghoitz datait, selon Siibermain, de ITIS. Ce cimetière
(1) Berler, fol. Ml.
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LA VILLE BT Lt BAtLUAOt DB SODLTI 287
existe encore aujourd'hui et les israëlitee viennent de loin y
ensevelir leurs morls.
Les éveques de Strasbourg permirent aux Juifs de s'établir
à Souitz moyennant undroit de protection. Le roi accorda i
l'éveché de Strasbourg, par le réglementde 1682, « le droit de
congédier les juiTs domiciliés et établis dans les terres de
révécbé et ceux qui pourraient venir s'y établir dans la
suite, et de recevoir ce qui « n accoutumé d'estre payé pour
cet eiïet annuellement par les dits juifs qui est pour chaque
famille de 11 écus par an et pareille somme de li écus pour
la réception de chaquejuif dans les dites terres, moyennant
quoi ils soient exempts de toutes charges ordinaires. » Cepen-
dant une leltre du l" mars 1770 déclare que les juifs ne sont
exempts d'aucun impôt.
En 1789, le droit de protection et de réception des
juifs rapportait à l'éveché, à Suullz, en moyenne 600 livres
par an.
En 1788, il y avait k Souitz dix juifs qui payaient l'impôt
du vingtième. D'après le registre foncier de 1698, les juifs
Hyriz Weyll, Lehhmann Ileiman, Meyer Jundt, Mars Bruns-
weyll, Elias Bloch, LehiniinnBloch, Monele, Proraele etKoppel
payaient chacun k la ville 3 livres? sols 6 deniers pour droit
de pâturage, et Koppel payait en outre 5 sols pour le commu-
nal où était son panier.
En 1694, le juif Hirtz était sous-fermier du débit de fer
dans le baillage de Soullz. Avant la Hévolulion, un autre
juif, Lebeman Lévy, était fermier des revenus patrimoniaux
de la ville.
Dans le cours du 18* siècle, on vit k Souitz plusieurs Juifs
se convertir au catholicisme. Ainsi les registres paroissiaux
de l'Eglise St-Maurice, mentionnent au 1*' janvier 1720 le
baptême de Prancois-Ernest-Joseph Grsif ; au 2 septembre
1731 celui de Jean-Anloine Ijls de Salomon Weil et de Itégine
Ne ker; le 4 juin 1741 Caspar Maurice, flis de Zegell Reinan
et d'Esther .. âgéde 19 ans, fut baptisé par le recteur de
Souitz ; il devint soldat et épousa le 3 juillet 1763, Marie-Anne
[lolh, bourgeoise ds Souitz, dont il eut un fils Henri, baptisé
le 12 juillet 1764. Le 2 mai 1743, baptême de Melchior
Caspar-Antoine, flIs de lleis Boracb Hecker el de Tkeille
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288 HBVDB D' ALSACE
Spira de Jungholt!!, le 30 mai de la même année, baptême
de François- Antuine-Philipi>e Weihl d'IngoIsheJm, près de
Strasbourg, (Ils de Joseph. Le 13 octobre 1754, baptême de
Joseph-Guillaume Sée de Metz, âgé de 17 ans, flis de Samuel
et de VogetI Hassennmar. Le 7 février 1779 le curé de Souitz
baptisa encore une juive : Ha rie- Anne-Christine, fille de
Jacob Inkanftde Harlmanswiller
Ces baptêmes se faisaient toujours en grande solennité;
la noblesse et les magistrats tenaient à honneur de tenir
sur les fonds balismaux le nouveau converti.
Le9 juillet 1721, le conseil souverain d'Alsace, dans un
procès entre le juif Ilirtz Reiman, rabbin de Souitz, et un
sieur Golberi, décide que les juifs se peuvent être appelés
en témoignage en faveur de leurs coreligionnaires contre les
chrétiens. Dans une autre cause du rabbin Reiman, le même
conseil agita, le 22 janvier 1725. la question de savoir, si un
acte sous-seing privé en faveur d'un juif pouvait être annulé
et devait être pasjé devant notaire et grefTier.
Celte conclusion fut suspendue, ce qui est autant que
révoquée, par lettres patentes du Conseil d'État du 12 sep-
tembre 1733. (1)
Certains juifs étaient bouchers k Souitz ; il y eut plusieurs
contestations entre eux et les bouchers-chrétiens : Sn 1684 le
biiWi écrit à la régence de Saverne que la contestation entre
les bouchers et les juifa de Souitz continuait toujours, qu'ils
avaient comparu devant lui, maisqu'il n'avait pu lesaccom-
moder; quelesjuifsinsistaient pour tuer dix pièces depuis PA-
ques jusqu'il la SaintBarlhélemyet depuis la Saint Darlhélemy
jusqu'au carnaval, et pour vendre au poids ce qu'ils ne
pourraient consommer dans leurs ménages ; quant aux quar-
tiers du devant des dix bœufs qu'ils tueraient depuis Pâques
à la Saint Barthélémy. Quant à ceux qu'ils tueraient le resta
du temps, qu'ils pourraient vendre par quartiers tant qu'ils
voudraient; qu'ils pourraient également vendre la petite
viande à volonté toute l'année, soit au poids ou par
quartier.
La Régi^nce approuva l'avis do bailli et ordonna que,
de Pâques h la Saint Barthélémy, les juifs pourraient tuer dix
(1) Noies d'arrêts du Contèil Souverain d'Altace.
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LA vau ET LE BAtLLIAOI DB SOCLTI 289
pièces et en vendre au poids ce qu'ils ne pourraient
consommer el c|ue de la SaiQt-Barlhélémy au carnaval ils
ne pourraient vendre ni grosse viande, ni petite par poids,
mais Beulement par quartiers. (1)
En mars ildî le boucher Georges Larger de Souitz ayant
étâ nommé boucher de grande viande, dit qu'il ne pouvait
accepter de vendre qu'à la condition qu'il ne serait permis
aux juifs que de tuer 12 hèles pour leur usage et que dans le
cas où une de ces bétesseraitimpure k leurs yeux, elle devrait
élrecomptée pour deux. 11 fit aussi l'ofTredefourniraux juifs
de ses bétes k saigner à trois deniers meilleur marché que
la taxe, mais que toute bêle ainsi donnée était décomptée
des douze. Le conseil de Soullz rendit une ordonnance dans
ce sens, mais en 1764 la communauté juive Al appel
devant le conseil de Saverne contre ledit règlement
et présentant un arrêt du Conseil souverain, prononcé la
même année entre la communauté de Wissembourg et la
tribu des bouchers du dit lieu, permetlant aux juifs de
vendre la viande que leur loi leur défend de consommer,
en se conformant à la taxe et de ne vendre celte viande
qu'au refus des bouchers de la tribu, de la prendre à 4
deniers au dessous de la taxe. (2)
En 1699, un Juif de Soultzavait une maison qu'il échangea
contre celle d'un chrétien. Le magistrat défendit l'exécution
de cet échange, <.e Juif s'en plaignit h la Régence de Saverne
qui consulta siÂ^ce le bailli. Celui-ci répondit que le Juif
n'acquérant pas une seconde maison, etcelle qu'il donne en
échange valant même mieux que celle qu'il acquiert du
chrétien, il ne voyait pas pourquoi l'échange n'aurait pas
lieu. La régence en ordonna donc l'exécution. Alors le
magistrat se plaignit disant que la maison que le
juif acquiert est vis-à-vis la porte de la paroisse, et qu'il
serait indécent, dans le cas où l'on porterait le viatique aux
malades, qu'il passât devant ta maison d'un juif. La régence
n'approuva pas ces raisons, mais le magistrat ne se tint pas
pour battu; il s'adressa ù l'inlendanl, disant que le nombre
des Juifs s'accumulait dans la ville de SouIIje, h un point que
(4) iDT. cit. p. 44.
(1) ArcbÎTes de Soultt.
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290 rBvui d'alsacs
bientAl il surpasserait celui des cbréliens, conlrairemeot h
une lettr« de l'évèque Robert accordée en 1472 aux villes du
Haut Mundal ; que ces juifs possédaient déjîi huit des meil-
leures maisons et étaient fort à charge aux habitJinlB en se
pn'tendanl exempts de toutes charges. L'inlendnnt ordonna
que les juif^ paieraient les charges bourgeoises pour leurs
biens et qu'il serait fait un règlement du nombre des juifs
qui pourraient rester dans la ville sans être à cbarfie. Les
bourgeois de Suullz pi-ésenlèreni alors, en 1712 etl7IS, deux
requêtes !i la Uégence de Saverne pour parvenir à ces fins.
Ils ne para Usent pas avoir eu gain de cause. (1)
D'après le registre foncier de 1777, il y avait à Soullz
quinze juifs qui payaient chacun A livres dix sols pour droit
de pftlucage. (2j
En 1682, les juifs de Soultz exposèrent à la Ri^gence que
pour jouir du droit de p&turage, iU étaient chargés, an temps
des vendHDges, de faire mener le vin du seigneur dans la
ville et qu'en outre ils payaient annuellement une somme de
2 ilorins ; que malgré cela la bourgeoisie de Soultz préten-
duit les obliger de payer tous les ans encore 20 florins pour
la même cause, contriiivement à l'usage ancien, dans lequel
iU demandaient d'être maintenus. La Régence décréta que
l'on ne pourrait exiger des juifs établis à Soultz, au-del^ de 4
livres 10 sols par an. (3j
Vers 1783, la «ommunaulé juive de Soullz prétendit avoir
des forets communales, le bois de chaufTxgef^a l'instar d'un
bourgeois et fit requête h ce sujet vers l'inlendant. Le
magistrat répondit en ccu termes : e Rien n'est plus hardi et
plus entreprenant que la nation juive ; tolérée, elle veut
s'assimiler ^ un citoyen, elle veut participer à tous les avan-
tagea que donne dans une communauté la réception h la boui^
geoisie. » 11 continuait en exposant qu'un juif de Soullz,
Emmanuel Bloch, avait été surpris achetant du bois volé à un
particulier de Wenheim, dans les forêts communales et que
la communautéjuive tentait sa requête pour donner gain de
cause à Bloch. a Enfin, dit-elle, ces prétentions sont trop
(1) Irv. cit. p. 49.
(2) Archives de Soultz.
(3) iDT cit.
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LA VILLB n LR BAILUAGI VK SODLTZ 2dl
absurdes pour mériter une réfutation ; il suffit qu'un juif ne
soit point twurgeois, qu'il ne puisse l'élre, pour qu'il ne
puisse prétendre être traité comme lui. Un manant qui méri-
terait plus de faveur, n'est pas si osé : mais rien ne coûte h
unjuif effronté ; par précepte il tente tout. » Et la ville conclut
en demandant que les juifs soient déboutés de leur requête
et condamnés aux dépens. (1)
Les préjugés contre les juifs étaient tellement enracinés
parmi le peuple, que la Révolution débuta contre eux dans
les campagnes. Ils avaient tellement accaparé la fortune des
cultivateurs que ceux-ci cherchèrent d'abord h se soustraire
h leurs oblif^ations envers les juifs en fabriquant de fausses
quittances, (i) N'ayant pu avoirgain de cause près de la jus-
tice, ils usèrent de la force et pillèrent les maisons juives
dans le Sundgau, dès 1789 ; leurs titres furent brCilés ou
lacérés.
L'émeute s'étendit jusqu'il Bergheim où des excès graves
furent commis contre les juifs. Un instant Soultz se vit
menacé de l'invasion des paysans révoltés, mais la bour-
geoisie sut par son attitude en imposer à l'émeute. Les pay-
sans avaient admis comme principe que les juifs étaient
payés par les titres qu'on leur avait pris et qu'il fallait les
chasser hors de la province. Aussi le député Reubell écrivait-
il à la commission intermédiaire du district de Colmar, le 5
août 1789 : Il n'y a pas jusqu'à la nation juive qui ne mérite
quelque compassion. Je sfais combien elle était haïssable,
mais ce sont des hommes, et l'on ne peut dissimuler que la
manière dont leur existence était réglée par le gouvernement
n'a pas peu contribué à leurs vices à jamais odieux, maie
(1) Arch. de Soullz. LeîTsept. 178», la muui:ipalité ordonna
aux juifs de chercher leur bois de chautTage à la forêt moyennant
S livres par corde pour la ville, outre le façonnage, mais elle leur
défendit de faire commerce arec ce bois bous peine de 4S litres
d'amende.
(2) Voir chron. de Wûhriin ad An. 1778; les paysans ache-
taient k grand fraie, pour les opposer aux juifs, des fausses quil-
laoces que leur dislribuaieat des individus revdlus de l'uniforme
des gardes rraD^aises, el qu'ils prenaient pour des représenlanls
élevés de l'autorité. Vérin-Ré Tille. Ris. du Haut-Rhin p. 10.
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399 RBVEi d'alsacb
comme nous espérons que nos nouvelles lois les rendront
honnêtes gens et laborieux, prêchez Messieurs, la pitié pour
ces misérables crialures et vous aurez rempli le plus beau des
devoirs, (i)
Fdéanmoins, le Directoire du dépnrlemenl adressa le 31
di'ceinbre 1790 h l'assemltlée naliunale, se» observations
relalivcment à l'ôtat civil deBJuifs de In province d'Alsace;
il Tait valoir une foule de eu nsidé rations tirées de leur état
morni, de leurs habituiies d'extorsions, d'usure, etc, et enfin
du préjugé qui les frappe, pour repousser leur admission aux
droits de citoyens et surtout l'usage de ces druits dans les
assemblées électives (2)
En ceci, le directoire ne faisait qu'exprimer le sentiment
du pays tout entier : le 23 avril 1790, le conseil général de
la commune de Soultz. en réponse k une lettre de la muni-
cipalité deColmiir, déclare s'adjoindre h cette commune pour
s'opposer il l'admiasion des juif» en qualité de citoyens. A
Paris, on criait a l'inlolrrance alsacienne et l'on envoya des
représentants en mission, mais ceux-ci modJQérenl complè-
tement leurs idées sur les juifs quand ils virent les choses de
près et les menacèrent même de mesures exceptionnelles.
En elfet. au moment où les campagnes étaient plongées
dans la plus profonde misère, suite du rude hiver de 1789,
les juifs, forts de l'appui qu'ils se sentaient près des huma-
nitaires de l'assemblée naiionale, os'trenl sai>ir partout les
récultes et les vendiinges de leurs débiteurs, ils ne reconnu-
rent les bienfaits de la Révolulion que par un agiotage elTréné
sur les assignats et sur les subsistances. Gr^ce h eux, les
assignats se déprécièrent dès les premiers jours de leur
émission.
Le 7 janvier 1791, le département rendit un arrélé qui
interdit aux juifs toute action en recouvrement de leurs quit-
tances jusqu'b l'institulion des nouveaux tribunaux; on leur
enjoignitde fournir un état complet de leurs créances sur
les chréiiens, et le district de Col mar leur interdit jusqu'à
parachèvement de cette liquidation, de prendre aucune part
(1) Voy. Revue d'Alsace 1862 p. 531, dup. arcb. dép,
(i) Revue d'Alsace 1866 p. 121.
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LA TILLB BT LB BAILLIAGE Dt SOULTt 293
aux enchères de biena nationaux. Quant k leur personne,
le département ne négligea rien pour assurer leur
sécurité.
Un grand nombre de municipalités, se plaignant de l'iug-
inentalion de la population juive, voulaient les expulser,
mais le directoire exigea qu'on les ^ard&t et même que l'on
admit ceux qui venaient s'établir.
Cependant k DoUviller, on tenait les juifs bloqués dans
leurs maisonset une grêle de pierres venaient les assaillir
lorsqu'ils se présentaient.
A Isenheim on les taxait arbitrairement et, s'ils refusaient
de payer, on les arrêtait et ils restaient détenus jusqu'à, ce
qu'ils se fussent acquittés.
Enfin la loi du 15 novembre 1891 i-égla la situation des
juifs de la ci-devant province d'Alsace, et ils rentrèrent dans
le droit cummun. Le? décembre 1792, les juifs de Soullz
demandèrent h prêter le serment civique, ce qui leur fut
accordé i le 36 prairial an II (14 juin 179t), ordre leur fut
donné de présenter leurs registres de circoncision pour être
paraphés. Le 16 germinal an IV (5 avril 1796), le citoyen
Jacob Joseph, ministre du culte hébraïque ii Soullz, prête
serment d'obéissance aux lois.
Cependant le 1" février 1793, encore, la municipalité de
Soultz recevait 66 livres en argent d'un juif, pour avuir le
droit de résidera Soultz.
Le 6 mars 179i, des fièvres et des miladies s'étant
répandues parmi les soldats d'un bataillon de volontaires en
garnison à Souitz, In municipatiti^, considérant que la com-
munauté juive possédait le plus de lits, décida que les hom-
mes luges chez lesjuifs seraient retirés, maisque ces derniers
rourniraienl des lits complets moyennant H) sols par mois
et par lit, ce qui fut signifié au scliullz Abraham Uloch.
Le 30 janvier 1792, un lieutenant au 5* bntnillon de volon-
taires déclara au bureau exécutif de Soullz, que le juif
Wormser de Bolviller avait voulu lui vendre du drap à 12
8 lus en argent ou 16 en assignats, de plus ce juif n'avait pu
pro luire si patente. Le bureau décide que le juif, prélemlant
ignorer l'urretj du département, il serait condamné à four-
nir au dit heuteiiant, le drap à 16 sols en assignats ou en
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294 RKVCB d'alsaci
numéraire au gré de ce dernier; qu'il paierait 4 livres 10 boIs
d'amende pour n'avoir pas eu de patente, et qu'il resterait en
prison jusqu'au paiement de cette somme.
Le 11 vendémiaire an XIII (3 octobre 180S), l'animoBité
r-ontre les juifs était encore si grande que le maire de Soulti
(lut prendre des précautions pour les protéger. (1)
11 y a chez le juif une sorte d'instinct qui le pousse, comme
toutes les races orientales, h exercer les professions oiJ il faut
développer plus d'astuce que de travail. Il répugne k l'exer-
cice des métiers qu'il embrasse très rarement II préfère le
(commerce et alors il ne peut se résoudre ii demander au client
la valeur exacte de sa marchandise; il la surfait toujours, et
comme le client s'en doute, ce sont entre eux des maixiban-
dages interminables, dont l'objetânit par être cédé pour la
moitié du prix demandé, et le client est encore volé. Une
autre profession qu'affectionne le juif, est celle de marchand
de biens. A toutes tes ventes il achète toujours et se rend
acquéreur, souvent par des manœuvres déloyales ou avec la
complicité de ses coreligionnaires, puis il va chez le petit
cuUivateuret à force d'insistance, il parvient îi lui faire ac-
quérir une pièce de terre ; le cultivateur se laisse prendre,
croyant faire un hon marché. 11 achète, ne paye qu'un k
compte et s'engage li des termes espacés dont le montant est
constitué par une fraction du prix d'acbat augmentée d'une
certaine somme plus ou moins usuraire pour tes intérêts.
Arrive le terme, le cultivateur est gêné, il a fait de mauvaises
récoltes, la maladie lui a emporté quelque bétail, ou l'a
atteint lui mâm3. Si le juif estime que son débiteur a suffi-
samment de fortune, il lui fait crédit moyennant un surcroit
d'escompte ; le plus souvent il saisit la récolte et cela jusqu'à
ce que le malbeureux acculé, soit réduit à l'expropriation, à
moins que, lassé, il ait abandonné la culture de sa terre qui
est transformée en jachère.
A suivre Aug. G&ssbr.
(1) Archives de Soullï. ftég. de délibération de la municipalité.
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NOUVELLES ŒUVRES INEDITES
de GRANDIDIER
PubUées par K l'a^bé A. K. P. IigoU
Sons les auspicsB da la Sociité ladustrialls ii Malhoiss
Le volume que nous avons la satisfaction de signaler est
le lome lecond des manuscrits réfugiés k Carlsnihe eldont le
publication est confiée à H. l'abbé Ingold. Ce volume est
d'une corpulence supérieure & celle du précédent : il se com-
pose de de 6i3 pages in 8'*, bien remplies et bien imprimées,
sur beau papier, par F. Sutlerel C'*'^ Rixheim (liaut-Elliin),
Comme le 1*' tome, on peut se procurer le 3° à un prix rela-
tivement modeste, aux librairies IlâlTel b Colmar et A. Picard
et fils, 82 rue Bonaparte k Paris .
Ce tome second se compose, si nous comptons bien, de 442
notices ou embrions de noLiiies concernant des littérateurs et
des artistes alsaciens dont nos anciens chroniqueurs avaient
déjîi signalé les travaux de quelques-uns, mais dont aussi un
grand nombre étaient demeurés inconnus ou négligés et aux-
quels Grandidier se proposait de rendre hommage dans le
cours de ses recherches et de ses éludes.
Ce sont ces notes préparatoires, ces inestimables bribes de
l'héritage, ces petits cahiers, ces feuilles valantes, préservés
des feux de la civilisation moderne et remisés aujourd'hui de
l'autre cdté du Rhin, ce sont les reliques de notre intrépide
et malheureux piocheur du siècle dernier, que H. l'abbé
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296 HRVtn b' ALSACE
ingold a l'honneur de mettre au jour avec le concours de la
Société industrielle de Muthoute.
H. Ingold donne à ce volume le sous litre d« Dictionnaire
biographique des Littérateurs et Artistes Alsaciens. Ce
n'est peut-être pas tout-b-fait cela : Si nous comparons
ce l'ecueil de notices et de notes aux publications biographi-
ques de notre temps, celles-ci ont une trop grande supériorité
sur cellcs-1^, du moins quant au nombre si non quant au
fond. C'e<st ainsi que, dansunrecuetl moderne concernant les
litttTaleurs et aiiisles alsaciens, nous comptons 1200 biogra-
phies, tandis qne Grandidierne nous en accuse que 400 sur
le même terrain. Mais il ne faut pas oublier que Grandidier
butinait en vue de Vffisfoire de l'Eglise et des Princes-
Evéques de Strasbourg seulement, et qu'k cet égard le ter-
rain à explorer offrait moins de surface que celui de VHis-
toire ecclésiastique, militaire, civile et littéraire dont
notre infortuné compatriote eut à peine le temps de faire
imprimer le tome 1" et les pièces Justificatives du tome
suivant.
Plus on avancf dans la publication des manuscrits inédits,
plus il de\-ient évident que la plus grande partie de ces docu-
ments devait servir à combler la lacune de 1202 à 1262 qui
existe dans le livre onzième de la publication du premier lot
des manuscrits, c'est-ii-dire des épiscopats de Henri de
Véringen, 1202 h 1223; de Berthold de Tec, 1223 à 1243, et
de Henri de Slaleck, 1245 k 1260. C'est au commencementde
ce treizième siècle que s'arrèle la copie qualifiée par nous, et
AiiusETTB, opérée par la plume du cbanoine Mélrot.d'une main
toujours égaie, sur 55 petits cahiers sans marges, dont 29
pour le texte et 26 pour les notes, soit en tout 837 pages qui en
remplissent 1209 dans l'édition in-S" de 1865. 11 faut ajouter
que ces cahiers ont 18 centimètres de hauteur et 11 de lar-
geur.
Une autre reiiian.iue aidera certainement M. l'abbé Ingold
H excuser l'anachronisme, apparent plus que réel, qu'il
inscrit au compte de l'éditeur du premier lot des inédits:
Les deux tiers, et même un peu plus, des dits manuscrits
étaient copiés par lui seul, avant que Ton mit la main k la
composition du tome premier, tjne livraison d'essai ayant
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«UVBIS tNftDITBS DB GBANDIDIEB ' 297
paru en 1864, M. le chanoine Halfeld mit k la dispositioD de
M. LibliD « r^mu(e/f« » ou, simieux l'on aime, le Jovjou
de M. Mélrat qui est aujourd'hui propriété de la bihiiothèque
communale de Strasbourg. Ce joujou a en efTet épargné
k M. Liblin diïux déplacemenls deColmar k Strasbourg pour
confronter la fin de sa Iranscriplion avec la fin de l'original
demeuré k Strasbourg. Si ce complément d'information
devait ne pas suffire pour dissiper l'ombre de l'anachronisme
relevé par M. Ingold, il resterait k H. Liblin la ressource des
circonstances atténuantes dont la galanterie, bien connue.de
M. l'abbé ne manquerait pas de lui accorder le bénéfice. On
peut se tromper quand il faut faire remonter le souvenir à
trente et quelques années dans le passé ; mais, au cas parti-
culier, il n'y a pas d'erreur.
M. l'abbé Ingold est occupé en ce moment de la prépara-
tion des Tomes III et IV qu'il intitule: AUalia Sacra. Ce
que ces deux Tomes contiendront, le titre l'indique suffi-
samment. Il s'agit, sans doute, des Maisons-religieuses qui
devaient être le sujet d'une partie du livre onzième de
l'Histoire de l'Eglise et <iei Princex-Eréques de Slratbourg,
puis des divers ordres religieux <|ui occupaient ces Maiêoni,
d'oiïi Altatia Sacra, embrassant l'organisation, les l'ègles
des divers ordres, leurs fondations, leurs supf^rieurs, leur
adminislrstion et l'aulorité épiscopale et seigneuriale dont
ils relevaient. Il est présumable que VAhalia sépulta, dont
il n'est pas question, se confond dans la première de ces
rubriques. La copie que nous avons prise d'un nécrologe
écrit au commencement du treizième siècle et tiré du livre
du livre de cuisine du Chapitre de Ih Cathédrale, nous fait
croire que la Sépulta avait aussi sa place dans les très ac-
tives préoccupations de Grandidier.
Si l'on joint à cela la réunion probable au dépôt de Carla-
mhe, les manuscrits que Grandidier avait aussi préparés pour
VHistoirede la forêt noire, la matière ne mnnquera pas à
son nouvel et dévoué éditeur. Les «monuments de Mûllenbach,
Steinbach, Bade, Gengenbach ; la notice sur Ettenheim, les
limites de t'Orteaau, les évêques de Strasbourg et de BnsU,
Salnt-Fridolin, Saint-Columban, Schulteren et Offenburg,
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296 Bnm d'usack
Saint'TrDdpeii, Saiot-LandeliD, EltenheimmuiiBier, Gengen-
bacb, Schwartzbach,Saint-Pirniin; lescorolesde l'Oilenau et
d'Urach : les seigneurs d'Urselinguen, SaÎDle-Walbui^,
EUenbeinimunler, Marmoutier, Saint-Jean - ile»-Cboux,
Crauinhal, Neubourg, la Toussaint et Bronon d« Huhen-
berg, si lout cela est, disoDs-nous, compris dans le cadre des
Ifoucellet œuvres inédite; les vrais amis de notre bisloire
d'Alsace applaudiront M. Ingold et souhaiteront que les
encouragemeats réels et moraux ne lui fassent point
défaut.
Quand, en ces sortes de travaux, l'œuvre a de la valeur, il
est de règle qu'elle rencontre la critique même parmi les
hommes les plus éclairés. Grandidier en savait quelque
chose. Il n'y a rien d'étoanant que son œuvre posthume en
rencontre encore un peu en arrivant au jour.
Un professeur de la nouvelle université de Strasboui^
essaie de faire revivre une vieille question de documents
falsifiés, question que l'on croyait épuisée par la plume de
Grandidier, accusé par le professeur d'avoir le même
reproche à se faire ; un écrivain, au rez-de-chaussée d'un
journti de Colmar, relevant sommairemenl, avec le sourire
d'un homme capable au bout des lèvres, les singularités
biographiques que Grandidier a respectées dans ses notes,
sont, & notre point de vue alsatique, des preuves que la
publication ne passe point inaperçue. Hais ne semble-1-il pas,
qu'& moins de preuves indiscutables, Grandidier ne peut
être accusé d'avoir falsiité, lui aussi, des pièces dont il a tiré
parti dans le cours de ses travaux? C'est pourtant ce que
vient de hasarder le dit professeur. M. Ingold a cru devoir
protester dans l'avanl-propos du tome qui nous occupe; il a
eu raison. En fait, Grandidier n'a pas écrit lui-même toutes
les copies des titres dont il a d(t faire usage. Ces transcrip-
tions sont si nombreuses, que la vie d'uo copiste vigoureux,
habile et intelligent n'y aurait pas suffi. Du nombre — assez
grand — de ces copies que nous avons sous bs yeux, il n'y en
a pas une, d'une autre main que celle de Grandidier, qui ne
porte des traces nombreuses de scn conlrAle, des marques
saillantes de sa minutieuse révision. La considération qui
s'attache h la méinoire de notre historien, repousse, sans
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ROTTVSLLES «UnOS IKtolTBS DB GRAHDIDIBB 299
autre examen, l'idée d'une falsification quelconque, mais
non l'idée d'une erreurpossible, et la famille littéraire et
êcienlifique de l'Alsace attend, avec une parfaite tranquilité
d'esprit, la preuve que l'on aurait bien fait de produire
avant d'accuser.
Quoiqu'il en soit, on ne peut qu'engager M. l'abbé Ingold h
ne pas accorder trop d'attention à la critique età aller hardi-
ment de l'avant dans la louable entreprise dont l'exécution
est commencée et qu'il conduira certainement h une bonne
fin.
Frédéric Kurtz.
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LE PREMIER JIRILÉ
DE
L'ANCIENNE UNIVERSITÉ
de STRASBOURG
Alfred ErichsoD. — Der allen Slratiburger HochtrhuU
enlet Jahrhundertffst am l"Sfai i007. — 14 pages. Slras-
boui^, chez Bull.
Les fêtes qui marquèrent le &' anniversaire de la oou-
velle Université de Strasbourg, du I" mai dernier, ont donné
naissance k une s^rie de brochures relatives au passé de
cette Haute Ecole. Citons :
Die Kaiter-Wilhenu-Unicenilœl, ihr Recht und ihre
Werwaltung, par H Hoséus, ex-curateur de cette Univei-
siU^, décédé depuis (chez BuU^.
Die Kaiêer-Wilhelm-Universitœl, ihre Eniwiekelung.
und ihre Batilen, par S. Hausmenn, secn^taire de l'Univer-
sité (chez Heinricb).
Die allen Malrikeln der Univertitœl Stratxburg 1621-
1793, pftt G. Knod (chez TrObuer).
Deux brochures parues h la même occasion, sont l'œuvre
de M. Erichson, le savant directeur du Thnmasstifl. L'une
d'elles, Da» Duell im allen Slraxgburg, ayant déjà été ana-
lysée en détail, par la Revue d'Alsace. Nous ne parlerons ici
que de celle dont le titre forme l'enléte de la présente
notice.
On sait qu'en 1366, l'Académie, issue du Gymnase de
istrasliourg, et d'oîi devait, en 1621, sortir l'Université, fut
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JUBILi DB [.'AJfCnNm UKIVIRSITi DR 3TRAIB0UHG 301
reconnue pnr l'empereur Haiimilien II, dans une charte
dont l'original se trouve encore aux archives de la ville
(Voir Engel el Fournier, Université de Strasbourg, i, 100
et 382, no (1). C'est la célébration du premier centenaire
de ce glorieux événement que H. Erichson s'est proposé
de nous raconler, et dont nous allons, h sa suite, esquisser
le récit succint :
Eal638UéjIi, l'on avait fêté le premier siècle de l'exis-
tence du Gymnase par une série de solennités dont le souve-
nir était encore dans toute; les mémoires, el qu'il fallait,
par conséquent, éclipser maintenant par un faste plus
grand, semblable à celui qui avait accompagné en 1621
l'inauguration même de l'Université, créée par Ferdi-
nand 11 (1). Le magistrat choisit la date du l" mai
(conservée aux fêtes de 1872 et de 1697), parceque c'est en
ce jour que le Recteur Jean Sturm avait proclamé publi-
quement, en 1367, le privilège impérial ; mais dès le 6 avril,
le programme d'usage, émané du Recteur Jacques Scballer,
professeur de théologie, était affiché aux portes de l'ancien
couvent des Dominicains, siège de l'Université, invitant pro-
fesseurs et étudiants & prendre part au jubilé. Les termes
pompeux et emphatiques de ce programme, tels que M.
Erichson nous les communique, font sourire aujourd'hui,
mais étaient tout à fuit du goût de l'époque et n'ont pas dA
paraître exagérés aux étudiants et aux maîtres d'il y a
deux siècles.
Après que le Convent académique eut notifié à l'empereur
les fêles prochaines, y eut invité les comtes palatins de
LQizelsteinetde Birkenfeld eteut décidé qu'un chant sécu-
laire serait composé pour fin perpétuer le souveiiir, le Magis-
trat, desonc6té, ordonna que deux médailles commémora tives
de cet événement seraient frappées, l'une en or, l'autre en
(I) La fêle uni versilaire de ItiSl a fait l'objet d'une aulre élude
que M. Erichson a publiée au moment de l'inajguralion du
Palais de rUuÏTersilé, le 17 octobre 1884, el que l'abbé A. Hartio
a iraduil récemment eu français. Cette Iraduclion a été lue au
congrès bibliographique de Nancy en juin 1896,
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302 BBVUB D ALSAGB
ar^nl et qu'un service d'actions de grâces serait célébré dans
les sept églises paroissiales. Ce service religieux introduisit
la série des fêtes, le dimanche 28 avril. Le texte prescrit pour
cette circonstance (II Samuel, ii, 2S), était celui même sur
lequel le président du convent, le D' Jean Schmidt, avait
prêché son sermon d'essai h \n Cathédrale en 1630.
Le lendemain, les doyens des quatre facultés se rendirent
k rilAtel de Ville, où le théologien Beliel invita en leur nom,
le Magistrat k honorer la fêle de an présence. Celui-ci promit
d'envoyer une délégalion et supprima aussitôt sa séance du
i«'mai, La veille de ce jour, le notaire académique, accom-
pagné d'un étudiant, selon l'usage, alla à son tour porter
l'invitation au clergé, aux professeurs du gymnase et aux
notabilités de la ville. Enfin le 1" mai, la grande cérémonie
se passa k la vieille église des Prêcheurs ou des Dominicains
{Temple-NeufJ.
Dès sept heures, les Doyens se rendent chez le Recteur
pourl'escorterau poêle du Miroir (rue des Serruriers), où
leurs collègues les attendent, pendant que les professeurs
Stœsseret Sallzmann vont chercher le Magistrat k la place
Gutemberg. Aussitôt que les deux cortèges sont arrivés dans
le chœur, on y introduit les hôtes illustres : le prince Chris-
tian de Birkenfeld, les deux jeunes comtes de Linange et le
baron de Stein. Alors la musique se fait entendre; et un
nouveau cortège, composé des deux appariteurs et de huit
étudiants, apporte les insignes universitaires: les sceptres
de 1566 et de 1621 (1), les mat ricules, le sceau de 1567, les
clefs et les statuts. Les seigneurs Wetzd de Marsilien et de
lluDolstein ferment la marche, portant chacun, sur un
coussin de velours, une des deux chartes impériales.
Après un concert d'orgues, trois orateurs se succédèrent:
le D' Bebel prononfa le sermon d'apparat, puis le professeur
de droit, Godefroi Stœsser, fit un autre discours en allemand,
auquel il joignit la lecture de deux privilèges iiniversilaiies;
(1) Tous deux étaient en argent et altèrent ti la Monnaie le !
novembre 1793. L'Académie protestante de 1804 en fit faire i
autre qui lert jusqu'à ce jour.
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IDBILâ DE l'aNCIENKB UNIVBBSITA SB STRASBOUBO 303
enfin maître Schallesins, proresseur d'éloquence, paria eu
lalin. La musique, qui avait joué après chaque alloculion,
termina comme elle l'avait ouverte la cérémonie, dont M.
Erichson estime la durée bcinq heuresau moins. La grande
presse de la foule curieuse ayant occasionné de graves acci-
dents en 162t, les mesures furent si bien piises celte fois
que l'ordre ne fut pas troublé un seul instant ; vingt et un
hatlebardiers (Eitie Hollej commandes par un Rollmeitter
suffirent «t maint'^nir la multitude et k éviter tout excès. La
ville et le Use académique leur en marquèrent leur satisfac-
tion en leur accordant, l'une deux mesures de vin, l'antre
deux itsdales, (24 marcs). La municipalité eut d'autres frais k
payer. L'ornementation du chœur et la réparation des
tableaux lui coûtèrent 192 florins (1536 marcs).
le lendemain, la faculté de droit accorda 3 diplômes de
docteur et, 8 jours après, celle de médecine en octroya un
autre ; des facultés restantes ne purent procèderhaucune pro-
motion, faute de candidats. Selon l'usnge, les nouveaux doc-
teurs offrirent un banquet, qui eut lieu au Miroir et compta
40 couverts .
La rm des fetea fut marquée par des gratiTications de toute
nature, vin, argent ou médailles, que le magistrat fit avec
une grande générosité. Des exemplaires de ces médailles
sont conservés au cabinet des monnaies de l'Alsace- Lorraine
et dans la collection de H. Ilimly de Strasbourg. Sous une
autre forme, le souvenir de jubilé est parvenu jusqu'à nous
dans plusieurs odes lutines qui glorifient l'événement avec la
redondance habituelle de l'époque. L'une d'elles, intitulée
Vive l'empereur Léopold t a pour auteur le professeur de
droit Rebhan, oncle de Spener, et compte i69 hexamètres.
Le 17 mai suivant, la publication du tableau des cours an-
nonçait la reprisedu travail académique et le commencement
du semestre d'été.
Ce fut la dernière féteanniversaire que célébra l'Universilé
(1) La minute du discours latin que le docteur Meirhior Sabilz
prononça alors, eiUle encore.
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304 RBVUB d'alsacb
de Slrasbourg. Car, lorsqu'on s'appéta ^ organiser celle de
17SI, le préleur royal s'y opposa si formellement qu'on n'es-
saya même pas de commémorer celle de 1767.
En terminant, remercions M. Ericbson d'avoir bien voulu
éclairer celle page inlére^isanle de nos annales universitaires,
et espérons qu'un nouveau travail sorti de sa plume
autorisée nous permettra bientôt de nous occuper de lui
derechef,
F. B. Baliwkilbr.
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LES MINES
SAINTB-lîklARIE
Depuis un an environ une société de recherches a repris
les travaux des mines de Sle-Marie. Sans vouloir se lancer
dans l'exploitation proprement dite, cette Société a pour but
de se rendre compte si les anciennes mines sont assez riches
pour pouvoir être exploitées, et si la montagne recèle encore
des trésors dans son sein. Dans ce but, grAce aux documents
qu'on a pu retrouver, on a rouvert les anciennes galer:~
élargi les passages très étroits qui servaient h l'exploitation,
déblayé les éboulemcnls, et étanfonné It nouveau les parties
faibles.
Les travaux, paratl-il, donnent tout espoir à ceux qui opè-
rent ces nouvelles recherches, et il est très probable que d'ici
peu de temps, une activité nouvelle renaîtra dans le pays qui
jadis ne vivait que de ces travaux.
D'après certains documents les mines paraissent avoir été
exploitées dès le neuvième siècle, et ont été successivement
abandonnées et remises en activité; elles paraissaient avoir
été dénnitivement abandonnées au commencement de ce
3iècleversl828.Lescauses d'abandon étaient diverses, certains
auteurs, l'attribuent k l'épuisement des forets dont le bois
destiné au traitement des minerais revenait trop cher, d'autres
k l'invasion des eaux souterraines, que les moyens mécani-
ques dont on disposait jadis ne permettaient pas d'épuiser,
ce qui n'est plus le cas maintenant, enQn certains auteurs
prétendent que les mines sont épuisées.
Si l'oD consulte les listes de métaux que li;s anciens préten-
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â06 RKVl-R n'AUiAClt
datent trouver daos lc> inonlagne^ du la vallëede la Lîëpvre,
on y trouve l'or, l'argent, le plumli, le cuivre, le mercure, le
eioc, le cobalt; toutefois, de fait, on n'en a extrait que de
l'argent, du cuivre et du plomb.
On y rencontre aussi de la blende, minerai de zinc, déjà
signalée su siècle dernier, mais en petite quantité. L'entre-
prise actuelle a surtout pour but, dit-elle, l'exploi talion du
cobalt, connu jadis sous le nom d'azur ou d'azurite et qui est
d'un bon rapport. Mais, sans l'avouerfranchement, elle espère
sans doute tomber sur des pocbes renfermant de l'argent en
quantité aussi notable qu'on en trouva jadis.
Les travaux des mines ont, à toutes les époques, frappé
l'imagination des hommes qui s'occupaient de If description
du pays, et les noticesqu'ilsyoïitconsacrésonl nombreuses-
Parmi les spécialistes nous citerons d'abord Hisloria und
Cronning betchreiben von flerrn Johann Haubensack,
que nous n'avons pas eu entre les mains, mais qui parait
être l'ouvrage complet le plus ancien s'occupant de ces mines.
Nous citerons ensuite la Description des gftes de minerai de
M. le baron de DIETRICH, Paris 1789, qui consacre dans son
second volume p. 138, un chapitre très intéressant et très
détaillé aux mines de Ste-Marie.
Enfin dans les temps récents, M. Eugène KOECHLIN, a
sérieusement étudié et décritces mines dans sa Description
géologique et minora logique du Haut-Rhin, Mulhouse 186".
Vol. 2. p. 407. L'abbé HAN.AUER dans son premier volume
des Éludes Economiques sur l'A Isace ancienne et moderne
p. 177-196, a spécialement étudié le côté économique de ces
mines, et leur rendement. Ces trois documents sont les plus
complets que nous connaissions. (1).
D'autres écrivains se sont occupés de ces mines d'une façon
plus générale mais ils n'en méconnaissaientpas l'importance.
Sebastien MU.NSTEll dans sa Cosmographia s'en est occupé.
PIGUERRE relatant l'expédition de Henri H en Alsace en 1552
(Histoire des rois de France, 138Î) liv. 2 chap. 6, consacre
une page It ces mines et ce passage a élé reproduit par Dom
(1) H faut aussi citer l'tlistoire inédite des mines de SIe Marie par
M. Leulin. Archives d« CoUnar.
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Les uiNbs db saD(tb-ha.iue 307
CALMET dans son Histoire de la Lorraine, et par de
DIETEtlCH dans le livre cilé plus haut.
Après l'occupation de l'Alsace par le roi de France, les
intendanlK, dans leur^ rapports orHciels, consacrèrent quel-
ques lignes à ces mines, mais ils ne durent pas les étudier de
pr^s, car le prince de Birckenfeld put assez facilement acca-
parer ces mines et leurs revenus au détriment du roi.
A cote des intendants se trouvaient d'autres fonctionnants
français, curieux des choses naturelles, qui eurent aussi occa-
sion de décrire ces mines. Nous avons trouvé dans un manus-
crit de la bibliothèque Nationale, intitulé Histoire naturelle
de VÀluace (i)parM. MAUûUEarchiâtred'Alsacei inspecteur
des hôpitaux du roi, chevalier de St Michel etc.... le passage
suivant, qui peut offrir un certain intérêt, tout en n-'appoKant
aucun fait nouveau.
CHAPITRE 111 (page 907).
« Des Mines de Ste Marie ou Lebrethal. On trouve autour
de Ste Marie quantité de vieilles mines où l'on a anciennement
travaillé, dont partie sont sur les terres d'Alsace et partie
sur les terres de Lorraine. Depuis ce temps les choses ont
bien changé puisque les plus gros travaux de ces mines ont
été abandonnés il y a desjk longtemps. D'autres ne l'ont été
que depuis quatre-vingts ans. On essaya il y a environ trente
ans de travailler îi deux vieilles mines, sans succès, et on
abandonna cette entreprise au bout de deux ans. »
Il seroit surprenant qu'on eut négligé de pareils travaux
si ce que Munster avance dans sa cosmographie estoit vray,
que depuis 1528 jusqu'en 1530 on eut retiré chaque année
6500 marcs d'ai^ent, et qu'en 1530 on eut tiré du puits qu'il
appelle le four et en 1539 de celui de St (îuillaume de l'argent
pur du poids de 3 talents ou 1800 écus. 11 ajoute que dans ce
temps on tirait une si grande quantité de métaux dans toutes
(1) Écrit vers 17ïO. Le manuacrit a été commencé en 1709, mais
il n'a été achevé que plusieurs années après; l'auleur 7 a m#me
intercalté des passages d'une date fort postérieure (IT3Î).
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ces montagnes, qu'il (ulloil pour les Irnv.iilter, les fondre et
les affiner, douze Martinets qui n'estoient oc^cupés qu'à cela.
Le mesme auteur dit que les ouvriers qui travaillaient h ces
mines, avoient des Imix particulières, sous lesquelles ils
vivoient et n'en reconaoisso'ent point d'autre, ni d'autre
autorité que celle de leur juge.
Il ; a trois Bourgeois marcfaands de Strasbourg, nommas
Nicolas CedererfTedererJ, Jaques Duominguer (Dûrninger),
et Simon Knol (Knoll),qui entreprirent en 1711 de faire tra-
vailler de nouveau k ces mines. Ils y établirent plusieurs
ateliers dans les endroits où il y a des anciennes mines, dont
ta première est situé dans la vallée de Ravenlhal et est
appelé l'attelier de St Jaques. Ils y ouvrirent une ancienne
galerie sur 400 toises de longueur. Au bout de ces MO toises
ils trouvèrent trois grands rameaux faits par ceux qui y
avoient travaillé anciennement, conlenans les trois ensemble
soixante loises de profondeur, ou ils remarquèrent dans le
nettoyement quelques veines de mines, contenansde l'argent
et du cuivre; ils firent plusieurs petits rameaux, ou ils trouvè-
rent environ 40 quintaux de mine d'argent et de cuivre qui
produisirent environ 7 onces d'argent par quintal et 8 à 10
de cuivre.
Ils ne se son! pas trouvés en estât de poursuivre la grande
galerie qui va encore plus loin, parce qu'elle est comblée par
un éboutement qui s'y est fait, et ils n'ont pas pu faire apro-
fondir les trois rameaux dont il est parlé cy dessus, a cause
de la grande dépense des épuisements d'eau. Cependant feu
M. de Hegemorte prétendoit qu'on pouvoit les faire écouler en
ouvrant une veille galerie qui y communique sur plus de
mille loises de longueur, mais la dépense en seroit trop gran-
de et le produit payeroit à peine les frais, ce qui les a déter-
minés à abandonner cet endroit.
Les fouilles qu'on trouve que les anciens on fait k droite et
U gauche, en haut et en bas de la galerie, font juger qu'ils
onl trouvé beaucoup de mine dont les éboulements sont si
considérables, que les nouveaux entrepreneurs n'ont pas
jugé à propos de faire décombrer, de peur de n'en pas tirer
ce qu'ils y niettroient.
Ils ont ouveri dans la mesme vallée, une autre ancienne
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LBS HINKS DB SAINTB-HAItlB 309
mine qu'ils appellent St Christian. Ils y ont trois galeries
principales qui estoient comblées en partie. Ils ont commen-
cé à parcourir celle du milieu sur 150 toises de longueur.
A en||ron 100 de distance de l'entrée de cette galerie, ils ont
trouva quantité de grands rameaux anciens, qui vont en
descendant et en montant, dans lesquels ils ont fait construi-
re plusieurs petits rameaux, ou ils ont trouvé de la mine
d'azur commun. Les anciens avoient abandonné cette mine,
parcequ'aparament ils n'en scavoient pas faire usage. Ils y
ont aussi trouvé quelqu'argent cru.
Comme l'azur est le plus gros produit de cette mine, ils ont
ouvert les deux autres galeries principales. La plus basse
estant de 30 toises au dessous de celle du milieu, et l'autre de
40 toises au dessus. Moyennant la galerie de dessous, ks eaux
de tous les rameaux de cet établissement trouvent leurs écou-
lements. L'on y travaille encore et l'on continuera tant qu'on
y trouvera de la mine d'azur qui porte le plus de revenu.
Dans le commencement de l'ouverture des galerieSi on a
trouvé une petite veine de cuivre qui a produit environ 6
quintaux en mine, seulement. Après quoy elle s'est perdile.
Il est k remarquer qu'au bout de la galerie la plus basse,
on a trouvé que les anciens avoient fait (tes rameaux en des-
cendant, que ces nouveaux entrepreneurs ont voulu poursui-
vre. Pour cet efTet ils ont établi avec beaucoup de dépense une
machine pour tirer les eaux, construite ii peu près comme
celle de Harly. 11h avoient déjà vuidé les eaux de trois anciens
rameaux qui avoient ensemble 36 toises de profondeur, mais
aient voulu travailler a vuider les Eaux du 4' Rameau, il
survint un grand débordement qui emporta la machine et
remplit les dits Rameaux, ce qui les dégoûta de continuer ce
travail par rapport h la grosse dépense qu'ils avoient été
obligés de faire pour ce rétablissement.
Ils avoient commencé Couvrir deux galeries que les anciens
avaient fait dans la mesme valée k peu de distance de la mine
d'azur, appellée galerie de St Simon. La première est de 30
toises de longueur, après quoy elle se replie par un rameau
de 14 toises de profondeur, ensuite se trouve une autre gale-
rie de 100 toises de longueur. Les ouvertures se sont faites
avec beaucoup de frais par les éboulemens qui se sont trouvés
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310 ttivcB d'alsaci
dans ces galeries, lesquels il a fallu soutenir par des bois de
charpente. Dès que cet ouvrage a éi^ fait, on a découvert
quelques petites veines d'azur qui n'eurent point de suite, de
sorte que les entrepreneurs furent obligés de les abandonner
aussy.
Ils ont fait ouvrir encore deux vieilles galeries, dans la
v-aléedu petit lièvre, à une petite liefle de la précédente,
auxquelles ils ont donné le nom d'atelier de St Nicolas.. La
plus haute a 200 toises de longueur, dans laquelle il paroit
qu'il se trouve quelques veines de mine d'argent et de cuivre,
que les anciens ontpoursuivijusqu'ùcequ'elle se soit perdue.
La seconde galerie a 600 toises de longueur. Il paroit qu'il en
a été fait 400 depuis son embouchure sans trouver aucuns
minéraux, mais sur les 200 autres ils ont trouvé une veine de
rocher blanc, en façon de cristail, qui précède ordinairement
la mine d'argent et d'azur et qu'ils appellent pour cela spot
ou piste; terme dont on se sert également en France et qui
signifie proprement indice ou piste. Au bout de cette galerie
les anciens ont fait quaatité de Rameaux en descendant, ou
ils ont fait des fouilles consid(!rables, ce qui fait croire qu'ils
y ont trouvé beaucoup de mine. Ils ont fait aussi des rameaux
en montant qui joignent la galerie d'en haut, qui est éloignée
de celle d'en bas de 60 toises.
Au bout de la galerie d'en bas ils ont trouvé des rameaux
qui vont en descendant et qui estoient remplis d'eau. Ils les
ont fait vuider jusqu'à environ ii toises de profondeur et ils
y 9nt trouvé deux sortes de mine, dont l'une d'argent, rend
sur un quintal 67 livres d'argent, mais on en ti-ouve fort rare-
ment; une autre dont j'ay des échantillons, contient de l'argent
et du cuivre. Le quintal de mine rend 10 onces d'argent et 3
livres de cuivre, lU ont été obligés de faire cesser cet ouvrage
à cause d'un accident. Une digue crevée inonda les 72 toises
de rameaux qu'ils avoient fait vuider avec beaucoup de dé-
pense. Ils entretiennent cependant ce travail dans le dessein
de faire vuider de nouveau les eaux et de creuser au dessous
de la galerie la plus basse.
Les Entrepreneurs ont faitouvrirune nouvelle galerie dans
un valon au dessous de Ste Marie, près d'un petit village qu'on
appelle fort d'elbach (Forlelbach), ou fertru, ou il paroit que
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LES Mines de SAtnrB habib 311
l« ruisseau qui y passe a découvert une veine Je mine de
plomb, mais ils sont sur le point de l'abandonner, par ce
qu'elle diminue k mesure qu'ils avancent.
Il se trouve encore quantités d'endroits où il paroit y avoir
eu des mines Cela se maniTeste par les décombres qu'on
trouve aux embouchures des galeries, dont les entrées sont
recomblées; de sorte qu'on ne peutsçavoiroù elles vont. L'on
a seulement trouvé des anciens mémoires qu'il y a une galerie
souterraine dans la valée de Raventhal, qui doit avoir plus de
1000 toises de longueur, et qui servoit nux écoulemens des
Eauesdu fond des mines de l'attelier de St Jacques. L'on
prétend que cette mesuie galerie va aussi d'un autre cbié ù
une grande distance.
Les m''moires -expliquent encore qu'il y a une galerie
souterraine auprès du vilage de Ferlru de 1200 toises de
longueur, laquelle scrroil aussi pour l'écoulement des eaux
des mines sous la montagne au dessus de ce vilage. Cela
parait d'autant plus vraisemblable qu'on voit encore un cou-
rant d'eau assés considérable qui sort de la galerie. Il parait
par les débris qui en sont sortis qu'on n'y a trouvé que de la
mine de plomb et que ce travail est abandonné depuis long-
temps.
Enfin par tout ce que l'on voit dans ce pals on peut con-
clure qu'il y a eu autrefois de très grands travaux mais on ne
s^auroit décider si la pauvreté des mines ou les troubles de la
guerre les ont fait abandonner, ou d'autres raisons inconnues.
C'est ce qui ralentit beaucoup l'ardeur des entrepreneurs à
faire ouvrir les anciennes galeries.
Er ouvrant l'altelier St Nicolas on a trouvé quantité d'ou-
tils et de débris de machines quiservoient anciennement aux
épuisemens des eaux. Ce qui fait croire que ce travail n'a pas
été abandonné faute de minéraux. D'ailleurs la mine est fort
riche et ils ont envie de s'attacherk celle Va, ne pouvant pas
soutenir les autres, encore moins faire de nouvelles découver-
tes dans ces montagnes, qui indubitablement sont toutes
traversées par des quantités de minéraux. Mais il n'y auroit
qu'un Prince qui pourroit faire une grande entreprise pour
donner à vivre ^ tout un Pays, en emploiant un grand nom-
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312 mniB b'alsacb
bre de travailleurs, qui gaigneroient bien leur vie et répan-
draient l'argent dans le commerce .
La manière de travailler aux miaes est assez curieuse pour
en donner un détail.
Dès qu'on a ouvert la terre, et commeocé un Fuîls, on ne
la creuse que jusqu'à une certaine profondeur; ensuite on
creuse il côté une galerie, et on y ouvreun second puits. Après
celui là on creuse encore à côté où l'on fait une 2" galerie, et on
en ODvre une troisième et ainsi de suit^ jusqu'à la profondeur
qu'on doit descendre.
Cbaque ouvrier a sa lumière, parce qu'il travaillent dans
l'obscurité; pour l'empêcher de s'éteindre ils sont obligés de
se servir de souflets et d'éventail qui agitent l'air.
En terminant il nous faut reproduire les dernières lignes
dePiguerre, qui ne sont pas citées par di Dielrich, et qui
cependant donnent des détails intéressants.
« Les habilanu de ces vallées usent pour la plus-part du
langage François, mesmes du costé de la Lorraine, et sont
tous adonnés aux questes minérales, lesquelles en fouyllanl
et creusant ils suivent la conduite et guide du compas ou
aymant, ny plus, ny moins que les pilotes en mer, pourl'élé-
vation du pôle et cognoissance des climalz. »
Piguerre parait avoir eu connaissance de l'œuvre de Sébas-
tien Munster, car il donne fort exactement l'orthographe de
certains noms.
D'H. Weisgerber.
NOTE
Nous devons à l'obligeance de M. J. Degermann de Sainte-
.Marie-aux-mines, une liste des documents qui concernent
tout spécialement les mines de la vallée de Sainte-Marie. Cette
liste facilitera énormfiment les recherches à ceux qui vou-
draient s'occuper de la question, et nous ne croyons pas
pouvoir mieux faire pour en remercier l'auteur que de la
publier.
H. W.
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MiDM de Saiota-Harie a m. et du Tal de Lièpvre
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LIS MIHIS DE SAINTI HABIR 315
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kircher Thaï. 1893. in-S» de trois pages. (Mittheil. der
pkilomat. Getellschaft in Ehasi-Lothringen).
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I.E SURNOM
MAISELOCKER
donné aux Sirasbourgeois
Dans notre riche et plantureux paye d'Alsace, où les mali-
cieuseB et rabelaisien nés traditionfi des Geiler de Kaisers-
berg, des Murner, des Fiscbart, et de tant d'autres sont loin
de s'être perdues, il est peu de villes ou villages qui n'aient
été dotés par leurs voisins, plus ou moins bienveillants, d'un
8urnotn caractéristique, dont la plupart sont des jeux de
mots sur le nom même de la localité et qu'il est impossible
de rendre en français. Stœber en a recueilli quelques-uns des
plus curieux (1).
Ainsi, lorsqu'à la brasserie l'un des fidèles désire lever la
séance et s'adresse aux autres en disant : Gefi merrf — Leîjt
nil toit vu Kolmer {Gémar non loin de CoUnar) est la
réponse qu'on lui fait invariablement. Quand on veut parler
d'une personne peu disposée à la générosité et prompte au
refus on dit couramment : Er itch nil S» Gewiller (Gueb-
willer) oder Gebersckwi/tr, awer ils NeewiUer. Les habi-
tants de Wasselonne ont la réputation, parfaitement immé-
ritée du reste, de trop baptiser leur vin, et, en présence d'une
mauvaise piquette on dit couramment : Er i*ch durtch
Wassle {Wasselonne) gelo/fe. Quand on a aiïairc k une mau-
vaise langue on dit qu'il a- aiguisé sa langue uffd'r Schnen-
hemer Schiiffmûehl. Les estomacs faibles sont envoyés à
Itouendor/' pour se guérir; les grands bavards s'embrouil.
(1) Alsatia 1S54, p. 186-194.
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aUBNOHB DONN^ AUX STRASBOURG BOIS 31?
lant dans d'inteFininables récite, ou les paresseux tirant en
longueur le plus simple travail, sont traités de /.an^enâcA/ei-
ler ; les lents et les paresseux viennent de Drûdenche
(ïruchtersheim) ; les gens pieux sont de Gottftheim ; les
tristes de Thrœne (Trsehnheîm) ; les gais de Freudeneck ;
ceux qui ne doutent de rien et qui savent tout sont qualifiés
de diplômiSs des universités de Wangen ou de Weethalten
(où on élève beaucoup d'Anes), ou bien qu'ils ont étudié Zu
Brubi (Brubach) in d'r Etelsmâehl.
Mais parmi les sobriquets les plus connus figure celui de
ttAJSMLOCKXR (pipeurs de m^fân^ejj que portent les Strasbour-
geois (1). Il semble fort vieux, mais il n'est guère possible
de fixer l'époque à laquelle il a pris naissance. La plus
ancienne mention qui en ait été faite se trouve dans ce ravis-
sant recueil, si précieux pour l'étude des mœurs strasbour-
geoises, écrit par Dani«l Martin (2) dans la première moitié
du XVII° siècle, dans lequel il raconte que lors d'un repas
d'étudiants nn étranger s'adressant h un strasbourgeois
lui dit :
— Vous êtes un collationneur et un appell de mé-
sanges I
— Pour le premier, ie l'advoue, et m'en trouve bien, et
ne voy point que la coustume de gouster vous déplaise, ni
aux autres estrangers, car vous la practiquez aussi volon-
tiers que muy : mais pour le second i'en voudrois bien
savoir la raison.
(I) Les Slrasbourgeoii n'étaient pas les seuls & porter en
Alsace rc sobriquet. Dans toute la Haute-Alsace on désignait les
Ferretoii de la même manière. (Th. Braun. Mes trois noblesses
fragment de chronique mulhousienDe p. 374 noie S). Communiqué
par H. Rod. Reuss. — On donne souvent aussi sui Slrasbourgeois
un aulre surnom, celui de Steckelburjer, mais il s'applique bien
plutôt aux bourgeois de Strasbourg, d'Age mùr, portant iuvaria-
blemenl une canne k la main. Dans le Pfingttmontag le mot est
emplojé dans i^e sens, (page 193).
(t) Parlement nouveau, (édition Ae 1660, p. 797). Une nouvelle
édition de ce volume rarissime est en cours de publicatioD dans la
Revue d'AUace. La i» édition est de 1037.
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â18 BKVTB k'aLSACS
— Je T0U8 la diray en l'oreille, ponr évKer scandale, et le
danger d'estre mis en quelque amende pécuniaire, que ie
crains comme le feu, estans désargenté comme un vieux
calice de village. Escoalez donc bien.
— fay fort bien entendu. S'il n'est vray, la bourde est
belle, toutes ces fadaises viennent de la boutique de ces
moqueurs, qui appellent les Viennuis, porteurs de flascon-
nets : les Linciens, larrons de linceux : les Tbnringiens,
nez de hareng : les Pomeranois, mangeurs de plies : les
Erfordiens, sacs k houblon : les .Misniens, capbards : les
Bohémiens, h<^rétiques : les Westpbaliens, mangeurs de
jambons : les voisins du Rhin, cousins. El inesme s'attaquent
aux artisans, appelions les pelletiers, chats : les orfèvres,
pieds de lièvres : les tisserands, hérissons : les tailleurs,
chèvres: les barbiers, eschaudeurs de poux : les apothicaires,
souflle en culs : les musniers, larrons de farine : les crocbe-
teurs, harpeurs : les tireurs de charettes, chevaux h deux
pieds : les cordonniers, nez de poix : les taverniers, brouille-
vins : les messagers, forge-mensonges : les sergeaus, lévriers
du bourreau ' les jardiniers, testes de choux, ou chenilles :
les gens de plume, gratte-papiere : les receveurs, à peine-
iustea : les escoliers d'Allemagne, mangeurs d'orge : les
pédagogues, alfamez : tes régens, fofiette-culs : les papetiers,
chtffetiers : un serviteur de marchand ou mercier, courtaut
de boutique : le page d'une dame ou damoiselle, porte-
esponge ; les l>arbiers, eschaude-poux ; les palrouillars, sei-
gneurs du mont olivet(tj ».
(t) Voici, à litre de curiosité, le texte allemand de ces difTérenta
sobriquets ;
Die Wienner UtescheUrfcger ; die Lintzer ie^lachendieb ; die
Tbûringer HsRringsnasen ; die Pomraern Plaleissenfresser: die
ErfTorder HopITsicck ; die Meiasner (îleisaner; die Bu-hmeo Kelzer;
die Westphaler SchûDckeofresser; die >iachbaren dess Rheins
Schnaacken pnegen zu schellen und lassen aurh nicht die Hand-
werckaleùt unangelaaiet, sondern schejleu die kiresner kulzcn ;
die Goldschinid Hagenfiiss 1 die Leinenweber Igel ; die Schneider
tiejBsen : die Apothecker Areablaser : die Mfdler Mieldieb ; die
Kra;lzenlr»gcr HarpIfeDislea ; die KiErchelzieherzwejjfuasigeRoss;
die Srhusier Pechnasen : die Weinscheocken Wcinveraerber ;
die Bollcn Lugeoschmid ; die Slaltknei^hl Henckerswindbund :
die GivrlDCr Kraulkopffoder Raupen : die Leul von der Feder
UiDlcnfrcsseroder Blackicbeiiser ; die Scbaffner vix justos, dai
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SVbNOU DONN^ AtX STRASBOURCBOtS àl9
Si la réserve de Daniel Martin était prudente de son tempe
puisqu'il s'exposait k une amende, elle ne noua satisfait guère
aujourd'hui et nous eussions désiré en savoir plus long,
connaître le récit, chuchoté à l'oreille de son voisin. D'aprèe
une tradition qui nous a ''té communiquée par M. Alfred Tou-
chemolin, le peintre strasbourgeois bien connu, auteur lui-
même de travaux fort estimés sur Strasbourg militaire et le
RégimerU d'Alsace et qu'il tenait de son beau-père, F. Piton,
!*■ populaire auteur de À/fdJÔOKrj (7/««^r^, l'origine du so-
briquet Rernit toute autre, nous la donnons & titre de curio-
sité.
» Du temps de Daniel Martin, l'ainmeistre régnant, avait
une Hlle, un peu sotte, et qui possédait une mésange îi la-
quelle elle tenait beaucoup. Un beau matin l'oiseau réussit
à prendre la clef des champs. La pauvre enfant tout en lar-
mes court k la />/'a/f£ où siégeait son père et s'écria en se
précipitant dans la salle des séances : Babbe, Babbe ! min
Mets ixch furlgfltxuje I Loss g'schwind alti Door eue
mâche dass nie nil sue d'r Stadt nûs kann ! a (Papa, papa,
ma mésange s'est envolée I Fais rapidement fermer toutes les
portes pour quelle ne puisse sortir de la ville.) 11 esl possible
que Daniel Martin fasse allusion h cette historiette ou h une
autre de même genre que colportaient alors quelques mau-
vaises langues.
Le surnom de Maisenlocker est sans doute antérieur au
XVII' siècle bien qu'aucun document ne permette dfe l'affir-
mer avec précision. Il est certain cependant que du temps de
Daniel Martin le sobriquet était parfaitement courant, comme
le prouve un passage de la Chronique, disparue malheureu-
sement, comme tant d'autres, dans le fatal incendie de la
Bibliothèque, Ie24 août 1670, et due au fameux collectionneur
ist kaum gerechlen ; die Sludeuteu Gersleufresscr : die Hausspne-
ceplorca llungerleider ; die latcinischcn Lehrmeisler Arssfcgcr,
Arssbaucker .SIerngucker ; die Papierer Lumpenleul ; ein Gadeii-
diener l'iadenheugsl, eincn Fraweo oder Jungfrawen Edeljungen
Schwammentrucker : die Scheerer Leusabriider : die Schaarwcech-
ler Qel berger.
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3SÔ RITDK d'aLSA<1h
L.-B. Kunast (1). Quelques passages de son travail qui conte-
nait une foule de renseignements très précieux, des anecdotes
et des légendes nous ont élé conservés par L. Schnéegans
dans ses : Slrauburgitche Geichichten, Sagen (2) etc....
devenu fort rare aujourd'hui.
L'un de ces fragments concerne l'ancien arsenal de la
vieille République de Strasbourg. En énum^rant les difTé-
reots canons, parmi lesquels on trouve avec étonnement ein
Orgeigetchoii mil 33 Rokren, qui est certes la plus ancienne
mention connue d'une mitrailleuse, il cite un canon appelé
Meytsenlocker, long de dix-huit pieds, ressemblant à une
double couleuvrine, couverte d'écaillés et à gueule étroite.
Selon lui un boulet lancé par ce canon du haut des remparts
aurait traversé la tente d'un roi de France, établi à Nieder-
hausbergen, et c'est k la suite de ce coup de canon qui dé-
t>arR98a lesStrasbourgeois d'un ennemi dangereux qu'ils
auraient été gratifiés du surnom de Maisenlocker (1).
(1) Balthazar-Louis Kunait, brodeur en loie et négociant, né k
Strasbourg en 4589, mort en 1667, parcourut difers pajs où il
ramassa de nombreuses curioailés et en forma la célèbre collec-
lion dont le catalogue fut publié par son fils et qu'il vendit en
1646 pour en recommencer une autre. (R. Reiiss. De icriptoribut
rerum aUaticarum hUtoricU, p. 173). — ¥. Hciber L'histoire
naturelle des eaux Rlrasbourgeoises de Léonard Ualdner p. 136-7.
V. aussi le na 7068 de la collection Reiber.— A. Benoît Collections
et collectionneur! alsaciens. (Revue d'AUace i875, p. S8-9. — A.
Se; bolb, Strasbourg historique p. 54i. — Outre ta chronique
Kûnast avait écrit un Argentoralum gacro-profanum oder Br-
chreibung der Sladl Strtutburg, également enéanli. (Heuss I.
c. 173.)
(3) Slrasbourg, Dannbacb 1855.)
(3) In welchem noch Terschiedene kleine ganiz ejscn gcschmie-
dele und theils davon gegossene grosse Itûchssen, sa Ton denen
allerersten seiud als dass Geschùlz auflliommen war (« wie dann
aucb die Slrassburger die ersten gewessen so Bilchssen gebrauchet
haben »). Hem, ein e^ssern slûck, so sicb umwcndet ; ein Orgel-
geschoss mil sieben Schlachlschwertero ; ein anders mit 32 Roh-
ren : ein ScharfT Helzer der RobralT genannt, daraufT ein Msnn-
lein zum Absehen slehet ; der aiso genannie, und von seinem
ersten (iuss her, den Nahmen beballende Meyuenloeker, so 18
Schuh lang. elner doppelten Feldschlang gleich, ganIz schuppicht
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SlmKOtl DONNA AUX STBASBOCRGBOIS 3^1
L'événement auquel Kunasl fait allusion se rapporte h
Henri 11 et aurait eu lieu en t5o2. Le roi de France venait de
s'emparer des Trois évèchés de Metz, Toul et Verdun et n'eût
pus été rftché de s'approprier également la forte villb de Stras-
bourg afin de posséder un solide rempart dirigé contre le
Saint-Empire. Son séjour en Alsace donna lieu h. une légende
qui n'a été dissipée que de nos jours par M. A. HoUœnder.
Sans nous arrêter longuement ii son travail qui est loin d'être
parfait nous nous contenterons d'adopter son récit qui est
appuyé de preuves suffîsammGnt sérieuses.
La version la plus véridique de cet événement se trouve dans
les annales d'Aquitaine d» Jean Bouchet, Nous le résumerons
brièvement. An moment oli Henri H se trouvait à Saverne
les ambassadeurs d'Angleterre et de Ferrare manifestèrent le
désir de visiter Strasbourg. Il leur fut accordé par le magis-
trat, mais à condition de n'amener qu'une suite peu nom-
breuse. Un certain nombre de Français, poussés par la curio-
sité de visiter également la ville, se joignirent à eux, en
livrée de domestiques, mais quand les Strasbourgeois virent
s'approcher tant d'homntes ils crurent qu'on voulait s'empa-
rer de leur ville par suq)rise, comme on l'avait fait h Metz,
et tirèrent un coup de canon qui signifiait qu'on etil à se
retirer. L'intendant de Lézigny sortit alors de la ville, puis
revint informer le magistrat du désir des ambassadeurs. Ce
dernier leur fit une bonne réception, mais n'autorisa que huit
personnes k les accompagner, parnii lesquels les sires de
nnd eines eugen Mundes iit tod vcichcm gesagt werden will,
ala sol te darauBS eiaem niileinergrossen Macbt airh dicaer Landen
und zuglcjch auch dieser Statt gciia^hertem Kipnig in Frankreicli
(in welchem Seculo, iat ohnbekanitl), aach maticljerle; vrrilbten
Feindseligkeit durch sein hej Niederhaussbergen geachtagen gewe-
aenesZell, gea<.'hossen wordcn sein, ob nun wr>h! der Weg sebr
weit, soll doch die Kugel nirht alleiu gercicht, soûdern auch
gelrofTeD und die Slrasaburger dicser ihrer Meiss negcn, den
NahmeD der HEïsttB.vLocKRR bias aufT dièse Slunde behalten haben
(Schneegans Strasbg. GeachicUlen... p. IH).
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3JUI KBVUB d'aLSACK
Coutey et de Roustaiu, en liaLKs de domestiques, lis ne
purent toutefois circuler tibremeiil (1).
Le lendemain 7 mai se produisit un incident plus grave.
Mattre Etienne Chalopin accompagné d'un valet se rendait à
Strasbourg auprès de l'intendanlde Lézigny pour s'entendre
avec lui au sujet des approvisionnements à faire ù l'armée
française quand ils furent tous deux assaillis entre la porte
de Pierres et le cimeltère Ste Hélène par des soldats demeurés
inconnus qui tuèrent le valet et maltraitèrent fort H< Chalo-
pin. Quand le magistrat eut connaissance de l'incident il
donna les ordres les plus sévères pour en éviter le renouvel-
lement mais Henri II se plaignit vivement et accusa des bour-
geois d'être les auteurs de l'altentat. Le magistrat répondit
qu'il n'en était rien et rétablit les fuits d'après l'enquête minu-
tieuse qu'il avait ordonnée. C'est cet incident considérable-
ment exagéré dans les mémoires de Vieilleville qui a servi de
point de départ à la légende qui a eu cours depuis (S).
(I) — «La rille de Strasbourg, aulremeol appelle Argentorat ou
A^enline, première des villes impérialles d'Allemagne, est moût
belle, forte et riche, qui eemeul les ambassadeurs d'Angleterre et
Ferrare d'y vouloir aller, et pnërenl les Seigneurs de Strasbourg
d'y avoir seur accez, qui leur fut accordé, pourveu qu'ils vinssent
en petite compagnes. Plusieurs de France curieux de voir la ville
s'accouBlrèresl comme servileiirs desdils Ambassadeurs, et se
mirent en la compagnée, s'acheminans vert Strasbourg, cuidërent
estre cause de grand meurtre; car ceux de Strasbourg pensoieul
que ce fusl quelque surprise, et qu'on voulust faire insuH sur la
ville, craignans i ceux mesme accessoire que ceux de Mets, si bien
qu'ils Jaschèrenl le ranun, signifiant qu'on eust & se retirer. Le
■eigneur de Leizegni, qui avoit charge des viures, sortit hors la
ville, pour voir quelles gens s'esloietil, qui raporla la vérité, que
e'esloient les Ambassadeurs, auxquels ou fit bonne chère. Le sei-
gneur de Leizegni y estoit entré luy nejflesme, au nombre desquels
esloient les seigneurs de Couley, et de Roalain, en acoustremenls
de valets, pour visiter la ville, car ce sont gens de grand esprit et
bonne conception; mais les Germains ne les permirent oncques
sortir de leur logis où l'on leur fil bon traitement, toulesfois ne
fut question de bouger de lâ, ne se pourmener dans la ville». (Jean
Bouchel. Les Annales d'Aquitaine Poicliers, Mounin, 16U, in fol.
pagea 633-634).
(3)— Il faut se servir avec beaucoup de circonspection des mémoi-
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âuHNou itomi aox sTRASBOunaBois 323
Piton fi) le rapporte également mais donne la version de
Kunast, inexacte roinme on le voit puisque Henri II n'avait
pas poussé jusqu'il Niderhausbergen. Ensuite il est peu pro-
res de Vieilleville. Il est du resie le seul & rapporter ainsi cet
événement. Rabulin, Tarannes, Brantâme, de Tbou et surtout
SIeîdan et Scherilin, bien placés cepandanl pour être au courant
n'en parlent pas. (HoHicDder: Slraaaburgim franzœsischen Kriege
155Î p. 33 et Eine Slrasaburger Légende du même auteur (p. 4-6)
qui réiablit les fails d'après les documents conservés aui archives
municip. de Strasbourg.
Voici le récit de VieilleTÎlle reproduit par M. Touchemolin : a De
Saverne où i) campait, il envoya son infendant général de Lézigny
à Strasbourg, pour se procurer des vivres et obtenir pour le roi et
les ambassadeurs du pape, de Venise, de Florence et de Ferrare
l'aulorisation de visiter la ville... Le Sénat consentit à recevoir les
visiteurs annoncés, malgré la mauvaise impression qu'avait causée
à Strasbourg la manière dont le roi de France s'était' emparé de
Metz, Toul et Verdun. Le lendemain les ambassadeurs se présentè-
rent suivis d'un bon nombre de curieux et escortés par deux cents
bons soldais, portant valises et malelles, comme valets de leur
train. Quand du baut de leurs remparts les Slrabourgeois virent
s'avancer cette longue colonne d'hommes armés, les sentiments de
méfiance reprirent le dessus et ce fui à coup de canons qu'il reçu-
rent ces serviteurs. Douze de ceux-ci furent lues et les autres
rebroussèrent chemin aussitôt u.
Lésigny vint demander des explications sur celte réception si peu
conforme aux promesses faites. Pour toute réponse le sénat déclara
que le roi n'entrerait à Strasbourg qu'A la condition de ne point
amener avec lui plus de quarante gentilshommes... Henri 11 qui
était resté 6 Saverne et qui tout d'abord parlait démettre le siège
devant la ville, finit pourtant par accepter les conditions proposées
se réservant de faire suivre chacun de ces quarantes seigneurs
d'un page pour ic faire entrer beaucoup de monde à la Ole », car
nous dit Tavannes « le roi marchait k Strasbourg pour y faire de
même qu'à Metz ». Mais bienlùl revenant & d'autres sentiments, il
quitta Saverne le 6 mai, arriva le 7 à Brumalb d'oi^ il se dirigea
sur Haguenau; puis s'étant donné la satisfaction de faire boire les
chevaux de son armée dans le Rhin, il rentra dans ses Etats. (A.
Toucbemolin : Strasbourg mililaire p. 60-6i. V. aussi les Hém, de
Vieilleville ds. coll. Pelitot T. I p, 4iS (ou T. J8 de la coll.)
(1) — Strasbourg illustré I U. — V. aussi l'art, de 1(. Keuss:
L'artillerie stras bourgeoise du XIV au XVII* s'iiclé {Reçue ahacien-
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324 RBVL'R u'ai.sacb
bable que la Meite m ,\si<' sn longue poilôe, pas plus que le
Rokraff' ei\a Rohraffin, \es Irttis plus célèbres cnnons de
l'ancienne nrtilterie stras bourgeoise (1), ait pu envoyer un
boulet à une pareille distance. Cette portée n'a été atteinte
que par les canons modernes et nous ne l'avons que trop
(Tuellement éprouvi'- en 1870. C'est à la suite du fait d'armes
de 1552 que le dicton de nos aïeux, quand l'ennemi s'appro-
chait de la place, avait pris naissance : < Nous allons le piper
avec notre mésange :i) et le sifTIement de la mésange aurait
fait dire à ces derniers : Weim liie so pfiff^ »o miesse m'r
ûsriesse. (Si ces gens-lh siflleiit ainsi, il nous faudra déguer-
pir.) Il est probable qu'il faut remonter bien plus, hautcarla
jtfeiV prit part à quelques unes des expéditions guerrières
entreprises Jadis par les Strasbuurgeois
On a donné une autre explication de ce surnom purement
étymologique celle-là. La chasse aux mésanges et aux petits
oiseaux (2) a été de temps immémorial une passion des jeu-
ne 187H-80) p. 5S5. Hermann Notice» hist. et litt. sur Slrasbourg
I. 285. Sur k campagne de Henri II en Alsace Toy. : Aie. Hollffin-
der : Slraseburg im franzopaichen Kricgc 1592 p. 54 et du même :
Eine SIrassburger Légende p. 5 (dans : Beïirtege zur Landes, und
Volkeskunde von Elsass-Lolhringen, fasc. VI et XVII) et aussi
ZeilEctirift fur die Gesch. des Oberrheins 1894 p. 722-24, ISflS p.
141 la polémique de Engelbaaf contre Hollaender.
(1) Lors de la reddition de Strasbourg en IttSl la ville dut livrer
il Louis XIV loulc son Hrlillerie soit 260 canons et <T mortiers dont
la majorité fut envojée à Pari» pour y être refondue. La Mette ne
le fut que plus lard a Vieux-Brisac ainsi que le Rohraff et la
Rohraffin.
(2)— Les slrasbouigeois ont élé de tous temps d'inirépidea
chasseurs de gibier à plumes ou a poils. En 1501 l'évéque Albert
écrit ji Guillaume de Ribaupierrc qu'il vient de défendre aux
t)ourgeois e( manants de ses terres d'exercer le droit de chasse.
« lisse ruinent disait-il tant ils mettent d'ardeur h la poursuite
du gibier, soit de jour, soit de nuit. Il Nos paysans perdirent en
général ce droit b la suite do leur soulèvement de 1525. Une
ordonnance de 1449 défendait de ctjasser aux oiseaux du Carna-
val à la SI Jean. On n'exceptait que las cailles, les hirondelles de
mer et les tourterelles. Une ordonnance du XVI» sièrle y ajouta
tes écbassier* cl le gibier d'eau. Kieu n'est intéreESaat comme de
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SUHNOH DONNE AUX STBASSOL'ROBDlg 32S
nés slrasbourgeois qui tendaient de préférence leurs pièges
dans les jardins du Finckwiller k l'époque de Daniel Martin
et depuis un peu partout aux environs de la ville, jusqu'à ce
que la chasse dût en élre interdite de nos jours. Rien de plus
naturel si les gamins ont été appelés pipeurs de mésanges et
si des enfants le nom passa simplement aut: pères. Dans le
/'/înff»/mon(cj)' d'Arnold l'un des personnages, Glœsler de
Col ma r, traite les Strasbourgeois de; Ihr Maiselocker ihrl
Théophile Schuler (I) a très fidèlement rendu en tèLe de cette
comédie le type du vrai gamin de Strasbourg partant pour la
pipée aux mésanges en exagérant toutefois légèrement son
air débraillé . Feu le professeur Ch. Schmidt a adopté celte
version (2) qui a été celle d'Ehr, Stœber comme le prouve la
poésie que nous donnons plus loin.
Les deux opinions peuvent se défendre, mais il est bien
probable, étant donnée la fierté ombrageuse des bourgeois de
l'ancienne République de Strasbourg, qu'eux-mêmes fa Isa lent
remonter l'origine de leur surnom au célèbre canon, à
l'échaufTourée de 1552 et à d'autres expéditions guerrières.
Kflnast n'a été que leur interprête et une origine militaire et
glorieuse peut être adoptée non sans quelque raison par les
descendants des vaillants hommes qui avaient fait de Stras-
bourg une République grande cl forte. La crainte d'enlendre
lu MeUe siffler à leurs oreilles suffisait pour tenir en respect
des voisins trop turbulents. En songeant aux belles pages de
notre histoire locale nous pouvons en être fiers & bon droit et
répéter avec Théophile Schuler: Alli Maiselocker solle lewe!
Ch. NBaLINQBB.
parcourir les listes d'animaui et d'oiseaux lues par Léonard
Baldner au XVII" siècle cl dont l'immense majorité a disparu. Leurs
noms mêmes n'ont pas laissé de trace dans le souvenir populaire.
(F. Reiber. L'hist. nal. des eaux si ras bourgeoises p. 53-4.)
(1) — Pfingatmontag édit. 1816, 70
(2)— Cb. Schmidt. Wœrterbuch dcr Strassburger Hundart Vo
Maùeloc/cer.
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BIVUB D ALSACE
APPENDICE
D'Haiselocker
Ë jedi Stadt het hait iehr Fraid,
Un andre-n-Uch es lang wie breît ;
Eb derf mi's keiner heisse,
Gero sing i vun de Meise.
Jehr Frenidi scbaue nit mogant t
I haw e gsundi, satU Hand ;
Itit Liemrueth unn mit Meîsegchlœje
Gitl's Passeletang in Iriewe Dœje.
Wenn kuni Doch d'Fulefudi; stehn,
Unn alli Blueme mien vergehn,
Wenn d'Bœum nurr wenni Blœlter trauje.
Due i gern nooch de Meise jauje.
Es hetl d'r VcBJel allerhand,
Wytt in d'r Fremd, im Valterland ;
Doch myoi liebste Vœjele
Sinn d'Brandele-n-unn d'Blœijele.
Isch's z'Morjes au d'r Newwel dick
Unn d'Lockmeia singt : Ziwick ! Ziwick !
S'hilft nix, es kann nix batle,
I muess hait nuss ulT d'Malte.
Am Widebaum dort hœngl d'r Schlaa ;
Jezz d'Limrueth her !... lo werzina !
Hytl derfi nitt tang daltre,
I sîeh Guhun Eini dattre.
Ë Maisele ! . . . o fercht di nilt I
Du guetes Dierel ! du muesch mit.
Was zucksch ? Meinsch's geht ans Lewe *
I will d'r e Herberrj gewe.
1 due d'r nix. lo s'ieit m'r an !
Wer Dier un Mensche plœje kann,
So Einer 1 0 der soll mer numme
Sin LebbdA nie vor d'Aue kumme
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snniioii DOKMi Atx srtiAsBerROKois 327
D'r Winder isch jezz vor d'r Duer,
Myn Stubb isch nett, kumm dû mit mier ;
Vorfenschter haw i, do kanscht flieje,
Urq gjatt geitue Bolsch Nusse krieje.
Haneh armer Schpatx, dass Gott erbarm,
Er pickt ira Scbnee diid wurd nit wariDt
0 kumme, liewi Vo^ele,
lebr Braodete I iebr Bkeijele t
(D'r V»rnm Dakih, KU.)
A la suite de la poéne de Stœber, il convient de placer la
boutade si caractéristique pour l'esprit strasbourgeois qui a
été publiée dans VAlxatia de 18S3 (p. 171,)
D'r Babbe. — Scbakkebel, was besch ?
D'r Bue. — Babbe, i haw e Mais.
D'r Babbe. — W&s frissl sie ?
D'r Bue. — AUe Daa e Nuss.
D'r Babbe. — DreibuDdertfQnfeBechzig Daa, drei-
hundertfiinfesechzig Nusse ! Schakkebel loss
m'r d'Hais furt !
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NOTES
d'cn
VOYAGEUR ANONYME
vers 1688
SUR
BALE. BRISACH, STRASBOURG
Les divers voyages que j'ai publiés dans la Reçue d'Alsace
élaientd'abord destinés à notre maître el ami Auguste Stœber;
ce véritable amateur à tout ce qui touchait de près ou de
loin k notre chère province, avait bien voulu recevoir mes
notes pour les utiliser pour un supplément qu'il comptait
donner à ses Curiosités de Voyages en Alsace (Culmar,
1874). Le mauvais état de sa santé ne lui permit pas de
réaliser son dessein et, h sa mort, je crus devoir utiliser ce
que je lui avais envoyé.
Aujourd'hui je présente aux lecteurs de la Itevue un
un voyageur anonyme qui, vers la fin du Gnind Siècle,
visita l'Alsace. Il y a toujours quelque chose à apprendre
d'un touriste instruit, f?t bien précieuses sont ses notes sur
]es célèbres chapiteaux de la cathédrale de Strasbourg,
connus sous le nom de la Procession ou Afesse des animaux
que l'on voyait encore en lf>8t) dans la nef de cette église et
dont mon ami Ferdinand Reiber, enlevé si jeune aux études
alsatiques qu'il menait de main de mattre, possédait dans sa
riche collection une gravure dont l'excessive rareté l'avait
décidé îi la faire lithographier à petit nombre avec une
savante dissertation comme il savait les écrire.
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MOTBS SUR BALB, BRISÀCH, ÏT STKASBOCBG
Cela dit, laissons parler DOtre Voyageur anonyme (1).
Lettre xxxviii
« Basle est la plus grande ville », la plus belle et la plus
riche de tous les cantons ; quoiqu'elle n'ait pour clôture
qu'une muraille appuyée de quelques tours. Son Université
la rend aussi fort célèbre. Le Khin y est déjà large et fort
rapide, il passe dans la ville et un beau pont de pierre fait
la communication des deux parties que ce fleuve sépare.
Celle qui csL vers l'Allemagne est fort petite en comparaison
de l'autre et cette dernière est sur une hauteur.
« L'évéque, soi-disant évesque Je Baie, réside à Porren-
tru, comme celui de Genève réside b Annecy et celui de
Lausanne h Fribourg en Suisse, mais ils n'ont ni le;: uns,
ni les autres aucun pouvoir, ni aucune inspection sur ces
villes. Le chapitre de Basle est it fribourg en Brisgau.
« On peut voir à Basle plusieurs bibliothèques considéra-
bles et quelques cabinets de curiosités. Les sénateurs assem-
blés en conseil avec leurs vénérables barbes et les habil-
lemens dont ils sont revêtus ne sont pas une des moindres
raretez de cette ville, pour ceux qui n'ont pas les yeux faits
à ces équipages.
A Dans le cabinet de M. Sébastien Fesch, il y a quantité
de rares Peintures, et plusieurs médailles très singulières
qui ne se trouvent point ailleurs. (Ch. Patin). Le cabinet
d'Erasme et d'Amersbach appartient à l'Université. On y
garde une vingtaine d'originaux d'Holbein entre lesquels
on distingue un Christ mort, dont quelqu'un a voulu donner
1000 ducats. Il y a quatre belles suites de médailles grec-
ques, consulaires, impériales d'argent et impériale* de
bronze. La médaille d'or de Flautine (femme de Trajan) est
(1) Nouveau Voyage d'ilalîc, elc, La UaYe, 1731. $* édition,
m, 1898,
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330 BBVUR DALSAa
des plus rares. Au dessous d'un portrait d'Rrasme peint &
mi-corps, on lit cette épigramme :
Ingens Ingentem qnem persoonat Orbus Hrasmum,
Hic tibi dimidium Picta tabella ri^fert.
At cur non totum ? Hirari desioe Lector.
Integra non totum Terra nec ipsa capit.
Dans la bibliothèque publique, il y a un Virgile, Manuscrit
fort rare et un Alcoran, manuscrit aussi en papier de la
Chine (Ch. Patin).
« Ceux qui aiment la peinture, en trouvent de fort belles
à l'Hôtel de Ville et ne manquent pas d'aller voir la « Danse
des Morts » du fameux Holbein. Ce peintre étoit de Basie
el avoit tout appris de lui même. Aussi remarque-t-on
quelque manière particulière dans son ouvrage. Henri VHI
l'appela en Angislerre, k la sollicitation d'Eiasme. On dit
que Holbein fut ravi de ce prétexte pour avoir occasion de
s'éloigner de sa chagrine de femme. Sa Danse se voit dans
un lieu public, contre la muraille du Cimetière de l'Eglise
Française. C'est une suite de toute sorte de gens, qui se
tiennent par la main, et que la Mort qui mène le branle
conduit au Tombeau ; il y a des personnes de tout âge, de
tout sexe et de toute condition.
H L'église catbédrale est un assez considérable édifice.
J'ai copié avec beaucoup d'exactitude l'épitaphe d'Erasme
qui est sur une table de marbre contre un pilier proche du
chœur, ffœres se rapporte k Amerbachius, mais cet endroit
est fort df^fectueux et en général le latin embarrassé de cette
inscription est fort peu digne du grand homme pour qui elle
est faite.
« Derrière l'église, il y a un grand Tilleul qui fait un
agréable ombrage; le tronc a du moins six pieds de diamètre.
On a eu soin de l'environner d'une terrasse pour le conser-
ver et de revêtir ou de soutenir cette terrasse avec des plan-
ches, en sorte qu'on y peut s'asseoir. Ces vers sont gravés
tçut autour sur les planches :
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NOTKS SUB BALI BHISACH STHASBOURG 331
Julius Ecctesiœ dum prœruit ecce secundus,
Uum Bcepta imperiî Maiimalianus babet.
Hoc opas exciEum, quo Renum cernere amoeauni.
Quo Demora et pontes, monticuloeque potée.
Quo geminas tutres et mœnia conspicis Urbis,
Concentus audis Diileisonosque modos.
An. D. 1512.
« Le pape Jules II mourût l'an 1S13 et fut contemporain
de l'Empereur Maximilien premier. Od peut conclure que
le Tilleul était déjk grand, il y a environ cent quatre vingt
dix ans, puisque cette terrasse fut faite pour le conserver
l'an 1512.
« Les horloges de Basie vont toujours une heure trop
vite ; à midi, par exemple, elles sonnent et marquent une
heure et ainsi de suite. Les uns rapportent l'origine de celte
coutume, au temps que le Concile fut tenu dans cette ville
en 144t et ils disent que c'était afin que les personnes qui
composaient l'assemblée se séparaBS('nt et se retirassent un
un peu piutAt qu'ils n'auraient fait si on ne les avait pas
ainsi trompez. Les autres racontent que le Magistrat ayant
eu avis que des conspirateurs devaient exécuter leur dessin
à une certaine heure précise, ordonna pour rompre leurs
mesures qu'on lit avancer l'horloge, et qu'en mémoire de ce
stratagème, qui réussit heureusement) on a toujours fait aller
les horloges d'une heure trop vite.
« A BasIe, vous logerez aux Trois Rois, et vous y serez
bien traité, mais chèrement. Voyez les cabinets de raretez
de M. Fech et de M. Mangold, professeur en Logique.
L'Arsenal, de la salle où se tint le Concile général, la
la statue de Munatius Plancus, !i la maison de ville; la maison
ou demeuroit David George qui se disait Père Éternel ; la
bibliothèque de l'Université (il faut s'adresser k M.
Buxlhorph) ; le canon, les fusils et autres armes à vent chez
Jean-Georges Gintner, le Grand Conseil Assemblé, le
Collège, la maison d'Erasme et son epitaphe. L'Université
fut fondée par Pie II en 1460. Trouvez-vous, si l'occasion s'en
présente, à la cérémonie de la réception d'un Bachelier, ou
d'un Maitre-ès-arts ; et à l'asseinhjée des Tribus ou Corpo-
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iMZ REVUI D ALSACE
rations, aux noces de quelque riche habitant, au festin
public des magistrats, ou à celui des professeurs de l'Uni-
versité. On vous dira ce que c'est que la cérémonie de (Gufs
et de la course à Hunioghe, qui se fait le lundi de
Pasques (?).
« C'est une Coutume établie par toute la Suisse, même dans
les petites villes que quand il passe quelque voyageur de gran-
de qualité, on lui envoyé le vin d'honneur. Ceux qui l'appor-
tent, ont une rontine de harangue, qui leur sert pour tout-<s
sortes de gens, c'est à eux seulement d'enchâsser l'Excellence,
ou les autres termes d'honneur, selon les diverses personnes
a quiilsontafraire,cequineleurcausepasun petit embarras.
C'en est un assez grand aussi, de bien tenir son sérieux,
pendant qu'on écoute cette enlilade de beaux discours. Il faut
remercier M Vofficier pécuniairement. (1)
A Strasbourg, ce 22 Juillet 1688.
l^ De Basle, on descend insensiblement fi IIu.fNiNGHBN, en
suivant la rive gauche du Khin. Le Cavalier qui fut élevi^
élevé dans celte place, fut le bastion qui regarde Basle et ta
batterie de canon qui est dressée sur ce Cavalier, contre celte
même ville, signifie assez qu'il y a fort loin, du village de
Hunningcn à la ville de itasle.
B Sans entrer dans le détail des fortiflcations de Hunnin-
ghen, je trancherai court, en vous disant qu'on n'a rien
(f ) Charles Patia parle Irëa Jonguemenl de MIc (Voyages en
Allemagnes, elc, .imUerdam,in iZ, iG95). Cet endroit du Rhin
ou les saumons remontent de la mer pour j peupler, n'eal-il pas
considérable? On ssil précisénient la saison de leur arriréc, le
temps de leur demeure et celui de leur dépari; les pérheurs font
leur codIc là-dessus et ne s'y trompent point. Le sablon doré qui y
est en quelques endroits du voisinage, découvre assez qu'il y a des
minières d'or. Je voudrais qu'elles fussent déjh ouvertes par des
gens qui en méritent la bonne fortune (133).
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NOTKS SUH BALE BBISACtl, STtlAiiBOCaQ 366
épargné pour les faire très bonaes ; l'eau du Rhin en remplit
les fossés quand on veut. Cette rivière faisant une petite iste,
visii vis de la Place; il a fallut construire un double pont
sur les deux bras du fleuve : ces ponts sont bien admirable-
ment bien fortifiez el dans l'isle, et en terre ferme, du cAté
d'Allemagne.
a D'ilunningen nous vîmes à Friroihg, autre place très
importante... Il y a quatre bonnes heures de chemin de
Fribourg îi Brisach (1). Je ne m'étonne pas que cette ville
fut nommée autrefois « l'Oreiller de l'Empire » ; On la
nommoit aussi la Citadelle d'Alsace et la Clef d'Allemagne,
mais tous ces noms appartiennent présentement beaucoup
mieux .'i Strasbourg) et la forme et sa force, ont bien pu lui
donner ce nom. Représentez- vous une bautetir, qui semble
être de tenes rapportées, au milieu d'un pays uni comme
une glace. La ville est sur un des bouts de cet oreiller ; sur
l'autre bout est la citadelle et une excellente rortiTication
embrasse le tout au pied du Coteau {i). On passe le Rbin sur
un pont de pierre et ce pont, du côté de la I^Vance, est
extrèmeir.ent bien fortifié.
(1) Une des plus forles places ilu momie, c'ost comme tout te
moadc sait la Conquête de Beraard duc de Weimar qui l'a remis
b la FraDcc, à qui elle est demeurée par le IraUé de Munster; j'ai
VII la vilelle ni^ il mourut entre Baie et Brisar (à NeubourgJ'un
des passaf^es du Rbin). IPatin).
{%) Citons deux notes gaies modernes :
Nous sommes entrés dans la synagogue de Brisach. C'est un
édifiée plus propre que les hébreux qui la frèquenlenl. Leur quar-
tier csl d'une saleté qui n'a d'éKalc que leuri personnes. C'est sans
doute par esprit de rivalité que les Juifs ont de l'antipathie pour
les Cochons (!) Sainl-Muc Girardin ajoute : Les boiseries du
chœur de l'église a aussi ses grotesques. Là comme beaucoup d'au-
tres é|{lises, ce sont les moines qui sont représentés dans les posi-
tions du monde les plus grossières et les plus boufonnes.
C'est Lefèvre (Slœber. 28i) qui raconte ceci sur le vieux Brisach
en 4833 : Arrivés au bord du Rhin, une pirogue nous conduit sur
la rive opposée.
« L'un lie nous, jeune militaire, a ajouté, que le Vieux Brisach
fournissait à la gai-nison du Neuf quelques gibiers dont Celui-ci
élait peu pourvu et qu'on faisait sur le territoire de l'autre des
parties de Chasse éroUqae dont on revenait content 0.
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d34 RBVDB o'ALSACt
Nous interrompons ici le récit du voyageur pour donner
quelques détails sur Vieux-Brisach, d'après un plan de l'an
1Q48. Le pont sur le Rhin était situé au dessous de la Cita-
delle (Ville haute), il allait aboutir h une redoute dile Ilalia-
nhcke Harelin et allait en traversant un second bras du
Hhin k un fort dit de Saint-Jacques, ayant deux testions
tournés vers la France et dérendu par deux ouvrages l'un au
Nord, l'autre dans une tle.
En 1697, le pont du Rhin aboutissait toujours au même
point; mais c'était alors un fort à quatre bastions, qu'où nom-
mait de Saint-Jacques et gardant au midi la nouvelle Ville, ou
Ville de Saint-Louis ou Ville de paille, création de Louis XIV,
ville défendue par deux bastions au Nord e[ cinq au levant et
au couchant; le pont arrivait par le second bras du Rhin à un
fortin a le Mortier » avec deux tenailles. Les bastions de la
ville de Vieus-Brlsacb portaient les noms de Vermandois, Ste
Croix, Rictielieu, Mazario, Dauphin, la Reine, Weimar et
Royal pendant l'occupation française.
D'après la vue de la ville prise au Midi il y a (en 1648) les
ponts décrits ci-dessus et dans l'Ile « la Grange de Hrd'Haus-
sonville » et plus au loin le clocher de Biesheim.
De nos jours, le pont joint la basse ville au sud du rocher.
Le Fort-Mortier {\) que l'on côtoie est toujours en face l'an-
cienne forteresse.
Mais revenons à notre voyageur :
a ScHBLESTAT (autrefois ville impériale) est dans la Basse-
Alsace, b quatre lieues de Brisach et ii Irois du Rhin. Elle est
située dans un pays plat, sans être commandée d'aucune
hauteur et les fortifications qui l'environnent sont de la
même manière que celle des autres villes dont je viens de
voue parler. Quand on parle de toutes ces places, il faut
avoir cent fois en un quart d'heure le mot de fortification
on la bouche {%.
(1) l<:u 1790, M. (le Tredos y ëlail comniaodanl et il y aval! u
(-ompagoie d'Invalides.
(2) Les fortiUcalions de Schlettadl furent rasées après 1871.
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NOTBS StR BALK, BUSACH, STRASBOURG 3^
H Stbasbourg (autrefois ville impériale) est un prodîj^e
qui surpasse en cela toutes les autres forteresses du RMd. je
vous eu envoyé un plan qui vous en donnera mieux l'idée
que tout ce que Je pourrais vous en dire.
H Vous pouvez vous souvenir que cette grande, belle
et puissante ville impériale et toute luthérienne, tomba entre
les mains du roi de France le 30 sept, l'an 1682.
te Le clocher de la cathédrale (sa hauteur est de 57i
pieds. Il fut achevé l'an 1449, Erkivin de Stembach en fut
l'Architecte) :
Mirabele Opus, caput inter nubila condit.
^n. Siti>.
est la plus haute pyramide de l'Europe cl l'Église est
présentement k l'usage des Catholiques Romains. L'Évéque y
célébra la messe et y harangua le Itoi, peu de jours après la
conquête de cette ville.
a La Grande Horloge surpasse de beaucoup dans la
variété et dans la curiosité de ses mouvemens, l'Horloge de
Scint Jean à Lyon. J'ai vu l'une et l'autre : Ils disent k Stras-
boui^ que cette dernière est la plus rare de France et que
la leur n'a point de pareille au monde. On nous a donné une
description imprimée, avec une estampe qui la représente
fort exactement.
« La petite rivière d'UI traverse Strasbourg et s'y distribue
en divers canaux. Le Rhin laisse cette ville h sa gauche et
en est éloigné de prêt d'un mille.
K II D'y a pas longtemps que l'Arsenal l'tait un des plus
fameux de l'Europe, mais présentement il est tout
démembré.
« Je vous dirai encore avant que de (tnir ma lettre,
que nous n'avons vu autre chose que bourgs et vil-
lages ruinés entièrement ou demi brûlez, dans la partie
de l'Alsace que noua avons traversée. Ce beau et malheu-
reux Pays ayant été divers fois ravagé pendant les guerres.
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336 RETTB d'al.«ACK
« Il y a une bizarrerie ex] ra ordinaire dans les habits des
femmes de Strasbourg (1 ) .
a Je suis, etc.
Dans un supplément k son ouvrage, intitula .tf^motr^/wur
lf$ voyageur*, l'auteur, page Ui, parle encore de la capitale
lie l'Alsace.
« Bertius (2) dit qu'il y a quatre choses principales à Stras-
bourg. La Tour de la Catht'-drale, l'Arsenal, la Corne de Licor-
ne et ri.'niversilé. Par sa permission, j'ôLerai ici la Corne et
J3 mettrai l'Horloge en sa pince. Erasme ne peut trouver de
termes assez forts pour louer cette ville el ses habitants : ï/œc
civitax inter Germanicat iereniitima.... Non alia magis
fibundat tummi» virit in i/uibu» et eruditionem commendaf
morum integritat et morum inlegritatem ornât eradilio.
Hujut nuinquam sati» laudare Urbit, faudibu» rfivliux
immorari liberet, etc.
«De Strasbourg nous descendîmes le Rhin jusqu'à Cologne;
cela coûte fort peu. Il ne faut pas prendre de ces petits ba-
teaux qui ne sont faits que de quatre ou cinq planches clouées
ensemble; il s'en trouve de plusi grands et bien couverts. On
pouiToit prendre le Rhin d<^s Bnsic. s (p. 243j
(1) Page 101, il ; a une planche conlenanl six l'oslumes de fem-
IJoe femme de docteur,
Une bourgeoise eu deuil.
Une Aile d'un bourgeois.
Une artisane en deuil.
Une paysaoe.
Une Epouse de village.
Ce sont les anciens costumes que loue K'siconograpbeBconnalssenl.
Charles Patin dit (135) : « Ce serait ici le lieu de pnrler de
Strasbourg, si je ne remettais la chose à une aulre fois. Celle ville
fameuse mérile bien une relation particulière. »
Je chercherai à connaître ce qu'en dit le célèbre antiquaire qui
drtt y résider vers 1670.
(3) Bertius {Pierre) oÉ i Beuren en Flandre en IS'IS; savant
hollandais, Tovagea beancoup et devint professeur et bibliothécaire
il Leyde. Forci de quitter ces foacliona, il vint en 16li) h Paris oïl
il sefit colholiqie. Louis XIII le nomma son coamographe. On
voyait sa tombe dans l'église des Carmes déchaussés; sa mort
arriva en 16*9. On lui doit plusieurs ouvrages, entre autres Bre-
viarum totiut otbiê lerrarum.
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,1 Bruxelles, ce 12 Aouxt i688.
« Quelques raisons particulières nous a^aol obligea de par-
tir de Strasbourg, pour nous rendre au plutôt à Bruxelles,
noua nous résolûmes de prendre la voye du Rhin.
« Entre Strasbourg et Ih petite ville de Germersheim, nous
r&ines arrêtés au Foht-Louis [1). Cette place appartient enco-
re ii la France, et n'est pns éloigni; de la force des autres. Le
Rhin fait une Isle dans cet endroit. L'Iale est occupée par un
fort de quatre Bastions et les deux ponts sont fortiflee de
chaque côté, sur les bords des deux bras du Rhin.
a Ayant éle saisis de la nuit, un peu plutôt que nos batte-
liers ne s'y (étaient attendus; nous fûmes obligez ce jour-là de
descendre dans un méchant village, oii nouB trouvâmes ni
lits, ni rien à manger. Mais ce ne fut pas notre plus grande
disgrice. Une multitude infinie de ces Moucherons que je
vous ai déjà nommez des Cousins, nous assassinèrent toute
la nuit, sur la paille de notre grange, et ne nous donnèrent
pas un moment de repos [2). »
{\) V. Exirail du Journal du Sif^-e du V'ort-Vauban en 1793 par
le général Chambarliac (Mémoires de Gouvion St Cyr. 320^33).
Ce fort était un carré long régulier composé de quatre grands
bastions et d'autant de demi luiii?s, le tout eulourë de chemins
<'Ouver(s et de fossés. 1/lle était cii outre défendue par un fossé
baignant une enceinte de lerre irréguiière composée de plusieurs
bastions et du redsns. I.e tout é(ail couvert en outre par deux
létcs de poul. Il y. avait uu couvent de capucins. La ville prise
pendant la Révolution eut ses remparts détruits. Pour hfllir la
place, on se servit des pierrei de l'ancien cliùleau impérial de Ua-
guenau et de la démolition des tours et du chftteau de la ville de
Selti. lin 1790, le marécLal de Gonlades était gouverneur. Marier
d'Unienville, lieutenant du roi, etc. La garnison était de 800 hom-
me» du régiment de Beauvoisis à Wissembourg. De nos jours, les
pêcheurs de Fort-Louis sont renommés.
(2) C'est toul le long du Rhin que l'on soufre des piqûres de
ces insectes. C'est une véritable plaie pour le touriste quiec Irouve
dans les environs du fleuve.
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REVtB DAUACI
111
Le voyageur anonyme donne (note de la page 100) une
description des plus fantaisistes des fameux chapiteaux de la
cathédrale dont nous arons parlé au coramencement de ce
travail. Je vais encore en dire qaelques mots, cela sera un
petit supplément It la notice de mon regretté ami Ferdinand
Reiber, à sur sa reproduction photolithographiée de la rarissi-
me gravure originale représentant cette singulière «Frocession
et messe di>s Animaux » qu'il publia en 4890. (1)
Auguste St«t>er, dans son ouvrage déjh cité, ne donne pas la
description de ces bas-reliefs en parlantdu U'' Gilbert Burnel,
il dit simplement :
« Les bas-reliefs qui sont sur les chapiteaux des grands
piliers de l'église cathédrale ne se voyent pas beaucoup, mais
ils ont quelque chose qui surprend *.
C'est en Hollande que le pasteur. Vnglican eut la description
de ces chapiteaux par M. d'Ablancourt, ancien envoyé du roi
(1} Voici d'après le calalogue Fd Iteiber (1896) la liste des plan-
ches que l'on connaît de celte sculpture :
405. D. Johann Fischarta genannl Menlzer Erklcerung und Aus-
legung einer Ton rerschiedentlichen zam undwildeuTbierenallen-
den Meas, welches Monumentum allhie in Munster gegen der
Canlzel ûbcr, oben in der Hohe, da die Adcliehen Schild hangen,
am Umgang be; den Fcnslcrn, auf die Anno 1198, erfolgle grosse
FeuerB-BuuBt, der fûrtreflliche Werk und Bau-Meister Erwinus
von Sleinbach erbauet, von elnein Sleimmelzeu in das Capital
einer Seulen ia Stein gehaulm worden, und uoch biss dièse Ston-
de daaelbsl zu seben ist. Gelruchtzu Slrassburg bej Johann Carolo
1608. (iravure sur bois, avec pièce de vers allemand* à gauche, a
droite, et au bas ; in f". KAKISSIHE I ! 1
403. Gravure sur bois. Itéimpressiou de la planche ci-dessus,
édition brûlée en 172S par la main du bourreau en vertu d'un
Juf^emcnt du Grand Sénat de Strasbourg.
Épreuve avant toute lettre, grand in-i" ubloog. TKÈS UAKE !11
404. Reproduction de la susdite planche en phololilhugraphie,
publiée en 1890 par Fd Reiber, avec notice historique au verso ;
grand in-4o oblong (Tirée à petit nombre).
1405. Même planche, avant toute lettre.
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NOTES SUR BAtB, BRIaACH, ETHASBOURG 339
de France u Strasbourg : « Sur les chapiteaux des grands
«I piliers de l'église cathédrale, dit le Voyageur aDonyme, it y
« a CD autres choses la représentation d'une procession où un
« pourceau emporte le bénitier avec l'eau bénite, quantité
« d'autres pourceaux et d'Asnea le suivent en habits sacerdo-
c taux. Dans un autre endroit, on voit un Asne en posture
« d'officiant devant un autel. Un autre Asne porte une chaise
K à reliquefi dans laquelle il y a un Renard et tout l'altirail de
« la procession est porté par des singes. M. d'Ablancourt{i)
« cité par le Docteur Burnet (2).
Les souvenirs confus de d'Ablancourt ne peuvent pas être
pria au sérieux ici. Il en est de même pour ce que dit le pré-
cepteur Keysler qui écrivait en 1727 : « Les protestans n'ont
« aucune part à l'exécution des ridicules sculptures satyriques
« qu'on voyait il y a peu d'années (il y avait quarante-sept ans!)
« sur la corniche à l'intérieur de l'église cathédrale. Ce sont
« des singes, des Anes, des porcs disant la messe habillés en
« moine ».
Keysler ne parle ici que par ouï-dire et chose surprenante,
il n'a pas vu la gravure de Tacherning où il l'a mal vue.
(ie que dit Ferdinand Reiber de la grande rareté de ta gra-
vure originale brûlée en 1728 est parfaitement juste. Lorsque
j'eus celle-ci en ma possession, j'en lis pail k M. le chanoine
Slraub, ardent collectionneur do tout ce qui touchait à l'Alsa-
ce; il m'en fit compliment, me dit qu'on n'en connaissait que
trois ou quatre exemplaires et qu'il avait payé le sien Cent
thaters (3).
(I) Parent du célèbre lettré; il fui, par la prolection de Turenne,
envoyé du roi h Lisbonne en 1673, puis à Strasbourg. La Hévoca-
lion de l'édit de Nantes le chassa en Hollande où 11 mourut.
(t) Né à Edimbourg en 1643, diapetain du roi Cliarlei II ; il se
disiingua par sa haine contre la religion catholique, voyagea en
Halle, eu Suisse, en Allemagne, cic. De rctnur en Angleterre il fut
fait évéque de Salisbury. [| mourut en 4715 aumâuier du duc de
Glocester; ou a de lui beaucoup d'ouvrages théologiquea. Ses Toja-
ges eu 1683 et 1686 parurent à itotlerdam, 1687 et 1690. Un toIu-
me in-13.
(3) Qui possède ce) exemplaire ?
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340 »vi'K d'alsacs
i:etle curieuse gravure manquait à la collecUon de l'œuvre
Notre Dame qu'avait formée avec tant de soin l'architecte
liuslave KIotz. Le respectable vieillard me dissuada d'en Taire
une reproduction, pour éviter, disait-il, que les esprits faibles
n'y vissent une atteinte à la religion catholique. — Étant en
vi»ite, ajoutait-il, je sais de suite oi'i je suis, rien qu'en voyant
sur la table le volume de Schadicus ou l'in-folio des fêtes en
l'honneur de Lnnis XV 1 1 ).
Expliquons maintenant ces sculptures.
Ces chapiteaux sculptés de la cathédrale, vis-à-vis la chaire
à prêcher, sen'aientdansleurbnitalitérèali&ted'enseignement
uu prédicateur et aux fidèles : « Méfiez-vous des faux prophè-
H tes, serobInient-iU crier, méfiez-vous des faux pasteurs,
M méfiez-vous des faux frères ; car il existe malheureusement
« de ces maudits dans la société religieuse comme dans la
société civile ». Et pour remonter k la source, l'Évangile ne
dit-il pas : « Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à
« vous couverts de peaux de brebis, et qui au dedans sont des
• loups ravissans. Vous les connaîtrez par leurs fruits (2) ».
Ces sculptures, si édifiantes dans leur grossièreté, furent
donc deux siècles sous les yeux des catholiques sans exciter
leur colère ; ils y puisaient au contraire un véritable enseigne-
ment. Il appartenait h la Réforme, maTtresse du Lieu saint, de
dénaturer le sens de ces sculptures devant lesquels avait tonné
Geyierdc Kaisersherg.
L'étroit christianisme du Grand-Roi, qui se plaisait dans des
«luestioas insondables de la Grâce, comprit encore moins te
sens élevé de ces sculptures. Lea prélats et abbés de cour n'y
virent qu'une insulte à la religion catholique et elles durent
disparaître (3). Plus tard, en 17i8, un malheureux bedeau
luthérien qui avait mis en vente la gravure les représentant
fut pourauivi par devant le Grand Sénat de Strasbourg, sur
(t) Itrunet et Keyeler ne sont pas cités par Ferdinand Reiber.
(î) Mathiei'. Vil. 15. « In illo tempore, Uixit Jésus discipulis suis :
.\tteDdîlc a falsis proplietia, qui vt^niunt ad vos in veetimeutiB
ovium, inirinaeetus autem rapa^es. .\ rnictibus éorom cogaescetii
eoa. (Evangile, Vll^ dimanche après la Pentecôte).
(3) Elles Turent ûxccutées en tf9S et détruites, d'après Grandidier,
enteSS.
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SOTBS SUK BALS, BRrSACH, STRASBOlRr, 341
l'ordre du Cardinal de Rohan, prince évéque, prélat tolérant
comme on le sait, mais peu instruit, Tscberning fut condam-
né k faire amende honorable et à être banni pour avoir insul-
té la religion catholique dans un monument qui remonlait h
plus de deux siècles avant la Réforme et qui était au contraire
un enseignement pour le peuple t Les exemplaires de la gra-
vure saisie furent tous brûlés par la main du bourreau.
L'estampe originale que nous avons sous les yeux est divi-
sée en deux parties :
La première, la procession des animaux, représente un
ours avec le bénitier et l'aspersoir et un loup avec In croix se
dirigeant gravement vers une petite croix; ils sont suivis
par un lièvre tenant fièrement un cierge allumé et précédant
un sanglier et un bouc portant un renard sur une civière
sous laquelle un chien repose parterre.
Le second sujet, ou la Messe des animaux, montre un
chevreuil lisant dans un missel placé sur un autel sur lequel
est un calice. La scène se passe entre deux colonnes dont
les chapiteaux représentent chacun un des deux sujets dont
nous nous occupons plus loin; h. droite, un Une chantait
l'évangile dont le livre est placé sur la tète d'un singe
accroupi .
Les animaux étaient représentés t» naturalibut, sans
aucuns vêtements sacerdotaux ni robe de moine, malgré ce
qu'on en a écrit. C'était une véritable arche de Noë ; il y
avait dix animaux tant domestiques que privés, savoir : Un
Ane, un bouc, un chevreuil, un chien, un lièvre, un loup, un
ours, un renard, un sanglier et un singe.
Et pour terminer notre dissertation, citons ce que dit
Perdinand Reiher k la fin de sa curieuse notice :
« Ayant la lionne fortune de posséder une des rares
« estampes de Tschening, échappées aux flammes du boor-
« reau, nous la reproduisons fidèlement, sans obéir k
« aucun des sentiments qui purent guider ses précédents
« éditeurs.
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142 REVUE d'alsace
« Il nous a paru original de faire renaître de ses cendres
< une curioBiti qui fil jadis tant de bruit, qui suscita tant
i de haioes, et dont en réalité on ne connaissait plus
( l'aspect exact ».
On ne peut écrire plus impartialement.
Arth. Benoit.
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THÉOPHILE CONRAD PFEFFEL
ESSAI BIOGRAPHIQUE
DEUXIÈME PARTIE
L'ŒUVRE LITTÉRAIRE
3. Le Fabulùte (tuile.) (i)
4* volume.
L'année 1797 renferme trois pièces assez connues: Le Melon
et la pomme sauvage et Hippocrale (p. 73) dédiés à Hirzel
de Zurich, et surtout Les quatre fées. écrUe pour les fiancaillea
d'Amélie de Berckheim et du baron de Dietrich L'année sui-
vante commence par les Pensées patriotiques présentées au
mariage d'Oclavie de Berckheim avec le baron thuringien de
Stein, et suivies de près (p. 24). par la Grotte de Mélusîne,
h Emma {Henriette de B.), pour ses fiançailles avec Aug.
Périer, et par la Fleurette d'hiver destinée k orner la cou-
ronne d'Annette de Rathsamhausen, fiancée au baron de
Gérando . Celui-ci reçoit Jupiter et Démocrite (p. 48) ; NieolaT
de St-Pétersbourg, Apollon et Afinerce{p. 68), li Fanny
de Berckheim, la fable qui porte son nom (p, 46). Cupidon
(1) Voy. pp. 107 à Ifl, 197 à 206.
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344 RKVUB d'alsacs
tt la mort (p. 109), ne doit pas être oublié ici. Mais le bijuu
(le cette année, c'est 31a fleurette, composée en souvenir
d'Ëniélie D., cette petite parisienne de 6 ans, enlevée subite-
ment k l'afTection et aux soins des dames PfefTel dans les
premiers jours de février.
Les deux premières fables de 1799 sont dédiées, l'une au
jurisconsulte Pfeiïel, l'autre à sa seconde femme. Le poète ne
les avait pas revus depuis qu'ils avaient émigi'é ; ils purent
rentrer en France ("eux ans plus lard, k la grande joie du
frère de Culmar, qui dans l'ode que nous venons de men-
tionner {/.'l'mmor/n/i/c', p. 95), leur avait déjà dit au revoir
dans l'autre monde. Nous citerons en outre le quatrain con-
sacré k la mémoire de Schlosser, qui i^tait allé mourir dans sa
ville natale de Francfort, et deux adaptations de légendes
espagnoles : Guarin et Lydie fp, HOj et Le pont de la
veuve à Valence (p. 13i).
1800. — L'image de la vérité ip. 98), modeste pendant ît
la belle ballade de Schiller Das vertefileicrte Bild su Saîs. A
Emma (Mme Aug. Pi'rier) après la mort de son premier né,
dont la tombe se voit encore à Ostheim (Revue d'Als. 1693,
p. 78) La légende du navire, racontée par l'auteur à ses
petits-enfants en mars. Le tigre aux enfers, ù Lucé, dont le
jugement sur cette fable est conservé dans sa correspondance,
que le Jahrburh des Voi/. Clubs publiera cet automne.
Eptlre à la postérité, |p. fS4}, un peu longue et emphatique:
en 1859, lors de l'inauguration de la statue du poèto,
Aug, Stœber l'a n'-éditée et annotée son père qui
l'avait df'Jii donm'-i> à la lin des Bliptier dem Andenken,
etc.
1801. — ftde au nouveau siècle {p. 161). Elégie sur la
mort (en février) de Fanny de Berckheim (p. idi). Kalliffonf.
quatrain sur l'œuvre de ilerder qui porte ce titre (p. 171^.
Enfin Les trois Fleurelles (p. ilZ], <\ont nous ne pouvons
que recommander la lecture.
flinquii^me volume
Kiicore 1801. — Ode A wm amis inconnus, en hexamè-
tres, genre de vers ijui ne n'ussissentguéreà notre auteur. Ce
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THtoPHILE CONBAD PFBFPSI. 345
titre, BiRBÎ que plusieurs de ceux qae nous venons d'énumé-
rer, pourrait paraître pn^tenlieux au lecteur qui n'a pas pé-
nétré dans l'dme de Pfeiïel. En rt<alité, il y a \k moins une
marque de sufQsance qu'une nouvelle preuve de la grande
candeur du fabuliste qui est si peu vaniteux qu'il ne songe
même pas ù éviter les apparences de ce sentiment. AUa
(p. 2â) est un éloge délicat du préfet Noël, qui venait de fon-
der la Société d'Emulation, dont Pfeffel fut vice prési-
dent.
1802 est une des années les moins fécondes, et il est facile
d'en deviner la cause. Les travaux du nouveau secrétaire-
interprète de la préfecture commençaient k empiéter sur les
loisirsstudieuxdu poète; aucunedes huit fables de cette période
ne mérite (te mention spéciale. Nous n'en dirons pas autant
de celles de
1803. Arrêtons-nous dès In première, A Annetle et lisons
les trois strophes destinées a consoler Mme deGérando de la
perte de son premier-né la petite Fanny, Le* deux dryades
sont dédiées k Félix Desportes, successeur de Noël comme
préfet et comme président de ia Société d'émulation, laquelle
accueillit avec faveur la leclure de cette pièce dans sa séance
publique de l'année. L'ailusion des derniers vers rappelle le
fait que le préfet Desportes venait de faire planter 556,000
arbres sur les routes du département. Deux autres petites
bluettess'adi'esseul{p. 43) l'une il l'album d'JIenrielteSchlosser
l'autre Wilhelmine Hûller, née Maisch (1), femme poêle qui
habilfiit alors Cnrlsruhe. Enfin Zensis et Parrhasim (p. 641
est pour le peintre colmarien Casimir Karpf .
t804. — Le dogue elle mendiant, k%on%f:aAT%'EhTma.nxi
(page 24).
Covi/il/iinre d'un rossignol privé de la rue {p. 44j
Lex deux brigands {page 51).
(1) E. Stœber dit d'elle : « PfefTel unterhicit mit dicser unglûck
licben, gels lu, gefùhlvollen, ofl h^misch misskauu Frau bis an
ihren Tod eineii freundsch. ttriefechael». Parmi Bes poésiea, il cite
celles aufden Enherrog harl, an Selmar, Mein Tkàlchen an
Edgar, der Todlengrœber.
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346 NcnrE D Ai&us
18(Ki. La fontaine de Joueenee (p. i),k Valérie Goeroler,
compagne des jeax de son adolescence el belle-stEor de son
frère, et dont le sonveoir Ini »agstn ces beaux vers :
* Wie KIopfl, wie wallt mein welkes lierz,
Weon auf der Zeit mein Blick verweitel,
Da ich mit dir baldband in Hand
Mich durch die Duft^basche wand,
Womit der Lenz die Fluren schmùckte,
Bald Torder vollen Rebe stand
U. ihregoldnen Beeren pflQckte...
Wie Kiodicb, Freundin, war es nicbt.
Noch schœnre Tage zu erwarten !
Das Lebea gleicbet einem Garlen,
Der oft in Frflbiing mehr verspricbt,
Weil mebr als er im Herbst erfdllet ».
Après la mort de son père (1782), le pasteur réfOTmé de
Strasbourg, qui résidait k Wolfisbeira par suite d'un vieil
usage interdisant aux Calvinistes d'exercer leur culte dans
l'intérieur de la ville, Valiirie Guernier s'était retirée ù Worms.
Sa mort est mentionnée dans une lettre du 27 décembre 1808,
adressée ù PfelTel pur le colonel de Gœsnitz, son ami de
Jeunesse (Voir Rev- d'Alx, 1897, p. 232} auquel il dédie Le
Derviche et le Khan (p. 62. Ce litre est emprunté aux
Feuitlei de Palmier de Herder), en même temps qu'il adresse
i'Image de la verlu (p. 42j h sa filleule Louise Lavater.
Parmi les productions de cette même époque, nommons
encore la rhapsodie k ses amis de Strasbourg, Ida Muse
(p. 61) (1), et l'ode k Ma canne (p. 59) qui peut se comparer
k celle de Béranger A mon habit.
1806. — La pieuse candeur (p. 81), longue épttre k
Gérando sur la tolérance. Le texte fait allusion au
mot de Jean lluss voyant une pauvre vieille appor-
ter un fagot pour son bûcher. Le Cygne noir
(p. 104), h son éditeur Cotta.
(1) en réponse h une poésie de Dahler lui exprimant au aoin de
Ml autrei admirateurs slrosbourgeois, leurs vœux pour le cinquan-
tenaire de son activité poétique, loir £. Stceber, Blœtter dem
Andenken, pages 3S et St.
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Le nouveau siècle (p. 135), courte vision prophétique
que lu suite n'a pas démentie. Le lecteur de notre fin de siècle
s'en convaincra eu la relisaDt :
Ich sah auf einem Feld, das um u. um
Prisch umgepliaget war, das neu Sœkulum,
Au seinem Gflrtei hing ein Rozenkranz von Kronen,
Indess aus seiner voUen Hand
Ein scbwarzer Samen fiel. — Was sœ'st du aufdies
Freund, sprach es, Revolutionen. — [^Land?
Avant de quitter celte année, empruotons-lui une autre
citation, celle du quatrain adressé ^ Napoléon (page 173),
qui venait d'accorder au poète une pension non sollicitée.
Wie ! du suchet in meiner Sîedelei
Hich nail einer Wohlthat? Das macht Freude.
Sie ist nicht der Lohu der Schmeichelei
Dies, 0 Csesar, ehrt uns aile Beide.
1807. — Thrénodie (p. 149), sur la tombe de son
frère (1). L'image de l'hoiitme (p. 128), à M. de Montbrison,
gendre de Mme d'Oberkirch et, par suite, cousin par alliance
de Mme de Gérandu. La Modiste (p. 103), au conseiller
aulique Beckert k Dresde, sur ce thème ; la vérité est
éternelle , mais son costume vieillit, car chaque gétiération le
façonne h son goût.
1808. — Le hobereau et le paytan (p. 140), tableau
amèrement ironique du triste sort d'un fermier qui dépend
d'un maître despotique. Le Rémouleur (p. 154), anecdote
Joliment racontée. Plainte d'un écolier fp. 164), satire du
professeur pédnnt:
Den Leisten schnitzt der Formenschneider
Nach meinen) Fuss. Der Saiiertopf,
Mein Hector, ach I der scbnitzel leider
Nach seinem Leisten meinen Kopf.
(1) iuaérée dans VAUat Tatchenbach de 1808.
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.Wi RBVm O ALSACE
1809. — On voit que l'activilé du poèt« ne s'arrête qu'nu
bord de la tombe. Les quatre mois de cette année qu'il eut
encore à vivre ont vu naître onze pièces, dont la dernière,
touchant hasard, nous montre Fênelon (p. 166) ramenant à
la pauvre paysanne sa vache égarée (1) et dont deux
autres méritent aussi une mention : Le voleur en juifice (p.
165), rel&cbé parce qu'il ne savait pas l'allemand, bien que
sa culpabilité fAt établie, et Der Postsug, imité d'une fable
polonaise de l'évèqtie Krazinski de Gnesen.
Nous avons épuisé l'œuvre poétique et allons aborder les
Estais en prote, non sans prêter toutefois, auparavant, un
instant d'attention k la Traduction des Fables publiée en
1840 (2) chez Silbermann et Derivaux, par l'aul Lehr qui
avait passé plusieurs années dans la maison Pfeffel comme
pensionnaire de Berger.
Son livre porte l'épigraphe, caractéristique dans sa modes-
tie et empruntée à la Fontaine ;
H SI de vous agréer je n'emporte le prix,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. »
Dans la notice biographique qui introduit ses Fables, il les
peint en ces termes :
« La culture des lettres était redevenue sa consolation et
l'unique ressource de sa famille, li^on esprit plein de sève
tendait toujours k faire preuve de vie et les poésies nombreu-
ses qu'il composa alors sont les plus spirituelles et les plus
philosophiques qui soient sorties de sa plume. Il s'est surtout
exercé dans un genre qui, malgré son apparente facilité, a été
recueil d'une foule d'hommes d'esprit et de talent, parce
qu'il faut pour y réussir encore autre chose que des talents
et de l'esprit.... La supériorité que nous accordons k La Fon-
taine, les Allemands l'ont reconnue dans les fables de Pfeffel.
Elles se distinguent par l'invention, par une précision pleine
d'élégance et par des aperçus aussi nouveaux qu'ingénieux;
beaucoup d'entre elles ont une haute portée philosophique,
(1) Kcrit en mars, au milieu des douleur* de la maladie suprême ;
ce chant de cygne ne se ressent pas de l 'allai blissemenl du corps.
Kieder la communique à la Gd de sa biographie,
(t) Une édition plus petite en fut faite plue lard.
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TRfopHILE CONRAD ^FBFTBL 349
et la plupart se terminent aoit par une morale sublime, soit
par un Irait vif, épigrammatique ou d'une spirituelle bonho-
mie. Dans ses contes et vers on retrouve souvent une haute
intelligence des événements, la verve piquante et facile de
Voltaire avec un gentiment plus profond de moralité. Ses
morceaux élégiaques, pleins de charme et de simplicité, sont
la douce expansion du cœur du poète aveugle, et nous le font
aimer et vénérer. Heureux imitateur de nos classiques, Pfeffel
est aussi un des premiers qui ait su transporter dans sa lan-
gue une partie des richesses de la nàtre, dont il connaissait à
fond tous les bons auteurs. »
L'on voit que Lehr est admirateur enthousiaste de son
auteur, dont il dissimula ou se dissimule toutes les faiblesses.
Celait peut-être la meilleure disposition d'esprit pour réussir
dans sa périlleuse entreprise. ¥ a-t-il réussi en effet? Voyons-
le à l'œuvre.
Pfaffel an lecteur
Jeune et timide, une vierge d'Athène,
Fille d'uQ jardinier, vendait de simples fleurs.
Riant tribut de son domaine.
Dans sa corbeille offerte aux amateurs
Se pressaient le jasmin, la rose et l'amarante. —
Vient une dame, pflle, à l'ceil dur et hagard,
Vrai spectre, inspirant l'épouvante
Elle s'arrêta et dit d'un ton criard :
« Quoi des bouquets I Je n'en veux pas ma chère I
Bien avant le déclin du jour,
On les verra se faner sans retour ».
a Madame, permettez, vous êtes trop sévère :
Je n'abuse en rien l'acheteur ;
En offrant mes fleurs les plus belles.
Je ne les dit pas immortelles ».
De mes écrits je pense autant, lecteur.
Ici le traducteur sort de son rAle et entre lui-même en
scène pour communiquer ses réflexions sur les vers qu'il
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3S0 unrE d alsa<z
▼ieat de paraphraser et ses rœns pour le succès de sa
|HDpre eeuTre.
Quelle timplicitê ! Qoel modeste langage !
Non, Pfeffei ! non, tes fleors ne sauraient se flétrir;
Snr le fleuve du temps ta corbeille surnage.
Puisse un Alsacien, plein de ton souvenir,
Payer à ta mémoire une honorable dette,
Et lorsque ta verve jaillit.
Être l'heureux écho du ceur et de l'espril,
Qui nous font aimer l'bomme i l'égal du poète. . .
Du vrai, du beau tu propages l'empire.
Pour immortaliser ton talent, les vertus,
En marbre de Carrare, au sein de ses élus.
L'.AIlemagne a placé ton vénérable buste
Si l'hommage est flatteur, le goût dit qu'il est juste.
Hais la patrie où tu reçus le jour,
Fière aussi des lauriers d'un enlant de r.\lsace,
La France doit, PfefTel ! te reconnaître à son tour.
Ah ! puissent mes accents répondre ù mon audace
Et prouver que ta muse a droit à son amour ! •
L'allusion qu'on vient de lire dans ce vers :
L'Allemagne a placé ton vénérable buste
s'explique par ce passage d'une lettre écrite par le poète à
son neveu, le 16 juin 180S (Stœber, Eco/e Militaire, p. 31) :
« Votre bon prince royal m'a adressé, il y a un mois,
» un habile sculpteur suisse nommé Christen, chargé
« de Taire pour son musée mon buste en marbre el en
« grandeur colossale. Le modèle en terre est achevé
« et tout le monde le trouve très ressemblant (1|.
(l)Le musée de sculpture doiil p&rle prefTel est d'après une note
de Lehr la Ulyptothëque de HuDsch. Edei au contraire raconte
ainsi le fait {p. ii) : Noch als KroDprinz hatte Ludwig t. Baiera
den Plan zu seiner Walballa bei Kegeosburg cntwurfen, als Ruh-
mettempel grosser DeHlsclicD. Auch Prs itlldt wollte er darin
aufnebmenu Bchickle Christen, CinoTa'B Sr:hûler, nat^h Oolmar,
um dasModell zueineuKolosaaJen. BûsledetiDichlerszuTerfertigen,
u. aie d&RniucarrariBchemMarmorau9fi)hrenzulagsen(Cp.Rieder
page 8S).
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THBOPHILB CONRAO PFEFFIL 351
L'ardeur sympathique et l'inépuisable bonne volonté
témoignée par Lebr, méritaient d'être couronnés de succès.
Et le fait est qu'en parcourant son recueil, on ne saurait nier
que plusieurs de ses fables ont réellement gagné k passer
dans notre langue et y font meilleure figure que dans
l'original. Voici par exemple :
La v«r luisant
Dans un asile obscur, sans soins, sans embarras,
Un vers luisant brillait et ne s'en doutait pas.
Un monstre, un vil crapaud, le voit de son repaire;
Il s'approche sans bmit, et, gonQé de colère.
Lance un impur venin sur l'insecte éperdu.
« Hélas ! que t'ai-Je fait? — Eh ! pourquoi brilles-tu?
Tout lecteur en état de comparer le texte et la traduction
avouera, croyons-nous, que cette dernière met plus forte-
ment en relief l'amère et saisissante vérité de ces vers,
que n'a pu le faire la langue allemande dans sa pénombre
et sa lenteur.
Et le morceau suivant, qu'il est vrai et digne d'être
médité aujourd'hui comme il y a un siècle :
La Voix
Pour une noix.
Un écureuil contre un rusé putois.
Soutenait un combat acharné, sanguinaire ;
Le Colmarien Casimir Karpf, élèTe de David, avait déjà fait le
portrait de Pf. en 1796. Le premier octobre de cette année, l'édi-
teur Zuricbois H. H. FiiBsli écrivait à Wîeland : « Wenige Tage
nach Ibrer Abreise machlen wie die BekannlBchafl einea jungen
KùDSlIers von Golmar Er wies uns eine mit acliwarzer Kreîde
ganz Tollendete Zeichnung vor, deren Hauplgegenstand sein vor-
IrefHicher Milbûrger PfelTel isl. In seinem gcwohulen einfachen
CoBtûm fUniform n. Sliefeln) silzL derselbe vor de m Kamin, das
Gesicbt ein wenig gegen selnen Sekretar gewandt... Der Kamin
iat mit einer aoliken Vase, Lavaters fJûaterg ii. eiuem Spiegel ver-
zierl, in welchem jene reflectireo : imHintergruudfltehleinBûcber-
scbraDk, u. Wander Wand prblickt man Chodovriecki's Abscbied
von Calas, etc.
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Comme ces coqs de la vieille Aaçlrterre,
Duellistes éperoDoés,
Qui, pleins d'uae aveugle col^,
S'ealr'égoi^Dt en forcenés.
L'écorenil saceomba soos le pnlois avide.
AussîtAl le vainqueur se saisit du butin.
Le croque avec transport... Mais la noix était
vide. —
0 vous que la discorde aigrit de son levain.
Princes et nations éblouis par la gloire !
.%vant que de verser des flots de sang humain.
Pesez bien les lauriers que vous tend la Victoire !
Nous ne résistons pas au plaisir de donner d'autres exem-
ples de l'art heureux avec lequel Paul Lebra su plier la pensée
de l'auteur aux exigences de notre langue. Nous ne choisirons
que des morceaux dont nous n'avons pas encore parlé, afin
de joindre au charme poétique l'attrait de la nouveauté,
uns oublier celui de la brièveté.
Harptgon
Vraiment, disait quelqu'un, la Bible m'édifie
En nous prêchant partout l'aclive charité ;
Malheur à qui repousse un pauvre avec fierté! —
Oui-dk ! dit Harpagon, dés demain je mendie.
Nous passons h regret La pipe Tun/ue, trop longue pour
figurer ici, bien qu'elle le mérite à tous égards, Mon
grillon, dont nous avons déjà communiqué l'original, Ma
Fleur, trop connue pour que nous nous y attardions, malgré
bon charme mélancolique.
Voici la morale du Joueur iTorguet.
... Sans elTort de cervelle
Tu ne fais que tourner ta pauvre manivelle.
Plaisant aveu ma foi ! Bien des gens ici-bas,
Tournent la manivelle et n'en conviennent pas.
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TH^OPHtLIt CONBAD PFKFFEI. 3S3
Et celle de La Girafe :
Avnnl d'appeler ijrands tous ceux ({u'ainsi l'on nomme.
Il te Taut en tous sens examiner ton homme,
K'nrI de mourir n'est qu'un quatrain :
A rii6pital un moine débonnaire
Disait en sermonnant un vieillard aux abois :
« Apprenez & mourir t —Quoi ! l'apprendre 'fKh, mon père,
llelu se sait dès la preinière fois. »
Les degrés de l'échelle ont un sinistre refrain qui sonne
comme un glas:
« Non, répond l'assassin, je te tiens, tout est dit ;
r.ar je suis grand et toi petit, »
t.e quatrain à Napoléon est rendu ainsi :
Quoi ! ton regard me clierche, et dans mon ermitage
J'éprouve tes bienfaits ! J'en suis tout glorieux ;
Car ils ne sont le prix d'aucun servile hommage :
Un tel fait, 6 César, nous honore tous deux.
Timanlhe finit par ce trait charmant :
fi Le Père des humains ne sait-il que punir î
Si vous armez ses deux mains de la foudre,
11 n'en aura plus pour bénir. »
Le Captif [p. i9o}, par cet autre, dont la vérité est banalf,
mais trop souvent oubliée :
.... il ne faut jamais entreprendre
D'éclairer tout h coup le bas peuple ignorant.
Jupiter et les tigres (p. 197) nous rappelle d'autre part qu'
Au peuple tigre il faut un joug rude et sévère :
Un peuple sage est seul digne de liberté.
L'encens {page 203)
convient aux Dieux, mais il nuit aux mortels.
Le barbet et le maiou évoque celte expérience :
La vertu peut braver les chagrins, les revers ;
Mais dites, dites nous, cœurs généreux et fiers I
Pour elle n'est-ce pas le plus poignant supplice
Que de se voir confondre encore avec le vice ? (p. 210)
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XU Km 9USUM
Le wmtom, didié ao pasteur Grinv» -p. 2IT nppeUecHIe
antre T^rit» :
.. . <i« ««s passioas raiocn reolnlaemrDl.
C>st U qoe ^ U force ainsi qne le mérite.
Citons «ncore Lebroekel dans la mer ip. £24-: La »ébm-
l^ute 1248., qui, comme la vérité, ne
Laisse arrirer ven oons une clarté donteose
qu'apte des milliers d'ans ; Le vaUteau (269p, c'est-à-dire la
Fraoee ballotbre par les tempêtes de la Rérolution. poia menée
d'une main forte par Napoléon
Viinquenrde l'anarchie et couronné de chêne.
S'il bonie ses vœnz an beao tôt
l)e w voir premier matelot :
S'il «^lODlTe en son sein toute voix de sirène
Oui vers l'ambilioa facilemenl entraîne. .. .
Alors jamais nul héros dans l'histoire
N'aura conquis autant de gloire.
Il convient de rappeler qne ce morceau, un des plus Icngs
du recueil, date de mars 1800.
L'hirondelle (i99), k laquelle le po£le adresse ce touchant
adieu :
Avec les fleurs tu reviendras.
Sans me revoir peot-èlre...
Mais toujoura tu retrouveras
Ton nid sous ma fenêtre.
/,*• pîêux ffénéral (303), qui
pràs de perdre l'usage
I>e l'ouTe el des yeux, disait à ses enfants :
« Je v&is battre en retraite, accablé par les ans,
Kt me fais précéder par mon menu bagage. »
Les deux Brit/ands (306) qui eurent a toujours de la reli-
gion. »
La cierge (3l5j, c.-à -d. la pureté du cœur, considérée par
le poète
comme le bien suprême,
yiie ce trésor brave les ans !
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THEOPHILE CONRAD PFBH'BL 35S
Et quand un jour la mort fermera ma paupière.
Que le dernier de mea accents
Soit un cri de victoire au bout de ma carrière.
La lourtereUe el te perroquet f349). La premièiedit au
second :
Je te vola trop l'ami de ta fortune
Pour que lu sois jamais le mien.
Ajoutons, en quittant ce volume, qu'il comprend quatre
livres et se termine par une liste des souscriplours, où nous
relevons les noms suivants :
Altkircli (par M. Bœhrer, libraire (1) : Cassai, nvoui'-.
Chaulfour, percepteur. Doll, sous-prëfet. Durthaler, avoué.
Lœtscher, principal du collège. Pflieger maire. De Reinnch,
il llirzbacb.
Bâle : Hérian, pasteur. Beaucourl, Jnpy. ilenfeld : Nikiès
(Napoléon).
Calmar : Abry, libraire. Beyser, Bourcart, fabricant k
Guebwiller. Cbapuis père, négociant. Colonel de Goll. Kaeppe-
lin et George, libraires. Kiener frères, fabricants de papier.
Huiler, pasteur bGunsbach. De Neyremand, avocat. Bauscher
fils pasteur. Reiflinger, libraire.
Mulhouse : Hieg (Mathieu) fils. Hisler, libraire. Thierry,
/itber pi^re (Jean), ancien manufacturier.
Munster .^WWn^ (Léonce). Btnder (G. Préil ). Hartmann
(Fi-éd., député et Henri) Kirschleger fV" Pr^d )
Paris : Hetzel el Paulin, llbr. -éditeurs. Lehr (Gust), ancien
ni'gociant. Halter, insp. gén. des éludes.
St. Dié : Chnnzy, juge. Ferry, père. Lung, négociant.
Ste-Man'e. Freppel (Ch.) fils Saverne : Féburier, sous,
préfet .
Scharrahbergheim : Caspari, pasteur.
Strasbourg : Bœckel, D' en médecine, Bruch, doyen. Brun-
ncr, pasteur. Goltard, recteur. Dietrich (Eug.de), député.
Darrbach, past. Engelhardt (II.), prof, au gymn. Eschenauer^
négociant. Fahlmer, pharmacien. Fritz, professeur de théol-
(i) Voir Rev. dAlt. 1897. p. 361.
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356 RBVDB d'alsacB
Go^el, chef de pension. Hepp, prof, de droit. HerreDschnei-
der, prof. Ilermann, past. HofTet. Hohenzollern-Hechingea
(L. A. R. le prince et la princesse règnnnts de). Jung, prof.
de théol. Kern (Aug.), secrétaire du Consist. gén. Levrault
(Luuis), contràlcurk la Monnaie. Maeder, prés, du Consisl.
Pfelfel (Frédérique). Schmidt, prof. Schuler, pasteur(père du
peintre]. Schweighatiser, prof. Schwilgué. Sengenwald (Jules).
Sers, préfet Silbermann (les ouvriers de l'imprimerie), Stro-
bel, prof. Treultel et Wttrlz. Willm, inspecteur do t'Acad. etc.
IV.
L'œuvre ad prose.
Les Etsais poéliquen de 1761 se terminent par trois petits
récita en prose que nous ne citons point k couse de leur valeur
littéraire (ils n'en ont guère), ni uniquement pour mémoire,
mais plutôt parce qu'ils montrent bien le chemin parcouru
par l'auteur qui, paiii de la sentimentalité débordanle(7/eAer«-
cfiwœngtichkeit), où l'avait entraîné l'imitation de Klopslock.
it fini par atteindre h ce calme épique, cette simplicité classi-
(|ue, répandus dans plusieurs de ses dernières Nouvelles. Le
premier et le dernier des trois récils de 17G1 débordent d'exal-
tation religieuse ; Us sonlin\.i[a\és L'aulel de la réconcitalioti
et /y(i mort; celui-ci cependant, très court et de Ion moins
redondant, peut se lire encore ; il sufTiraitd'atténuer quelques
expressions outrées pour l'accommoder au goât moderne. Le
morceau qui les sépare, La chenille printanière, présente
sous une forme idyllique des réflexions philosophiques si bien
amenées et si élcrnellemenl vraies que quelques légères
retouches réussiraient, ici aussi, à nous les rendre agréables.
Le recueil de 1766, Neue BeUriege zur deutschen Maku-
faUir, finit également par quatre fables en prose, assez
sembinbles d'allure ii leurs compagnes rimées et qui, elles
aussi, n'ont d'autre valeur à nos yeux que de marquer nette-
ment le point de départ du style de Pfeffel et de nous offrir
dos exemples de sa première manière et des tâtonnements de
sa jeunesse. Partout d'ailleurs y régne déjii la préoccupalion
didactique et moralisante.
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TR^PHILE CONKAD FFKTFBL 357
Cela dit, aaalysons rapidement le contenu des neuf petits
volumes, dans lesquels Cotta a réuni (18IO-i2> lesNouvelles
et Récits qui, pour la plupart, avaient déjà figuré dans sa
revue trimestrielle Flora. Voici, en guise d'introduction, le
jugement de Rieder (p. 63) : « Dans la dernière période de
su vie, il a encore abordé un nouveau domaine de la poésie en
écrivant les nombreux petits récits romantiques qui, minis
et revus par lui-même (1), sont prêts à former un recueil
à'Esmis en prose. Ils se distinguent par la simplicité du
plan, la description fidèle de caractères moralement bons,
surtout féminins et par une connaissance profonde du cœur
humain. Leur sujet est souvent emprunté & des scènes réelles
de la vie de l'auteur, si féconde en expériences intimes ; et
c'est surtout dans ces histoires raconlées sans apprêt que se
reflète, de la manière la plus pure et la plus touchante, sa
candide dme d'enfant. »
P. ^. Adolphe et /toselle. C'est la correspondance de deux
amoureux; Adolphe Uswald et Rose Reinhard. Le père de
celle-ci (la scène se passe dans l'Allemagne centrale) s'oppose
brutalement à leur union, et pour se débarrasser sans retour
de l'importun prétendant, qui dirige avec zèle et succès l'école
d'un village voisin, il te fait enlever pardes racoleurs prussiens.
Mais Adolphe se distingue parmi les hussards où l'on l'incor-
pore, devient orncier,e3l chargé de missions délicates, réussit,
au cours de l'une d'elles, à sauver la vie de Reinhard et arrive
ainsi au terme de ses vœux.
F. as. La cfi^vre perdue. Le chevalier souabe .Arnulphe
a eu le malheur de tuer son adversaire au tournoi de Worms.
Banni pcr l'empereur, il quitte sa femme llerthe et sa fille
Emma, qui a six ans, erre à travers l'Europe, se signale en
(1) Il en est c|u'il ne termina que l'année de sa morl, par ex.
Jtarianne (\l,li), qui en même temps se distingue de tous les
autres en ce qu'il est complètement emprunté à la réalité.
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356 BircK d'alsacb
Portugal dans la luUe contre les infidèles, est comblé de biens
par Emmanuel le Grand et retourne chercher, au bout de dix
ans, sa femme et sa fille qu'il retrouve après de longues recher-
ches, dans une retraite solitaire des Alpes et qu'il emmène en
Portugal.
P. i iS.Le rêve de Mirzah. Un derviche de l'Arabie heureuse
est guéri par un rêve des doutes qui Tout longtemps tour-
menté,
P. 123, La dame blanche. Ida, l'unique enfant du chevalier
Wolfgang de Wolfsberg, dans la Forét-Noire, est recherchée
en mariage parCunon de Lœwenstein et Adalbert de Schœn-
born, voisins de son père. Pressée de faire son choix, elle
répond qu'elle épousera celui qui passera trois nuits dans le
vieux donjon que l'on dit hanté. Les deux prétendants se
soumettent U l'épreuve. Mais Cunon cherche k l'emporter sur
son rival par ruse, en promettant cinquante couronnes k une
jeune fille pour qu'elle joue le rôle de la dame blanche, dont
l'apparition doit faire fuir Adalbert. Celui-ci est préféré par
Ida, qui déjoue et dévoile le stratagème de Cunon et décide
ainsi son père k consentir à son union avec Adalbert.
P. 139. Don Melchior de Suse. Histoire d'un gentilhoinm:;
de Léon, sorte de Don Quicholte, qui refuse la main de son
unique héritièi'e, Chimène, h Don Diègue de Castro, officier de
la garde royale, parce que la famille de Castro est d'origine
mauresque. Il finit par céder K la générosité de Don Dièguo
qui a eu le bonheur et l'adresse de le délivrer de ses créan-
ciers.
P, 169. Biographie d'un barbet (1). C'est plutôt autobio-
graphie qu'il faudrait dire, pour être tout à fait exact. En
clïet, arrive aux Champs-Elysées des chiens, dans une île
d'un des lacs de la lune, ce barbet doit, selon l'usage élublî
parmi les ombres qui l'accueillent sous la présidence d'Argus,
chien d'Ulysse leur raconter les péripéties de sou existenci!
terrestre. L'énumération des différents mattres auxqaels il
«) Reproduite par Re;lam i
Werke.
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TElfoPHrLK CONRAD PFBPHtL 3S9
s'attacha successivement jusqu'à ce qu'il retrouva son premier
propriétaire, le grenadier prussien Lafleur. dont il partage le
trépas, lui fait faire une naïve description (qui est en réalité
ane Apre satire) des classes de la société avec lesquelles
il entre en contact.
LIVRE il.
P. 1. Marianne, encore une histoire de couvent. L'auteur
alTirme, dans un avant-propos, que cette histoire est véritable-
ment arrivée jusque dans ses moindres détails. La découverte
de plusieurs lettre» inédites est venue confirmer l'entière
exactitude de son assertion et nousa permis de restituer leurs
vraiB noms aux dilTérents personnages de cet émouvant récit,
dont il A d'ailleurs été déjà question dans cette Revue même
(1896, p. 103 Cp. Annales de VEst 1895, p. 540). Nous épar-
gnons au lecteur, en conséquence, la répétition de ce qui y a
été dit alors.
P. 72. Usbeck, récit oriental. Ce délicieux conte moral
nous retrace l'expérience faite par un jeune Arabe qui deman-
de à Allah de le guérir de son irascibilité. Sa prière exaucée,
il s'aperçoit que toute sensibilité, toute compassion est tarie
en même temps dans son cœur et supplie l'ange Ariel, son bon
génie de lui rendre son impressionnabihté. Il voit ce vœu
également réalisé etcomprend alors qu'iV n'ett point de vic-
toire réelle tant combat.
P. 77. Le chêne creux. Ce modèle du genre romantique
raconte comment Berthold de Wildeck se vit capturer par des
brigands et sauver miraculeusement par son fils Engelbert.
Sa femme Adeline nous offre un de ces gracieux portraits
d'épouse et de mère que Pfeffel savait si bien tracer et que
nous retrouverons souvent sous sa plume.
P. 9i. Joël et Héman. P. 98. Pkanuel. Idylles bibliques
cou temporal nés l'une du juge Ehud, l'autre de Salomon. Dans
les deux, la vertu est reconnue et récompensée par une inter-
vention divine.
p. 103. JVathilde, nouvelle écottaise. Matbilde Douglas,
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360 BiTOB d'alsagi
orpheline d'un compagnon d'armes de Robert Bruce, est (*levé°
par ea tante, lady Dunbar, qu'elle perd également ti seize ans.
Son oncle, homme débauche et avare, épris de sa beauti'
autant que de ses richesses, veut lu forcer ii l'épouser. Elle
s'enfuit avec une suivante et réussit h se cacher, sous l'habit
et l'existence de bergère, dans une retraite champêtre, où un
ermite, ami d'enTance de son père et jadis, lui aussi, un des
plus vaillants guerriers de Bruce, reconnaît sur ses traits ceux
de sa mkve et va solliciter pour elle l'appui du roi. Celui-ci la
prend sous sa protection et lui fait épouser le comte d'.Vrgyl
iju'elle avait rencontré et aimé, pendant qu'allé gardait les
troupeaux.
luette fiction exquise, riche en scènes émouvantes ou gra-
cieuses et en sentiments élevés fait le plus grand honneur à
l'imagination autant qu'au cœur du poète.
1*. 1. Louise, tableau de famille (historique) {\), et I'.
126. Fragments de la vie de Gilbert. Ces deux récits se com-
pliHent el nous présententles m^mes personnages principaux.
Hi nous saisissons hicn une allusion contenue dans une lettre
de PfefTel k Aug, Péner(lfifrim. VI, bibliothèque de Colman.
l'original de Louise serait Henriette de Berckheim, autrement
dit Mme Aug. l'érier; ce fait expliquerait le choix du Dauphin'^
comme théillre de l'histoire, dont certains épisodes soni
iniriinlestahlemenl trop vivants pour ne pas ètie empruntas !i
lu i-éalité.
Louise est la IHle (l'on haron veuf, qui s'est retiré avec le
grade de colonel dans son chilteau de St Julien, pour se con-
sacrer à l'éducation de ses deux enfants (le fils s'appelle
Théodore), dont il confie la direclion ii l'abbé Gilbert, qui fut
sou compagnon d'armes Ji la guerre de sept ans. Théodorj
se pi-épare ainsi a l'Kcole Militaire, partageant études' et jeux
avec sa sœur. Il est ofïîrier, lorsque survient la Révolulion,
dont la tourmente détruit le bonheur de celte paisible famille,
mais dont les tragiques péripéties jettent sur tout le récit une
(I) V. celte Revue, 1893, p. 2i8. iouwe parut dans Flora ea 1796,
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THÉOPHILE CONRAD PFEITEL 361
intensité de vie qui a Hù le rendre bien CHpIivnnt pour Ic-s
contemporain», puisqu'il nous inspire encore aujourd'hui un
^rand inti'-rât. Théodore, après s'être dtstinjfué ii Jemmapcs,
fuit & l'ennemi devant une mutinerie de ses soklals. Ses
odyssées en Suisse, où il cherche à entrer en rapports avei;
son père qu'il ne réussit qu'à compromettre et à faire arrêter,
et oii il rencontre Gilbert qui lui apprend cette triste nouvelle,
rappellent certainement ce que Uérando et Camille Jordan
ont dit raconter h Pfeiïcl de leur fuite et de leurs aventures
dans ce pays. Le baron va larij^uir dans une prison de
Paris, od il tombe malade et où Louise s'apprête k le rejoin-
dre, lorsqu'arrive la nouvelle de sa mort et l'ordre de confis-
quer ses biens.
Le récit est trop long puiir pouvoir litre détaillé ici ; il nous
suffit d'en avoir donné une idée et de faire nailre le désir de
le connaître tout entier. Même une analyse plus iléveloppée
n'en remplacerait pas la lecture et en afTaiblirait trop les
réelles beautés. Le mariage de Louise, le' retour de son frère,
la vie Et le bonheur qui renaissent sur les ruines accumulées,
tout cela forme un tableau ravissant, où l'imagination allie
dans un heureux mélange les vives couleurs romantiques aux
teintes austères de l'histoire réelle.
Les Fragments qui suivent nous apprennent le séjour di-
Gilbert k Casse! pendant la guerre de Sept ans ; il y épouse
In fille d'un riche négociant, morte après quelques semaines
■A peine de mariage et dont, pendant la Révolution, il retrouve
la sœur, épouse du pasteur d'une des communautés hugue-
notes d'Allemagne.
P. 168. Charibert et Adelgunde, légende d'aulrefoù,
rattachée k l'histoire du couvent d'.AIspach fondé à deux Kil.
de Kaysersberg, ii la lin du dixième siècle, par le comte
d'Eguisheim pour des llénédiclins et vendu aux C.larisses de
Kientzheim en 1282.
Le sujet est celui de la ballade de Schiller Le rhevalier de
Toggenburg.
I'. 181. l'our servir à l' histoire dex xoiiffrnnre» lie l'hu-
manité. Exlrail d'un inédit fronçais. Les lecteurs ih CPtte
Kcvue connaissent Uéjii, par l;i correspondance d'Aug. Périer
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362 RBVUB n'ALSAOt
(1895 p. 227) l'émouvante origino de <!et authentique souve-
nir révolutionnaire, dont l'h^roTne eft présentée comme
l'Huteur df. la petite allégorie interualée dans le récit (P. 901-
304) aous le titre de Leg petUet tourceê.
(A tuivre). Tu. Scwsll.
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HISTOIRE
DB LA
VILLE & DU BAILLIAGE DE SOULTZ
Suile (1)
Au commencement de ce siècle {1808j, le gouvernement 01
une enquête sur l'uBure ; elle mit il jour les agissements de
plusieurs juifs de Soultz. L'un deux avait eu la spécialité d'ac-
caparer toute la vaisselle d'étain, le luxe de table des bour-
geois d'alors. La pénurie d'argent les ror;ait à le lui donner
en gage pour la moitié de sa valeur et comme souvent on ne
pouvait la dégager au terme Tixc', la vaisselle demeurait la
propriété du juif. C'est ainsi que la vaisselle d'étain de notre
bisaTcul a passé entre les mains du juif Bloch.
Comment s'étonner alors que, détenant des hypothèques
sur presque tous les biens du cultivateur, d'où il s'arroge le
droit de se mêler jusque dans les alTaires intimes de la famille,
le mariage des OUes, l'instruction industrielle des garçons,
comment s'étonner que lejuif n'inspire à ses débiteurs qu'une
hainecontenueentempsordinaire.maisquise manifeste à cer-
tains moments par de violents éclats I
C'est ainsi qu'en 1848 encore, à la nouvelle des événements
de Paris, une grande eiïervescence se produisit contre les
Juifs, parmi les paysans de Sundgau, et, sans l'intervention
de la force armée, le pillage de Durmenach se serait étendu
Ji tout le pays.
(1) Vay. RemieimS, p.p m^SOi; 1894, p.p. ei-210-334; 1895,
p.p. 57-Î31-437; 1896 p.p. 208-248 ;i8»7, p.p. Î97-30»; 1898, p.
360.
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3^4 REVUK d'illsace
Le juif peut prélexter pour son excuse le pégime exceplion-
nel, absurde et oppressif auquel le muyen Age l'a si loDglerapa
soumis; mais voici un siècle qu'il est rentrt^ dans le droit
uominun, qu'il est régal des autres citoyens devant la loi et
l'Etat, que toutes les professions lui sont ouvertes ; il n'a plus
de raison pour former une race ù part, ennemie de celles au
milieu desquelles il vit.
Quand les juifs revinrent à Soultz, après la guerre de
Trente-Ans, ils établirent leur temple dans une maison située
au fond d'une impasse, entre la rue des Juifs et celle des
Vignerons. .Après la Révolution la communauté Israélite, qui
ne comprenait en 1788 que dix familles, s'augmenta rapide-
ment. IjC temple devint insuffisant. Ils acquérirent la maison
située au fond de la rue des Bouchers, sur le passage dit
Hœlle, ancien béguinage qui faisait partie des biens de la ci-
devant confrérie de Sl-Sébastien. Aujourd'hui ce bâtiment
sert d'école Israélite, de logement aux préposés du culte et de
liaioB pour les femmes. Une vaste synagogue a été construite
en 1837, ii coté de cette maison et a été inaugurée en juillet
1838. La communauté Israélite de Soullz comptait en 1880,
trois cent cinquante membres.
Fortifications «t mors d'onceiote de la Tille
La construction d'un mur de fortification autour de Soullz
fut le point de départ de la transformation de cette localité
en ville. Nous avons vu que cet événement eut lieu vers 1270.
On peut encore parfaitement reconnaître le tracé de cette
première enceinte ; en effet la ville ne s'est guère agrandie
depuis. Alors déjà, l'enceinte englobait le château, l'église
paroissiale et la chapelle des Cisterciens, or ces trois monu-
ments lui sont encore aujourd'hui contigus.
L'emplacement de la ville de Souitz présente à peu près la
forme d'une demi lune. Elle est assise sur la rive droite de la
rivière de Himbach, qui prend 'a Soullz le nom d'AIlbach et
sépare la ville de la colline du Kleinberg et du faubourg.
11 est probable que l'enceinte fut double d&s l'origine, ainsi
qu'on en peut conclure par un acte du 7 octobre 1317, par
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La ^LB et te BAII.LtAQR DB SOULTZ 36S
lequel les moines cisterciens donnent en emphythéose à
Dornberf de Souitz, procureur de la cour de BAle, unam
domum titam inter mœnia oppidi in Sults, prope portam
f/ui itur versus Geioilr. (1)
Les deux murailles couraient h peu près pamllèlemenl l'une
k l'autre; chacune avait un fossé extérieur et était revêtue
inti^rieurement d'un rempart en terre, avec talua en pente
vers la ville. Les murailles avaient environ dis mètres de
hauteur sur deux à (rois pieds d'épaisseur et le rempart cinq
mètres de haut. Les murs étaient perces de deux rangées de
meurtrières, l'une au ras du rempart, l'autre plus élevi'e que
hauteur d'homme et l'on y parvenait, sans doute, parune ga-
lerie en bois dont le plancher était nu ni venu des meurtrières.
Les o-én eaux qui couronnaient la muraille étaient alors ï hau-
teur d'homme. Les fossés avaient dit à quinze mètres de
largeur et environ quatre de profondeur.
Du coté de la montagne, le rempart extérieur suivait le cours
d'Allbach qui lui servait do fossé, .i partir d'une tour ronde
placée au sommet d'un angle près le pont dit Langebruck (i) .
Cette partie est flanquée par une seconde tour ronde, accolée
aujourd'hui h la maison Beizung, puis par une petite tourelle
hexagonale placée près du Grabenwahl. Non loin de ce point
le rempart va rejoindre celui du château, auquel il s'unit
sans transition. En ce point de la muraille on remarque des
meurtrières disposées pour le tir oblique aflo de défendre
l'accès de la poterne du château, dont on remarque l'arcade
ogivale murée depuis le XV1« Siècle. Près du point oA la
muraille de la ville quitte de nouveau celle du château, on
voit la bouche de l'égout qui servait de déversoir au fossé
intérieur du château. Le rempart rencontre peu après, tou-
jours en suivant la rivière, la route de Guebwiller. Là il y
avait une porte dite SpUalthor, à cause de la proximité de
l'hApital. Les traces du rempart se perdent ici, mais il est
(1) Trouillat. Mon. hist. de l'év. de UAIt^, 111 p. 703.
(2) Ce pont est établi sur le canal et la rivière avant leur entrée
dans Souitz. sur le chemin qui va de l'Oberlbor vers le vignoble du
Klein berg.
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366 BSVns n'ALSACK
probable qu'il longeait encore la rivière jusqu'à l'ancien
abattoir, puisqu'il allait rejoindre obliquement la muraille
encore visible derrière l'ancien presbytère. On peut suivre
cette dernière avec son fossé jusqu'à sa rencontre avec la
route de Bollviller.-Là se trouvait une porte appelée Feld-
thor déjà dans un titre du 22 février 1287 (apud portarn
Sulse que dicilor VeUetor (i).
A partir de cette porte le rempart extérieur est encore occu-
pé par la promenade dite Feidgraben (2), Elle présente deux
angles saillants obtus, l'un à la hauteur de la maison Wein-
zsepfel, l'autre à l'ancienne maison de tir. Après sa rencontre
avec la route de Wuenheim, où se trouvait la porte haute
(Obet'thor'i, la muraille va rejoindre en ligne droite la tour du
pont dit Langebruck. Les fossés qui défendent tout ce parc
de muraille pouvaient être inondés par un canal dérivé
de la rivière près du Zipfelmuhl et qui va de nouveau rejoin-
dre l'AIlbach derrière l'église.
L'enceinte intérieure était distante en moyenne de vingt-
deux mètres de la première, A partir de la porte haute elle
contourne la propriété de M. de Waldner, laissant entre elle
et l'enceinte extérieure, lecanalet le chemin dit Bachgraben.
On le suit parfaitement jusqu'à la maison Lach .Arrivée derrière
lasynagogue.elle passe sous fa maison d'école Israélite où l'on
remarque un chemincouverlappe1éif<p/^e. Cette construction
semble avoir été primitivement une sorte de castel oapropti-
gnaculum. On y voit de longues meurtrières et plus bas les
corbeaux qui soutenaient la galerie supérieure en bois. De la
maison Lach, la muraille passe derrière la source minérale
près de laquelle une poterne, dont on voit encore l'encadre-
ment dans la muraille, donnant accèj au rempart extérieur et
à la tourelle hexagonale.
Puis le mur contournait le château, qu'il séparait de lu ville
en laissant une grande porte de communication. On remar-
que encore le rempart intérieur derrière la maison Kageneck
(fabrique Kusmanl), puis il se perd et on ne le retrouve que
(t) Ti'ouillat, loR. cit. II p. Ui.
{i) Cette promenade est ombragée de lilleula qui ont été plantés
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La villb bt ls BAiLUiàs db sooltz 36?
derrière la maison KrafTt, k parlir de laquelle il se voit de
nouveau sans interruption parallèlement au rempart extérieur
juBqu'ti la Feldthor, puis le long du Feldgraben jusqu'à
rOberthor. Cette partie est de nouveau mieux fortifiée.
Remarquons d'abord, en arrière de l'enceinte, dans la rue du
Temple, une maison appelée Heidentempel, mais qui, par sa
forme carrée, par ses angles appareillés en bossage, par l'é-
paisseur de ses murs qui atteint trois pieds, ne peut qu'avoir
appartenu h un édifice militaire. Ce devait encore être un
propuguaculum destiné îi défendre la Feldthor. Le mur d'en-
ceinte intérieur est lui-même flanqué par deux tours, la pre-
mière, appeléetourverte, a été raséedanssa partie supérieure
en 180S et complètement détruite vers 1866 ; l'autre, qui est
hexagonale, est appelée tour des Sorcières, elle se trouve à la
hauteur de l'ancien tir ; entre les deux près de ta maison
Weinzœpfel on voit les restes d'une poivrière. Le fossé qui
défend cette partie de l'enceinte fut donné, par un acte du 31
mai 1303, en emphylhéose, aux moines cisterciens, dont il
longeait la chapelle et ses dépendances. Ceci d'autant plus
facilement que les moines l'avait augmenté et amélioré h leurs
frais et qu'ils promettaient de le revêtir d'un mur à l'inté-
rieur (1).
Dans cet acte la tour des sorcières est ainsi désignée : pro-
pugnacutum quod vocalur Jt/eggentornes Wichus (2). Cette
tour était déjh en ruines au siècle dernier ; elle fut rasée
jusqu'à la hauteur des remparts en 18(fê puis aliénée à un
particulier.
Tous ces prés étaient inondés par un canal dérivé de l'Alt-
bach au pont dit Laugebenck. Us sont aujourd'hui aliénés à
des particuliers ou donnés en jouissance h l'hApital. Au siècle
dernier ils étaient déjk alTermés.
La commanderie de l'ordre de St Jean, situé à la porte de
Guebviller, était elle-même fortifiée et n'avait pas élé com-
prise dans l'enceinte primitive de la ville. Comme la présence
(1) Trouillat, loc. cit.
(2) Wicbua ou Wig-hus, an, caatnim, castellum, suirant le
glossaire de Wachter, désignait une vigie ou tour d'observation.
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3n8 RBVCB D ALSACB
de cette fortification îi la porte de Souitz, pouvait constituer
un danger pour cette dernière et que, d'un autre coté, pliisifurs
habitations avaient étr^ construites en face de la comniandcrie,
il fut jug<^ nécessaire d'englober aussi ce faubourg dans une
enceinte et de la rattacher au corps de la place. Celte cons-
truction eut lieu vers 1328, car il existe daos le cartulairc de
la commanderie un acte du samedi après St-Matbiou de la
dite année, qui contient un accord entre l'évoque de Stras-
bourg et le magistrat de Soullz d'une part, et les chevaliers
de l'ordre de Sl-Jean d'autre part, au sujet de cette fortilica-
tion. II y est dit que la ville ayant résolu pour plus de sâreté
de comprendre dans son enceinte le faubourg et la comman-
derie, les chevaliers devix)nl,en conséquence, laisser entrer
dans leur maison quiconque y sera envoy<'' par la ville pour y
loger, s'y défendre et y veiller, si elle en voit la nécessité. Il
sera permis aux chevaliers d'avoir une porte avec un pont
BÙr le fossé pour aller dans leurverger, a condition qu'ils en
livrent les clefs au conseil de la dite ville, si elle en voit le
besoin. Il sera également permis k la ville d'établir sur Ifs
toits de la commanderie, en cas de besoin, des poivrières et
autres constructions défensives.
L'enceinte du faubourg ne se composa que d'un mur défen-
du par un fossé ; elle partit du point où la première enceinte
de la ville joint celte du chAleau, pri^s de la bouche d'égoùt
des fossés. Elle longea la commandière en ligne droite, enire
celle-ci et le verger qui en dépendait et qui communlquaienl ,
parla porte dont il a été question, placée entre deux grandes
tours carrées. De \&, l'enceinte faisait un angle droit pour
contourner la commanderie et arrivait il la route de Gucb-
viller où il y avait une porte de ville. Elle lonlînuaitensuite,
toujours en ligne droite, Jusqu'il une tour ronde qui se voit
encore dans la propriété d'Aiithès (l|. On voit )i la base de
cette tour des embrasures pratiquées ultérieurement pour le
tir de l'artillerie. Au-dessus il y n une rangée de meurtrières
pour le tir à l'arquebuse, le couronnement crénelé est un
pastiche moderne. La muraille allait de \h rejoindre l'enceinte
(I) Toiile retio partie de la muraille est auJiinrJ'hiii déuiulie
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LA VILLB R LK BAILLIA.ÛB BB SOrLTE 369
de la ville derrière l'église. A quatre-vingt-dix mètres environ
de la première existait une seconde tour ronde, démolie en
1868 pour permettre l'accès de la gare. Elle était placée entre
les deux arceaux par lesquels le canal et la rivière sortaient
Je la ville. Exactement entre les deux ponts on voit les mon-
tants d'une large porte, c'était la Matlenlhor, condamnée en
1525, seloQ H. KdoII, pour avoir Tacilité l'entrée de la ville
aux paysans révoltés.
Une note, insérée dans le livre des extaoces de la ville de
Souitz, mentionne que la porte de Guebviller fut reconstruite
en 1S96 et comme il y avait peu de fonds de réserve, on y
employa une somme de 70 livres provenant d'une rente due
k la ville et que l'on venait de racheter.
Comme il y avait deux enceintes, chaque porte de la ville
était double sauf celle de Guebviller percée dans l'enceinte du
faubourg ; en avant du pont qui relie celui-ci k la ville, il y
avait une fausse porte sans gardes. Les portes extérieures
étaient de simples arcades surmontées d'un mâchicoulis.
Elles étaient munies d'une herse etd'un pont-levis. Les portes
del'enceiote intérieure.étaient dominées par une tour carrée
bfltie sur deux arceaux. L'arceau intérieur se fermait par une
porte k deux battants en bois, l'extérieur par une hersc précé-
dée d'un pont-levis. De petits b&timents servant de corps de
garde et de logement pour le portier, étaient accolés à la tour.
Ces portes entravaient beaucoup la circulation, elles furent
démolies en 1805. En 1822, pour faciliter la surveillance et
maintenir l'ordre public, on construisit des grilles ou barrières
avec un bfltiment de garde pour le portier, aux portes de
Bollviller et de Guebvilleri cette dernière fut déjà enlevée
vers 1868, l'autre l'a été en 1881 .
Il est il remarquer que dans la construction de ces fortifi-
cations on s'est attaché surtout à la défense de la ville du
côté de la montagne. C'était le cdté le plus exposé dans la
tactique imposée par les armes de cette époque. Non seule-
ment l'enceinte extérieure est flanquée de tours qui battaient
le fossé, mais le rempart intérieur est muni d'une casemate
avec propugnaculum, et le ch&teau formant citadelle renfor-
çait encore cette partie. Les fortifications imposantes de la
commanderie donnaient aussi un puissant appui sur l'un des
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370 uvui d'alsack
flancs, tandis que de l'autre cAté les moulins, établis hors de
la ville le long de la rivière et qui eux aussi étaient fortifîési
formaient autant de redoutes qui arrêtaient l'ennemi. Du
côté du sud, l'enceinte intérieure seule est f1anqué£ de tours
et il semble que le rempart extérieur ait été élevé postérieu-
rement.
Du cdté de la plaine, l'enceinte ne présente d'autre point
d'appui que l'église du haut, de laquelle on faisait le guet et
d'oij l'on pouvait lancer des projectiles sur l'ennemi. Il y avait
encore de ce coté les deux petites tours du faubourg, mais
elles servaient plutôt à la défense de la Mattenthor. 11 est
vrai que les prés et les ramillcations de la rivière forment de
ce coté un marécage propre b gêner considérablemeni les
mouvements de l'ennemi.
HUice bourgeoise
Nous avons déjà dit que la défense de la ville était conlit'e
aux bourgeois eux-mêmes, organisés en milices soua le com-
mandement du prévôt. Leur chef supérieur était le bailli qui
avait sous ses ordres toutes les milices du bailliage qui
devaient concourir éventuellement à la défense du ch&teau.
Tout bourgeois deSouItz et de Wuenheim devait se procurer
un harnachement de guerre k ses frais et le tenir en bon étal,
ne le prêter k personne, ni le vendre ou mettre en gage sous
peine de 5 livres baiotses d'amende payables par chacun,
vendeur et acheteur (1).
En outre des gardes de nuit, du guetteur de la tour de
l'église, et des portiers aux portes de la ville, ces dernières
étaient gardées pendant le jour par les bourgeois, h tour de
rôle. Ceux qui avaient été désignés pour la garde devaient se
rendre à leur poste dès que la cloche de la pone avait tinté
le matin et y rester jusqu'à ce que cette porte fut de nouveau
fermée sous peine d'une amende d'une livre denier (2).
Sous la domination française la ville de Soultt fut mainte-
(1) Livre des s«rment3.
(3) Ibidem.
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SOtLTZ 371
nue comme place forte de l'Etat et la garde en fut donnée à
un ancien officier, appelé lieutenant du roi. Cet oITicier devait
veiller à ce que nul dommage ne fut apporté aux fortiflcalions.
Quand aux milices bourgeoises elles furent maintenues pour
la garde de la ville en temps de paix; elles furent même
réorganisées par le maréchal de Contades, commandant de la
province. Une ordonnance fut rendue en conséquence le 4
novembre 1762. Elle prescrivait à la milice de fournir chaque
jour, il midi, six hommes et un sergent qui devaient se rendre
armés de pied en cap sur la place. Le sergent devait s'y
trouver le premier; armé d'une lance et d'un eabre, il condui-
sait ses hommes au corps de garde pour relever la précédente
garde. Une sentinelle était placée & chaque porte, elle était
relevée toutes les deux heures en hiver et toutes les quatre
heures en été. La garde faisait aussi te service de la police
dans la ville et fournissait des patrouilles qui parcouraient
les rues la nuit d'heure en heure. Tout bourgeois et habitant,
à quelque rang qu'il appartint, devait obéissance a la garde
et lui prêter main forte en cas de besoin. Le sergent, en
quittant sa garde, devait en rendre compte au bailli, ou en
son absence, au prévôt, ou au bourgmestre. Les bourgeois et
habitants étaient tenus de faire leur garde en personne, à
moins de raison grave, et dans ce cas ils devaient fournir un
remplaçant accepté par les autorités et le sergent. En 1762 la
milice bourgeoise se composai! de 13<) hommes divisés en 39
sectionsde six hommes etun sargent. La milice bourgeoise fut
réorganisée en garde nationale le 2 afiut 1789. Le 29 nov. elle
fut convoquée et mise sous les ordres du commandant
Wemer, chevalier de S' Louis, ancien capitaine du régiment
de Lamarck, mais celui-ci donna sa démission le 28 février
1790 et fut remplacé par Laurent Neef, ancien capitaine de
hussards, major breveté. Le 27 septembre 1790 la garde
nationale de Soullz se composait de 695 hommes, parmi
lesquels 178 hommes non mariés âgés de 18 ans. Ils reçurent
leur drapeau le 22 janvier 1792 en l'église paroissiale; la céré-
monie fut faite par le curé constitutionnel Moguntz Le 20
décembre, elle fut armée de piques, en remplacement de ses
armes qu'elle avait dft livrer à l'année active. Nous ne suivrons
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372 RBVtK D ALSACE
pas plus loin celte milice qui fut plusieurs fois dissoute et
réorganisée dans le cours de ce siècle.
Compagnie d'arquebasiers
II y avait & Souitz une compagnie d'arquebusiers dont l'ori-
gine remonte au moins ru 16" siècle. Son lieu de réunion et son
champ de tir étaient dans le fossé à gauche de la Feldthor, en
sortant. Ce terrain est encore appelé Schutzenrain. La compa-
gnie jouissait de certains revenus qui étaient destinés k l'achat
de prix pour encourager le tir. Le magistratavait le privilège
du tir à l'arc, c'était l'exercice de l'aristocratie. Elle s'exerçait
sur une place appelée Bogenrain, dont l'entretien était à sa
charge (1).
En 1566, par lettre imprimée, scellée du sceau de Harx
Kunenberger prévôt, la ville de Souitz invita celle de Mulhouse
k concourir pour le tira l'arbalète, pour lequel le commandeur
de S' Jean, Conrad de Schwalbach, le noble Ulrtc Théobald
de Schauenbourg, seigneur de Junghiotz et les frères Baltha-
sar et Christophe de Baden, avaient donné chacun 10 Horins
en prix. La distance du tir était de 260 pieds.
En 1578, lavillede SouUz invite encore celle de Mulhouse à
concourir k l'arbalète, en 18 coups, pour un prix consistant en
un banc portant une couverture de l'Inde (Lindischen Decket)
et deux écus d'or. Le tout valait environ 10 Qorins (2).
En 1700, la compagnie d'arquebusiers touchait de la ville
une subvention de 6 livres 13 sols 4 deniers Elle fut suppri-
mée à la Révolution et ses biens furent vendus comme biens
nationaux. Ses derniers chefs furent Caspard Bouillon et Jean
Meyer, nommés le 24 mai 1790 en remplacement des nommés
Larger et Bonach (3).
Une Société de tir fut organisée au cours de ce siècle; elle
faisait ses exercices dans le fossé extérieurdu Feidgraben. La
(1) Arch. de Souitz. Transaction de 1743.
(2) Chem de Mulh. Mieg de Mulhouse p. 317.
(3) .\rchiTes de Souitz, passim.
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LA VILU ET LB BAILLIAGE DU SOITLTZ ^7^
iraison de tir, doot les ruines se voient encore, en face de la
tour des sorcières, a été incendiée vers 1866. Depuis ce temps
la société a cessé d'exister.
Organisation contra l'incendie
Il est un fléau aussi terrible que l'ennemi, c'est le feu, et la
ville prit de bonne heure des mesures pour le combattre.
En 1578 nous trouvons dans l'ordonnance pour la réception
des bourgeois, que tes récipiendaires devaient fournir un
seau k feu. Mais en 1663, selon la Chron. als. miracul. (1),
un violent incendie avait menacé de brûler toute la ville et
celle-ci n'avait échappé que par miracle, quand le magistrat
eut fait faire la procession avec le St Sacrement. Ne voulant
pas tenter Dieu, le magistrat élabora, en 1696, une ordonnance
pour le service en cas d'incendie. Cette ordonnance fut renou-
velée en 1751 et le 6 juin 1763. Aux termes de cette dernière,
tout habitant de Soultz devait, au premier coup de tocsin, se
rendre sur la place ou sur le lieu de l'incendie pour y recevoir
les ordres des préposés et y accomplir son devoir, sous peine
de 10 écus d'amende et de la perte des droits civiques.
Les gens de Wuenheim étant co-bourgeois devaient accou -
rir également. Chacun devait remplir ses fonctions et exécuter
les ordres rej^us, après s'être humblement recommandé Ji la
protection du Dieu tout-puissant, h l'intercession de sa très
sainte Hère, des SS. Maurice et Georges, protecteurs et patrons
de la ville.
Le meunier de la Zjpfelmuhl devait, au premier coup de
tocsin ou à la première réquisilion du portier de l'Obertlior,
arrêter son moulin et diriger toute l'eau dans la ville par le
fossé ditFènergraben. Ce fossé devait être ouvert deux fois
par an, en octobre et en mai, à la diligence du twurgmestre
qui en était responsable.
Dès que le tocsin annonçait un incendie, un homme de la
garde, le jour, et deux la nuit devaient venir [i-.trouiller
(I) Publiée par Arih. Benoit dans Rev. d'Alsace 1874 p. iU.
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374 RBVUB d'alsace
autour de l'église pour veiller b ce qu'il n'y soit roiDmis ni
vol, ni sacrilège. Le bedeau ne devait pas quitter l'église et
sonner le tocsin dès qu'il en serait requis, sans autre autori-
sation. Cependant il devait aussitôt en faire avertir le bailli
ou le piévot.
Les préposés, dès qu'ils entendaient le tocsin, devaient éga-
lement accourir sur la place ou sur le lieu du sinistre et
prendre les mesures nécessaires pour le combattre.
Dès qu'un incendie éclatait la nuit, tout habitant devait
suspendre une lanterne allumée dcrant sa maison, sous la
peine précitée. D'autre part deux bourgeois désignés allu-
maient les onze torchères fixées en difTérents points de la ville
contre les maisons. Le receveur devait veiller k ce qu'en tout
temps, ils soient munis d'une quantité sulTisante de poix afin
de n'en point manquer. 11 devait, avec le collecteur des amen-
des, veiller k l'entretien et. à la réparation de ces torchères et
les visiter chaque année dans la semaine sainte. D'autres
torchères étaient portées k la main par le maître fontainier et
les valets de tribus, afin de diriger l'eau convenablement Le
bourgeois, Georges Studler, était désigné avec vingt-quatre
hommes pour le service de la nouvelle pompe k incendie;
Maurice Laucher et douze hommes pour celui de la vieille.
Onze hommes devaient porter l'eau avec des hottes dans la
nouvelle pompe, et huit dans la vieille. Ils étaient tenus
d'emmener leurs domestiques, leurs fils et apprentis pour
aider & porter l'eau. Ils étaient commandés par les gourmets.
Sept hommes étaient chargés des échelles et quatre des crocs
qui se trouvaient à l'hâtel de ville. Ils étaient commandés par
le plus Agé des membres de la tribu Tiergarten, autant
d'hommes étaient chargés des échelles et crocs de la tribu
haute et ils étaient commandés par le plus âgé des membres
de celte tribu. EnQn, il y en avait autant commandés par le
second de la tribu Tiergarten pour les échelles et crocs de
de cette tribu. Les maçons, tailleurs de pierre et charpentiers
devaient arriver sur le lieu du sinistre avec leurs haches et
marteaux, soit vingt-deux hommes commandés par Jean
Hodel et ils ne devaient enfoncer et abattre les maisons que
sur l'ordre' des autorités. Les membres des tribus étaient
chargés de veiller à ce qu'il ne se commette aucun vol et porter
les ordres des magistrats.
La garde et la patrouille dans la ville, étaient assurés pen-
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LA riLLIt ET L8 BAILLIAOB DB SODLTI 375
dant l'incendie par vingt personnes, divisées en deux sections
commandées par les procureurs du conseil. Les portiers
devaient fermer les portes de la ville, à l'exception des petites
portes et ne laisser personne transporter quoi que ce soit hors
de la ville pendant l'incendie, aflnd'éviter tout vol. Et comme
il n'y avait pas suffisamment de seaux pour porter l'eau,
chacun devait apporter un baquet ou cuveau et tous ceux qui
se trouvaient k moins de cent pas de l'incendie, devaient mettre
des cuves & vendange et des cuves k lessive devant leurs
maisons et les tenir pleines d'eau.
Afin que personne n'en ignore, cette ordonnance était lue
tous les trois mois devant la bourgeoisie assemblée dans les
deux tribus et deux fois par an, les engins et matériel étaient
essayés sur la place le premier mai et le premier dimanche
d'octobre, après te service divin. De plus ceux qui amèneraient
la première pompe sur le lieu de l'incendie, recevraienttrois
livres de gratification et ceux qui amèneraient la seconde 30
sols (1).
Après la Révolution on créa k Souitz une compagnie de
pompiers qui existe encore, comme dans les autres localités.
Juridiction haute et basse
L'empereur Wenceslas avait ac<'ordé en 1365, k ceux de
UulTach et du Mundat, le privilège de juger sans appel; ce
privilège qui se trouvait aux archives de Rouiïach fut renou-
velé par les empereurs Sigismond et Frédéric 111 (2), Il ne
s'agissait, sans doute, que de la bassejuridiction, caria haute
a toujours appartenu & l'éréché. La première instance se
faisait devant le grand bailli de KoufTach, la seconde à l'ofit-
cial uu Régence de l'évéché, qui résidait d'abord à Strasboui^
et après la Réforme h Saverne. La Régence de Saverne
connaissait, lorsqu'il y avait nombre de sept juges, de tous les
difTérends, les terminait en dernier ressort quand il n'était
(1) ArchÎTea de Soulti.
(2) SchœpQin, Ali. iti.lp. :
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376 RBVOK d'alsacb
quesUoD que de la somme de 500 livres et ce qu'elle ordonnait
était exécuté par provision Jusqu'à la somme de 1000 livres,
sauf l'appel au Conseil souverain d'Alsace qui connaissait des
procès où il s'agissait de plus grande somme. ËoSn, ce dernier
recours pouvait avoir lieu au Conseil d'Etat sous la domination
des rois de France (1). Hais rien n'était plus confus et moins
bien délimité que la compétence de ces tribunaux ; car, dans
tous les procès, nous voyons les avocats et procureurs commen-
cer par discuter li compétence du tribunal où l'affaire était
portée, et cette compétence n'était reconnue souvent qu'après
d'interminables débats.
Les diiïérends entre nobles se réglaient, au moyen Age géné-
ralement, par le droit du plus fort, jusqu'à ta création des
tribunaux d'Empire. C'est ainsi que la querelle entre Soultz
et le seigneur de Jungholtz, après des voies de fait, fut réglée
en 1505 par un tribunal arbitral présidé par le landvogt de
Ribeaupierre.
Quand il s'agissait d'un crime, l'instruction était faite par
le bailli ou à son défaut par le prévôt, assisté du greflïer et du
procureur fiscal, les huissiers ou sergents étaient chargés de
s'emparer de l'accusé et de le mener dans les prisons de
Soultz, puis, sur l'arrêt rendu par le grand baillià la suite du
rapport instructif, l'accusé était tranféré à RoufTach où il était
soumis à la torture pour en obtenir l'aveu complet de son
crime. Après le jugement qui était prononcé par des juges
commis par la Régence de l'évéché, s'il élait reconnu coupable,
il subissait sa peine dans la localité où le crime avait été
Lorsque le coupable était en fuite, on afTichait aux portes
de l'église une assignation k coraparattre avec ordre de s'en
emparer à quiconque le trouverait. II existe aux archives de
Soultz une semblable affiche datée du 24 avril 1662, scellée
par l'évèque Léopold Guillaume et sommant le nommé Wolff
Dietrich Raùch, accusé d'assassinat commis à Soultz, de se
présenter devant les tribunaux et enjoignant quiconque le
découvrirait de le dénoncer et de l'arrêter.
{1) Règlement royal de 1683.
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Lt VILLB BT I.B BAIUIAOB DE SOULTZ 377
Quand un criminel était pris sur le territoire d'une autre
juridiction, il pouvait être extradé, car l'inventaire des titres
des bailliages de l'évéché, enregistre en lâ71 une reversale de
la Régence d'Ensisheim pour raison de l'extradition d'un cri-
minel arrêté et détenu dans les prisons de Soullï.
Le grand bailli avait seul le droit d'appliquer la torture à
l'accusé. Les peines infligées au coupable étaient variées
selon le crime. Le meurtre, l'assassinat, le vol qualifié étaient
punis de la pendaison. Le gibet se trouvait sur la route natio-
nale, au point où les bansdeSoultz, d'IsenheimetdeRaeders-
heim se Joignent. Le corps restait suspendu jusqu'à ce que
les oiseaux de proie et les bétes fauves l'aient dévoré et
dispersé ses ossements. L'infanticide était puni avec la
dernière rigueur et les malheureuses mouraient souvent dans
les tortures les plus rafTinées (1). Pour le crime de lèse-
seigneur, le coupable était passé par les armes, l'espionnage
et la trahison étaient punis de l'écartèlement. Le faux-
monnayeur était bouilli. Le crime de sorcellerie était puni
par le bûcher (2). Les injures au magistrat, les coups et
blessures, les délits de chasse, le larcin, la banqueroute étaient
punis de prison du pilori (3) ou d'amende. Les mauvaises
mœurs étaient punies d'amende, du bannissement, de fustiga-
tion onde peines souvent plus indécentes que le crime qu'elles
punissaient. Les mauvaises langues devaient porter une pierre
suspendue au cou avec un lien de paille, dit la tradition. Cette
pierre existe encore ; elle est suspendue contre le pilier k
l'angle Sud-ouest de l'église paroissiale, et représente une tête
de Méduse sculptée sur une sorte de cul de lampe deO^^SS de
long sur 0" 19 de large et de haut. Elle pèse enviroa treize
Icilogr.
Une grande latitude était laissée au juge dans l'application
de la peine et du supplice. Aussi l'arbitraire élait-il une plaie
dans la juridiction ancienne. La monarchie française y apporta
(1) Voir Hercklen, Hist. d'EusÎBlkeira.
(2) Tons les biens des suppliciés revenaient au seigneur (Urbaire).
(3) Le pilori, der Stock, éUit inaiallë à Soullz derant l'égliw sur
la place du marché.
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378 BBvuK s'alsacb
quelques réformes. C'est ainsi que la pendaison ou le fusille*
ment furent seuls maintenus comme peines capitales. La tor.
ture fut abolie par Louis XVI. Mais la Rérolution seule parvint
à amener la procédure actuelle qui présente encore bien des
défauts.
L'exécuteur des hautes œuvres pour tout le Mundat résidait
à Rouffach, siège du tribunal criminel. 11 se déplaçait éven-
tuellement pour les exécutions.
Les chroniques ont conservé le souvenir de quelques exécu-
tions.
En 1276 on fit bouillir ou brûler un faux-monnayeur,
domestique du seigneur Jean de Jungiioltz (Cbron. des dom.
de Colmar et des Franc, de Thann).
Vers 1490, lors de la guerre de Souitz contre les Waldner,
deux individus furent écartelés par les gens du Mundal,
comme coupables de trahison. A la conclusion de la paix il
fut ordonné que les membres de ces malheureux, qui étaient
restés suspendus aux portes de la ville, seraient détaché»,
réunis et ensevelis honorablement (Chron. Thann).
Le 31 déc. 1527, MarquartNériot, bourgeois de Soullz, fut
fusillé comme auteur principal de la rébellion de cette ville
dans la guerre des paysans (Chron. Guebw.)
En 1589, on brûla six sorcières à Soullz, mais la Chron. de
Thann qui rapporte de fait ne donne aucun détail ni sur les
personnes ni sur la procédure.
Le 1" avril 1720, une servante de Porrenlruy, qui servait
chez la femme Kramer de Souitz, tua son enfant dont elle
était accouchée depuis 14 Jours et cacha le petit cadavre sous
son lit. La femme Kramer le découvrit, la flile fut arrêtée et
conduite îl l'bâpital. Le 27 elle fut condamnée par la cour de
Saverne a être pendue et son corps k rester suspendu au gibet
deux heures durant. Le jugement fut confirmé par la cour de
Colmar et l'exécution fut remise au30. Comme tout était prêt
et que beaucoup de monde était venu pour voir ce spectacle,
on apprit que la Qlle avait disparu avec l'aide de quelques
soldats masqués et le chroniqueur ajoute plaisamment:
Werden also die Sultzer hinfûran niemandt mehr henc-
khen oder tie haben ihn dann. (Chron. Guebw.).
Le 7 déc. 1349, Jacques Becklin, grand bailli de Rouiïath
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LA VILLB BT LB BAILLIAGE DK SOULTZ 379
et Jacob Zùndt, bailli de Soultz condamnent & une aineode de
quatre-vingt couronnes d'or, le nommé Peter Crumiein,
bourgeois de fjouitz, coupable d'injures envers le conseil de
cette ville (1).
Le registre de dépositions des témoins aux archives de
Soultz, et qui va de 1590 à 1593, conlient peu de faits intéres-
sanls. n y a des dépositions pour différentes alTaîres civiles
et quelques crimes. Lea unes, datées du 6 février 1590, se
rapportent à une querelle, avec coups et blessures, qui avait
surgi entre un aubergiste de Soultz et un compagnon charron.
D'autres dépositions du 2 mars 1690 ont trait à une querelle
survenue entre un bourgeois de Soultz et un Reiter dans une
auberge de Soultzmalt. Les bourgeois ayant pris fait et cause
pour celui de Soultz, une bataille avait été engagée contre les
lleiters, et l'un d'eux avait été tué. Cette affaire avait suivi le
passage des troupes françaises dans le pays.
Voici laplus curieuseafFaire:Le20septen]brel590, le nommé
Adam Ëlpach, bourgeois de Wuenheim, Agé de soixante ans,
dépose que sa fille étant venue de Steinbach, lui avait raconté
le fait suivant: Son mari, Mathieu Volmar, revenait de la fête
paroissiale de Wattviller avec son ami Mathieu Martin. Ils
s'étaient arrêtés pour se reposer près de la montagne S>
Antoine, et la nuit i^tant venue, ils entendirent un bruit
singulier dans le bois. Martin prit peur, mais Volmar le rassura
disant, d'après ses parents, qu'en cas de danger il suffisait de
s'écrier Jésus t pour qu'il n'arrive aucun mal. Ils devisaient
ainsi quand ils virent un veau, avec une sonnette de vache
pendue au cou, et le prévenu, Conrad Kugel d'Uffholtz k cheval,
sur le veau. Les deux hommes s'étant écrié Jésus t le veau
s'était enfui dans la montagne tandis que Kugel était resté
près d'eux. On se demande quel fut le résultat de cette dépo-
sition et si Kugel ne fut pas un de ceux qui périrent si
nombreux h cette époque sous l'inculpation de sorcellerie.
Dans une affaire de difTamation, Grégoire Bernhart, chape-
lain de Soultz, dépose que lorsqu'il était curé de Feldkirch, le
20 juin 1587, le passage des troupes suisses avait eu lieu et
(1) Orig. parrh. arch. de Soullz.
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aoO RBVUK D' ALSACE
qu'il s'élait rérugié au chAteau de BoUvilleroù il avait mangé,
avec feu Kilian Bruckner, bailli et prévôt du régiment
d'Ensisheim. Celui-ci lui avait raconté alors que le nommé
Ha na Prensch avait été condamné k la pottioce comme voleur,
par la cour d'Ensisheim et qu'en eiïet il avait vu lui-même,
quelques jours après, le jugement afTiché au tribunal supérieur
d'Ensisheim.
Citons encore une instruction ouverte par le grand bailIi de
Nauenstein et le fiscal de Soultz au sujet d'un meurtre commis
i Soultz le 22 août 1678 par un individu en état d'ébriété (1).
Le 8 décembre 1705 le bailli et le prévôt de Soultz, assistés
dedeuxchirurgiens, font un rapport sur un assassinat commis
par deux soldats français de régiment inconnu, sur le nommé
Schielé, meunier hors la ville de Soultz et sur son fermier
Henri Huiler. Le premier a été tué d'un coup de fusil tiré k
balles coupées, l'autre a été blessé h l'épaule du même coup
et au bras d'un coup de sabre (2).
Nous avons dit que la basse juridiction appartenait au
magistrat de Soultz. En 1708, l'évéque de Strasbourg promul-
gua un règlement qui embrassait toutes les matières de police
et même les matières civiles, mais les magistrats de Soultz et
de RoulTach s'y opposèrent comme étant attentatoires k leurs
anciens droits et privilèges (3) .
On trouve dans ie livre des serments de la ville de Soultz
les dispositions et ordonnances suivantes, concernant la basse
juridiction :
Les audiences du conseil ne devaient pas se tenir après
midi, mais toujours avantterepas.Celuiqui, après avoir été cité,
ne comparaissait pas devant le conseil, payait une amende
d'une livre trois schilling et, si c'était en audience de justice,
huit schilling quatre pfenuing.
En cas d'appel d'un Jugement, il fallait d'abord payer
seize schilling.
Tout bourgeois, qui en citait un autre devant l'audience
hebdomadaire, devait payer un schilling pour le jugement.
(1) Coll. Knoll.
(3) Coll. Knoll.
(3) Inv. cit.
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LJl VILLB ST LB BjULUAGE DE SOUI.TZ 381
Quiconque était cité devant le conseil devait donner un
fîerer au sergent et si c'était devant le tribunal, un rappen.
Les audiences commentaient en été h six heures, en hiver
à sept heures, à l'hôtel-de-ville. Celui qui était convoqué et
ne se présentait pas à l'heure précise, sans excuse valable,
devait payer un schilling balois et faire amende honorable au
prévôt, au gredier et aux conseillers.
Nui ne devait paraître devant le conseil ou le tribunal en
pantalon et justaucorps, !t peine de cinq schilling d'amende.
Aucun conseiller ne pouvait prendre part k une sentence s'il
était parent ou allié, jusqu'au quatrième degré, de l'une des
parties.
Si une afTaire concernait des étrangers qui ne pouvaient
attendre les jours d'audience, et demandaient une audience
extraordinaire, ils devaient payer huit schillings b&lois dès
que la cloche appelait l'audience et deux schillings au courrier
pour droit de caution dés que l'afTaire était appelée.
Si l'on voulait faire passer en jugement un criminel passible
de la peine de mort, on devait l'en prévenir quatre jours
d'avance aûn que, s'il le voulait, il puisse se préparer k la
confession et k la réception de la sainte Communion.
Quand les témoins étaient cités en justice, le grefller leur
Usait d'abord la formule du serment qui est assez longue ;
ensuite chaque témoin k son tour levait la main droite, deux
doigts levés, et la main gauche sur la poitrine répondait : Je
donne ma foi et j'aiTirme que je vais dire la vérité fidèlement
et sans félonie, avec l'aide de Dieu et des saints. EnQn le
grefHer avertissait les témoins que celui qui prête un faux
témoignage renonce à Dieu et k ses saints, et aux grâces et
mérites des souffrances et de la mort de N. S. Jésus-Christ,
ensuite le faux témoin enlève à celui pour lequel il doit
témoigner, l'honneur et les biens, enfin il induit les juges k
prononcer une sentence injuste et enlève le bien de l'un pour
le donner k celui k qui il n'appartient pas, en sorte qu'il ne
pourra désormais avoir son salut qu'en restituant ce qu'il a
détourné. Il se damne lui-même, se retranche de tonte Société
honorable et sa fausseté arrive toujours au jour. En un mot le
Tout-Puissant punit le faux témoin dans le temps et dans
l'éternité.
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382 BWEI p'alsace
Tout témoin cité en justice payait au conseil une taxe de
deux et plus tard cinq schillings.
Tout témoignage devant le conseil ou le tribunal était
recueilli par le courrier juré selon la coutume ; quant aux
annonces pour héritage ou par le commissaire priseur elles
étaient faites par le courrier de ville moyennant une taxe de
huit rappen.
On trouve encore enregistrée dans le livre des serments une
ordonnance du mercredi avant la Chandeleur 1443, prise par
le conseil avec l'assentiment du seigneur Conrad de Busnang,
du bailli Henri Cappler et du receveur Jean Rostmus, par
laquelle toute personne qui ne comparaissait pas après citation
devant le conseil ou le tribunal, devait payer au prévôt une
amende de huit schillings.
Une outre ordonnance prescrit que l'on ne pouvait faire
appel d'un jugement k moins que la sentence ne porte que la
plainte ne pouvait être renouvelée. On ne pouvait également
taire appel d'une sentence où il s'agissait de moins de huit
florins. Mais, dans le cas contraire, on appelait au bailli de
BoufTacb en déposant le jugement et une livre bàloise. De
même on pouvait appeler de tout jugement touchant des
reiites emphythéotiques, des héritages et des contrats de
mariage quels qu'ils soient. Celui qui n'appelait pas immé-
diatement dans l'audience, devait faire son appel devant
notaire dans le délai de dix jours et onze nuits.
Dans tous les cas, l'appelant devait déposer les pièces h la
chancellerie de Saverne ou k RoulTach dans le délai de deux
mois faute Je quoi le jugement de première instance devait
avoir cours. Dans le cas où un enipôchenient valable s'oppo-
sait h la remise des pièces dans le délai prescrit, on devait
accorder k l'appelant, sur sa demande, tout délai nécessaire.
Les coutumes de droit civil étaient les mêmes & Soullz que
dans toute l'Alsace, le livre des serments n'en enregistre que
quelques-unes qui méritent d'être relevées:
Dans le cas de séparation des conjoints, le tribunal enga-
geait les parties à se réconciler; si api-ès toute exhortation
elles persistaient dans leur inimitié, le tribunal prononçait la
séparation et l'enregistrait.
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LA VILLB BT LB BAILLIAGB DE SOULTZ 383
Si l'un des conjoinls dans un mariage avait des enfants
avant ce mariage soit illégitimes, soit nés d'une première
union, il ne pouvait les donner en don matulinal. Cette
ordonnance fait voir que la coutume du don malutinal était
en vigueur k Souitz. C'était un vieil usage que l'on retrouve
déjà ï l'époque franque. Sous les Mérovingiens le lendemain
du mariage, comme un gage spécial de reconnaissance et de
tendresse, le mari remettait k sa jeune femme la Morgengabe,
dont le montant, laissé k sa discrétion, fut fixé par la loi
ripuaire en l'absence de stipulations précises au tiers des
acquêts conjugaux.
Voici dans quelles formes cela se faisait d'après les délwls
au sujet de la Morgengabe que devait donnera Galesvind,
Hilpéric, roi des Francs en 567 : Le lendemain k son lever
Gahswint re(;ut le morgengabe avec le cérémonial prescrit.
En présence de témoins choisis, le roi Hilpérick prit dans sa
main droite la main de son épouse et de l'autre jeta sur elle
un morceau de paille en prononçant k haute voix les noms
des cinq villes qui devaient devenir la propriété de la reine.
Voici l'acte de cette donation tel qu'il a été rétabli. Puisqu'il
a été comnandé que l'homme abandonne père et mère pour
s'attacher k sa femme, qu'ils soient deux en une môme chair
et qu'on ne sépare point ceux que Dieu a unis, moi ililpérick,
roi des Francs, homme illustre, k toi Gahswint ma femme que
j'ai épousée suivant la loi salique par le sol et le denier, je
donne aujourd'hui par tendresse d'amour pour le nom de dot
et de Morgâne ghiba, la cité de Bordeaux, Cahors, Limogea,
Béarn, et Bigorr (1). Je veux qu'k compter de ce jour tu les
tiennes et possèdes en propriété perpétuelle et je te les livre
transfère et confirme par la présente charte comme je l'ai fait
par le brin de paille et par le Handelang (2).
(1) Es. formul. Bignonian. ap. script. Re. franc, t. JV p. 539. C.
Gregor enron. p. 344.
(S) Per banc Chartutsin libelli datis live per festucam atque per
handelangum. Ex. formul. Lindenbrog. ap. Scripl. R. IV p. 35S. —
Conf . ausaiThiery, nouvelle lettre >ur l'hisl. de Franc, Rer.de> Deux-
Mondes 1833 p. Î74 et P. Gregor Enron, hîet. francor. Eccl. Lib.
IV p. îl.
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384 BKVQK p'als&ci
D'après une note remise k H. de Corberon le 24 déc. 1738
par H. d'Havile, bailli dee seigoeuries deBolIviller, Jangholtz
et Rimbacb et insérée dans l'ancien statuaire d'Alsace, oo
connaissait dans ces seigneuries deux sortes de douaires, t'un
appelé Morgengaah, l'autre Wittumb. Le Horgeugaab que
les juristes allemands appellent morgenatica est défini par
eux : tpotitatitica largitat, quae datur in praemium de/lo-
ratae virginttatis, et par cette raison elle n'est réguliàrement
accordée qu'aux filles, et par des veuves aux garçons qu'elles
s'associent en secondes noces.
La Morgengaab était ordinairement une somme d'argent ou
des immeubles ou meubles que la femme fait les siens, de
façon qu'elle en pouvait disposer en toute propriété après la
mort de son mari ou de son consentement, même pendant le
mariage ; elle transmettait cette Morgengaab à ses enfants par
son décès, mais si elle décédait avant son mari sans enfanta
issus de ce mariage, ses héritiers ascendants ou collatéraux
étaient exclus à y prétendre et la morgengaab retournait au
mari & moins qu'il n'en soit autrement convenu par contrat
de mariage.
Il parait que l'on donnait des personnes en Morgengab,
ainsi qu'il ressort de la coutume de Soullz et de la suivante :
Sa mag er linem wibe geben ann xiner erbeti witop ainen
KNECHT und ain hagt, die re iren jarn komen tint uni
geiûne und gezimmer ob dererde... injure Prov. Suev cap.
20nM(l).
Dans le cas de naissance illégitime, on inscrivait sur les
registres paroissiaux le nom du père d'après la déclaration de
la mère.
Si alors l'individu inscrit voulait protester il était admis à
faire la preuve qu'il n'était pas le père et s'il y parvenait un
jugement ordonnait la radiation de son nom sur les regis-
tres {2).
(A suivre). Aug. Gassbh.
{!) In Albert Argent, in Clironic. Urstisium Scrip. Rer. Germ. II
p. tl3.Voy. encore Thèse «urle Morgengaab par Jean Rud Dinckel,
unir, de Slasb. 1764.
(9) Registres paroissiaux, passion.
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UNE PAGE
de
L'HISTOIRE CONTEMPORAINE m L'ALSACE
A CONSERVER ET EMPRUNTÉE
à L'EUROPE NOUVELLE (l)
Mulhouse le 15 Mari 1798, — Il y a aujourd'hoi un
siècle, la ville de Mulhouse se donna librement h la France.
Au moment où fut consommée cette union, que tous alors
croyaient devoir être éternelle comme la patrie française elle-
même, la petite République pouvait à bon droit se gloriOer —
et c'était Ik sa très grande originalité parmi les autres mem-
bres (le la famille alsacienne — de plusieurs siècles d'auto-
nomie et de liberté. A l'occasion du centenaire, noua avons
pensé qu'il était bon de faire connattre les faits essentiels de
ce long passé avec son aboutissement suprême, l'union
voloataire de Mulhouse k la France.
Mulhouse, si l'on en croit la tradition, fui d'abord ud moulin
b&ti sur les bords de l'ill, h l'entrée de la grande plaine
d'Alsace, k peu près à égale distance du Rbiu et des Vosges.
De quelques misérables habitations, huttes ou cabanes,
groupées autour de ce moulin, une bourgade naquit. Quand ?
on ne sait. Cette bourgade devint plus tard une ville ceinte
de mura, qui fut rattachée au royaume de Germanie par les
hasarda des partages carolingiens ; plus tard encoi.-, un acte
(1) Cinquième année, a" SI, du t*r avril 1898.
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386 RKVUB n'AL^ÂCK
de Frédéric II, dans la première moitié du XIII* siècle, en fil
une ville impériale. La ville impériale était gouvernée par un
prévôt impérial qui jugeait souverainement, percevait lei
impôts, commandait la milice, veillait au maintien des droits
et de l'autorité des empereurs. Il était assisté d'un vice-prévAt
et d'un conseil de douze membres appelés échevins, dont
huit choisis parmi la noblesse de la haute Alsace, et quatre
dans les familles bourgeoises notables qui formèrent plus
tard une véritable classe patricienne.
De ce point de départ, Mulhouse s'achemina lentement vers
l'indépendance. Les pauvres empereur8desX[II*,XIV*etXV*
siècles, qui aimaient tes villes, parce qu'elles étaient à peu
près seules i aimer l'empereur, et qui leur accordaient volon-
tiers des privilèges parce qu'elles les payaient, reconnurent
aux bourgeois de Mulhouse le droit d'être jugés uniquement
par les juges de la ville et le droit de choisir leur bourgmestre ;
ils s'obligèrent à prendre te bourgmestre parmi les bourgeois,
et Unirent par supprimer la charge même de prévôt impérial.
A la fin du XlV*siècle, Hulhousen'avaitplusderspporlavec
l'empereur que par le paiement de quelques revenus ; quand
elle eut racheté les droits impériaux en 1457, la ville devint
une véritable république. Elle s'était organisée pour vivre
d'une vie distincte et indépendante. Sa population était répar-
tie en tribus ou corporations, dont les chefs étaient de droit
membres du conseil de la cilé. En réglementant la production
et la consommation, elle réalisa, sur une petite échelle, ainsi
que le dit fort bien un de ses historiens, ce que nous appelle-
rions aujourd'hui l'organisation du travail. Elle pourvut à
tous ses intérêts matériels et moraux. Bref, elle était devenue
un Etat miniscule, — son territoire était de deux à trois lieues
carrées, — mais se suffisant à lui-même, libre et autonome.
C'est un miracle que cette ville ait pu défendre son exis-
tence, du XIII* k la fin du XV* siècle contre les ennemis
acharnés qui de près ou de loin menaçaient son indépendance.
Elle est d'abord assaillie par les évéques de Strasbourg, et
conjointement avec eux, par les féodaux dont les repaires se
dressent k deux pas des murailles de la cité. Mulhouse est
industrieuse, laborieuse, riche relativement, bien résolue h ne
partager avec personne le fruit de son travail. Les féodaux
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UNS PAGE DB L HISTOIBE CONTBMPORAINB DE L ALSACE 387
lie savent ; ils la bloquent, l'afTament, détruisent les cultures,
s'entendent avec quelques familles nobles établies dans la
ville, où elles jouissent du droit de bourgeoisie et sont tou-
jours prêtes à trahir les compatriotes bourgeois. Vains elTorts I
Les Hulbousieng rendent coup pour coup. Comme on n'a
guère de libertés au moyen-Age que celles qu'on a conquises
et dont la force assure le maintien, ils s'acharnent à se rendre
forts et y réussissent. Tout comme les seigneurs et en manière
de représailles, ils arrachent les vignes, ravagent les cultures,
pillent, massacrent. Us ne se contentent plus d'attendre
l'ennemi derrière leurs murs; ils se risquent en rase campagne
et vont enfumer dans sa tanière la bète féodale.
Décidément, la petite cité s'obstine k vivre. Hais, voici que,
de tous les points de l'horizon, à la noblesse féodale, cet
ennemi permanent soutenu un moment par l'Autriche, vien-
nent s'ajouter d'autres ennemis, et combien plus redoutables t
Ce sont les routiers des Grandes Compagnies, auxquels la
paix de Brétigny a fait des loisirs, les bandes des Armagnacs,
retour de BAle et de la bataille de Saint-Jacques ; c'est le grand-
duc d'Occident, Charles le Téméraire, auquel le landgravtat
d'Alsace vient d'échoir comme garantie d'une somme prêtée
Jt la maison d'Autriche, etc. C'est un miracle, on ne saurait
assez le dire, que Mulhouse ait pu résister. 11 est vrai qu'elle
faisait partie de la Ligue des dix villes impériales de la Déca-
pôle d'Alsace. Mais, comme elle est située h l'extrémité
méridionale du territoire confédéré, il était rare qu'elle pût
être secourue par des alliés d'ordinaire très lents k se mouvoir.
D'ailleurs la Ligue Mail elle même en proie à des dissensions,
et ne tenait que médiocrement k entrer en conDit avec la
maison d'Autriche.
Mulhouse se détacha peu k peu de ses confédérés d'Alsace
dont elle n'avait rien à attendre. Elle ne se souvenait déjà
presque plus de l'Empire ; mais au moyen âge, et principale-
ment dans cette Germanie anarchique, en proie a tous les
déchaînements de la force brutale, vivre dans l'isolement,
c'était se condamner k périr. Mulhouse le comprit ''l pourvut
k sa sûreté : elle s'agrégea aux cantons helvétiques ; l'acte
d'Union date des premières années du XVI" siècle. C'était de
bonne politique : les Suisses et Mulhouse avaient le même
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388 BBVUB D ALSACR
ennemi, l'Aatrïche; de plus, les cantons étaienl alors une
puissance militaire redoutable, avec laquelle toutes les puis-
sances de l'Europe étaient obligées de compter.
En ISIG, Frangois I" conclut avec eux la fameuse pail
dite perpétuelle. Mulhouse se trouva comprise dans ce traite
qui donnait à la France le droit, moyennant une pension
annuelle de sept cent mille écug d'or, de recrut<tr des soldats
dans les cantons fédérés. Désormais les Hulhousiens versent
leur sang au service du pays dont les rois les appellent dans
leurs lettres : « très chers et grands amis alliés et confédérés. »
La petite République est à un des tournants de son histoire :
désormais, se détournant de l'Allemagne, c'est vers la Suisse
et la France qu'elle regarde.
Survient I4 grande eribe de la Iléforme religieuse. Lef
désordres du clergé, le relâchement des ordres monastiques^
la fiscalité de la cour de Rome, les scandales des indulgences.
rélimioatioD li peu près complète de Jésus du christianisme,
toutes ces causes agirent à Mulhouse, comme dans le reste de
la chrétienté, et notamment dans les villes de la rive droite et
de la rive gauche du Rhin. A Mulhouse, comme dans lei
autres villes de la région, la révolution religieuse ne se fit
pas brusquement et par une seule et violente secousse. Pen-
dant plusieurs années, dans les débuts de la Réformation, dit
un historien éminent, cette partie de l'Allemagne n'aurait pu
dire si elle était protestante ou catholique. Catholique
romaine, il est fort clair qu'elle ne l'était plus ; mais protes-
tante, au sens que prit ce mot plus tard quand il impliqua des
croyances communes en dépit des diversités confessionnelles,
certainement, elle ne l'était pas encore. Dès 1523, le conseil
municipal de Mulhouse décide qu'on chantera les psaumes
en allemand et que la communion sera faite sous les deux
espèces. Deux ou trois ans après, la messe est abolie, la
confession auriculaire supprimée. En 1528, les biens du
clergé sont convertis en propriétés communales; le catholi-
cisme est interdit, la reliçioo réformée seule permise. La
révolution religieuse est consommée, mais une partie de la
population était restée sinon catholique, tout au moins flot-
tante; il faut l'ndmettre, ou renoncer h expliquer, par des
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VUK PAGK DB L'HISTOIRB C0NTBMI>0HAINB DE l'ALSAGB 389
raisons plausibles, les désordres sanglants dont Mulhouse
fut le thé&lre dans les dernières années du XV> siècle.
En effet, vers 1580, une effroyable guerre civile y éclate
BOUS l'œil médiocrement bienveillant des confédérés suisses,
divisés eux-mêmes en cantons catholiques et en cantons
protestants. C'est pour la domination qu'on s'égorge. Au plus
fort de la lutte, le chef d'un des partis abjure la Iléforme,
fait retour au catholicisme, invoque l'appui des cantons
catholiques, se faisant fort auprès d'eux, s'il l'obtenait, de
ramener Mulhouse à l'aDcienne foi. La lutte prend un carac-
tère de plus en plus atroce : les cantons catholiques et les
cantons protestants interviennent tour à tour, ces derniers k
main armée, et, & la fureur de ta mêlée, sans pitié, sans
merci, on sent bien que les passions religieuses sont en jeu.
Aucun des deux partis ne dispose de forces suffisantes pour
écraser l'adversaire ; le vainqueur de la veille est le vaincu
du lendemain, et la guerre se poursuit ainsi jusqu'6 la fin
du siècle, implacable, avec son cortège ordinaire d'exils, de
délations, d'amendes de confiscations, de supplices. Par
centaines on compte les morts. C'est la première page san.
glante dans l'histoire de Mulhouse, c'en sera aussi la dernière.
La petite République sortit de cette épouvantable crise
brisée, anéantie, réduite k l'alliance des cantons protestants,
k peu près exclue de la Confédération helvétique, où l'hosti-
lité des cantons catholiques ne lui permettra de rentrer qu'en
1777. Ses ennemis relevèrent la tète. La maison d'Autriche
crut que le moment était enfin veau de l'assujettir. Il fallut
l'intervention d'Henri IV pour couper court k des convoitises
qu'aucun échec n'avait pu décourager. La guerre de Trente
Ans vint s'ajouter k toutes ces misères; l'Alsace fut en proie
aux Suédois, aux PraD(aÎ8, aux Impériaux. Coupée de ses
communications, Mulhouse faillit deux ou trois fois mourir
de faim. La paix de Westphalie rendit enfin pour un moment
la paix k l'Europe (1648). L'Alsace fut cédée k la France, et
Mulhouse reconnue comme Etat libre et partie intégrante de
la Confédération helvétique. Après quelques années de paix
précaire, la guerre reprit, une longue guerre d'un demi-siècle,
soutenue par la France de Louis XIV contre l'Europe coalisée.
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390 DBVUE d'alsage
Mulhouse en soulTril cruellement, malgré ses r&pports géné-
ralement bons avec le gouvernement français.
Les cantons protestants durent plusieurs fois l'aider à
protéger sa neutralité : ce qui ne l'empêcha pas de leur résis-
ter, lorsque un jour, h propos d'un incident d'assez mince
importance, ses alliés firent mine de méconnattre sa pleine et
entière souveraineté de juridiction. L'épreuve passée, Mul-
house, avec la décision des peuples qui voient les abus et ont
la volonté d'y remédier, porta résolument ta main à sa cons-
titution, afin d'y introduire des modifications reconnues
nécessaires. La ville était sagement démocratique ; le caractère
démocratique se marqua davantage. A partir de 1739, le
gouvernement se composa, comme dans la plupart des Etats
suisses, d'un grand et d'un petitConseil, et, en matière civile,
il y eut apppel du petit au grand Conseil, n Ce changement
apporté à la constitution de la République fut le dernier, dit
un de ses historiens, et elle continua d'exister sous cette forme
jusqu'b sa réunion k la France. C'est aussi à peu près k cette
époque, vers le milieu du XVIII" siècle, que Mulhouse entre
dans la période moderne de son histoire, et que commence k
s'y développer ce génie industriel et commercial qui en a fait
un des centres tes plus importants de la France et du monde. »
Avant le XVIII» siècle, l'industrie de Mulhouse était à peu
près insignifiante. On y exerçait quelques petits métiers ; on
y fabriquait des cuirs, des draps de qualité médiocre, en petite
quantité, car la loi se montrait toujours attentive i. réglemen-
ter la production et la consommation, de façon k maintenir
entre les fortunes un certain équilibre qu'à tort ou à raison on
jugeait indispensable au bon ordre et k l'harmonie de la cité.
Ses relations commerciales étaient renfermées dans de très
étroites limites : son existence était presque exclusivement
agricole. L'introduction de l'industrie cotonnière vint modifier
profondément cet état de choses. Elle existait depuis quelques
années k Mie et sur quelques autres points de la confédéra-
tion helvétique. C'est de Bkle qu'elle passa k Mulhouse.
Jacques Scbmaitzer, Samuel Kœchlin et Jean-Henri Dollfus y
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UNI PAO! DE L'urSTOIU CONTBHPOUINB DE L'USACB 391
fondèrent, en 1746, la première fabrique d'indiennes. Six ans
après, un autre établissement fut créé. En 1768, on comptait
dijk quinze manufactures d'indiennes; l'élan était donné et
rien désormais ne pouvait l'arrêter, ni la réglementation
légale, ni la jalousie des autres corporations, ni les imperfec-
tions de l'outillage et de l'installation , très imparfaite au déhut.
C'est de B&le et de NeuchAtel que, dans le principe, les fabri-
cants mulhousiens avaient fait venir leurs ouvriers, graveurs,
imprimeurs, etc. ; ils en trouvèrent bientôt chez eux qui furent
supérieurs k ceux des pays voisina, leurs maîtres. Les procé-
dés de fabrication s'améliorèrent; les débouchés se déve-
loppèrent rapidement et des industries complémentaires ne
tardèrent pas à s'établir k cblé de l'industrie principale.
Mulhouse prenait de plus en plus l'aspect d'une ville indus-
trielle moderne.
Aussi bien, la situation douanière de Holhouse était alors
on ne peut plus favorable : elle avait liberté entière de com-
merce avec la Suisse, l'Allemagne et l'Alsace. Il ne faut pas
oublier que l'Alsace, bien que française depuis plus d'un
siècle, n'en était pas moins, su point de vue économique,
traitée comme pays étranger ; les Hulhoastens, commerçant
avec l'Alsace, ne rencontraient donc pas l'obstacle des douanes
françaises. Quant à la France, elle était, pour Mulhouse, un
incomparable débouché. Les produits manufacturés mulhou-
siens y étaient frappés, k l'entrée, de droits assez élevés ;
mais ils n'y trouvaient d'autre concurrence que les indiennes
proprement dites, les indiennes de l'Inde ; la Compagnie des
Indes orientales avait fait interdire l'établissement dans le
royaume de manufactures de toiles peintes.
Cité & peu prés fermée Jusqu'alors, Mulhouse, en s'enri-
chissanl, fut obligée de s'ouvrir ; les paysans y afOuèrent,
attirés par l'appât d'un salaire relativement élevé ; des
étrangers vinrent s'y fixer. Au-dessus de la médiocrité géné-
rale et vraiment démocratique des temps passés, des
fortunes s'élevèrent ; une prospérité générale se développa,
dont le maintien était intimement lié k la conservation du
marché français. Retenons bien ce fait capital, où se trouve
l'explication des événements qui préparent la réunion de Mul-
house k la France. En effet, ce marché hoi-s de pair, la
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France le tenait ouvert ; mais, pour des raisons <iont elle
seule était juge, elle avait incontestablement le droit de le
fermer ; et alors, c'était une catastrophe ; c'était ta
ruine de l'industrie colonnière, et, par suite de toute
industrie. Mulhouse était donc à la merci de la France.
En 1785, une ordonnance royale du moi d'avril créa
une nouvelle Compagnie des Indes orientales, et une
ordonnance du mois de Juin de la même année interdit
d'une manière absolue, au profit de la Compagnie, l'importa-
tion des toiles de colon (étrangères. Appliquée dans toute
sa rigueur, cette mesure entraînait la cessation de la fabrica-
tion mulhousienne. Le magistrat s'alarma et se hftta
d'envoyer k Paris une députation à la tête de laquelle se
trouvait un homme respectable entre tous, le plus dévoué,
le plus éclairé des serviteurs de la République, Joxué Hofer.
Des pourparlers s'engagèrent. Les députés demandèrent
que Mulhouse fut traitée comme le reste de l'Alsace. Le
gouvernement français leur fit observer que la situation de
leur cité était tout à fait particulière : soustraite k l'action
de l'autorité française, elle deviendrait un dépôt de
marchandises de contrebande ; il leur donna à entendre
qu'on accorderait k Mulhouse les privilèges les plus éten-
dus, si elle consentait k se mettre sous la puissance
du roi. Bref, les pourparlers n'aboutirent pas, et, en
mars 1789, un nouveau règlement soumit l'importation
de ses toiles h des droits sensiblement supérieurs à ceux
qui pesaient sur les produits similaires de l'Alsace.
Ces mesures, dont les premiers troubles de la Révolution
aggravèrent encore les fâcheux effets, frappèrent si cruelle-
ment Mulhouse, que plusieurs maisons durent renvoyer la
plus grande partie de leurs ouvriers. En 1790, la situation
empira. L'Assemblée Constituante substitua tes départe-
ments aux provinces, cl, en matière d'impôts, d'administra-
tion et de douanes, elle lit disparattre, au grand profit de
l'unité française, ces diversités locales et provinciales sur
lesquelles l'ancien régime n'avait pas osé porter la main.
L'Alsace cessa d'être considérée comme pays étranger,
et la ligne de douanes qui s'arrêtait auparavant à la
frontière de Lorraine, fut portée jusqu'à la ligne du
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UNR PA6B DB I. HISTOthB GONTIMPORAINS DE L'ALSACE 3^
Rhin. Eoclavée dans le département du llaul-Rhin, par
quelque cblf que Mulhouse tent&t de sortir, c'est k
l'Alsace complètement assimilée h la France, ou, pour
mieux dire, c'est à la France qu'elle venait se heurter.
Four communiquer avec la Suisse et l'Allemagne, c'est
par le territoire français qu'il fallait passer. En présence
d'une situation si menaçante, les deux conseils, renforcés
de quarante bourgeois élus par les tribus, envoyèrent
& Paris une députatïon composée de Josué llofer, de
Nicolas Thierry, Hartmann Koecblin, et Jacques Dollfuss,
avec mission d'obtenir, si possible, du gouvernement
français, que le commerce mulhousien fût admis aux
mêmes avantages, et soumis aux mêmes charges que celui
de l'Alsace.
Il furent reçus & l'Assemblée constituante le 18 novembre ;
la demande qu'ils exposèrent fut renvoyée au comité de
commerce et, par celui-ci, au pouvoir exécutif. La réponse
fut, que c'était k Mulhouse et non eu gouvernement français
de se prononcer sur la nature et les bases du traité qu'elle
entendait conclure. Mis en demeure de faire connaître leurs
prétentions, les députés demandèrent un traité de com-
merce ; il l'obtinrent, et plus avantageux même qu'ils
n'avaient osé espérer. Malheureusement pour Mulhouse,
toutes conventions 'devaient être approuvées par l'Assemblée
avant ratification ; or, la Constituante touchait à son
terme ; il fallait attendre l'Assemblée Législative. D'autre
part, la situation générale devenait de plus en plus
sombre : la journée du 10 août 1791avait consommé la
chute de la royauté, et une coalition se formait contre la
France. Le traité ne fut même pas discuté. Les députés ren-
trèrent k Mulhouse.
Dès lors, les événements se précipitent. Les intérêts oppo-
sés k Mulhouse l'emportent définitivement ; les mesures les
plus rigoureuses sont prises. Le 2 mars 179S, un arrêté du
département du Haut-Rhin déclare la ville et ses dépendan-
ces territoire étranger et l'enserre dans un cercle de
douanes, établies, au nombre de douze dans les villages les
plus rapprochés. La situation devenait intolérable : non
seulement tout commerce était anéanti, mais l'eïislence
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■éMe 4e b ville était es jeu ; les déniées n'estraient
ph» qne par coatr^MMie, U mit, ^ des prix iaabordaUoS ;
le Moeiu était eomplei. Cespé fie toatee aes eoauMai-
ealioos arec le dehors, prise eomne dans sa étUk,
Mnlhonse étonSaîL Les négociatMww réieat doae repnaai.
Il ne pooTsit plus ètn question des exigeâmes i^isutiTes :
la dépotation nmlboasienne se borne à demander le trxBMt,
la libre coannanicatioa arec l'étraager. L'a arrêté du Comité
de Salai poblic reada en mara 179i veut bien autoriser le
transit, mais pour certaines marcfaandises netteoMat sped-
fiéea, dont la quotité devra être débattue par deux bureaux
de douanes, sous peine de confiscation, et cette faveur était
accordée pour la durée d'une année seulement, bientôt éten-
due k quinze mois.
Arec sa décision babitnelle, Mulhouse se bite de profiter
do répit. Elle se remet au traTait ; elle rétablit ses relations
commerciales avec l'Alleaugne et la Suisse ; elle renourelle
ses ressources k pen près épuisées. Quand les quince mois
soot révolus, la convention est maintenue d'un consente-
ment tacite jusqu'à la fin de l'anut^ 1796. C'est la dernière
faveur de la fortune. Il faut sortir k tout prix d'un provi-
soire énervant pour les deux parties. Le gouvernement
français devient pressant. Le Grand Conseil envoie à Paris
une nouvelle députation, toujours avec mission d'obtenir,
si possible, un traité de commerce et, au pîs-aller, la conti-
nuation du transit. Hais, dès les premières démarches, les
députés comprennent l'inutilité de toute négociation qui
n'atirail pas pour base la réunion de Mulhouse k la France.
Peu de temps après, comme pour leur enlever toule illusion
k cet égard, le Directoire ordonne que toutes les mesures
de rigueur soient reprises contre la petite République, et
déclare aux membres de la députation qu'il est temps
de mettre un terme à des hésitations qui ne peuvent plus
que retarder, au détriment de tous, un événement désor-
mais inévitable.
La nation qui parlait sur ce ton, venait de vaincre
l'Europe coalisée et de signer la paix de Campo-Kormio. Du
dehors, rien k attendre, pas même de la Confédération
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VUE PAGK DB L'HISrOIRE CONTEHPORAIHK DE C'ALSACB 395
Helvétique, dont les rapports avec la France commençaient
à se tendre. Que faire? céder à d'inéluctables nécessités.
Les députés le comprennent, et leur opinion ne va pas
hmler k devenir celle de l'immense majorité de leurs
concitoyens. Le bourgmestre et le syndic sont invités à
faire au Grand conseil un rapport fidèle sur la situation.
Le 3 janvier 1798, le Grand Conseil et les Quarante sont
assemblés pour entendre la lecture du rapport et du projet
de traité de réunion avec la France. On procède au
vote ; quatre-vingt-dix-sept voix contre cinq, se pronon-
cent pour la réunion. Le lendemain, les bourgeois au
nombre de six cent six, se rendent k l'église Saint-
Étienne, où, suivant la coutume, ils sont appelés indivi-
duellement k donner leur avis. C'est, pour ainsi dire,
k l'unanimité (cinq cent quatre-vingt-onze contre quinze)
qu'ils confirment le vote de leurs magistrats. Le même
jour, noblement, simplement, avec une sorte de gravité
religieuse, les cantons helvétiques autorisent Mulhouse à
reprendre sa liberté et lui envoient un suprême et fraternel
adieu. Le 28, le traité est signé ; il est soumis au peuple
réuni k l'église Sant-Ëlienne et reçoit de lui une for-
melle et définitive ratification. La France le ratifie le
1" mars, et la fête de la réunion est fixée au 15 du
même mois. Un vaillant petit peuple venait de se donner
librement k la France.
Oui, librement, en dépit des apparences qui semblent
entacher de contrainte le vote du traité de réunion. Il
faut s'expliquer sur ce point. Qu'on veuille bien se rappeler,
d'abord, que la vieille monarchie avait toujours été respec-
tueuse des droits de ses chers alliés et confédérés ;
et ceux-ci, h. leur tour, sans rien abandonner de leur
autorité, san rien compromettre de leur dignité de peuple
libre, n'avaient jamais laissé échapper une occasion de
montrer combien ils étaient sensibles aux bons procédés
du peuple puissant qu'ils avaient pour voisin. En 1790,
il est vrai, ces rapports avaient perdu quelque chose de
leur ancienne cordialité ; les années suivantes, ils s'étaient
tendus ; vers 1796-97, ils menaçaient de se rompre.
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3W REVD8 DALSACB
Mais, dBDs ce fait, peut-on raisonnablement voir autre
chose qu'une de ces fatalités historiques qui déconcertent
toutes les combinaisons de la sagesse humaine ? Ce conflit
entre Mulhouse et la France, peut-on l'isoler de l'histoire
générale de ce temps, et, si l'on veut avoir un juste
sentiment de la réalité, ne faut-il pas se représenter
l'Europe d'alors : les États du pape diminués, Venise
rayée de la liste des nations, le pays de Vaud émancipé de
de la domination de Berne, la constitution de la Suisse
menacée dans ses oeuvres vives, la rive gauche du Rhin
faisant retour h la France î
Au milieu de cette Europe ébranlée jusque dans ses
fondements, h. côté de cette France glorieuse, agrandie,
débordant par delà les frontières que la vieille monarchie
lui avait léguées, pouvant réduire son adversaire à merci
sans employer la force, rien qu'en usant en toute rigueur
de son droit strict, était-il possible que Mulhouse conserv&t
son autonomie ? Etait-il possible que, lorsque tout changeait
en Europe, elle restât ce qu'elle était avant 1789 t
Evidemment non. — C'est ce que comprirent les vieux
Mulhousiens ; Ils firent résolument le sacrifice de leur
indépendance, et la petite République confondit ses destinées
avec celles de la France.
Ce ne fut pas sans émotion. Le jour ou fut voté le traité
de réunion, lorsque fut définitivement consommée la
rupture avec le passé, avec les ancâtres, avec la liberté
plusieurs fois séculaire, un des assistants éclata en sanglots ;
beaucoup se sentirent atteints au plus douloureux de leur
cœur. Hais combien d'autres, parmi les plue jeunes surtout,
s'élancèrent, pleins d'espérance, vers un avenir qui ouvrait
k l'action et au rêve un champ illimité! Ce n'était pas un
honneur si méprisable, après tout, celui de faire
partie d'une nation qui faisait si grande figure dans
le monde.
' D'ailleurs, Mulhouse n'était point resté fermée, tant
s'en faut, aux idées qui passionnèrent le XVIII' siècle
et furent le programme de la Révolution française com-
mençante. Et nous pouvons afUrmer, en forçant un peu la
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UKB PAGE DR L'fllSTOIRK CONTBMPOBAINB DE L'ALSACB 397
valeur des termes, qu'antérieurement h cette date de mars
1798, il y arait depuis longtemps k Mulhouse un parti
français ; en 1789, il était déjà assez Tort, et depuis
il ne fit que grandir. Nul doute que son active propagande
n'ait incliné les esprits vers les idées françaises d'abord,
et, plus tard, vers la France. Oubliés, méconnus, démodés
aujourd'hui ces principes d'humanité, de Justice, de progrès,
étaient alors dans tout l'éclat de leur rayonnement, avec je ne
sais qu'elle Tratcheur d'aube. Même dans les mots, signes de
ces idées, une vertu résidait, une sorte de charme fascinateur.
Comme tant d'autres, les Mulhousiens se liiissérenl charmer.
Si la réunion eut lieu, ce fut, sans doute, par calcul, par inté-
rêt, par nécessité de vivre, sous la pression de cette fatalité
qu'on appelle la force des choses, mais aussi par sentiment,
entraînement, pour ces raisons du cœur oii la raison n'a rien à
voir. Ce ne fut point ii une France quelconque, banale, que
Mulhouse s'annexa, ce fut à la France de la Révolution, de
la République, des droits de l'homme. Ce que l'intérêt et la
nécessité avaient commencé s'acheva paternellement par
une sorte de communion dans un noble idéal de liberté, de
justice, de large et généreuse humanité.
La fête de la Réunion avait donc été fixée au 15 mars. La
veille, les délégués du gouvernement français arrivèrent ii
Mulhouse; le S, au point du jour, des salves d'artillerie
annoncèrent ia solennité. De nombreux arbres de la liberté
attiraient les regards. Un beau cortège se forma, composé
des anciens magistrats, des autorités françaises, de détache-
ments de troupes françaises et mulhousiennes, de jeunes
gens tenant en main des bêches et des pioches ornées de
banderoles, de jeunes filles soutenant un cousin de satin hianc
sur lequel était posée la Constitution française, d'un autre
groupe de jeunes gens portant des rameaux et des fleurs, etc.
Ce cortège se rendit à la grande place o£i deux tribunes avaient
été préparées, l'une pour les magistrats mulhousiens, l'autre
pour les autorités françaises. Le commissaire français adressa
une allocution k l'ancien Conseil, et lui demanda s'il y avait
encore quelque acte de souveraineté qu'il désir&t accomplir.
En réponse, le magistrat délia les habitants d'illzach de tous
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aHa BEVUK D ALSACE
leurs devoirs envers Mulhouse — ces petites républiques
avaient des sujets — et leur remit leur lettre d'aR'r&nchisse-
ment. Le traita de réunion fat lu une dernière fois. La
nouvelle municipalité fut installée; vers deux heures d«
l'après-midi, banquet, où de nombreux toasts furent échangés.
On y but à la République, à la liberté fondée sur les lots, à
réalité, aux nations alitées de la Bépublique. On parla des
enfants de la victoire, du temple de la liberté, du bonheur du
monde, de la perfide Albion, des délices de la pais. — Le
tangage du temps était déclamatoire, mais les sentiments
n'avaient rien d'artiDciel. Peu de temps aprf-s Fructidor,
BOUS la menace de Brumaire, on croyait sincôrement h la
liberté, et, à la veille d'une guerre de dix-sept ans, pendant
une embellie, on croyait non moins sincèrement !i la fraternité
d«s peuples.
Ce que celte ville, industrielle entre toutes, avait été avant
sa réunion à la France, elle le fut après, c'est-à-dire une per-
sonne, une individualité ; telle elle est restée, sous un régime
de centralisation extrême, pendant près de trois quarts de
siècle. C'était là, dans la patrie française, sa marque propre.
A Mulhouse, point de trace de ce qu'on appelle l'esprit fonc-
tionnaire; les enfants étaient élevés pour être des commerçants
et des industriels. Comme par une sorte d'atavisme, Mulhouse
avait jusque dans les moelles, avec l'impérieux besoin de
l'action, les mœurs, la passion et les pratiques de la liberté.
Pays protestant, l'instruction k tous ses degrés y était en
honneur: écoles de filature, de tissage, de chimie, coui'S
d'enseignement secondaire pour jeunes filles, société indus-
trielle, cités ouvrières, dispensaires, cercles d'ouvriers, cercle
de vieillards, établissements d'instruction, de bienfaisance,
de perfectionnement industriel, toutes ces institutions qu'on
aurait eu bien du mal k trouver disséminées ailleurs, on les
avait là, sous la main, accumulées sur un seul point ; et tout
cela sans le moindre concours de l'Etat, par le seul et libre
jeu de l'initiative individuelle. Grand et salutaire exemple !
Que ne nous a-t-il été donné d'en jouir plus longtemps ! Nous
en aurions peut-être tiré un encouragement à agir par nous-
mêmes et h déployer librement toutes nos énergies.
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<]NR PAO! DB l'hISTOIRI CONnWPOR.lINK OB L'aLSACB 399 -
Mulhouse en était Ik de son magniUque épanouisse méat
lorsque la |H)litique de fer et de sang vint l'arracher îi la mère-
patrie. Celui qui écrit ces lignes était de ceux qui espéraient
Téler k Mulhouse le centenaire de la réunion !i la France.
Hélas I il a vu de ses yeux la séparation ; il était Ik et il garde
au cœur nn deuil éternel. XX
Le gérant : Victor Hichbrt.
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JEAN-JACQUES HENNER
Les œuvres qui ont valu à H. Ilenner la médaille d'honneur
sont les suivantes: le Lévite d'EphraXmetsa femme morte;
Portrait de Mlle L. L...
Esquissons maintenant la silhouette du victorieux :
M. Henner a soixante-neuf ans. Il est né en 1829 k Dern-
willer, dans la Haute-Alsace, près d'Altkirch. Fils d'un petit
cultivateur, et le dernier d'une nombreuse lignée, il a mani-
festé de très bonne heure ses goûts artistiques en copiant,
avec une ardeur à laquelle s'intéressait tout le village, des
images de piété, des gravures. Quoique les ressources du père
fbssent modiques, on envoya l'enfant au collège d'AllkiPch,
où il eut la chancp de rencontrer un professeur de dessin
vraiment épris de son métier, très artiste, qui lui transmit
avec joie ce qu'il savait. A quatorze ans, Jean^acques en eut
assez de la vie de collège et déclara tout net qu'il voulait
apprendre k peindre pour de vrai.
On le dirigea sur Strasbourg oii un artiste alsacien très
renommé, Gabriel Guérin, tenait alors un atelier d'élèves Irt^s
couru. 11 y rencontra, dans la bande de rapins qui recevait
l'enseignement du mattre, un petit groupe de jeunes gens
d'un ou deux ans plus Âgés, qui devaient se faire un nom à
ses cAtés dans les arts, HalTner, Brion, Théophile Schuler,
Jundt. 11 y éprouva, par contre, une déception des plus vives.
On refusa, dans les premiers mois, de l'autoriser k étaler des
couleurs sur une toile, et on le mit au régime exclusif du
dessin. Si son amour-propre en souffrit, son talent naissant y
gagna. Tandis que les camarades, dans l'atelier du maître,
presque toujours absent, se livraient k de folles plaisanteries,
Henner, son carton sur ses genoux, travaillait d'après les
maîtres dans le musée. Il sut ainsi dessiner k fond avant de
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iBAM-ZACOUBS HEHNEH 401
peindre, et, quand il vint, vers l'ftge de dix-huit ans, à Paris,
prendre place dans l'atelier de Drolling;, il s'y affirma, dès le
d^bat, comme quelqu'un. S'il n'obtint qu'en 1858 le prix de
Kome, c'est qu'il s'était vu obligé k deux reprises, mourant de
faim, de rentrer sous le toit paternel et de renoncer pendant
des douze ou quinze mois k l'enseignement de l'école.
Cette interruption lui fut plus utile que nuisible. Le musée
de B&le était tout proche de Bernwiller. Ëo deux heures, le
chemin de fer y transportait le jeune Henner, qui allait
pendant des journées entières, s'y installer en contemplation
devant les chefs-d'œuvre de Uolbein.
Les menus frais que lui occasionnaient ces voyages étaient
couverts par le prix des portraits que le débutant exécutait,
pour dix francs, dans tous les villages d'alentour, et qui,
malgré la modicité de la rémuoération, n'en étaient ni
moins consciencieux, ni moins fermes.
De 1866 k 1859, Henner vécut sans cesse h. Paris. De
l'ateherde Drolling, il avait passr dans celui de Picot, oii le
père Ingres venait, de temps à autre, corriger les composi-
tions des élèves. La première fois qu'IIenner y vit le grand
homme, empesé et gourmé, se pencher sur l'esquisse de nu
qu'il venait de peindre, il en eut un tremblement dans les
membres. 11 lui semblait que de ces lèvres serrées allait tom-
ber un arrêt que rien ne pouvait révoquer. L'arrêt, fort
heureusement, ne fut pas un arrêt de mort. Ingres avait
passé, sans rien dire, devant dis autres élèves, et la désappro-
bation que renfermait ce silence n'avait pas peu contribué au
toc-toc que faisait le cœur d'Uenner. Ingres, devant son
esquisse k lui, s'arrêta, la regardant longuement.
— Ça, c'est bien t fit-il, et il passa, sans regarder le jeune
homme, au suivant.
— Je l'aurais embrassé, dit Henner, quand il raconte l'his-
toire. Du moment que le père Ingres m'approuvait, je me
sentais sauvé. J'étais sAr que je décrocherais un jour ou l'autre
le prix de Rome.
Et le prix de Rome, au bout de trois ans, vint enfin, appor-
tant au jeune peintre, avec la consécration de ses efforts, la
délivrance du terrible souci qui pesait, depuis son arrivée à
Paris, sur sa vie, de cette crainte de mourir de faim dont la
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402 RBvuB d'alsace
hantise l'obsédait. Au pain noir qu'il avait mangé jusque-là
succédait le pain lilanc de la villa Hédicis. Tout pour lui,
dans son séjour de Rome, fut lumière. Les quatre ans qu'il y
passa furent une suite ininterrompue de ravissements, de
jouissances quotidiennement renouvelées, de pures extases.
Il en revenait en 1865 avec cette Suzanne au bain qui est au
Luxemboui^ et qui fit sensation, la même année, au Salon.
Après tes deux ou trois ans nécessaires pour asseoir définiti-
vement sa renommée, Ilenner était célèbre. La médaille
d'honneur qu'on lui décerne aujourd'hui n'ajoute rien 'a sa
gloire. Elle fait juger sévèrement les artistes qui ont attendu,
pour la lui conférer, qu'elle eût été discréditée quelque peu
par l'imprévu et la bizarrerie de certains choix.
Inutile d'esquisser ici la carrière du maître. Elle est sulli-
samment connue de tous ceux qui s'intéressent Ji l'art pour
qu'il soit nécessaire de lu retracer.
Journal Lk Temps du '^8 mai.
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NOTES HISTORIQUES
SUR
L'ORIGINE DU LUTHÉRANISME
à Strasbourg (*)
La Revue a publiL^ en 1866 des notes importantes relatives
aux origines de la Itéforme, ou plus exactement du Luthéra-
nisme, h Strasbourg et en Alsace. Ces notes provenaient des
papiers de Grandidier dont le Directeur de la Revue avait
pris copie d'un certain nombre en 1852. Un plus grand nom-
bre lui est revenu après le bouleversement de 1870. C'est de
cette provision que sont extraites les Communications de
1866. A ta fin de ces communications, nous avons lâché, un
peu à la légère, l'habituelle Qimlc : à suivre. Soit que cette
formule n'engage&t pas, dans notre esprit l'obligation de tenir
parole, soit que nous ayons jugi' k la légère, que les notes
inédites ne méritaient pas l'honneur d'un examen plus serré,
soit qu'un grain de paresse ait dominé notre pensée, l'enga-
gement: A suivre est demeuré inaccompli. Or, on a l'occasion,
non de nous le reprocher, mais de nous le dire, simplement
et, sans aucun doute, sans arrière- pensée. Précisons ;
M. l'abbé Ingold s'exprime ainsi page VIII de l'avant-propos
de son second volume :
« Depuis l'apparition de son second volume, quelques arti-
cles oubliés dans la « Bibliographie de Grandidier » lui ont
(1) Vo;. livrais, de Juillet -aodUiepIcmbre de \& Revue d'AUace,
de 1896, p. p. 396-417,
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404 RBVL-X d'auack
été signalés par des lecteors aaxquels il témoigne sa recon-
naissance. De ce nombre sont : .\olex historiquet »ur l'ori-
« gine du lutkéranUme à Strasbourg, dans la Revue
d'AUace, 1896, p. 306-417 ». Puis il ajoute daas une note au
bas de la page :
« BT A St'IVBI. MAIS CETTS SUfTI ^'A PAS CtClWI Slé PCBLIKE ».
Le fait est vrai. Nous venons d'en dire les raisons, bonnes
ou mauvaises. Mais nous tenons essentiellement a dégager la
promesse faite aux lecteurs de la Afrueetque l'on a eu raison
de nous rappeler. Voici donc la fin de ce que nous possédons
à cet égard.
Nous sommes arrivés ù l'épiscopalde N... tl), époque aussi
remarquable dans l'église de Strasbourg que celle de Charles-
Quint, qui monta sur le trOne impérial vers le même temps,
esi célèbre dans l'Europe. Mais ce qui plongea l'Eglise et
l'Empire dans un abtoie de misère, ce fut l'hi-rôsie de Luther
au quel l'Alsace s'est vue en proie jusqu'au rùgnc de Louis-le-
(irand; et le diocèse de Strasbourg fut un des premiers qui ait
eu le malheur d'ouvrir son sein aux novateurs. La contagion
corrompit premièrement la ville de Strasbourg, d'oA elle se
répandit comme de son centre, avec une rapidité prodigieuse,
dans tontes les parties de cette province.
Lathéranisme
On a si savamment et si souvent écrit sur cette matière, que
nous ne nous étendrons pas k faire sentircombien peu le nom de
Réformation convient à ces entreprises sur l'autorité de
l'église. Nous nous contenterons d'observer que pour entre-
prendre un aussi grand ouvrage, il fallait au moins avoir un
caractère : or quel caractère, quelle mission légitime avaient
(1) Guillaume de Honstein, élu le 9 octobre 1506. — Vojei T. IV,
p. 370 et Buivantes des œuv. higt. inéd. i866, concernant l'inlro-
duction du Luthéranisme a Strasboui^ et en Alsace.
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ORIGINE DU LUTHâRANISUK A STAASBOl'RG 405
Luther, Buceret autres réformateurs? [Is ne tenaient pas leur
pouvoir de l'église, ils le tenaient encore moins immédiate-
ment de Dieu. La mission extraordinaire dont leurs défenseurs
ont voulu les décorer, n'a été soutenue ni de mira(;les, ni de
prophéties, ni d'aucune des autres marques qui ont éclaté
dans Moïse et dans J. C. Quels abus ont-ils prétendu corri-
ger? La foi de la présence réelle, de la IransubstanLialion, du
mérite des bonnes œuvres, la prière pour les morts, les jeûnes,
les vœux monastiques, le célibat des prêtres etc? Hais il suffit
d'ouvrir l'histoire ecclésiastique pour reconnaître qu'on avait
cru et pratiqué toutes ces choses dans l'église dès la première
antiquité ; et que s'il ne tient qu'à se parer du prétexte de
réformation et du titre de réformateur, chaque particulier va
bientôt renverser tout ce qu'il y a de plus solidement établi
en fait de créance ou de morale. C'est ce que n'ont que trop
justifié et leurs propres principes et l'expérience ; leurs prin-
cipes, en attribuant h chaque particulier le droit de régler sa
foi sur l'intelligence qu'il n des écritures et par là même, en
n'établissant au milieu d'eux aucune autorité légitime pour
décider les questions de foi ; l'expérience par leurs propres
variations, et par cette multitude de sectes sorties, depuis
deux siècles, du protestantisme.
Un moine de Saxe, courageux jusqu'à la témérité, doué
d'une imagination forte — Si nous examinons en gros l'ou-
vrage de la Réformation, il faut convenir qu'il en résulta un
avantage, c'est que les théologiens des deux Communions,
obligés de combattre de la plume, étaient forcés de s'instruire,
le besoin de savoir les rendit savants. Ue grands hommes
parurent en chaque parti.
Tel fut le bien que produisit la Réforme. Si nous le compa-
rons aux maux qu'elle causa, il faut convenir que le bénéfice
qu'il opéra a été chèrement acheté.
On lit ces paroles dans un ouvrage de Jean Marbach, page
H ft Die papisten hauchen in ihrer mess Zauberische wort
I aber die élément brod und wein. »
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REVUE D ALSACE
L'Église catholique de Strasbourg connait si parfaitement
le mérite de la plupart des ministres protestants, qu'elle se
féliciterait à jamais de les voir dans son sein. Il ne s'agirait
plus de rappeler les querelles passées ; de reproduire ces temps
orageux où chacun, emporté par la vivacité, sortit des règles
de la modération chrétienne. Hais il serait question de réunir
dans une même croyance fondée sur l'écriturp et sur la tradi-
tion, telle qu'on la trouve chez les apôtres, l.-s conciles et les
pères.
Je ne dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent des propres
écrits des Protestants et toujours d'auteurs peu suspects ; de
sorte qu'il n'y aura dans tout ce que j'en dirai aucun fait qui
ne soit authentique et incontestable. Pour ce qui regarde les
actes pubhcs des Protestants faits à Strasbourg, outre leurs
confessions de foi et... etc. qui sont entre les mains de tout
le monde... etc. Xa reste pour le fond des choses, il est bon
de dire quel est mon sentiment ; car assurément je suis catho-
lique et enfant soumis aux décisions de l'Eglise. Après cela,
aller faire le neutre et l'indifférent, à cause que j'<^cris une
histoire, ce serait faire au lecteur une illusion trop grossière;
mais avec cet aveu sincère, je prie les Prolestanls de ne pas
me refuser leur croyance, puisque dans tout ce que j'aurai à
dire sur la Réformation, je n'en raconterai rien qui ne soit
tiré de leurs auteurs ou prouvé clairement par leurs propres
témoignages.
J3:i'-i. -- On imprima à Strasbourg, en (323, chez. Jean
Schotl, le recueil des sermons de Luther, in-4°. On y voit en
tète la figure de Luther habillé encore en moine augusUn.
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OniGINK or LUTHÉBANISWE A STRASBOURB 407
ayant la tète de même rasée, tenant un livre en main, une
couronne rayonnante k l'entour de la tête comme on représente
les saints, et le S* Esprit au-dessus. Au bas de l'estampe on lit
ces mots : Marttnu» Luther ein dyner Thetu Chrixti. und
ein wiâer-Uffrichter christlic/ier leer.
1325. — On imprima ii Strasbourg, en 1533, te nouveau
testament de Luther, in-fol., sous ce lilre : Dos neue testa-
ment, recht grundlfch tetucht, mit schœnen vorreden, und
der schweresten œrten Kurtz, aber gut, avtslegung....
Gedruckl su Stratbunj dtirch Joltan Knnblouch. imjav
MDXXV.
Le même ouvrage fut imprima, chez le même imprimeur
en ISSft, aussi in-folio.
L'hérésie de Luther donna occasion ù la guerre des paysans :
Sleidan, lui-même, l'avoue au commencementde son cinquiè-
me livre. Luther lui-même disait : das Evangefium muit
rumoren wo es kinkommet: thuls nicht, so ist nicht recht. -
Tisch-reden Lutheri getruck zu Eissieben an. 1S66, fol. 195,
und zu Dresden an. 1723, fol. 456.
La même année 1525, les Strasbourgeois suivant la doctrine
de Bucer, envoyèrent des Députés à Luther pour l'avertir de
conserver l'unité de la religion, aQn qu'unis ensemble ils
puissent détruire le papisme plus racilement. — Lavather
in hit. nacram, pag. 6. Pappux, in der Widerlegung des
Zweybrûckisehen berichts, p. 424.
Luther, entr'autres choses, écrivit aux strasboui^eois,
en 1525, qu'il pouvait se glorifier d'avoir prêché le premier
J.-C. — « Christum à nobis primovulgatum, r-i.lem un
« glioriari » — Voyés Pappus Widerlegung det ZweybrU-
ckischtê berichtt, pag. 427 et 428.
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REWB D ALSACR
Conrad Dannhauer, célèbre ministre de Strasbourg, avoue
dans son : Stœts-Wnchenden Sckutz-Engel, pag. 400.
que le génie Strasbourgeois était fort semblable au Calvi-
nisme, et que les cérémonies antérieures ressemblaient
beaucoup au Calvinisme. « dass dcr ijtrasburgische genius
dem Calvinisme schier gleich seye, und das die ausserliche
Ceremonien auch nadi dem Calvinisme rieclipn, etc.
Dans le catéchisme luthérien, imprimé ii Strasbourg en
1691, hs rédacteurs avaient inséré que le Pape avait voulu
6ter J.C. de son trAne et que le Pape mentait, comme le
Diable Bon idole. Les Luthériens furent obligés, par autorité
publique, d'effacer et d'oter ces paroles fanatiques et
jnjurïeuses. — Weiglinger Fris» Vogel oder stirb. — Vor-
red, num 8, p. 243.
Godefroi Rœderer de Strasbourg soutint et (it imprimer
en 1713, une thèse publique de théologie: de Aretissimo cre-
dendorum et agundorum rerum. sous le prœsidivm de
Daniel Pfeffinger. On y lit cette phrase, pag. 37, — « Cum
consîliotridontino eamdem virgulam sensoriam mer
entur turcarum alcoranus et Judeorum. ~ Talmud.
Luther, dans une lettre aux stnisbourgeois, dit que ce
n'est qu'avec peine qu'il s'eit porté à croire la présence de
J.C. dans l'Eucharistie, parcequ'il savait qu'il aurait donné
un grand coup au papisme en la niant. Voici ses propres
paroles insérées dans l'édition de ses œuvres imprimées à
Jena en 1556, Tom. 3, fol. 113, k Wiltemberg en 1548,
tom. 2, fol. 110 et à Altenberg, en 1661, tom. 3, fol. 104.
« dass er sich grossen gewalt angetban, die gegeowarl
Chisti in heiligen sacrament zu glauben, sumahlen da er
durch verlaugnung der selben dem pahstum hasle kœnnen
den grœsten sirofs gebcn ».
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ORIGINE DU LUTHER AN ISHK A STRASBOURG
Pergamen d» anno 1525, mardi 13 septembre
(Original dans tes archives de l'hâpiial de Strasbourg)
Le Gardien et Cordelîera dj couvent des Déchaussés
représentent au Mayer que dans le temps de leur jeunesse et
ignorance, ils furent engagi's par leur përe et parents d'entrer
dans le couvent, mais que pour la conservation de leur &me
et de leur corps ils demandent & sortir et à être quittes de
voeux ; comptant pintdt faire leur salut dans le monde qu'au
couvent.
Pargunan de anno 1585. — 14 mars
(Original aux archive» de l'hôpital de Stratbourg)
Même requête présentée par l'Abbesse prieure, secrétaire
et religieuses Claristes de la Werd.
Même requête présentée le 26 avril 1525, paries Clarisles
du Rossmarck.
Recès
lie l'Empire conclu îi la diète tenue à Spire par le vicaire et
les commissaires de l'Empereur Charles V. On y conclut que
rien ne sera entrepris de nouveau dans les atTaires concernant
la foi et la religion; qu'un concile g<-néral on du moins natio-
nal sera convoqué, que sa Majesté impériale sera suppliée d'y
employer ses soins et son autorité, et de venir en personne
en Allemagne le plus tôt qu'il sera possible ; que cependant
l'édit de Wornis et la paix publique seronl observés etc. Donné
à Spire le 27 aoAt 15â6. -
Germanicé étidëruot : Lunig, Reichs-archiv. part général,
contin. p. 460. — Rousset supplément au cod. diplomatique
de Duraont, tom. 2, part. 1, p. 78.
A ce recês assistèrent, en personne Guillaume, évéque de
Strasbourg, Martin Herlin et Jacques Sturm députés de la ville
de Strasbourg.
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En 1589 les Sti'asbourgHOia publièrent un nouveau Direc-
toire ou Kirch-ordnung, qui fui renouvelé en 1670, et changé
en plusieurs points notables. Ce Directoire de 1589 ne plut
point aux Calvinistes, et voici ce que ceux-ci en pensèrent dans
la préface d'un livre imprimé îi Deus-Ponts en 1603, sons le
litre de Wiirhafftigen bericht von der Strn»burgiiclien
neran derten Kirch-Ordnung .
a Der jetzigen Strasburgere unordentliche neurerung ist
a nichts anders, als ein offenllicker, leichtfertiger ah fall von
« ihrer vorigen rechten evangelischen lehr, zu einer neuen
« falchen opinion... Sie stecken selbal in deralbergrœslen
« und schœdelichsten Kclzerey, die jemals auf erden geweaen .
« oder noch Kunfftig enlstehen werden Kseonen. Die liebe
« warheit ist von ihren (Strasburgiachen) verblendten und
a mit dicker unvei^œnglichcn finsternisa geschlagenen prœ-
dicanten verdunckelt vorden ».
i5g4. — Il y a prés de deux cents ans qu'on chantait
encore dans les églises et écoles luthériennes de Strasbourg
les hymnes : Vexilla Régis et Pange lingua. — Voyez
Cantica ex sacrii lUteris in ecclesia canlari solita etc, in
usum scolœ Argentinensis. — Argentorati exudebai
Josias Rihel. 1594.
1603. — On imprima h Strasbourg, en 1603, chez Lazare
Zclsner, in-folio, la Bible de Luther, selon la version de ce
docleur. On n'y trouve pas le fameux verset de Saint-Jean,
i jok. ly. 7, ainsi que dans las éditions du nouveau testament
imprimé dans la même ville en 1617 et 1Ô18. Cependant ce
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ORiaiNB DU LUTHÉRANISIie A STRASBOURG 111
verset ee trouve dans les Bibles imprimées h StrasJwurg en
i619, in-40, en 1620 et 1624, in-foK, en 1626, in-8», en 1630,
in-fol., en 1648, in-«4 et en 1708, in-4".
On lit dans les éléments de l'histoire de l'abbé de Valle-
mont, tom. 3, lii\ 7, art 4, pag. 294. que Bucer disait
publiquement de Saint Thomas d'Aquin : Toile Thomam
aquinatem et dissipabo ecclesiam. Cependant Jean-Georges
Dorchée, ministre de Strasbourg, en voulut faire un prédé-
cesseur de la Confession d'Augsbourg et publia à ce sujet,
un livre à Francfort en 1656 sous le titre de : Thomas aqui-
nus, dictus doctor angelicut, confextor veritati» eoange-
licœ Auguttand repelilfp.
Sur Martin Lutber
Martin Luther, Augustin de profession, docteur et profes-
seur de théologie il l'Université de Witembergke.
Il avait de la force dans le génie, de la véhémence dans
ses discours, une éloquence vive et impétueuse qui enlrai-
nait les peuples et les ravissait ; son savoir était médiocre
au fond, mais grand pour le temps ; une hardiesse extraor-
dinaire quand il se vit et applaudi, avec un air d'autorité qui
faisait trembler devant lui ses disciples ; de sorte qu'ils
n'osaient le contredire, ni dans les grandes choses, ni dans
les petites. — Bosêuet, Hhloire des variations des églises
protestantes, liv i, pag. 0.
11 faudrait ici raconter les commencements de sa doctrine
s'ils n'étaient connus de tout le monde. Mais qui ne sait la
publication des indulgences île Léon X et la jalousie des
Augustins contre les Jacobins, qu'on leur avait préférés en
cette occasion ! Qui ne sait que Luther, Docteur- Augustin,
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413 RBvuE d'alsacb
choisi pour maintenir l'honneur de son ordre, attaque pre-
mièrement les abus que plusieurs faisaient des indulgences
et les excès qu'on en prêchait ? Mais il était trop ardent pour
se renfermer dans ces bornes : Des abus il passe bientiït h la
chose même. II avançait par degrés ; et, encore qu'il allât
toujours en diminuant les indulgences et les réduisant
presque à rien par la raanif^re de les expliquer, dans le fond
il faisait semblant d'être d'accord avec ses adversaires puis-
que lorsqu'il mit, en 1517, ses propositions par écrit, il y en
eut couchée avec CCS termes num. 71. a SI quelqu'un nie lu
vérité des indulgences du Pape, qu'il soit anathèmc !
Quoiqu'Erasme n'ait jamais quitté la communion de
l'Eglise, il a toujours conservé, parmi ces disputes de
religion, un caractère particulier qui a fait que les Protes-
tants lui donnent assez de créance dans les faits dont il n
été témoin.
Snr les Mariages
Bucer introduisit une nouveauté étrangement scandaleuse.
Il se maria et cet exemple tll des effets surprenants dans
l'ordre sacerdotal et dans les cloîtres. C'était une des
maximes de la nouvelle Réforme que les vœux étaient une
pratique judaïque, et qu'il n'y en avait point qui obligent
moins que celui de chasteti^ Bucer avait alors ; et cet
homme qui, ii la faveur de la discipline religieuse, avait
passé toute sa jeunesse sans reproche dans la continence, ne
rougit point de quitter un état de vie si parfait. Luther s'était
marié en 151S.
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ORIGINE DU LtlTHÉflAKISHB A STRASBOURG
Sur ZwiDgle
Zwingle, pasteur de Zurich, était un homme hardi et qui
avait plus de feu que de sçavoir. 11 avait beaucoup de netleté
dans son discours et aucun des préteodus r^rormateurs n'a
exphqué ses pensées d'une façon plus précise, plus uniforme
pX plus suivie ; mais aussi aucun ne tes a poussées plus loin,
ni avec plus de hardiesse. — Livre 2, paragraphe 19.
Sur les Réformateiirs
Tels étaient tes chefs de la nouvelle Kéforme, gens
d'esprit à la vérité et qui n'étaient pas sans littérature, mais
hardis, téméraires dans leui's décisions et enflés de leur vain
savoir, qui se plaisaient dans des opinions extraordinaires et
particulières, et par IJi croyaient s'élever non seulement au-
dessus des hommes de leur siècle, mais encore au-dessua de
l'antiquilé la plus sainte.
Sur les Hariages
Fatigué du célibat comme les autres Réformateurs, il
épousa une jeune Ûlle dont la beauté l'avait touché. Il
semble, dit Erasme dans une de ses lettres, que la Réforme
aboutisse h défroquer quelques moines et à marier quelques
prêtres ; et celte grande tragédie se termine enfin par un
événement toul à fait comique, puisque tout finit en se
mariant comme dans les comédies.
La doctrine sacramentalre
Carlostad écrivit le premier contre la présence réelle.
Zwingle et jlDcolampade écrivent pour défendre ce dogme
nouveau ; le premier avec beaucoup d'esprit et de véhémence ;
l'autre avec beaucoup de doctrine et une éloquence si douce
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414 BKTDB B'ALSAfS
qu'il ; avait, dit Erasme, lib. 13, Episl. 9, de quoi séduire
s'il se pouvait, et que Dieu le permit, les élus même.
La doctrine de Carlostad se répandait de plus eu plus ;
Zwiogle et ^colompade, avec des expressions un peu difTé-
reates de celle de Carlostad, convenaient au fonJ que ces
paroles Ceci etl mon corps étaient figurés. Est, veut dire
signifie, disait Zwingle ; Corpt, c'est le tigne du corps,
disait CCœlampade. Ceux de Strasbourg entrèrent dans tes
mêmes interprétalions. Biicer et Capiton, qui les conduisaient,
devinrent zélés défenseui-s du sens figuré. La iléfonne se divisa,
et ceux qui embrassèrent ce nouveau parti furent appelés
Sacramentairet. On les nomme aussi Zwingliens, parce
que Zwingte avait le premier appuyé Carlostad, ou que son
autorité prévalut dans l'esprit des peuples entraînés par sa
véhémence.
Lfl célibat des prdtns
Le mariage des Prêtres est un de ces changements remar-
quables que la Réformation ait produit dans le clergi^ protes-
tant. Je ne prendrai pas pour règle les décisions de l'église
catholique et romaine, que les Protestants ne veulent pas
reconnaître, mais celles d'une saine politique k laquelle tout
le monde doit se soumettre et de l'expérience qui ne nous
trompe guère dans les choses de ce monde. Le mariage des
ecclésiastiques diminue le respect qu'on avait poureux. Les
travers d'une femme sont capables de faire tomber un minis-
tre dans le mépris qui rejaillit sur son caractère.
Les hommes raisonnables, satisfaits îles ridicules que la
nature a atlachés )t chaque individu, se mettent le moins
qu'ils peuvent dans la nécessité de répond.-e de ceux des
autres. C'est peut-être cette raison qui de tout temps empê-
che la plupart des philosophes et des hommes de lettres de
se marier. Un grand homme auprès du peuple perd du res-
pect qui lui est dû k mesure qu'il a plus de choses communes
avec les autres hommes.
Le mariage met souvent des entraves aux qualités des
Grands-hommas. Ceux qui sont libres de ce joug travaillent
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ORIGIKB DU LDTRiBANISIIG A SrHASBOUBG 415
davantage k Taire passer leur mémoire fa la postérité. Il n'y
a pas k craindre que cette remarque fasse perdre des sujets
à l'Etat. Ceux qu'elle regarde sont rares.
Nous devons ce qui a été fait de plus recommanda ble pour
la société à des hommes qui ne sont pas mariés. Ceux qui,
par leur état, ne peuvent fixer sur une seule personne le
penchant secret qui nous porte à aimer, sont communément
plus humains et plus charitables que les autres. C'est une
nouvelle raison qui décide en faveur du célibat des ecclésias-
tiques, lis doivent âtre d'autant plus animés de l'esprit de
charité que demande leur ministère, qu'ils n'en sont détournés
par aucune affection mondaine. Le célèbre Bacon, lui-même,
le regarde comme le seul état qui leur convienne. // est rare,
dit-il, t/u'on s'occupe à arroser des plantes, lorsque l'on a
besoin de l'eau pour soi-même.
«Qu'un homme se prive, lui-même, de ce dont il pourrait
« jouir légitimement, el cela pour se livrer plus parfaitement
« et plus librement au soin de l'Eglise, on ne voit pas pourquoi
1 il n'aurait point à espérer une grande récompense dans la
« vie future. »dil un Protestant, Jacques Wetstein. — Voyez
tes actes de Leipsick, Janvier 1756.
Parftatoire
L'enfer, un des principaux points de la foi Catholique,
n'en est presque plus un pour les plus sensés Protestants.
Ce serait, selon eux, faire injure à la Divinité d'imaginer
que cet être, également bon et juste fut capable de punir,
par des tourments éternels des fautes passagères. Ils expli-
quent et détournent les passages formels de l'écriture sainte
qui sont contraires b leur opinion, et ils prétendent qu'il ne
faut jamais prendre à la lettre dans les livres saints tout Ce
qui paraît blesser la raison et l'humanité. Ils croient donc
qu'il y a des peines dans une autre vie. E nen bornant leur
durée avec Zwingle, ils croient encore que ces peines ne
sont que pour un temps. Ainsi le Purgatoire qui a été une
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410 RBVUB D ALSACB
principales causes de la séparation des protestants d'avec
l'Eglise romaine, parait aujourd'hui la seule peine que plu-
sieurs d'entre eux admettent après la mort.
La Doctrine Sscramentaire
Carloslad écrivit le premier contre la présence réelle.
Zwingle et (!t)colainpade écrivirent pour défendre ce dogme
nouveau ; le premier avec beaucoup de doctrine et une élo-
quence si douce qu'il y avait, dit Erasme, lib. 13, epist. 9,
de quoi séduire, s'il se pouvait et que Dieu le permit, les
élus mêmes. La doctrine de Carlostad se répand de plus en
plus Zwingle et Œcolampade, avec des expressions un peu
(iifTéi'entes de Carlostad, convenait enfin que ces paroles :
ceci est mon corps étaient figurées est veut dire signifie,
disait Zwingle ; corps, c'est le signe du corps, disait Œno-
lampade. Ceux de Strasbourg entrèrent dans les mêmes
interprétations. Bucer et Capilon, qui les condui^ient,
devinrent zélés défenseurs du sens ligure. La Réforme se
divisa, et ceux qui embrassèrent ce nouveau parti furent
appelés Sacrementaires. On les nomma aussi Zwingliens,
parce que Zwingle avait le premier appuyé Carlostad ou que
son autorité prévalut dans l'esprit des peuples entraînés par
sa véhémence.
Antoine-UIric de Brunswick- Wolfenbilttel, le même qui
avait voulu conserver h la paix de Biswick un cannonicat
protestant dans la cathédrale de Strasbourg, el qui se lit
catholique en 1710, avait engagé Liebnilz ut Molanus à
traiter par écrit avec les meilleurs théologiens catholiques,
pour faire cesser le schisme qui divise, depuis le XVI' siècle,
l'Eglise d'Occident. Les pièces de cette grau le négociation,
qui malheureusement n'a pas réussi, sont da:is la collection
de M. Du-tens.
Un professeur en droit de l'Université di; Eliswick doit
avoir entre les mains une démonstration mathématique du
mystère de la transubstantation par Liebnitz. — Journal
encyclopédique du mois de Janvier 1774 pag 333.
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ORIGINE DU LtTH^ANISME A
Il serait assez singulier que la géomélrie eut conduit au
catholiciame le même homme que l'on accusait de n'être pas
chrétien, parcequ'il il&il bon géomètre.
Extrait d'une lettre de capiton à Fare son ami,
(1537. Epiêt. Calvini, pag. 15)
« L'autorité des Ministres est, dit-il, entièrement abolie,
0 tout se perd, tout va en ruine. Il n'y a parmi nous aucune
« l'glise, pas même une seule où il y ait de la discipline
« Le peuple nous dit hardiment I vous voulez vous faite les
« tyrans de l'église qui est libre ; vous voulez établir une
a nouvelle papauté. Et peu après.,. Dieu me fait connaître
ti ce que c'e^t qu'être pasteur et le tort que nous avons fait
<< k l'église par le jugement précipité et la véhémence incon-
0 sidérée qui nous a fait rejeter le pape ; car le peuple
« accoutumé et comme nourri k la licence, a rejeté tout îi
« fait le frein, comme si, en détruisant la puissance des
H papistes, nous avions détruit en même temps toute la
H force des sacrements et du ministère. Ils nous crient : Je
1 sçais assez l'Evangile ; qu'ay-je besoin de votre secours
« pour trouver Jésus-Christ? Allez prêcher ceux qui veulent
« vous entendre. »
Quelle Babylone est plus confuse que cette église qui se
vantait d'être sortie de l'église romaine comme d'une Baby-
lonne. Voilk qu'elle était l'église de Strasbourg, elle que les
nouveaux réformés proposaient sans cesse à Erasme, lorsqu'il
se plaignait de leurs désordres, comme la plus réglée et la
plus modeste de toutes les églises, voil^ qu'elle elle était
environ vers 1637, c'est-it-dire dans sa force et dans sa fleur.
Il ne faut pas s'étonner si la nouvelle Réforme pi M tant au
Magistrat de Strasbi)urg, qui s'y rendit maître de tout et même
de la doctrine. C'était un malheur inévitable ; la Réforme
s'était établie en se soulevant contre i'évéque sur les ordres
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418 RKVUB d'alsace
du Magistrat. Le Magistrat suspendit la messe et donna 1»
forme au service divin. Les nouveaux pasteursi^taient insti-
tués par son autorité ; il était juste après c^'lii qu'il eut toute
la puissance dans l'église. Ainsi ce que l'on gagna dans la
Réforme en rejetant le pape ecclésiastique, successeur de St
Pierre, fut de se donner un pape laïc et de mettre entre les
mains des Magistrats l'autorité des apAtres. C'est aussi la
plainte que fit en ce tems Mycon, ministre de B&le: Les
laïques, dit-il, s'attribuent tout et le Magistrat £ait le pape.
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KT
RÉGIONS- VOISINES
EN TEMPS DE GUERRE
{1794)
(Suile (i)
Cavalerie de l*armée do Rbin
28 A rril 1794(9 floréal an 2). Le Directoire enregislre un
ari'èlé du ciloyen Uuroy, représentnnl du peuple, député par
la Convenlion-nHtiunale pr.'îs l'année du Rhin i>our y surveiller
l'incorporaliun et l'organisation des troupes Ji cheval. Cet
ari'dti^ est dati' de Colmar, le 15 germinal an-2 (4 avril). Il
ordonne :
Que l'Inspecteur des dépûts des régiments de cavalerie de
cette armée réunira, autant que possible, dans Colmar, les
cnvalliers destinés aux régiments de ladite armée ;
Que ceux de dragons réunis Ji Pbaisbourg y resteront.
Cependant, vu l'absence d'eau dans celle place, l'Inspecteur
pourra, si cela est nécessaire, les transférer Ji Schlestadl ;
Qu'il accélérera la conTeclion des effets d'habillement, équi-
pement et armement ; qu'il emploiera d'abord les ouvriers des
ateliers, et en cas d'insufTJsance, les corps administratifs
metlranl en réquisition le nombre d'ouvriers nécpa«nires ;
Que les corps administratifs sont tenus de prociiier et dis-
poser les emplacements pour loger les soldats, ouvriers et
(1) Voj. vv HK-iCO du Irimcalre Avril-Mai-Juin 1898.
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420 Rrvuk d als\cS
chevaux ; que le grand hangard, situé derrière le ch&teau de
Saverue sera converti en écuries ; que le distri- 1 donnera les
Ordres nécessaires pour cette opération ;
Qu'il fera également faire les approprintioas utiles pour
convertir en caserne la partie ancienne du cb&teau ;
Que toutes les matières et objels propres à la confection des
effets d'équipement et armement seront mis & la disposition
de l'inspecleur par les corps administratifs etc. etc.
D'autres prescriptions de l'arrêté sont relatives aux mesures
organiques et h la comptabilité de ce service.
Aatorlsation commerciale
28 Avril i794 (9 floréal an 2). Le Directoire enregistre
le brevet d'invention obtenu par Jean Immer, Sébastien
Gavey, Abichel Kessel l'aini', et Conrad Florer, citoyens de la
ville de Riquewihr, ayant pour objet la vente et le débit sur
tout le territoire de la République, du goudron ou braisgras,
de la poix navale, de l'huile de Ihérébentine et du noir de
fumée fabriqués par les procédés déflnis au procés-verbal du
dépAt qu'ils ont fait, le 3 juillet 1792. au secrétariat du dépar-
tement du Haut-Rhin.
Partage des bieos Communaux
30 Avril i794 (ii floréal an 2). Les administrateurs du
département du Haut-Kbin écrivent la lettre suivante aux
administrateurs composant le Directoire du district de Belforl.
« Des citoyens de différentes communes se sont plaints de
l'exécution des loix des 10 juillet 1793 et 26 nivôse (IS janvier^
derniers, relatives au pirlage des communaux et du bois
de chauffage : ils ont obtenu des arrêtés qui enjoignaient aux
municipalités des lieux de mettre les dites loix à exécution;
et non obstant, quelques unes de ces municipalités se refu-
sent obstinément h un partage égal entre ce qu'ils appellent
encore des Bourgeois et les Manans, h moins que ceux-ci ne
paient au profit de la commune une rétribution.
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L ALSACE KN TEMPS DE GtIKRHB 421
« Pour faire cesser un pareil brigandage, nous voue invi-
tons, sur des plaintes de non exécution d'arrêtés pris à ce
sujet, d'envoyer des Commissaires, aux frais personnels des
municipalités en défaut, qui mettent desuite les citoyensen
possession de ce que la loi leur accorde notamment des Gobes
de bois de chauffage.
« //ii> Collombel - /" Buob (e jeune - Probst ■ Ortlieb ■ Blin.
« Pour le procureur général »
FONTAINK.
Deniers publics — VirÛcationt
1 7 mai 1 794 (38 floréal an 2). En exécution du décret du
23 août 1793 {6 fructidor an 1), qui établit un nouveau mode
de comptabilité, l'administration du département airète :
« Que, par le citoyen Ortlieb, accompagné d'un Commis-
aire que les Directoires des districts de Colmar, Altkirch et
Belfort, chacun pour son arrondissement, seront invités de
nommer daus leur sein, il sera, de la manière et dans la forme
prescrite, procédé, au domicile de tous les anciens compta-
bles, receveurs d'impâts indirect? résidant dans l'étendue du
département, à la vérillcation Ai leurs comptes, pour consta-
ter leur situation et faire verser au trésor public les sommes
qui auraient pu rester entre leurs mains.
n A quel effet le vérificateur et le Commissaire sont auto-
risés à faire telles réquisitions qu'ils Jugeront convenables
pour le succès de leur opération. »
Riqnisitions «nlirées — Réquisitions noavelles
il Juin 1794 (22 prairial on 2) A la suite d'une lettre
du citoyen Prieur, Commissaire ordonnateur en chef de l'ar-
mée du Rhin, l'administration du département ordonne que,
dans les six jours, l'arriéré de la léquisitJon du }5 germinal
soit livré dans les magasins de l'armée du Khin, et qu'à l'ave-
nir le contingent nouveau soit jevé avec la plus grande célérité.
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iSS REVt-g d' ALSACE
Les Directoires des districts rendront compte, toutes les
décades, des livraisons Faites.
Le 10 juillet (l'S messidor). Le conligent requis le 25
germinal est loin d'i^lre réalisé. L'administration prescrit de
nouvelles mesures pour en hâter la livraison.
Réserves et distractioDS de linges
30 Juin 1794 (12 messidor an S). L'administration du
département arrête que les réserve» et distractions de linge
ordonnées par arrêté du comité de salul-pnblic du 26 floréal
{15 mai), seront faites par les Commissaires nommés pour
procéder aux inventaires et ventes mobilières qui auront lieu
k l'avenir dans les maisons d'émigrés, déportés ou autres
condamnés, dont les biens sont confisqués au profit de la
Répablique.
Réquisitions de chevaux et de seigle
3 juillet 1794 (13 messidor an 2) Le représentant du
peuple, le citoyen Goujon, notifie à l'administration du Haul-
Rhin la réquisition, datée de Landau, de fournir cent chevnux
qui devront élre rendus le 24 mcssi<lor (t2juiliel) au quarlier
k Bourç-libre (Saint-Louis, canton de Iluninguej aux ordres
du général Galbose. — Le district d'Altkirch en fournira
quarante, celui de Belfort trente et celui de Colmar aussi
trente.
6 juillet 1794 (18 messidor an 2). Nouvelle réquisition
de huit mille quintaux de 8eigl<> de la nouvelle récolte dont
l'administration du Haut-Rhin prescrit la diligente levée et
termine ainsi son appel :
« Le triomphe de la liberté sur les despotes, et leur pro-
« chaîne destruction présagée par les victoires signalées que
« nos défenseurs viennent de remporter dépendent particu-
« lièren"ent de l'approvisionnement de l'armée. Tous les
« citoyens, toutes les sociétés populaires, comités de
« surveillance et aulorités constitués réuniront, dans ces
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l'alsagb bn tbhi>s db gubrrb 423
« momeots précieux, leurs eiïorlB pour le prompt versement
« de ce contingent et dénonceront au tribunal criminel comme
« ennemis de la Patrie tous les malveillants qui, par paroles
« ou actions, empêcheraient l'exécution de cette réquisition. —
« Ortiieb, président. — Jourdain, secrétaire général. »
Hôpital militaire
13 juillet 1794 (24 meisidor an S). Le dépôt d'Ensisheim
est mis à la disposition des Commissaires ordonnateurs prés
l'armée du Rhin pour y établir un hôpital militaire. Les
enfants qui y sont établis seront transférés au couvent des
récolets de RoufTacfa.
Récolte de biens d'émigrés
6' juillet 1 794 (18 messidor an 2) Le Directoire du district
de Colmar arrête que tous les biens des pères et mères d'émi-
grés déjà ensemencés, ainsi que leurs prairies non louées
encore, ne le seront qu'après la récolle des blés et des foins ;
que les fruits seront vendus aux plus offrants et derniers
enchérisseurs, après aflicheset publications préalables et que
les acquéreurs verseront le montant de leur adjudication en
nature dans les magasins militaires de Colmar jusqu'au 1^'
frimaire (H novembre) prochain.
L'administration départementale homologue cette décision
ilu district de Colmar et la rend également exécutoire dans les
districts d'Allkircb et de Belfort.
Seigneur de Florimont
23 juillet 1794 (5 thermidor an 2). Le représentant du
peuple, le citoyen Hentz, avait ordonné l'arrestatiou de
Xavier de Ferretle h Florimont et son transfert dans les pri.
sons de Belfort; mais celui-ci déjoua la vigilance de la
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4ït HEVUE D'ALSAHB
gendarmerie et passa k l'étranger. L'admiDislration du dépnr-
tement ordonne son inscription sur la liste supplémentaire
des i5migré8 et nomme le Chirurgien Lacour, de Faveroia,
pour apposer les scèlés sur les meubles, efTets et denrées
délaissés par Xavier Ferrette.
RéqaisitioDS
29 juillet 1794 (t! Thermidor an 2). LaCommisssion du
commerce et des approvisionnements réquisitionne 2^,000
quintaux de grains & prélever sur la nouvelle ri^colte. L'admi-
nistration du département prescrit les mesures nécessaires
pour la levée, mais se dispense de la répartir entre les
districts.
2 août i794 (15 Thermidor an 2). L'administration du
département est informée par les préposés aux subsistances
que les magasins sont vides. Elle prescrit les réapprovision-
nements dans l'espace de quatre décades.
Le district de Colmar fournira aux magasins de :
Colmar 4.U00 quintaux de foin 2.000 quintaux de paille
Brisach 4.000 » » 2.000 » »
Ënsisheim 3.000 » » 1.500 * »
Soultz i.OOO » » 600 » »
Le District d'Altkircb fournira aux magasins de :
Altkirch 2.000 quintaux de foin l.OOOquinUuxdepaille
Huningue 3000 » .j 2.500 » »
Olmarsheim 1.000 » >. 300 » »
Sien» U Kcabt 1.000 » » 500 « »
llaesingen 1.200 » « 600 » »
Habsheim 6.000 » » 3.000 » »
Le district de Belfort pourvoiera, également dans le délai
de quatre décades, au réapprovisionnement des magasins de
Belfort et de Cernny au moyen de 10.000 quintaux de foin et
5.000 de paille pour les magasins de Belfort. Les magasins
de Cernay recevront de leur coté 2.000 quintaux de foin et
1.000 de paille.
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L ALSACB KN Tl
Allkirch, il Fructidor an II (3 septembre 1794),
Le 3 septembre 1794, on procéda & la vente en bloc des
objets déposés dans un magagin dépendant de l'ancienne
école d'Altkirch et provenant des églises du district : Ils
consistaient en croix de fer, chandeliers, encensoirs, navettes,
eaubenitiers, clochettes, battans de cloches etc, chassubles en
soie, fond de dais et quantité d'autres menus objets, venant
des communes de Lutterbach, Frankcn, GalRngen, Sausheim,
fiixheim, Zimmersheim, Ballersdorf, Hertzen, Wittenheim,
Landser, Illfurlh, Iluningue et Blolzheim. Ces objets sont
adjugés pour 38 tiv. 10 sous 3 deniers par Coudre, KaufTmann
et HoiTmann, notaire et membres du Directoire du district.
Œlenberg, 2? Frimaire an III (7 décembre 1794).
L'inveptaire du mobilier de cette maison comportait 292
articles dont oit n'a pu retrouver la monenclature. La vente
eut lieu le 13 décembre 1794 par l'ordre du Directoire d'Alt-
kirch et le ministère de M. Neuville, notaire au dit Altkirch.
Ëlte produisit 6336 livres.
Enclos de l'Abbaje de Locelle — Deecriptloo — Eatimation
7 décembre 1794 (17 frimaire an 3). Antoine Schwartz
d'Oberlarg et Ambroise Terrier, de Délie, procédèrent à la
reconnaissance et à l'estimation de l'Abbaye, se composantde:
i" Un corps de bâtiment appelé la menuiserie, situé a la
gauche de l'entrée de la grande cour, composé d'un rez-de-
chaussée, de deux étages non compris les greniers, et distribué
en 22 pièces de différentes longueur, prenant Jour au levant
et au couchant.
2" Entre ce b&timent et l'Abbaye, se trouve l'Eglise qui
consiste en une grande nef et deux petites, de la longueur
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426
HBVL'E n ALSACIi
d'environ 3)0 pieds, sur une largeur d'environ 70 pieds,
prenant jour des quatres faces.
■f L'Abbaye, qui est composée d'un rez-de-chaussée avec
deux étages, non compris ses greniers, et de grandes caves
voûtées, formant un cami avec l'Eglise et divisé en 83 pièces
de difTérentes longueur et largeur, avec de grands vestibules,
prenant jour dans tes quatre parties.
4» Un bâtiment appelé la grosse Kellerie, situé à la droite
de l'entrée de la grande cour, composé d'un rez-de-chaussée
avec deux étages, distribui! en 47 pièces, outre ses greniers et
vestibules, prenant jour de tous cotés,
5" Un grand corps de bûliment, h deux ailes, dont l'une
consiste en trois grandes écuries doubles, deux grandes remi-
ses et deux chambres pour les harnais et logement des
domestiques ; prenant jour de trois cotés, avec six grandes
caves voûtées et des greniers pour déposer le foin.
Et l'autre [aile] consiste en un rez-de-chaussée avec un
étage, où se trouvent un moulin, une boulangerie, une buan-
derie, une boucherie et une tannerie, le tout consécutivement,
contenant des logements pour chacun des ouvriers respeclirs.
6" Un b&timent situé dans le fond d'un grand jardin, servant
ci-devant k une orangerie avec logement d'un jardinier,
consistant en un rez-de-chaussée avec un étage et des greniers.
7" Plus des cours, jardins et vergers, traversés par le ruis-
seau dit La Lucelle, qui, avec les susdits bâtiments, ne
forment qu'un même enclos contenant environ 12 arpens
enfermés d'un mur dans toute In circonférence.
8" Plus et finalement, près de la grande porte du dit enclos,
un grand bâtiment servant d'auberge, consistant en un rez-
"de-chaussée avec un étage, une grande cave i;t des greniers.
Le rez-de-chaussée et l'étage se trouvent distribués en 17
pièces de logement, A coté du bâtiment est uni- écurie double
et une simple ; au-dessus, des greniers h foin, nvec jardin et
un verger.
Ces bAtimenls nous ont paru exclusivement propres et
avantageux à établir une manufacture ; d'autant que les
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i TEMPS DE GUERHE
427
communes environnantes présentent une population assez
nombreuse qui ne demande que du travail. Et, après cela,
nous avons jugiï qu'il ne pouvait y dire Tait aucune division
sans porter préjudice k l'entreprisfi principale k laquelle ils
pourront donner lieu, pourquoi nous estimons qu'ils valent,
en leur ensemble et fiai acluel, une somme de 140.157 livi-es.
Le 17 frimaire an 3 H décembre 1794J.
Schivarl: Anfoine, d'Oberlag. Atnbroise Terrier, de Délie.
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PREVOTS, ABBES & DOYENS
de Honau, Rheinau et Saint-Pierre-le- Vieux
(notes DB GBANDIDIEh)
Abbés de Honau
Saint Benoît, premier abbé et Corevéque en 733.
Saint Tuban, ou Duban, second abbé et Corevéque en 7i8,
749 et 760.
Thomas, troisième abbé.
Etienne, quatrième abbé en 770.
Saint Béatus, cinquième Abbé et Corevéque en 776, 778,
783 et 810.
Saint Egidan, sixième abbé.
PrevfttH de Houq
Brunon en il04. Devient Évéque de Strasbourg en 1133.
Adalbert en 1160.
H... en 1180.
Ulrich de Sigenowe + le 14 Janvier.
Bertholde 1 d'Ochsenstein, doyen de la cathédrale de
Strasbourg en 1209, vivait encore en 1237 + 27 avril.
Bertholde U d'Ochsenstein, custos de la Cathédrale en
1244 et 1261.
Bertholde III d'Ochenatein, custos dd la cathédrale en 1264.
Henri en 1269, et 1279, et 1284 + 13 février.
Honau est transféré à Rheinau en 129i.
PrevAts de Rheinaa
Henri dernier prevAt de Honnu et premier de Rheinau en
1291 et 1292.
Gebeharde deFribour^, prevdt de la cathédrale de Stras-
bourg, était prévôt de Rheinau es années 1308 et 1327. Il
mourut le 31 mars 1337.
Jean en 1340 et 1348.
Hugues de Mullenheim en 1354 et 1376, -|- le 2 octobre.
Gauthier de Mullenheim, en 1383 et 1391.
Rheinau est transféré à Strasbourg dans l'église de
Saini-Pierre-le- Vieux en 139S.
Prevdts de Saiot-Pierre-le-Vieux
Pierre de Epflch, dernier prévôt de ilheinau et premier
prévôt de Saint-Pierre-le- Vieux en 1398 + en 1400, 3 mai.
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i
PRévÔTa DB $Alirr-nBRillt-C.B-VlRUX 4Î!1
Georges de ZorD en 1418.
Nicolas de Hullenheim -j- 28 octobre.
Pierre II de Epflch eo 1437 et 1447.
Eberbarde de PfTafTenlaap en 1448.
Pierre de Zorn en 1448 -f le 11 décembre 1482.
Tbomas WolfT, dit le vieux d'ËckboUheim, 1404 +
16aoàtl511.
JérAme Belschelin, élu le 20 décembre 1511 + 1542, le 23
septembre.
Jean WolfT, nommé en 1542, par le cardinal Moixm, légat
du Saint-Siège ; mais sa nomination n'eut pas lieu.
Jean Brauo, élu le 25 septembre 1542 -{- le 1" février 1S62.
Jean Zesler, élu le 26 février 1502 -f 1568.
lodoque Frontzing, élu en 1568 -f 1569.
Paul Grave + 1571.
Jean Delphius, évéque de Tripoli et sufTragant de l'évécbé
de Strasbourg est nommé par le Pape Pie IV en 1571, mais
cette nomination n'eut pas lieu.
Mathieu Gering, élu le 22 octobre 1571 -f- 1613, le 10 août.
Exupérance Langhans, élu et confirmé le 17 septembre
1613 + le 17 février 1624.
Adam Petz, évèque de Tripoli et suffragant de l'évèché de
Strasbourg, élu le 14 mars 1624 + le 25 novembre 1626.
Martin Merckel, élu le 2 janvier 1627, + le 3 Janvier 1661 .
François Schlilzweck, .élu coadjuteur le 3 avril 1658 + le
15 mai 1671.
Constantin Heldt, élu le 25 mai 1671, se démet en 1683.
Le Pape nomma le sieur Rauch, et le chapitre, l'abbé
le Laboureur: le Roi de France confirma l'élection du dernier.
Nicolas le Laboureur, élu le 2 juin 1683, mort le 25 juin
1741, ayant permuté avec son frère le 29 mai 1731.
Jean le ï.nboureur devint prévôt en 1731 + le 19
novembre 173'J.
Jean-Charles de Boisgautier, élu le 29 décembre 1739,
mort le 31 mars 1742.
Nicolas Payen de Montmort, élu le 17 mai 1742 + le 9
mars en 1770.
Guillaume-Eléonore Mackau d'Hurligheim, élu le 18 avril
1770, mort le 29 septembre 1774.
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430 uvTK d'alsace
Jean-Fnoçois-Josapb Hdffel, élu le 22 DOvembre 1774.
IkrjmB de Honaa
Sigefroi«n 1180.
Rodolphe en 1239 et 1262.
Conrad en 1281.
Doyens de Rtaeiiua
llermao, dernier doyen de Honaa et premier du Rheiuau
enl2»l.
Ysenbarde en 1308.
Henri de Holsheim en 1383.
Frédéric en 1398 et Hartman de Wflltelsheim, vice-doyen.
Doyens de Saint Pierre le vieu
Henri SchafTnei-, dernier doyen de Rheinau et premier de
S» Pierre le vieux en 1398 et 1402.
Jean Kugman en 1408.
Nicolas Itymer en 1407, le 12 août.
Jean Iselin en 1415 -|- 1453.
Jean ReilTstec -|- 20 septembre 1447.
.Nicolas Dûrrûger en 1447 et 1454 + 1455.
Nicolas Iteiner en 1436 -|- 149^.
Louis d'Odratzheim 1493 + 1300.
Jean WolIT en l.WI + en 1509, fi Rom?, un fr^re du prevùl
Nicolas Betschelin + le 2 novembre 1510.
Harlzollire Vesler vice-doyen 1523.
Jean Wetzel di! Marsilli en 1511 et 1333 + 1534.
Wolfgangue Jench en 1538 + 156J.
Malhias Gering en 1571, devient prévôt.
Paul Gartner + 1373.
Michel Reinlin, élu le 15 décembre 1573 -{- en 1608.
Exupèrc Langhansen 1611. Devient prevdt en 1613. Il l'iait
vice-doyen en 1607.
Martin Merkel était doyen en 1614. Mort le 17 juin 1638.
(îabriel liang, suffragant de l'évéché de Strasbourg et évô-
que de Tripoli en 1646 et 1652 -f le 10 janvier 1691 .
Lambert de Laer en 1684. Résigne en 1686 à M. Merlin.
Edouard Merlin obtient le doyenné par une Bulle en 1686 ;
vivait encore en 1713.
Jean-Cbarles Boisgautier, doyen, devient prévôt en 1739.
Jean-Louis Dulruck -f- 174i le 21 juin.
Geges-Louis Geiger, élu le 28 juin 1742 + 1765.
Pierre-Joseph de Martigny, élu le 15 janvier 1766.
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PORTRAITS & PAYSAGES
SOUVENIRS D'ALSACE
par M. Charles GOUTZ-WILLER
On a lu, pnr Tragnients délauhps, les portraits et paysages
qui sont l'objet du bel in-K° dont la parcimonieuse MUion
causera des regrets, car il n'y a qu'environ soixante-dix h
quatre-vingts exemplaires à la disposition de nos bibliothè-
ques spéciales concernant le pays annexé. Bien que le
moment entraîne les esprits à des préoccupations plus absor.
bantes, il est certain que celte mince provision ne répond pas,
ou ne saurait répondre aux besoins complémentaires
de nos bibliothèques communales et de nos bibliothèques
privées. Nous faisons celle re;nan|ue et ne parlons de cette
belle collection de souvenirs h travers le passé, que pour en
rappeler un moment l'actualité et en dehors de lout sentiment
spéculateur qui ne saurait avoir de place là où la préoccupation
artiotique et littéraire n'a cessé de régner.
Ce qui ne nous empêche pas d'ajouter que M. C. (ioutzwiller
est le professeur du collège d'Allkirch sous les encourage,
ments duquel M. Jean-Jacques llenner n fait ses débuts; et
que le volume du maître de près de cinq cents pages, est taxé
k 8 francs rr\cmplaire.
Tout aussi spécial, en fait d'édition, se trouve nn in-8* de
XXXV — deux cent quatre-vingt-neuf pages et taxé 7 f. 50,
ayant pour titre :
SEUî-NEimS, PAYSANS ET PROPRIÉTÉ KUHAI.E
RN ALIsaCK au MOVBN-AGK
j)ar Ch. Slimidl, professeur émérite de Théoloyie
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43Z RSVt'B D ALSAC8
De même que les lecteurs de la revue d'A Itace connaissent
partiellement les portraits et paysages de H. Goul2witler, de
même anssi le lecteur des Annalet de t'Est connaît les sei-
gneurs, les paysans el la propriété rurale en Alsace, qui est
un tirage k part de ce recueil académique.
L'auteur de cettcr étude, que la mort ne lai a pas permis
d'achever, est trop connu par ses autres travaux et même
sa coltkboration k la Revue d'Alsace pour que, dans cette
note, nous insistions, pendant une minute, à le rappeler k la
mf^moire de tous. Notre confrère des Annales s'est chargé de
ce soin en consacrant, troisième biographe, Irenle-cînq pages
k l'édition qui nous occupe et que nous devons nous borner 'u
signaler en même temps que l'œuvre alsalique, captivante,
historique et littéraire de notre collaborateur, H. Charles
Ooutzwiller.
Frédéric Kurti.
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CORRESPONDANCE INTIME
EN tri;
ULRIC OliRECHT, PRÉTEUR ROYAL
ET
JEAN-BAPTISTE KLINGLLN, AVOCAT GÉNÉRAI.
KT SYNIJIC
DE LA VILLE LIBRE DE STRASBOURG
(1688-1698)
publiée d'après un manuscrit de la liibliolhèque
Municipale de Strasbourg
AVANT-PROPOS
Loi'sqiie la riche bibliothèque de M. Alilfeld, curé de Saint-
Pierre-le-Vieiix, fut vendue aux enchères h Strasbourg en
1S78, la lïibliothilque municipale fil l'achat d'un certain nom-
bre de numéros, manuscrits et imprimés rares, intéi'essant
l'hisluire provinciale et locale. Parmi ces acquisitions se
trouvait, sous le n° ITDS, un volume ainsi annoncé :
« (Obrechl^ Lettres manuscrites in-qiiarto, copiées par
fiambs. 1) En l'examinant de plus près, je dus malheureuse-
ment constater que le recueil était incomplet et qu'il avait
existé, cent ans auparavant, un second volume de c,>llc corres-
pondance entre Obrecht et Klinglin. Il ressort égaleraentde la
note, placée en létc du manuscrit par l'archiviste Ganibs,<iue ce
n'est pas lui mais le sieur Fleischmann, qui, dans le premier
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434 HEVUE d'alsacb
tiers du XVni" siècle d^jft, avait lire la présente copie sur les
minutes originales d'Obrecht (1), qui sont perdues, car, si elles
ont jamais été déposées aux Archives de la Ville — ce dont
je doute fort — elles ont disparu depuis.
Cette correspondance, toute fragmentaire qu'elle est, mérite
cependant d'être mise au jour, non pas tant pour les quelques
affaires administratives qui y sont retat<-es que parce qu'elle
jette un jour curieux et partiellement nouveau sur les procé-
dés gouvernementaux du temps et sur les personnages qui
furent les représentants directs de Louis XIV auprès de la
« ville libre royale » de Strasbourg, On y ur..l étudier sur
le vif les intrigues nées de la jalousie féroce d'Ulric Obrecht
et de Christophe Gitntzer ; on y verra comment chacun de ces
hauts fonctionnaires dénonce l'autre, comment il lâche de
dépasser son rival en obéissance obséquieuse vis h vis de
l'intendant et des ministres ; on y verra surtout comment l'un
et l'autre, nouveaux-convertis tous deux, demeurent en butte
aux attaques violentes ou sournoisesdu haut clergé qu'ils ne
cessaient pourtant de servir, mais qui, là comme partout,
n'était satisfait d'aucun succès lorsqu'il n'était pas le maitre
absolu. Nous trouvons ainsi dans celte correspondance intime
des indications précieuses sur l'état moral de Strasbourg dans
les dernières années du XVII* siècle, indications qui complè-
tent,d'une façon fort heureuse,en ce qu'elles viennent du camp
opposé, les doléances du Mémorial de l'ammeistre François
Reisseissen, publié par nous, il y vingt ans. Nous avions pris
copie autrefois du manuscrit de la Itibliothèque Municipale (2) ;
pour en élucider certains détails, nous avons parcouru les
procès- verbaux du Conseil secret des XIII, relatifs aux années
(1) A moiûB que le préleur n'ait redemandé, de son vivaut, les
lettres Écrites à sim sutwrdoDné, il semble peu probable que Klin-
glin ait pu avoir l'idée de se dessaisir de papiers aussi curicin ;
eomme il survécut de beaiicoup à Obrecht, don) il fut le second
sucresseur t. la préture royale, ou doit adincllre que ce sont les
minutes de cotte correspondance intime que rieischmann retrouva
dans les papiers du fila Obrecht, en les Iriant après décès.
(2) Il porte actuellement le no 302 dans le catalogue des manus-
crits de la Bibliolbèquc de la Ville.
ENTRE CLHIC OBnECHT ET J.-l*. KUNIH.IN 435
durant lesquelles furiint écrites les lettres qui nous restant,
et nous en avons tiré quelques renseignements supplémentai-
res, consignf^s dans les notes ou sei-vant tie transition entre
les pii^ces de la correspondance elles-mêmes.
Rod. Reuss.
Lettres de M. Ohreckt
En Itïle du manuscrit de Fleischmann se trouve la notice
suivante :
Ces deux volumes de lettres de M. Ûbreelil (1) à M. Klin-
glin i2) avocat puis Sj-nilic rayai, enlin Prêteur roj- al de la ville
de Strasbourg m'ont été donnés en prési'nt par M. Fleiscli-
mnnn, qui en ayant trouvé les originaux dans le dépouille-
ment qu'il lit des papiers de M. Olirecht fils décndé a l'aris,
(où il avait la ville pour prison, après sa révocation de la
charge de Préteur i-oyal de Strasbourg) en 172... (3) ayant
Vouvc les originaux de ces lettres, en fit tirer des copies.
(1) On vient de voir, par l'avanl-propos, que malheureusement
le second volume est perdu ou du moins ([u'il ne figurait pas ilans
la collection AhireJd;peut-iHrr le renconlrera-t-on quelque jour dans
une autre bibliothèque.
(i) Jean-Baplisle do Kliojjlin, était le flls cadet de François
Kiinglin conseiller au Conseil souverain d'Alsace, L'aine, Krançois-
Itomaiu, succéda ù son père en ItiTI), devint second président du
Conseil en J(i97 et mourut en 17l!4. Jcan-Bapllste fut d'abord avo-
ral nu Conseil souverain, puis il entra au service de la ville de
Strasbourg, après la capilulation, comme avocat général, devinl
le collaborateur lé plus intime d'Obrecht, et après la révocation
du fils de son protecteur, lui succéda comme préteur royal de la
ville libre et occupa ce poste important JHsqu'à sa mort, arrivée
le 7 juin 1725,
(3) Henri Obrecht, né le 17 mars 1675, successeur île son père
comme préteur royal fi vingt-deuï ans, fut déposé de ses fonctions
par ordre du roi, après une gesliiin de cinq années seulement
(1701-1706), et mourut à Paris en 1728.
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43(1 RBvuE d'alsace
M. Fleischmann (1) a également les avis de M. M. les inten-
dants de la Province d'Alsace jusqu'après le ministère de ces
Inlendans, donné par eux à la Cour sur les affaires de la
Province, qu'il a tirés sur les originaux, que la veuve du Sr...
secrétaire de M. de La Houssaye (2) luy avait confiés.
Strasbourg, ce 29 novembre 1773
Gaubs (3) Archivaire.
Lettres de M. Obrecht à M. de KUnylin pendant
son séjour à la Cour, depuis 1688 jusque) 1701.
A Strasbourg, ce 25 mars 1688,
Monsieur,
J'ay différé jusqu'à présent de vous mander la mort du S'
Grad, avocat général de cette Ville (4), parce que je voulois
auparavant faire les préparatifs nécessaires pour vous pouvoir
offrir cette place avec plus de sftreté : en quoy j'ay tellement
avancé qu'il ne manque plus que votre déclaration si vous la
voudriés bien accepter, si (fol. 3 *■) elle vous étoit conférée par
le Magistrat. En ce cas j'ay déjà écrit Ji M. de Louvois pour
(t) Le jurisconsulte G. G. Fleischmann est l'auleur d'une thèse
historique sur la Guerre des Paysans, qu'il soutint devant la
faculté de droit de Strasbourg en \l\î : il entra plus tard au service
de la ville cl occupa diverses fonctions adminislrallves ; il vivait
encore au moment où l'archivisle Gambs rédigeait sa notice, mais
il était décédé quand (irandidier rédigeait la sienue sur la famille
Obrecht (Oeuvres inédites, V, \i. 18î).
(2) M. Le l'elletier de la Houssavc fut inlcndanl d'Alsace de 1700
a 17 1«.
(3) Jacques-Sébastien Gambs fut nommé archiviste de la ville on
17S9; il partagea successivement ses foni^tions avec le dernier des
Wcncker, Petlmesscr et llorrer. En 1787 il fut nommé archiviste
honoraire et rcmplacô par C. Ehricn. (Brueker, Les Archives de
Strasbourg, p. 13).
(4) Jean-George Grad mourut dans les premiers jours du mois
(\III, :t mars 1088).
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vous avoir une dispense d'incompatibiliti^ avec la charge
d'avocat et de secrétaire interprète que vous avés au Con-
seil (1), el M. l'Intendant m'a assunî qu'elle ne vous sera pas
reTusée, si vous la jugez nécessaire. J'ay ajouté à ceile-cy les
appointemens que j'ay eu lorsque je faisais celte fonction. En
attendant l'honneur de votre réponse, je voua prie d'être
persuadé que je suis plus que personne du monde, etc.
P. S. Celte charge ne vous empêche pas d'avoir de la pra-
tique étrangère f2), pourvu que ce ne soit pas contre la Ville
elles bourgeois.
Lettres écrites à M. de Klinglin pendant son séjour
à la Cour (3).
A Strasbourg, ce8 novembre 169i.
Monsieur,
Vos lettres du 31 octobre, 1 et 3 novembre, viennent de
(1) 11 s'agit du Conseil souverain d'Alsace siégeant à Brisach.
Obrechl qui, depuis le 30 avril 16S3. occupait le poste de préteur
royal la ville libre de Strasbourg, désirait avoir sous la main un
boinme habile el de conllance qu'il put déléguer k la cour pour
traiter les alTaires délicalcs avec le ministre ou qui pût surveiller
de près le Magistral quand il devail s'absenler lui-même. Mon pas
le Magistrat lui-même, dans son eascmbic, car, au fond, il était
bien docile, mais les meoées de lliialzer, son afné de beaucoup,
qui au lendemain de la capitulation de l(>81 avait été nommé par
Louis XIV syndic royal k Strasbourg et exerça, de fait, les mêmes
fonctions qu'Obrccht lui-même après 1683. Celui-ci, incontestable-
ment mieux doué, plus énergique, moins « grapillard n que
Cùnlzer, plus chaudement soulenu a la cour, avait flni, grâce à sa
conversion, préparée par Bossuel, par remporter sur le vieux secré-
taire de la Ville, qui manquait par trop de prestige au sein des
Conseils secrets où il avait tenu jadis un rdie subalterne. A partir
de ce moment il y eut entre Gûnlzer et Ubrecht une baine sourde
mais profonde, dont celte correspondance est la preuve érialantc,
(2) De la clientèle. — Les avocals-généraux de la république de
Strasbourg pouvaient donner des consullalions aux particuliers,
pourvu que ce ne fùl pas au délrimenl do la rite, usage qui s'est
conservé en Angleterre pojr les légistes de la couronne jusqu'à ce
jour.
(3) Celte première letlre se rapporte à la mission donnée par
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Aon BEVUE D ALSACE
m'èlre rendues ù la rois. Vous n'avésqu'k présenter à Mr de
leMiigiBtral ii Klinglin de [irésenlcr fkVeraailIcsIescondoléaDrfsde
la ville libre surla inori de Louvors, et de s'assurer on mi>jiiD temps
IcB bonnes jiràces de son aucesseur. La délégalion de l'avocnt-géné-
rul avait été [)réc('di>e d'une violenta passe d'armes entre Obreelit
et (liintzer. L>ans la séance duConseil des Treize, du 8 octobre I6t>l,
le svndic prit la parole pour dire que la veille, enlre neuf et dix
heures, Klinglin Était venu le soir pour lui anaonccr son dcpnrt
pour la Cour, d'après la proposition Taite par M. Obrecht. Lui,
ôiiDtzer, se trouvant k Osiwald re jour là, o'a pas eu l'honneur de
sif^ger avec rea Messieurs quand ils ont pris cette décision là; ce
voyage est-il bien nécessaire ? Sans doute, il n'a dans tout cela
qu'un vote consullalir, mais il se demande si cette ambassade ne
l'era pas plus de tort que de bien, sans com|iter que l'aris et Ver-
Biiilles siint >'un tirés cher pavé». En tout cas, si Klinglin pari, il faut
•lélibéror sur ses instructions en Conseil ', la qiiaestio an et la
■/uaealio quomodo devront être examinées en comité, d'autant plus
que Klinglin n"a pas encore prÈté serment, « encore qu'il doive ne
penser que du bien d'un honnâle homme. » L'absence d'Ûbrecht,
qui gardait In chambre, fil que les Treize, enlratnés par cette
harangue, décidèrent que le serinent serait prêté el l'instruction
rédigée par Klinglin lui-même. Le préleur, avisé |iar une députation
du Magistrat, se montra Tort irrité et l'a vocal-général {ieiger trans-
mil reipressiun peu atténuée de son mécontentement au Conseil.
Il n'est nul besoin d'une instruction, puisqu'il n'y a aucune question
spéciale & traiter ! Gûnlzer répond alors, assez logiquement, que
s'il n'y a rien ii négocier ii la Cour, il est bien inutile d'envoyer un
personnage et que le premier honncle homme venu peut remettre
a Versailles les dossiers dont parle M. le préteur.
Le lendemain Klinglin lit son inslniclion, en Trançats, el dit que
M. de Chamlay lui a écrit <[ne le moment est propîie pour discuter
ft loisir les alTiiires strasbourgeoises. qu'il doit se hâter de venir.
Giintxcr se plaint de ce que le document n'ait pas été mis en alle-
mand, comme par le passe; il revient sur la question de la dépense ;
il raconte que M. de Souvré, arrivé hier de l'armée, lui assure que
le ni'iment est peu propice aux entreliens d'affaires puisque M. de
Itarbezieui, son frère (le nouveau ministi'e) vase marier, etc. L&
dessus les autres avocats-généraux opincntanssipourunediscusûon
gcnéralesur la matière. Klinglin déchire que, pcrsouneilemenl, il
n'a nu''un intcrét à ce voyti^'e, qu'il n'a point d'ambition, qu'il obéit
il M. le préteur ; ces Messieurs feront ce qu'ils voudront, mais il
lioute fort que il. le syndic ail le droil, en vertu de sa chaire, de
proposer rien de pareil, i' .Si vous aviez assisté lï la dernière séance,
comme c'élnit votre devoir, interrompt lîûntzer, vous sauriez que
je ne veux nullement escamoter votre voyage '." — «Je suis un
honnête homme, crie de son côté Klinglin, el je connais mes detoirs
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CORRESPONDANCE BNTRE [ILRIG OBRICKT ET I.-B. KLINGUM 439
Barbesieus^ (1) la lettre qui vous a été envoyée touchant lee
divorces : mais il faudra lui marquer dans des termes les plus
perceptibles qu'il se pourra, qu'elle vient de la part des magis-
trats luthériens et que c'est de l'ordre de M. Gûntzer que l'on
vous l'a adressée (i). Car elle n'a ny été lue dans aucune
assemblée (3), ni communiquée qu'à luy en particulier (fol.
4 ^) : ainsy c'est k luy à répondre du contenu et j'ai pris les
devans afin que le Roy en soit informé avant que Mr de Bar-
busieux la porte au Conseil.
Comme il ne se fera rien au changement des routes sans
l'avis de M. le marquis d'Huxelles (4) ou de M. l'Intendant (5),
il vous sera facile de renvoyer les solliciteurs de la commu-
nauté de Dorljsheimitceluy de ces deux que M. deChamlay(6)
vous indiquera. Ladite communauté a promis cent pistoles k
et c« que m'impose mon serment ! « — Le procès-verbal officiel
ajoute diploinatiquemenl : h Ici s'élève un pelit malentendu entre
H. le syndir et M. l'avocal Klinglia, mais il a été supprimé (getilgt)
par l'autorité des Messieurs du Conseil. »
En déHnilive fiimlzer propose d'ajouter une dizaine de points
secondaires, affaires de détail, à ceux que l'envoyé traitera dans
les bureaux du ministère, el le Conseil adopte ces additions. Dans
une séance dusoir(lem^me9oclolire) la paix est faite évidemment,
car le syndic déclare qu'il n'y a plus qu'A présenter à M. Klinglin
les meilleurs vœux el souhaits pour son voyage, persuadé qu'il y
saura faire voir, dans les occasions données, son habileté ordi-
naire.
(2) Les rapports entre Gûntzer et Obrecht avaient été si tendus
doraut l'aulomne que, pendant des semaines, le préteur, dénoncé
par le syndic A Versailles, n'avait pas mis les pieds à l'Hôtel-de-
Ville, pour bien marquer qu'il ne voulait point élrc responsable de
ce qu'on y faisait, (Xill, 18 septembre 1691).
(3) Séance oflicielle.-
(i) Nicolas du Blé, marquis d'Huxelles avait remplacé Montclar
comme gouverneur de la province. (XllI, 20 mars 1690).
(5) L'intendant était Jacques de La Grange.
(C) H. de Chamiay était l'un des principaux <i commis n de
Louvois, el restail le conseiller en lit re de son Jeune cl peu capa-
ble continuateur.
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440 REVUE d'alsace
M, Gflntïer en cas de réussite et c'est ce qu'il voudrait profiter
de votre voyage.
11 ne faut pas que vous songiez avant votre retour {fol. 5 '}
à la rôparlilion des fourages, qui ont élA iinpcjsés aux villages
de M. de Chamiay ; j'en ay parlé à Mr l'intendant, qui n'a pu
refuser lus deux mil el tant de rations auxquelles les dit villa-
geois ont éti^ taxés au dernier quartier. Je vous instruiray
pleinement de l'étal des atfaires de M. (jiknlzer par le premier
ordinaire, étant un peu trop pressi^ présentement.
A Strasbourg, ce 9 novembre 1691.
Monsieur,
Vous verres par la copie cy-jointe de la lettre de M. de
Bnrbesieux, qui ne m'a été rendue qu'hier, que le Roy trouve
bon que je fasse remettre à Monsieur (1) les papiers que je
vousay confiés ffoLS ''), touchant les pierreries engagées aux
(;antons suisses protestans par feu M. l'Electeur j)alatin.
Ainsy vous n'aurez qu'à prendre les ordres de Monsieur pour
Sfavoir à qui Son Ait^sse Royale veut que vous les donniês,
pour en retirer une décliarge qu'il sullira de nie rapporter à
votre retour.
Je fais tout mon possible pour vous faire avoir les pièces
qui peuvent servir à éclaircir les articles nouvellement ajoutez
a votre instruction (2), mais vous sravcz la lenteur de notre
Chancellerie, a Inquelle on m'a pourtant assuré aujourd'huy
que la plus part des dites pièces (Hoieut actuellement en che-
min. Je suis cncoi-e d'avis (fol. (»») que lorsque vous aurés
(I) Philippe d'Orléans, frère de Louis .\IV, gendre de l'Ëlecleur
palatin Cliarles-I.ouis, beau-frère de l'I^Iccteur palalia Charles, le
dernier ropri^scutaDt de la branche de Simniern;j'ig'nore lequel des
deux princes avait engagé ses pierreries en Suisse.
(i) Il s'agissait surtout de plaintes outre les enlrcprencurs des
forlificatious nouvelli-s, de réclamations contre Mayeuec relative-
ment à la navigation sur le Rhin, du pavage des rues, des dépenses
de la garnison, etc. (XRI, 9 octobre 1H9I).
expédié le sujet principal de votre voyage, 'vous renfermiés
toutes les minuties des additions de MrGUnlzerdansun plaeet
et en laissiés la poursuite ii M. LeCorreur (1), lorsque vous
pnrtirés de Paria. L'article du bois enlevé par les enlrepren-
neurs n'est qu'un piùge. Car, à ce que j'ny appris de M.
Ursinus (2) si vous en Taisiés des phiintes, elles retomberaient
sur M. rinlendant, el la chose en etle-inéme est de si peu de
consé(iuencc qu'elle ne vaut pas la peine d'en parler.
Le P. (3) a dit à M. l'Intendant que (fol. 6 '') vous luy aviés
écrit une grande lettre de complimens mais qu'elle nel'empè-
choit pas de croire que vous luy jouiriés (sic) tous les plus
méchans tours que vous pourries, Auprès de ses confidens il
fait passer cette lettre pour une espèce d'hommage et i-épara-
ration d'honneur. Il a fait casser ces Jours son frère le
lohner (4), par la Chambre des Vingt-Un en mon absence,
mais lorqu'on a voulu procéder ensuite à l'élection d'un nou-
veau lohner, j'ay représenté au Conseil des Quinze, où elle
se devaitfaire, qu'il ne falloit avoir aucun égard à la proposi-
tion du P. ni au décret qui l'a suivi, 1" parce qu'il ne luy (fol.
7") appartenait pas de faire casser un ofiicier en mon absence,
i" parce que la dite proposition procédait d'un esprit de ven-
geance auquel le P. s'étoil laissé aller, parce que son frère
l'avoit accusé de plusieurs violences, et qu'il ne seroit pas
séant que le Magistrat fut l'instrument de l'injure d'aufruy,
3" qu'il seroit d'un très méchanl exemple de casser un officier,
quelque négligent qu'il put dite, sans l'avoir entendu. Sur
quoi il a été ordonné qu'il sera informé de la conduite dii
lohner, pour voir s'il mérite d'être continué dans sa charge
ou d'être cassé.
(fol. 7 '') Mr de Cageneck a été élu samedy passé, au Conseil
(t) Celait l'agent ordinaire de la ville à Paria, commis de con-
liance de Louvois,
{1) Cl Le 1'. est le syndic Gûnlzer. » (Noiode (iambs).
f3) Un des emplovés subalteroes de la Chaiiceilerie slrasbour-
gcoise.
(i) Le lohner était un entrepreneur chargé soil de l'enlèvement
des boues, immondiccB (HorbloAner), soii de l'entretien du pont
du Hhin (Hheiiilo/oitr) elc; nous ignorons laquelle de ces entrepri-
ses municipales était dirigée par ic frère de Gimlzer.
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442 RBVUB d'alsacb
des Treize à la place de Mr V0II7, décédé trois jours aupara-
vant. Le P. a fait tout ce qu'il a pu pour porter les magistrats
à élire un luthtVien, quoique l'alternative établie par !a lettre
de cachet du Roy rtemandilt incontestablement un catho-
lique (i). Son but a été de tirer M. de Wormser hors du Conseil
des Quinze, de confirmer les magistrats luthériens dans l'opi-
nion qu'ils ont conçue de luy qu'il protège leur religion, même
au péril de sa fortune, et de me rendre odieux, en me jettant
dans la nécessité (fol. 8") de deffcndre les intérêts de la Reli-
gion catholique, comme j'ay fait eiïeclivement, avec toute la
fermeté requise, par laquelle j'ay dessigné toutes ses intrigues
et mis la fausseté de ses raisons dans un sigrand jour qu'il n'y
en a eu aucun qui ait osé opiner en faveur du luthéranisme, de
sorte que Mr de Cageneck a eu toutes les voix, excepté une
seule, qui a été pour Mr de Rotzenhausen (2).
J'en ay écrit h. Mr de Barbesieux et j'enverray une copie de
ma lettre à Mr de Choinlay par le premier ordinaire. Car
comme le temps s'approche (fol. 8 ''}du renouvellement des
magistrats, je serois bien aise de scavoir l'intention du Itoy
au sujet des ordres que S. M. m'a donnés par feu Mr de
Louvois pour faire entrer des catholiques. Je suis avec tout
l'attachement possible, etc.
A Strasbourg, ce 12 novembre 1691.
Monsieur,
J'ay cru vous pouvoir donner plutôt quelque éclaircisse-
ment sur l'affaire de Mr Guntzer, mais il m'est survenu depuis
quelques occupations plus pressantes, et J» vous dire la vérité
(fol. î»»), je n'y vois pas moi-même presque plus clair que le
premier jour- M. l'Intendant continue toujours îi dissimuler
qu'il en ait reçu des ordres. Cependant outre ce que m a
(1) Reiaseiïsen a rapporté longuement dans son Mémorial (p- 156-
157) les raiions alléguées par les deux anlagonistea.
(i) RattasambauBen.
COBHESPONDANCB RtlTBE ULKIC OBHBCHT ffT J.-B. KttNGUN 443
mandé Mr de Chamlay, je m'apperçois du contraire par les
instances qu'il m'a fait de luy donner des mémoires sur le
sujet de nos contestations. Je ne scay quel usage il en veut
faire, cependant j'espère toujours d'obtenir te but que je me
suis proposé, qui ne tend qu'à ce que lu Roy soit informé des
désordres que ce malheureux comnnit icy (1) alin que l'un
(fol. 9 '') de ces jours l'on ne me puisse pas imputer les suites
qui en arriveront, ni me tenir pour complice.
Je crois vous avoir mandé que sur une proposition qu'il a
faite au Conseil des XX(, en mon absence, pour faire casser
son frère, le lohner,' il a été ordonné ensuite à la Chambre
des XV, qu'il seroit auparavant informé de sa conduite. On a
commencé de le faire avant-hier et il s'est trouvé du premier
abord qu'il a vol6 tous les ouvriersqui ont travaillé pour la
ville et qui ont reçu le payement de ses mains. 1! prétend
cependant (fol. 10') se laver en montrant que son frère le
Syndic est un plus grand voleur que luy ; et c'est pour cet
elfel qu'il a donné le mémoire cy-Joint que je vous prie de
remettre à Mr de Chamlay, afin de lai faire connaître plus
naïvement le sort déplorable des affaires de cette ville, pen-
dant qu'elles sont entre les mains de pareilles harpies (2). Mr
de Ixtuvois en étoit instruit et il commençoit à se mettre en
train pour nous en délivrer, comme vous pourrez encore faire
connaître k mondit Sr rie Chamlay par la lettre cy-jointe qu'il
m'a écrite en réponse d'un rûcit que je luy avois fait de tout
(fol. 10 •>) le détail des malversations du P. et voua scavez de
quelle manière il l'avoit fait calculer pendant prez de six
semaines. D'ailleurs, je suis certain par ce que j'ay vu dudit
calcul, que si mondit seigneur de Louvois avait vécu seule-
ment encore un mois, il luy en auroit payé la peine de la
façon qu'il a déjîi long tems mérité. Je ne scay quelles assu-
(1) On ne connail, à la charge de Gunlzer, aucun <> désordre »
de nature politique, et il semble bien que, malgré son amour
exln^me de l'argent, il ail été plus populaire dans les Conseils que
Obrecht, parce qu'il était moins cassant ; mais c'est lu précisément
ce qui irritait le préteur.
(i) Nous ne connaissons pas, mallieureusement, ce document
d'amour fraternel.
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4i4 BKVUE d'alsacb
rances il peut avoir ou du cdté de la Cour ou de la part de Mr
l'Intendant (1), mais il n'a encore en rien rel&chi^ de ses
anciennes manières, même de celles qui sont les plus (foi. Il*)
criminelles, scavoir la vexation des sujets du Roy par corvées
et impositions dans les bailliages, et les intrigues pour empê-
cher que les catholiques ne soient avanci's aux charges, pour
lequel sujet il veut par force faire supprimer la charge de
gredier de iL'nyelt (2j, devenue vacante par la mort de Mr
Flach, et ne fait pas procéder à l'élection d'un grelTier crimi-
nel, parce que l'un et l'autre de ces employs doit tomber à
un catholique, conformément aux ordres du Roy (3).
Mr Frid m'a dit qu'il vous a mandé (fol. 11 '>) de tâcher
d'obtenir un ordre contraire à celuy que nous a envoyi^ feu
Mgr de Louvois, pour fournir la moitié des frais pour la cons-
truction de l'hôpital (4). Si vous voyiés quelque jour à y
réussir, il seroit elfectivement à souhaiter que la Ville pût être
exemptée d'une dépense si considérable, mais comme vous
scavcz qu'il y a un ordre réitOré de mondit seigneur de
Louvois et qu'à ce qu'il paroit par les discours du P., il a déjà
capitulé pour les premiers termes du payement, j'appréhende
qu'il se serve encore en cecy de son ancienne méthode, qui
est de porter (fol. 12»j les magistrats à s'opposer k l'exécution
des ordres du Roy et de représenter cependant à la Cour que
par son rrédit et par ses soins, il les déterminera k s'y con-
former. Cela va toujours ii son but, qui est de s'acquérir de la
faveur, au risque de perdi-e tout le magistrat en le rendant
(1) M. de la (Irange semble avoir eu pour mission secrète de
bruuillerde son mieux les deux adversaires pour pouvoir d'autant
mieux les surveiller l'un par l'autre.
(2) VUngelt était une espèce d'octroi payé pour les vins intro-
duits dans la ville.
(3) Cette accusation était absolument fausse, puisque «iiinlzer
faisait tout le possible pour plaire au gouvernemcut dans les qucs-
tu) us relatives k l'iDlroduction des catholiques dans tous les emplois,
grâce à l'allernative, imposée par Louis .XIV, mais Olirecht savait
bien que c'était la plus meurtrière qu'il put diriger coalrc le syndic.
{i) Il s'agit de VHi'.pital militaire ( Welsch Spital) que l'un bAtis
■ait alors dans la Krutenau.
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COftllESlKlNDANCE BNTHB DLBIC ODRBCHT ET J.-B. KLIKOLIN 445
odieux par des remontrances importunes et déraisonnables.
Ce qui me le fait soupçonner en cette rencontre, c'est le
mouvement qu'il s'est donné pour faire envoyer des députez
il Mr l'intendant, afin d'en obtenir une (fol. 12 ^j surséance de
l'ordre qu'il avoit donné de payer mille écus en déduction de
la somme qui reviendroit sur la Ville de celle dépense. Si vous
en avez le moindre vent qu'il agisse doublement en cecy,
comme s'est (sic) sa coutume, il ne faudra pas hésiter de
répondre à M. Frid {() que l'on vous a dit, sur vos remontran-
ces, que ce n'étoit pas la coutume du Roy de rétracter ses
ordres, surtout lorsqu'il lésa donnés pour la seconde fois.
J'oubliois presque de vous dire qu'il a fait faire ladite dépu-
tation en mon absence, profitant de l'assemblée du Cammer-
gerickt (fol. 13') après dîné, où il sçait bien que je n'assiste
jamais. On avoit été assemblé le matin du même jour, sans
que personne ait eu envie de mettre cette matière sur le tapis,
quoique l'ordre de Mr l'Intendant eût déjà été donné.
P. S. J'avois écrit ce que dessus, le matin, avant d'allerà
la Maison-de- Ville, où, m'élant rendu, j'ai assisté à la lecture
des informations contre le lohner et j'ay remarqué que les
charges qui y ont d'abord paru touchanlles ouvriers, procèdent
de la rancune (fol. 13 ^) du V. et que. du reste, les petits vols
et concussions du lohner comparés à ceux de ccluy-ci, ne
sontquedes mouches comparées k des éléphans.
Messieurs du Directoire de la Noblesse ont fait apposer le
scellé k la succession duSr Voltz (2), quoique bourgeois et du
Conseil des Treize et ils se servent du prétexie que les héritiers
qu'il a laissés, sont de leur corps. Mr l'Intendant ne m'en a
pas parlé mais j'ay appris d'ailleurs qu'il goûtait fort leurs
raisons et qu'il les appuyeroit aussi en ce cas. Nous y avons
cependant aussi fait apposer le scellé de notre cûté (fol. 14*)
et j'ay dit ii Mr Salomon (3), qui a passé par icy, de prendre
(1) Jcan-Jai^i|ucs Krid, secrélairedu CodecîI des Xlll, puisavocat-
gtnéral eu Ifi97.
(2) Il a'agil du sieltmcisire Henri-Thierry Volu, mort le 1
novembre 1601 ; il y eut conflit de juridiclion entre la Ville et le
Directoire de la Noblesse.
(3) H. Silomon était alors procureur ilc la Ville nu Conseil sou-
verain I l'Alsace.
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446 RBVUE d'alsacb
une commission en chancellerie afin de faire assigner ces
messieurs en troubles. Si par le moyen de Mr l'Intendant cette
affaire étoil portée en Cour, j'espère qu'il ne vous seroit pas
difficile d'obtenir h être renvoyé h la justice ordinaire.
Je vous supplie surtout, monsieur, pour le bien de la Ville.
de faire tout votre possible à pénétrer la route que prendront
les atTaires et desçavoir au Juste les départemens.et où il faudra
s'adresser pour chacune, carje voisqueceux-môme.qui (fol.
14'') devroients'yconnaftrc, se méprennent à tous niomens(l).
Mr de Chamlay aura la bonti' de vous servir en cela de guide.
Je suis sans réserve et avec toute la sincc^rité possible, etc.
La lettre que l'on vient de lire est la dernière du préteur
relative à cette mission de Klingliii, Les procés-verbnux du
Conseil des 3'reize nous apprennent que, dans la séance du 29
novembre, l'ammeistre en régence voulut donner lecture de
deux dt'péches de M. l'avocat-général, mais que les trouvant
« quelque peu illisibles, M. le préteur royal voulut bien avoir
l'obligeance de les déchiffrer lui-même et de les interprêter
en allemand. » La première, dat(^e de Versailles, le 2i novem-
bre, expose qu'il n'a pas encore de réponse à ses mémoires,
messieurs les wiin(ii(ri>ejj( étant accablés debesogiie. Au sujet
de la défense de battre dorénavant monnaie, la demande en
autorisation à étéremiseàM.LePelletien la question de l'Hùpi-
tal militaire ne sera pas tranchée en faveur de la Ville ; les
bureaux lui ont répondu : « C'est déjà la seconde fois que Sa
Majesté a réglé cet arlicle ; il n'y sera rien changé.» Dans la
seconde lettre, écrite le 24, Klinglin annonce pour bientôt une
réponse de Barbezieux ; le minisire lui a dit foit poliment la
veille que S. M. avoit vu le mémoire, qu'il y avoit quelques
points qui ne pouvaient être accordés, mais que sur d'autres
M. M. de Strasbourg S3raient satisfaits. Le Conseil ordonne
l'insertion de la lettre au procès-verbal et vote des remerct-
menls à son délégué.
Celui-ci parait à la séance du 10 janvier 1692 et présente
un rapport détaillé sur sa mission, vantant la bienveillance des
ministres et se louant en particulier de l'amabilité de M. le
(1) On voit que les plaintes contre le désordre dans les bureaux
des ministères datent de loin.
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BNTHB ULHIC OBRBCIIT ET J.-B. KLI.VGI.IN 447
marquis de Ctiamlay. Lii-dessus,Giln[zer félicite M. l'avocat
d'avoir monlri; SOQ talent accoulumé, déclare qu'on lui doit
des remerclments et demande qu'on en exprime aussi nomine
Magistratus, îi MM. de Barbezieux et Chamlay. Obrecht prend
également la parole pour se réjouir de l'heureuse issue des
négociations de Klioglin k Versailles; on a ainsi jelé les fon-
dements solides d'une entente avecla Cour, pour les occasions
futures.
Quelques mois plus tard, en effet, la nouvelle transpirait
dans les sphères gouvernementales à Strasbourg,qu'un édit
royal allait être promulgué, créant une foule de charges
nouvelles, contre finance, et spécialement h. Strasbourg des
charges de conseillers-procureurs, de secrétaires-grclliers, de
conseillers- receveurs, etc. On devine l'agilalion des esprits
dans le Magistrat, qui voyait déjà ses attributions légales
méconnues et des étrangers usurper, au prix de quelques
milliers d'éciis, sa juridiction et s'immiscer dans son admi-
nistration flnanciôre. Le Conseil des XIII se réunit le 25
septembre 161)2, fait prèler serment k ses membres de ne pas
divulguer pour le moment la fatale nouvelle et envoie son
secrétaire chez le syndic, souITrant et alité à Oâtwald, pour
avoir d'urgence son avis. Le lendemain le secrétaire présente
son rapport ; il a montré les aFfiches de l'Edit, expédiées de
Paris, il M. Giintzer; celui-ci, bien évidemment, n'a pas voulu
se compromettre vis \\ vis du pouvoir royal ; ces créations de
charges nouvelles sont contraires ii I» capitulation ; mais il ne
sait que conseiller à ces Messieurs et se sent trop faible pour
envoyer un avis motivé parécrît. Après de longues discussions,
confuses et montrant l'effarement des esprits, Obrecht tAche
de calmer ses collègues. Certes le danger est sérieux ; si l'on
exécute l'Edil, les magistratures politiques et financières de la
Ville devien!i:Mit désormais un objet de trafic et il n'y aura
plus aucune liberté d'élection, elc.Pour lui, il n'a reçu aucune
communication de la Cour à ce sujet, il ne peut donc parler
des intentions de S. M. mais, en tantque relatif ii Strasbourg,
l'Edit doit être l'uîuvre de quelques ignorants ou de gens hos-
tiles fc l'ordre des choses établi ici. M. de Courcelles (le mattre
des postes) avait déjà parlé de la chose devant M. Klinglin
dans les salons de M. l'Intendant. Cependant il ne faut pas
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446
KK riALSACK
désespérer ; le Roi a gardé jusqu'ici religieusement la parole
donnée. Il faut écrire immédiatement à M. M. de Barbezieiix
et Ghamlay, et offrir n un don gratuit » de conséquence, si
l'Edit était révoqué. En attendant il faut tenir la chose elle-
même secrète, « /juia nulla magna civitas est quœ non
improbos habeat cives. »
I-e i octobre, les Treize décident que Klinglin partira pour
Paris, et celui-ci donne lecture, le lendemain, des instructions
qu'il emporte, inspirées par Obrecht et déclarées excellentes
par Gilntzer. Elles se résument en une autorisation de gagner
les bonnes volontés des bureaux à tout prix, afin d'ôchapper
îi « la mise en finances » des charges delà ville (« Uerr
Klinglin bekompt o/fene Haende in die bureaux nach
seiner dexlerictaet rw verekren. » XIII, 3 octobre lt>92).
A ce moment, où il est plus occupé que jamais des aiïaires
importantes de son ressort, le préteur royal se voit attaqué
avec violence et dénonci' par le grand-vicaire épiscopal de
Strasbourg, l'abbé de Hennequin, ainsi que nous l'apprend la
pièce suivante de notre manusorit.
Lettre à M. de Barbe neux, du i Octobre 1692.
Monseigneur,
Je ne sfaurois me défendre plus long tems d'implorer le
secours de Voire Grandeur, contre le procédé que tient îi mon
égard Mr l'abbé de Hennequin, noire grand-vicaire (1). Ce
n'est pas que je trouve mauvais (fol. 15») qu'il censure ma
conduite sur la religion. Comme je n'ai pas le bonheur d'avoir
été élevé dans l'Eglise catholique, je reconnois assez de moi-
même que je puis être sujet à plusieurs défauts, dont cepen-
dant je me scrois fait une application particulii^re h me corri-
ger, s'il avoit bien voulu m'en avertir charitablement. Mais,
(I) Le prince-éTêque de Strasbourg, ne résidait presque jamais
à Strasbourg (c'était alors Guillaume-Ëgon de Furslemberg). Son
grand-vicaire était un personnage important dans la cité.
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fDANCE ENTHE L'MIIC OItRECILT ET J.-B. KUMIU.N -iill
fiu lieu de celn, il me détrie auprès di; ceux iiiii rapprochent
et débite dans la Ville cjn'ii a des mémoires en main pour
prouver qne je ne favorise pas les calhu1ii|ues cl que je
m'oppose aus (fol. 13 >>) intérêts et h l'avancement de la reli-
gion, et qu'il attend teponse de Votie (irandcur sur une lettre
iju'il luy II écrite, pour obtenir Ji permission d'adresser les
dits mémoires immédiatep-enl su Roy. yuoiiju'il n'ait pas
encore ddigné s'expliquei sut le ktiil des dils mémoires, je
suis néanmoins srtr qu ils ne p uvcnt contenir que des
impostures, par rappoit a la «ource dont ils viennent, et
s^'achant qu'il puise de chez (iiinlzer In plus part des avis
qu'il envoyé ii la Cour. Et ce n'est pas pour le détourner
(lu dessein d'informer Sa Majesté [fol. 16*) de ce qu'il tit>uve
à moy à redire, que je me plains îi Votre Grandeur, c'est
seulement pour le supplier très humblement d'avertir Hr le
(irand-Vicaire que, s'il croit avoir contre moy des chefs
d'accusation si atroces, que ni mes supérieurs, qui sont icy,
de la part du Roy, ni même Votre Grandeur y puisse remédier,
mais qu'il en faille avoir recours personnellement à Sa
Majesté, il diffère du moins, en attendant que j'en sois con-
vaincu ou justifié, de me décrier iey, paree que, quelque hi«n
établie que soit ma répulalioTi en cette ville, .{fol. 16 '') particu-
lièrement contre les imputations de la nature cy-dessus. Cela
seul qu'on me sçacbe avoir été déféré au Roy par une personne
lie son caractère, ne peut pas manquer de diminuer le crt'dil
dont j'y ai besoin pour soutenir l'autorité du Roy. Je suis,
Monseigneur, etc.
Le/tre t) M. de Klinglin
Strasbourg, 12 octobre 1692.
Monsieur,
J'espère que vous serés heureusement arrivé <^ f.ris et que
vous vous souviendrés de ce dont nous sommes convenus,
qu'avant que de rien cntairmer en Cour, vous travaillerez de
concert avec Mr le Correur pour (fol. 17=) découvrir dans les
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450 HBVL'E o'aLSACU
bureaux si nos lettres k Messieurs les Ministres ont été rendues
dans le tems et ce qui peut avoir été <'-critpf)i' Gûnt^er, ou
d'ailleurs, à ce sujet. Le lrallr<! s'est indubitablement mis de
moitié avec Courcelles (1) ; mais il commence à abandonner
les grandes espérances qu'il avoit conçues parce qu'il scail
que Mr de Pontcharlraln (2) s'est déjk déclaré par avance que
le Roy est inlenlionné de réunir les charges portées par l'Edit,
aux Villes moyennantquelqueréti-ibution. L'abbé Hennequin
a gçu tout le contenu de votre instruction, et que vous avez
ordre d'offrir cent mille écus (fol. 17 •>}, Je ne sçais si c'est
immédiatement de Giintzer, ou par le moyen de Mr le Prince
de Soubize (3), à qui ce malheureux en a fuit conlidence. Mr
l'Intendant, de qui je le s^ais, en est extrénr.einent outré et il
est d'avis que vous le niés forleraeDt et qu'en cas que le
Grand-Vicaire ou Courcelles l'ait mandé en Cour, vous leur
donniés un démenty, le plus vigoureusement que vous pourras.
Cependant comme vos ordres vous mèneront toujours aux
dits orTres, je suis d'un autre sentiment, aussi bien que
Messieurs les députés du Magistrat (fol. 18*) qui sont commis
pour terminer celte alîaire, et il nous parolt que d'abord que
vous aurés vu jour à obtenir les assurances nécessaires contre
toutes sortes de finances, que vous devez solliciter en vertu
de votre instruction, vous alliés rondement et ouvertement
avec Mr de Pontchartrain et sans vous arrêter aux deux cent
mille livres, vous disiés d'abord où va et k quoi se borne votre
commission. Cependant vous dev^s toujours supposer que,
sur tout ce qu'on vous écrit, l'avis de Mr de Chamlsy surpasse
et doit régler les ordres que vous recevrés. Je ne sçaurois
vous exprimer combien (fol. 18 '>) la lettre qu'il a écrite aux
(1) Directeur des postes à Strasbourg.
(î) Louis Phéljpeaux, comte de Pontchartrain, aecrélaire d'Etat
depuis 1690.
(3) Le prince de Rohan-Soubise, l'un des comtes chanoines du
Chapitre de Slrasboiu-g et plus lard coadjtleur, puis le auccosseur
de riuillaume de Furstemberg.
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i:i>itni{si>uND\Ni:K tNTRs uauv ifuitiiciiT et j h. klindlin 151
magislnits les a consolés. Il ma loiiscillé d'c'crire de i:Mc
niïaii'e (lu Uoy, eu que j'ai fait il y a qualri. jours, c[y: vous
enverray demain une coppio de mn lettre paree que j'y ni
eiiipluyc quelques raisons Icsquelli s nous n avons pas encore
employées auprès des ministres (ii. Je suis avec liiut l'iitla-
cliement possible, elc.
I)e Sti-ashourg, 22 octobre 1692.
Monsieur,
.le viens de recevoir celle que vous m'avez fait l'honneur
de m'éiTJre le'17 île ce mois. Si celles que je vous ayadressiVs
sous l'enveloppe de (fol l'J») Mr le C.orreur, vous ont été ren-
dues, vous s^^avés ihjà en partie de quelle manitVe le conlenu
de voire instruction a él6 publié ici ot il n'est pas mal aisi'
de deviner par quelle voye il sera allé h la (^our. Le 1'. a dit
déjà avant votre di'pait au (irand- Vicaire, an prince de Soubize
et h Courcelles, la Boniuie que vous déviés oiïrir en dernier
Heu et Jugez de \\ï s'il lic sera fait un scrupule de la mander k
Mrde Pontclmrlraiu. Quant il moy, j'ai employé d'autres rai-
sons et je leur ay donné un autre tour dans les lettres que j'ay
écrites à Messieurs de (fol. 11) **) l'unlchartrain et Barhezieux,
(pie dans celle qu'î j'ay adressée au Itoy, mais, quant aux
oITros je nie suis partout contenu dans des termes généraux,
me paraissant absurde (ju'on envoyât un iléputé en Cour tout
(t) Celle lettre de M. de Chamiay, envoyée de FonlainebUau,
avant que Klinglin y fût arrivé, Jcllre IrÈa polie et dans laquelle
il asaitrail sponlauénient Messieurs de Strasbourg de sod afTectioa,
fut lue à la séance des XIJI, le il octobre H)9i et calma un peu
l'elTroi du Magistral, Obrecht ayant di'claré que désormais <i une
bonne partie des apprëliensions pouvait tomber. »
(i) Reisseisseu, qui pourtant n'aimait pas beaucoup Olirechl,
analyse dans son Mèmor-ial la dépêche du préteur en l'appelant
0 ein ùber die massen stallliches und :u semern ewigen fta/im
dienendes Schreibeii. n (p. 162).
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432 HBvuB d'alsmik
exprès el quasi uniquement pour traiter avec les ministres
de la somme qu'il conviendra d'offrir au Roy, et que l'on
déclar&t par avance à quoi ces offres devront atwutir linnte-
ment. Comme vous aurés d^^jà fait les dites offres lorsque
vous recevrés la présentejen'ajouleray (fol. 20") rien à ce que
je me suis déjk donné l'honnneur de vous mander à ce sujet.
Je réitère seulement de vous supplier que vous ne perdiez pas
de vue le principal but de votre nt^gociation, qui est de pro-
curer h la Ville et k ses dépendances une seurete générale
contre toute sorte de finances. Mr l'Intendant veut toujours
que nous acheplions les charges portées pni' l'Edit pour les
faire réunir ii notre magistrature. Mais cela ue nous distingue
pas des moindres villes de la Pn)vince, auxquelles il a con-
seillé de faire (fol. 20 '>) la même chose par des lettres circu-
laires qu'il a fait imprimer et qu'il a envoyées partout, même
aux villes seigneuriales, comme sont Molsheim, Vasselonne,
Chatenoy, etc. En outre celte réunion est sujette à tous les
inconvéniens de la finance, el bien loin d'en exempter les
autres charges, employs et vacations, elle frayeroit le chemin
pour l'y introduire el entratneroit avec elle quantité de réu-
nions pareilles. Du reste, si nos offres viennent hêtre acceptées
(fol. 2i'), il faudra régler avec MrdePimtchartrain les termes
du payement el tâcher de les étendre It deux ou trois ans, ce
qui ne sera pas trop difficile d'obtenir parce que les traités
même qui se font avec le Roy à forfait, portent presque
toujours, cl ce que l'on m'assure, des semblables termes. Et
comme vous avez les pièces en main pour faire voir que nous
ne pourrons pas satisfaire k nos offres des revenus ordinaires
de la Ville, il faudra indispensablumcnl venir h demander
la permission (fol. 21 *>) d'en emprunter une partie et de tirer
le reste des bourgeois et manans (1) de la Ville par une impo-
sition extraordinaire Vous vous souvenez sans doute que le
P. a soutenu, en pleine assemblée, que nous pouvons faire
l'un et l'autre de notre propre chef, mais comme il ne l'a fait
quedansunniauvaisdesscin.il ne faut pas s'y arrêter. Je joins
(1) Les protégés (Schirmer) ou htibitaDlsni
ritoire de la ville.
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COhBESFOHD.\nCB ENTRK ULRIG OBRHCItr HT I.-B.
ici le certificat que Mr le Correur vous a demandé et persévère
d'être, avec tout l'attachement possible, etc.
(fol. 22»)
De Strasbourg, 25 octobre 1692.
Monsieur,
En attendant de vos nouvelles je n'ay point d'autres à vous
donner, sinon que les partisans commencent à désespérer
eux-mêmes du succès de leur projet touchant les charges
qu'ils ont voulu introduire ici. Mr de Courcelles m'a dit avoir
reçu une lettre de Hr Goujon(l) par laquelle il luy mande que
le Roy et Mr de Pontchartrain sont entièrement portés à favo-
riser Messieurs de Strasbourg.
Le F. de La Chaise a écrit au P. Dez qu'il a parlé au Roy
en votre faveur et qu'il se dispose d'en faire de même auprès
de ti' de Pontchartrain. Ainsi si l'occasion s'en présentait il
ne (fol. 22 '') seroit pas hors de propos de luy témoigner
votre reconnaissance, tant en votre nom qu'en celuy du
Magistrat (2).
Lorsque vous aurés la résohilion de S. M. touchant la sup-
pression de la finance ri la révocation de i'Edit, il faudra, s'il
vous plail, incessamment et avant que les lettres patentes
soient expédiées, travailler&vuiis faire donner des provisions
de Procureur du Roy de la Ville, en supprimant la charge de
Syndic pour le Roy, et vous attribuant tes mêmes fonctions
et émolumeos (3), Vous n'avez qu'à m'indiquer, après que
1) J'ignore quel était ce personnage, évidemment mêlé aux
alTaires du temps.
2) L'inquiélude fut ai grande, un moment, que le Magistrat
s'adressa au R. P- Dez, supérieur du Collège des Jésuites à Stras-
bourg, pour demander son appui, et le P. Uez s'empressa de
donner à l'amindstre Luc Weinemer (le premier catholique qui
occupill celle charge, en 4630) des lettres de recommandation pour
le P. La Chaise, le confesseur si influent du roi (Xlll, 28 oc-
tobre 1693). —
3) " Le projet de M. Obrechl était de joindre la charge de Pi-o-
izedbyGoOQlc
451 B8\TB D'ALSACK
VOUS en aurez (fol. 23 •; confi^ré avec M' dti Chamlay, à qui
j'en 'loi* t'crirp, et je suis assez muni «le raisons pour faire
l'iuclifîr au (ioigt ijue rinf'nH «lu Itoy cl lie la Ville requiert
tnili^p''ns;ililenifnt un pareil f:han;.'ement Je pourr«y mt'me
me i^onslitiier pour jiarant que ni le peuple, ni les mapslmls
n'en si'ront [loiul fai-hi'-s. M^ (iuntzer floil se contenter s'il
ftarile lu place île prcfTier en chef ou de directeur de la Chan-
cellerie, i{u'il aurojt perdu, Il y a déjà long tems, si on luy
avoit voulu rendre justice. Il s'e>t voulu mettre en train à
mener wi première vie (l) : ce qui a pensé le faire crever, il
y n 'fol.iîJ ""j triiis jours, îi Vasseloime, cl ilenaactuellement
la fièvre jilus fortement que jamais. Ce qui me feraagiren
i-L>la, n'est ni avirsiftn pijur luy, ni l'nirection que je vous
porte, mais uniquement le hien du service de S. M. et le salut
lit: ma patrie, aimant mieux réserver à d'autres occasions :t
vous témoigner avec combien d'i'Stime et d'attachement je
Euis etc.
Du 27 octobre 1692.
Monsieur,
J'ay reçu hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire le i!t de ce mois, avec relie qui y étoit jointe pour
M'(;eigcri2;. Je n'ay eu garde de (fol. 24 *) la luy rendre,
cureur du my i cette d'à vocal -général, auquel la Ville aurait
donné de sa pari le titre de Svnilic de la Ville et de Directeur de
la Chancellerie, en faveur de M. IvlinKlin, pour lors avocat-général
de la Ville, alin de débusquer le Sr. Gunt/er, syndic roval. en
réunissant sa charge supprimée à celles dont la disposition appar-
tient au Magistral conformémenl A la capilululion, c( s'en rache-
tant a l'oi'i'aaion de l'Kdirt de iG9i, purlantcréation de nouvelles
char;.'cs, du pavement de la finance desquelles el de l'cxéculion
du<|ucl Kdit Ih Ville fut excmtéo movennunt la somme de .tOO.OOO
livres ou cent mille écus. » (Note de llambs).
i) Oiirechl vi'iil dire évidemmant qu'il g'esl livré h des débauches
que Kiiii rtge ou snti état de sauté ne lui pcrmeHnient plus de sup-
porler iuipunémenl. -
2) L'avoeat-générol Jenn-Jncques (leinor, othII épiiosé la lille
aillée de l'amiiieislre Heisseissen, Salmué, cl cette parenté rendait
défiant ObrechI, Né en HiSti, deigcr mourut on 1701,
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GORRRâPONDANCE BNTRB ULRIC OBfIBCHT ET J.-B. KLINOLIK 435
ne jugeant nullement à propos d'abandonner h. sa discrétion
les expressions dont vous vous servez contre ceux qui ont relevé
notre secret et qui n'auraient pas assurément manqué de se
faire un mérite d'être maUrailés pour avoir, à ce qu'ils pré-
tendent, rendu service au Itoy, en luy faisant gagner deux
cent mille livras.
Mais j'en ay rapporté la substance aujourd'huy moi-même
à l'assemblée générale des trois chambres et, quant à la
divulgation du secrel.j'ay dit qu'à la Coor on regardoit comme
une chose infâme et très indigne (fol. 24 '') que les offres que
vous déviés porter au Koy et que, par conséquent, perèonne
ne devoit sçavoir avant Messieurs de Pontchartrain et de
Itarbezieux, eussent éclaté ici et à Paris, avant que vous
eussiés mis le pied hors de la Ville. Et c'est ce tour que vous
devés donner, monsieur, à la première lettre que vous écri-
rez k Messieurs du Magistrat, et même & votre rapport que
vous ferés de votre négociation dans la suite, k moins que vous
ne vouliés donner lieu à ces fourbes de proliter et de se glori-
fier de leur friponnerie : ce qui arriveroit (fol. 25') indubita-
blement si nous témoignions d'être fâchés de ce que Mr de
Pontchartrain a été informé du contenu de votre instruction,
ou qu'il en a informé le Koy, Mhis comme il arrive ordinaire-
ment que les scélérats sont aussi aveugles en leur conduite,
(jilnlzer ne s'est pas contenté de s'ouvrir à l'abbé Hennequin,
ni l'abbé Hennequin d'en écrire à Mr de Pontchartrain, mais
l'autre en a aussi fait part au PriiicedeSoubizeet&Courcelles
et celuy-ci l'a prôné partout, de sorte que l'un et l'autre donne
assès de prise à les traiter suivant leur mérite. Mr (fol. 23 ^)
l'intendant en est au désespoir, et c'est ce qui luy a fait
échaper (sic) un secret qu'il n'auroit eu garde de nous com-
muniquer dans une autre conjoncture, qui est que GUntzer
cherche la survivance de ses charges pour son fils. Vous
pénétrés combien il importe au Roy, k la Ville, à toutes les
honnêtes gens, qu'il échoue en celte poursuitte (1) et c'est
(1) Quand on songe qu'Obrecht en agissait absolument de mdme
et qu'il trouvait tout naturel que son fds incapable lui euceédltl, on
Irouie son indignalion aasez comique.
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456 RBvt'E d'al^acb
poun]uoi il faut iihsolumenl que vuus disposiez Mr de Cham-
lay qu'il nous assiste prése nie ment de ses conseils el dans la
suile lie sa protection. Jamais le Roy ne pourroit rien faire
de plus pernicieux pour son service, ni de plus cliagrinant
ifol. 2t) »| pour tout le Ma.i^istrat el la bourgeoisie que d'éter-
niser, pour ainsi ilire. le chagrin que tout le monde aurait de
viiir n'-conipcnser et autoriser par cette survivance les crimes
et In tirannie d'un Itominc qui fait depuis long teins l'oprobre
de toute la magistrature.
Comme Mr l'Intendant a env<jyé ses lettres circulaires ii
llarri'tiiWasselunnr, il ne faudra pasoulilier de faire insérer
dans les lettres qu'on expédiera pour la ii-vocaliori de l'Edit,
les dépendances de la Ville. Je suis sans réserve, etc.
l)u 28 octobre IfiM.
Monsieur,
J'ay reçu aujounl'huy l'honneur des vôti'esdu 21 et du 23
de ce mois, avec celle ijue vous avez pris la peine d'écrire aux
magistrats. Pour ré|)ondrc autant que le tems me le permet,
aux points les plus essentiels, vous sfavez déjk que ces
messieurs souhaitent d'avoir la permission d'en emprunter
une partie sur les bourgeois. Quant aux deniers d'octroy,
après avoir examine tous nos droits, je n'en ai point trouvé
qu'on puisse hausser, ni même aucun lieu d'en introduire de
nouveaux (fol. 27 •). Cependant comme dans votre lettre aux
dits magistrats vous marquez qu'il dépend de vous d'obtenir
lafacultéd'employertous ces moyens ensemble, nous sommes
tous d'avis qu'il les faudra tous trois faire comprendre dans le
mémo arrêt, sauf à nous de nous en servir suivant les oceu-
rences; sans cela j'aurais cru qu'il vaudroit mieux de réserver
les deniers d'octroy h des occasions plus pressantes, ou du
moins k foriuer dans la suite un fond pour rembourser les
deniers que nous emprunterons. (Juant aux assurances que
Mr de Fontchartrain (fol. 27 >■) vous demande, j'en ai parlé au
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» ULHiCOBBECHT BT J.-B. KUNGLI.V 4»7
Irésorier, Mr le fl], qui recevra l'ordre que Mrdc Pont-
charirain luy enverra de toucher la somme en question sur la
Ville, pour argent comptant. Ainsi l'expédient de Mr de
Ghamlay est sans doute le plus convenable, et vous pouvésen
mèire temps donner avis Ji Mr de Fontchartrain, de ce que je
viens de remarquer. Oe n'est pas la première affaire que le
magistrat fait avec luy el comme on luy a toujours tenu parole
(fol. 28 •), il si'ait qu'il ne risque rien en se fiant k nos pro-
messes. Vous verras par la lettre cy-jointe, ce que Mr l'inten-
dant a fait espâi-erb Messieurs les députez, touchant les termes.
.S'il en (^crit Ji Mr de Pontcharlrain et obtient les dits termes,
nous aurons sujet de l'en remercier, sinon il ne conviendra
pas que nos offres et votre négociation perde sa grftce en
voulant de nouveau marchander pour lesdils termes. On ne
sfauroit être plus contant (tic) que le sont tous nos magistrats
(loi. 26 '') de l'issue de votre voyage, mais le tems ne souffre
pas de vous le marquer plus amplement présentement. Il n'y
a que le malheureux quel'on pousse comme il faut, aux termes
que je vous ai mandé parmaprécédente, qui estdansundépit
à crever (2). Je me réfère k ce que j'ay eu i'honneur de vous
dire touchant la charge de procureur du Roy, il y a quelques
jours. Indiquez moi seulement à qui il faudra écrire là dessus,
et laissés moy faire ensuite. Le {fol. 29 •) Magistrat est dans
une si grande animosité contre le traître que s'il dépendoit de
luy, il n'attendroit pas l'ordre de la Cour pour le casser. Je
suis très parfaitement, etc.
Du 29 Octobre 1692.
Plus je réfléchis sur la nécessité qu'il y a pour le service du
Iloy et le bien de la Ville, qu'il y ait ici un Procureur du Roy
fl) Ce nom propre est illisible dans le maouEcrit ; lans doute
Kk'itirliLnaDn n'avait pu le déchiiïrcr.
(2) tJiinIzer.
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458 RsvcE d'alsack
plus je la trouve pressante, et il faut absolument ne pas
manquer de faire insérer dans la déclaration que vous devés
obtenir, à l'endroit où le Roy confirme au Magistrat la liberté
de toutes leséleclionslf. 29 '')que S. M. se reserve néanmoins
le pouvoir de pourvoir aux charges qui concernent <lirei;te-
ment son service, comme sont celles de Procureur du Roy, à
la place de celle de Syndic qu'elle veut demeurer supprimée,
et celle de Préteur royal, etc. Je ne vous marque que l'idée
confuse que j'en ay ; c'est h vous de luy donner le tour qu'il
conviendra. Surtout ne tardés pas de dire mon sentiment à
M' de Chamiay, et que je l'assure en foy d'homme d'honneur
que le {fol. 30 ■) Roy ne sc^uroit rien faire déplus agréable
aux magistrats et à la bourgoisie que de les délivrer de cet
homme, qui les a si long tems et si cruellement volé et
Uraonisé.
Je luy en écrirai amplement lorsque je sçauray de vous
à qui il faudra en outre s'adresser, afin que tout ce que je
représenteray à ce sujet arrive et opère à la fois. Pour re-
tarder votre retour jusqu'à ce que vous ayez vos provisions,
il sera bon d'enfourner l'affaire de la Monoye auprès de H'
le Peletier (1), et mander aux magistrats (fol. 30 '') qae vous
êtes occupé k la terminer, et je vous feray avoir un ordre
pour le faire. Je vous envoyé à cet effet les réponses qu'on
m'a remises de la Chiimbre des Monoyes ii votre mémoire, sur
lesquelles il ne sera pas mal fait de conférer avec H"" Dielric,
qui en a une parfaite connaissance (2).
Dans l'assemblée d'aujourd'huy il a été résolu qu'on lèvera
un simple stallgelt (S), encore avant Noél, et un autre, entre
1) Michri Le Pelletier, aurinlendanl des finances. —
3) 11 s'agjl de Jean Dielrii'h. (ils du vieil amnieislfe Dominique
Dii^trich, BÎ indigncmeni Irailé parLeuisXJV ell.ouïois; il siégeait
celle auuée-ei (1692) pour la première fuis nu liraml-Sénat, comme
représentant de la tribu de la Moresie, relie des «^anda commer-
çants, et était à Paris sans do-ite, ù ce momeni, pour afTaires
personnel les.
3) l.e Stallgelt ôlail un imp6t direct sur le reveii i, prélevé en
temps de crise surtout, sur les bourgeois, et parfois même à deux
reprises dans une même année. On voit qu'il s'élevait ft 23.000
Ocuj, ce qui. pour une ville de 30.000 Ames, consliluail une somme
assez considérable.
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COSRKSPONDAItCE BNTIIE l'LHtC OBRKCHT ET l.-B. KLINCLIN 43!)
NoËl el Pàque, qui feroiil les 50.000 écus (fol. 31 ■), c'est U
dire la moiti'^ de h somme totale, et on emprunt)^ra l'autre
moitié. Le P. o soutenu que vous aviés mal fait de demander
la permission pour faire ladite imposition, parceque le Magi-
stral le pouvoit faire sans la parlicipalion du Roy, en vertu
de SCS privilèges cl de la capitulation (1). Je l'ayrecoigni!
comme il faut, et ay fait remarquer h rassemblée qu'aucune
privilège ne pouvoit dérogera la souveraineté et à la loy géné-
rale de l'Etat, en vertu de laquelle il ne se doit faire aucunes
nouvelles (loi. 3t ^] impositions sur les sujets du Roy, dans
tout le Ituj aume, sinon de l'aulonté de S. M. et que la capi-
tulation porloit bien que le Roy ne ferait point d'imposition
cxiraord inaire, mais non pas que le magistrat en feroit sans
sa participation. Il a été sifflé d'une commune voix et n'a
fait que confirmer ce que tout le monde sçait, qu'il s'est fait
un atlaclie de s'opposer en tout aux ordres du Roy el d'ex-
poser le Magistral à eniourir sa juste indignation. La poste
(fol. 32 •) va partir, et je suis très parfaitement, etc.
Du 30 octobre 1692.
Monsieur,
On vient de m'avertit que notre Grand-Vicaire fait un va-
carme terrible de ce qu'on a loue l'endroit que vous sfavés
dans la maison de M' de Cbamlay, aux comédiens (2^. Il doit
1) U ne semble pas dnuleux qu'au fond Gûnlzer n'eût raison et
que le Megisirat avait aussi bleu entendu se réserver le droit de
lever des imposilions que celui de frapper moinaie, en se mellant
sous la proleclioD du mi de France. Mais Obreclit élait dans ta
logique du pouvoir absolu en profitant de taules les occasions pour
réduire à de simples apparences l'indépendance adininislralive du
Magistral. —
2) Il ne s'agit point évidement d'une maison particulière dans
ce pasaage, bien que le tente d'Dbrccht semble l'aflirmer. I.a salle
de théi\tre des comédiens dont il parle ici, devait être un local plus
vasle que les demeures de ce temps, et de plus, ajaul servi autre-
fois de lieu de cullc el mainicnant de magasin militaire, puisque
M. de Chamiay ; possédait un pied à terre.
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même en avoit écritenCour, du moins menace-t-il deleraîre.
Vous sçavez que depuis que Calvin y a prêché, ce lieu a tou-
jours servi k des usages profanes, et que c'esl actuellement
un grenier et rien autre chose (1). Si le Roy (roi. 32 ") venoit
k en être informé et que S. M. désapprouvât que les comédiens
s'en servissent, il faudroit tacher de faire en sorte que l'ordre
qui les obligera d'en sorlir, les fit en même tems décamper de
la Ville, sous quelque autre prétexte, ou même sans aucun
prétexte. Pourvu que le Grand-Vicaire n'ait pas l'occasion
de faire le même usage de cet ordre qu'il a fait de tous ceux
qu'il a rctus, en s'en servant que pour insuller les honnêtes
gens. Je suis entièrement, etc.
Monsieur,
Ce mot n'est que pour accuser la réception de celle que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 23 du mois passé et
pour vous dire que, bien loin que vous déviés être en p<'ine
des termes du payement de la somme accordée au Koy, il est
k propos que vous informiés M' de Pontcharlrain de lu pcirl
du Magistrat, que nous travaillons à acquitter 50.000 écus
avant Noiil, pour être d'autant mieux un état de fournir le
1) Calvin, lors de sa venue k Strasbourg, en septembre 1538
prêchad'aborddanBl'églisedeSaint-Nicolas-aux-Ondea, le quartier
de cavalerie Saint-Nicolas d'arant 1870 ; mais bicnlùl i! transporta
le culte français au couvent des Filles-ltepeiitiea, l'église Sainte-
Madeleine actuelle; eniin, à partir de 1940, il célébra le culte dans
le chœur de l'église des Dominicains, l'amien Tumple-Neuf, in-
cendié durant le bombardement de 1870, avec Kg riches biblio-
thèques strnsboui'geiiiscs qu'il abrilail. Il ne peut pas être ipiCHliiin
de ce dernier êdilicc qui HVHil été magasin de I'KIhI jusqu'en 11)81
■nais était occupé depuis Iovb par la paroisse pi'uleslante éloignée de
la Cathédrale par la capilulalion; c'est donc vraisemblablement de
Sainl-Nicolas-aux-Undcs qu'il s'agit.
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CORRESPOND ANCK ENTRE CLRIC ODRBCHT ET I.-B. KLINGLIN H'tl
reste avant Pasques, el marquer en (fol. 33 '•) même temps le
zâle avec lequel nous embrassons cette occasion pour con-
tribuer à l'avancement du service de S. M. Tout ce que vous
devds tAcherIcplus.c'estd'éviter que nous ne soyonscompris
dans une déclaration générale que W l'inleudent prétend
d'obtenir par toutes les villes d'Alsace et dans laquelle, si on
l'i'coutoit, il voudroit clîectivement nous faire comprendre.
Notre cause (fol. 34 *) n'a rien de commun avec la leur et
quoiqu'elles donnent, cela ne peut avoir la figure do noire
don, soutenu comme il est, de la capitulation.
Ne négligés pas d'y faire insérer que S. M. réserve de
pounoir aux charges de Préteur Royal, et Ji celle de Syndic
puur le Hoy, en substituant îi lu place de cetle dernit're, dès
à présent, celle de Procureur du Boy. Il faut absolument que
S. M. fasse sortir de la magistrature Guntzer (fol. 34 *) si
elle ne veut voir déiroirc tout ce que Ion a fait jusqu'icy pour
le bien de son service et de la Religion (i). Cet homme ne
s'occupe qu'it ruiner l'un et l'autre. Les magistrats et les
bourgeois y sont portés par d'autres motifs et je ne vois point
de vuye plus naturalle que celle-cy. Si cependant vou.s en
trouvez une plus commode avec Mr de Chamlay, enfournés
toujours la chose et soyez persuadé que je vous seconderny,
comme il faudra (fol. 33 •) et cela partout, sans exception^
étant sans réserve, etc.
Du « novembre lfi92.
Monsieur,
.l'ay reçu aujourd'huy k la fois celle que vous m'avés fait
l'honneur de ni'écrire de Versailles, le 29, et de Paris le 34 du
mois passé. La première ne demande point de réponse et vous
aurez vu, par ce qui vous est revenu depuis, quesi un s'est
attendu à un plus grand délay pour le [layement, des cent
^) Tout le caraclérc impérieux d'Obreclil se uianiue dans cette
iéi-liirmiim el iuiski la ronvictiun •[u'il a ilùlrc indispensiiblc.
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Mii BEVUE d'ALSACE
mille écus, ce n'a été qu'à la (fol. :to '') suggestion <le Mr l'iii-
tenilnnt, qui s'est offert de son chef, et sans ctrc prié, d'en
écrire à Mr de Pontchartrain.
On a fait part de l'heureuse issue de votre négociation aux
trois cents Echevins qui en ont témoigné une satisfaction
générale, et, comme je vous disois dernièrement, on se met
actuellement en état à payer du moins la moitié encore avant
Noiil.
Je ne vois rien qui (fol. 36 ') presse d'envoyer l'arrêt de
Basié (1), quand mdme vous devric's rester encore quelque
tems en Cour, et il vaut mieux, par plusieurs raisons, que
vous l'apportiés avec vous, pour le joindre au raport (sic) que
vous ferés de bouche du succès de votre voyage.
Quant à la seconde, je suis ravi d'aprundre que Mr de
Chamlay soit de noire avis qu'il s(! faut servir dans cette
occasion pour faire supprimer la charge de syndic ifol. 30 '')
pour le Roy, qui n'est plus qu'un masque affreux d'inirigues
et de friponneries, pour y Rubslituer en sa place celle d'un
Receveur du Roy de la Ville. Ce n'est pas simplement le service
de S. M. ni le hien du public, mais une nécessité indispensa-
ble pour l'un cl pour l'autre, qui le requiert. Je me meltray
dès h pri'senl après à travailler îi la lettre pour Mr de Pont-
chartrain, et s'il m'est possible, je In donneray dcMiiain à la
poste, pour vous ia faire (fol. 37 ■( tenir au plutrtt. Mr votie
frère (2) m'a promis les raisons qui luy tomberont dans l'cs-
pril et j'en ay à la main qui me paraissent ne point souffrir
de n'-pljque. Il faut que dans les bureaux on ne sache pas que
Gunlzer a une espèce de commission de la Cour, pour croire
(jue le Magistrat le pourroil destituer. En outre il faudroit
qu'il ne fût pas protégé, comme il l'est, de Mr de la (irange,
qui ne manquera pas en cette oct^urence de faire tous ses
efforts pour renrlre les nôtres [fol 37 '') inutiles, h. moins qu'il
n'apprenne par quelque avis charitahli>, soit de MrdeChamlay,
ou des bureaux, que l'on y est las de supporter un vaut-rien,
(1) Nous ignorons ipiello éliiil raffiilre [icndaule cnirc Knsléel le
Mn^'islral; c'élail un huissier de Itrisarh (Xlli, 18 mai 101)7).
(2) Kran^ois-Uoniain do Klinglin, cimsciller au Conseil soiivernin
d'Alsnrc.
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UORHESPONDAHCB ENTHK ULRIC OBRECIIT ET J.-B. KLIMlLiN 463
qui n'a pas autrement profilé de toulcs les corrections qui
luy en sont venues que pour répandre plus en cachette sur les
affaires du Roy et de la Ville le poison dont il est rempli e t
qui, depuis la dernière mercuriale qu'il a reçue de Mr de
Barbezieux, fait la consistance de toutes ses occupations.
Il n'y a rien de gM(- (fol. 38 •) pour ce que vous me man-
deréa ou rapporterés de bouche touchant le mauvais effet qu'a
produit la révélation du secret de vos instructions, attendu
que dans le récit que j'ay fait du contenu de votre lettre du
19 du mois passé, j'y ay donné le tour que je vous ay indiqué
dernièrement, sçavoir qu'à la Cour on avoiL été ejtlràmeuietit
surpris de ce que les offres que vous deviez faire au Iloy
eussent été divulgués ici et à Paris, avant qu'ils eussent pu
parvenir à S. M. par votre (fol. 38 '') moyen, mais que vous
aviez répondu que les magistrats avaient pris toutes les pré-
cautions pour tenir la chose secretle, qu'ainsi ce ne ponnoil
étie que des parjures de qui elle put être émanée en public.
11 sera d'autant plus nécessaire de faire insérer à la déclara-
tion que vous obtiendrés, les dépendances de la Ville, parcc-
que j'ay vu chez Mr de Courcelles que Wosselonne et Marlen
sont encore actuellement sur l'état (1) . J'ay été présent lors-
que Mr l'Intendant ouvrit la lettre de MrdeChamlny, (fol. 39 ")
dans laquelle il luy propose de vous employer pour faire les
accomodemens des autres villes d'.Msace. Il me la lut tout
haut, mais je remarquay d'abord un changement en son front,
et pendent le reste du tems que je fus avec luy, il me demanda
plus de six fois si vous ne reveniés pas bientôt, et me répéta
autant de fois qu'il falloit que vous revenniésaussitàt que vous
auriés vos expéditions pour celle Ville. Vous concevés ce que
cela signifie et ce que vous en devez attendre h ce sujet, sans
avoir besoin d'interprète. Vous ne doutez pas (fol. 39 t) que
je ne prenne toulc la part que je dois îi rnugmentaliun que le
Roy vient de l'aire de votre pension, étant h un point, et avec
l'attachement que je le suis, etc.
i) ('. i d. sur la liste des localités d'Alsace <|iic M. ilc la Grange
Toidail faire dispenser, par édil géuéral, ilc In (^réntion des charges
iiiio|ibéos |.nrr?:«lit île l«9i.
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REVUE D ALSACE
i)ii fi novembre Ifitfi.
Monsieur,
Je viens de voir entre les mnins de Mr de l^libatie 1 1 1 une
lettre par lai|uellc iWgr de Darbezîeux luy mande que le Roy
a été informé qu'il ne s'occupe ici qu'U susciter des brouilleriez
et h mettre partout la <légunion et que, s'il continue. Sa Ma-
jesté prendra de filcheuses résolutions contre luy. Il ne
fauilroit point du tout connoilre ifol. 40 •) la carte pour
douter qnc cet avis ne fâl venu de l'abln'- lleunequin et que ce
ne fût l'un des articles que luy a fourni Giint7.er; et par cet
endroit je vous avoue que celte lettre m'a lourlié aussi vive-
ment que si elle me regardoit moi-mt!me. 11 n'y a que trois
semaines que vous êtes hors dicy et vous sfavez qu'il n'y n
aucune désunion si ce n'est que toutes les honnêtes gens qui
se tiennent éloignées detîiintzer, ni d'autres brouilleries<|ue
celles que l'abbé llennequin s'est à toule force voulu faire avec
Mr d'Huxelles, Madame de Cbamilly (fol. 40 •>) (2), Mr l'Inten-
dant, moi et le Magistrat en gém'ral, sans que néanlmoins il
y ail pu parvenir, el auxquelles Mrde In Uastie n'a pas plus
(le part qu'à celles qu'il a actuellement suscitées dans le Granil-
Chapitre. Si donc ces raports qui n'ont aucune ombre de
vérité sont néantmoins écoutés et peuvent proiluire des elfels
si fâcheux, que ne doit on pas appréhender lorsque ce scnbe
trouvera quelque peu matière, innocente en soy-même, mais
susceptible d'une interpn'-tnlion sinistre et capable d'être
habillée (fol. 41 ■) de fausses circonstances? En quoi je sfai
(1) M. <le la Itiislle, uinjnr de la iilnec de .Slrasbmirg de|>uis 4683.
cl très uinl vu du Magistrat qu'il noenblail de l'éctamalions porpé-
luellea pour grossir ses éinolumenlt:. ixa procès verbaux des Treize
le menti un no lit i) loul moment. a)llii'itHnt un supplémeni de fuit r-
riigcs. une l'é par» lion i) son 1<>(!ement onieiel, une fournilure de
1h>îs, eU:. On peut npprèvior la véradié d'Ohreclit, n»end)re du
.Mngialrat et son rlief iiriieicl, <pinnd il anirinc ici <(ue retle ilénou-
l'ialion de In Basile n'est qu'une nouvelle calomnie <le lifmlzer el
de SCS acol.ïtes.
(i) Il est bien cliriivile de eroire ipic le grnnd-vîi'4iire ait dierelié
querelle a Mme de i:hnnnllv, la femme du gouverneur de .'^lms-
liDurg. qui avnil déployé nn zèle dévorant imur la conversion îles
béi'étiqucs. accompagnant clle-mCme, à ce qu'on assure, les capu-
rîns cl les jésinles envoyôs pour l'ouvcrtir les paysans de In Ilnsse-
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i:0RHB8PO.ND.«NGE ENTRE tJLIItC OBIIBCUT Kl J.-H. KLINULIN 465
par ma propre expérience qu'il n'est pas moins habile mafire
queGQntzer. Je n'ay jamais eu aucun démâlé avec luy, et qui
plus est, je ne me suis jamais trouvé dans aucune occasion
prochaine d'en avoir, l'ayant toujours évité de fort loin, parce
qued'abord.dans la deuxième entrevue, je l'a vois reconnu par
ses discours et jugemens indiscrets des personnes du premier
rang, pour un homme de très dangereuse conversation :
cependant il méfait (fol 41 ^} écrimer (t) contre luy, par des
dialogues qu'il débile, les plus extravagans du monde et que
le caractère qu'il porte le devoit assurément empêcher d'in-
venter, comme il l'a fait contre vérité. Je ne sçay quel bien
il pourra faire en ce pays cy pour la Religion, a'étant attiré
en si peu de lems et de gayeté de cœur, l'aversion de tout le
monde comme il l'a fait; mais je s(ay bien que quand mt^me
il aeroit révoqué dès k présent, son successeur aura beaucoup
de peine Ji eiTacer (fol. 42 ') le mal qu'il y a causé. Je me voy
contraint d'en informer à la fin le Hoy par la voye du R. P.
de la Chaize. Cependant j'ay cru devoir vous en faire part
afin qu'en travaillant dans le pays où vous i^tes, pour le bien
et les intérêts de cette Ville vous n'ignoriez pas le danger
dontelleestmenacéc, si on laisse éclore les pernicieux desseins
que le Grand-Vicaire s'est laissé inspirer pur ceux qui n'en
peuvent souffrir le repos et qui nous envient le bonheur de
posséder les bonnes grdces du Roy et de ses ministres. Je suis
avec tout l'attachement imaginable, etc.
(fol. 42»)
Du 7 novembre 1692.
Monsieur,
I^es députés du corps des Marchands viennent de m'appor-
ter la lettre et te mémoire cy-joints pour me demander mon
approbation h vous l'envoyer. Mais comme je suis d'ailleurs
extrêmement pressé d'affaires, j'ay seulement prié ces
(1) H'efcrimerf
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messieurs de m'en dire de bouche le contenu, et croyant
d'ailleurs qu'il n'y avait pas un momeut île tems à perdre
pour vous le faire tenir, je l'ay retenu sans qu'il fût signé ni
autrement expédié, afin de vous l'adresser incessamment. Si
dans le mémoire (fol. 43 *) ils ont fait mention des étolTes de
laine, comme ils me l'ont dit, c'est une extravagance à laquelle
vous ne devés avoir aucun i^gard. Du reste vous en userés
suivant l'air du bureau. J'ay aussi recules raisons de Mr votre
frère, auxquelles je m'en vay travailler sans perte de tems.
On vous a voulu envoyer des lettres de remerclmcnts ; je
les ay retenues parce qu'elles m'ont paru trop seiches, et qu'il
me semble qu'il faudroit les différer k vos audiences de congé,
et je m'appliqueray k ce que la (fol. 43 >>) reconnaissance, du
moins envers Mr de Cbamiay ne consiste pas en pures paro-
les. Mandez moi je vous en supplie, votre pensée là-dessus,
et soyez très persuadt5 qu'il n'y a personne qui soit avec
plus d'attachement, etc.
Du 9 novembre 1691.
Monsieur,
J'avois déjii minut«^ la lettre pour Mr de Pontchartrain
lorsque j'ay reçu par la voye de Mr de Courcelles, l'Edit dont
copie est cy-jointe, qui après m'av^iir un peu embarrassé îi la
première lecture, m'a fait envisager (fol. 44 •) présentement
noire projet comme très facile à exécuter. L'embarras qu'il
m'a donné d'abord est que le Roy, en unissant et incorporant
aux Corps des Villes les offices des Procureurs du Roy et des
secrétaires ou greffiers, dispense les particuliers qui seront
nommés par les Magistrats de prendre les provisions de S. M.
d'où il- arrive que si Klle en usait autrement à l'égard de
Strasliourg, en se réservant de pourvoir k la dite charge de
pnicriireur du Roy, cette Ville scroit de pire condition que les
moindres communautés du Royaume, et on nous pourroît '
accuser (fol. 44 ^) d'avoir trahi ses inti'rôts. Mais aussi d'ail-
leurs je vois que si nous obtenons seulementt de Mgr de
Pontchartrain la grâce de faire ajouter li la déclaration qu'il
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COnnESPONDANCE KST&e ULHin OBnET.HT KT l.-H. KLtNCLrN 467
nous fera expi'dier, ce qu'il y a de favorable dans ce même
Edit, cela suffira pour délivrer le Magistrat des impostures et
la Ville des voleries de Guntzer et vous ouvrir la carrière de
servir le Roy et te public en sa plaec, soit en qualité de syndic
pour Sa Majesté et la Ville, soit en celle de Procureur du Roy
et de laVille, dont les noms ont la même significalion, comme
les fonctions sont les mêmes (fol. \"> •'.
Sur quoy je ne vois pas qu'il y puisse avoir la moindre diffi-
culté, ni que Mgr de Pontcharlrnin veuille hésiter k nous
accorder pour noire don ce qu'il a offert, de son chef, h toutes
les communautés où les dites charges n'ont pas été levées, et
qui, par conséquent, ne peuvent pas élre des plus considéra-
hles. Etiln'yauraqu'ii veiller seulement k ce que les termes de
la déclaration soient en cecy accomodés a l'élat de noire gou-
vernement. Par exemple, qu'après la révocation de l'Edil et
la confirmation des privilèges el capitulation de la Ville, le
Roy dise : que pour donner [fol, 45 *•) une assurance entière
nu Magistrat et h la Ville de Strasbourg k l'égard des charges
portées par ledit Edit des (Conseillers Procureurs du Roy el de
la Ville, Greffiers ou secrétaires el Conseillers receveurs. Sa
Majesté les a réunis et incorporés aux Corps des Villes avec
les fondions y attribuées, sans que les particuliers qui seront
nommés par les Préleurs, Consuls et Magislrats de la Ville de
Strasbourg aux dites fondions soient tenus présentement et
k l'avenir en cas de vacance par mort ou autrement, de pren-
dre ses lettres de provision ny qu'ils puissent {fol, 46 »)
prétendre d'autres gages, appoinlemens et vacations que ceux
dont jouissaient autrefois les syndics, secrétaires ou greffiers
et receveurs pourvus par lesdits magistrats, révoquant pour
cet effet toutes commissions, lettres et provisions qui pour-
roient avoir été obtenues de Sa Majesté des charges de syndic.
Directeur de Chancellerie, grefiier ou secrétaire, ensemble les
dons de droits de greffe ou de chancellerie, comme contraires
k la dite union el incorporation, k condition toutcsfois que
celuy qui sera nommé k ladite charge de Procureur du Roy
el de la Ville fasse profession (fol. 46 "■) de la religion catho-
lique, apostolique et romaine et qu'à l'égard deis greffiers,
secrclaires et receveurs soit observée rallernalive entre ceux
faisant profession de ladite religion catholique et les Luthé-
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468 RBVUK D ALSACE
riens, de la manière qu'il se pratique & toutes tes autres
charges et employs de la dite Ville, etc. Après cela une Lettre
de cachet écrite en votre Taveur ou une simple lecommanda-
tion de Mr de Pontcharlrain ou de Mr de Ohamiay, vous
vaudra des lettres de provision. Je me ferois même fort d'y
mener le Magistrat par moi-même si Je n'appréhendois de
trouver Mr (fol. 47 ■) l'Intendant en mon chemin.
Voilà mes dernières pensées sur cette affaire Si cependant
Mr votre frère m'envoit ses raisons encore aujourd'huy, je ne
manqueray pas de vous adresser ma lettre à Mr de Pontchar-
train, afin que vous vous en puisbiés servir suivant queMr de
Chamlay et vous le jugerés k propos. Gunlzer h élé dépeint
au Roy par le It. P. de la Chaize qu'il n'est pas besoin
d'employer d'autres raisons en cet endroit là (I). Je suis tout
à vous, etc.
Obrbcht.
(fol. 47 ")
Du 10 novembre 1092.
Monsieur,
Voici la lettre pour Mr de Pontchartrain avec les raisons de
Mr votre frère, que je n'ay pu faire autrement entrer que de
la façon que vous le voyés. Si .Mr de Chamlay et vous les
trouvii's propres ii faire plus facilement réussir la chose, il
faudroit les mettre dans un mémoire séparé et les donner avec
ma lettre. A quoi il faudra principalement prendre garde,
c'est d'informer ce seigneur de bouche, des engagemens que
Mr l'Intendant a avec le P., même de (fol. 48 *) l'endroit par
où il s'y trouve embarqué (2). Voyez aussi avec Mr de Cham-
(1) Ce mol en dit Ion;;, et sur l'influence du célèbre confesseur
du monarque et sur l'aulorîté que s'était acquise te préleur royal
par ECS rtlatious personnelles ft la Cour.
(2) Lu «iriingc pnssQil — on le verra plus loin — pour un des
plus f^rnnrls voleurs du l'iiraumc ; il est possible qu'il ait employé
(iiinhci' pour lui préparer certaines uflnii'es illiciles ; sous ce rapport
Obreclil Ipur l'Init inconlestnlilemenl supérieur, encore que son
indignation soil bien bruyante cl sa haine bien cauteleuse.
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CORRESPONDANCE BHTRB ULRIC OBBECETT Kt J.-B. KLINGLtN 469
lay quelles mesures, il conviendra de prendre avec Mr de
BarbesieuK, el s'il ne sera pas & propos de luy remettre un
mi^moire au contenu de ma lettre, afin qu'il n'ait pas sujet de
traverser notre dessein qui ne tend, je le dis comme je le pense,
devant Dieu, qu'au bien public, que le malheureux va détruire
d'une fafon ou d'autre, ai le Roy n'y met pas la main.
En tout cas ma lettre me servira toujours de décharge
envers le ministre, et je persévère d'être, avec un attachement
inviolable, etc.
(fol. 48 *•)
Du 12 novembre 1692.
Monsieur,
J'ay fait lire aux magistrats la lettre que vous leur avés
écrite le 6 de ce mois. Le projet de la déclaration est admi-
rable : mais si nous avons un arrêt du Conseil d'Etat
particulier pour les chirurgiens, barbiers et perruquiers,
voyés s'il ne sera pas nécessaire d'en avoir au sujet du
café (1), etc. dont la finance est actuellement introduite, et
et contre l'Edit qui L'tablit des furets, que vous sçavés avoir
été envoyé ici par Mrle Procureur-Général (fol. 19 »)de Urisac,
et si enfin la confirmation de la capitulation aura plus de force
que la capitulation même pour empêcher que Le Févre et les
autres commis des maltoliers et traitans n'inquiètent nos
cabaretiers et artisans, comme ils ont menacé, à moins que
vous n'obteniés des defTensesexpressesd'exéculericilesEdits,
arrêts et ordonnances qui sont contraires à la capitulation,
Ouant au projetde la permission d'empninler, etc. on n'y
peut rien ajouter ni souhaiter de plus avantageux.
Sur la lettre que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire le
5 de ce mois, j'ay incessamment (fol, 49 ^) fait sortir les comé-
diens de chez Mr de Rotzenhaussen (i) et je vous supplie de
(1) C'est sans doute des cnfé» qu'il voulait i
(t) RBthsRmhaunen.
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470 HEVUB d'alsacb
faire auprès de Mr de Chamiay, que le grand-vicaire ait la
confusion d'avoir été prévenu, en cas qu'il ait écrit en Cour,
et que l'on sache (jue Mr de Chamiay y a remùdié de son
chef (Ij, sur le premier avis qui luy en a été donné par vous
et moi, comme c'est effectivement la vérité. Us n'y ont joué
que quatre ou cinq fois et comme cet établissement n'étoit pas
de mon goût, Je leur avois conseillé de ne pas aliattre le téatre
qu'ils avoient au Poèle des Massons (2), de sorte que leur
retour audit poèl (sic) s'est (fol. 50 ») fait sans bruit et sans
scandale.
.Mr de Chamiay a mandé à Mr l'Intendant, qu'il a de l'obli-
gation nu Grand-Vicaire de luy en avoir donné avis : je vois
qu'il veut parler du vacarme qu'il en a fait. D'ailleurs je vois
bien que, comme il vous a dit, il ne connoil pas encorde
personnage, car sans doute il ne me chargeroil pas de luy en
faire quelque civilité, s'il savoit que c'est un homme envers
lequel on ne peut pas user d'honnêteté h moins de courir ris-
que de s'en faire étrangler.
Si vous avés garJé mes lettres vous y trouverez que je vous
ay mandé d'abord au commencement (fol, 50 *•; que liuntzer
avoit révélé le secret de voire commission k Mr le prince de
Soubizeet à Mr l'abbé Uennequin. tjuantau premier, il l'avait
dit luy-mème k Mr l'Intendant, et du dernier, Guutzer l'avoit
avoué h plusieurs dos magistrats. Je vous répète ici ces cir-
constances parce que le Grand-Vicaire s'étant aperçu qu'il s'est
attiré par ]h l'aversion de tout le magistrat el de la meilleure
partie de la bourgeoisie, s'en doit avoir fait un mérite auprès
de Mgr de Ponlcliartrain, afin que si l'occasion se présente,
vuus fassiés connoflre (fol. SI ") que ces messieurs se sont
attirés l'indignation publique, non pas pour avoir donné des
(1) Il aeinblo résiiller do celte iudiriilion que M. de Cliiuiday
drinoiirtiil cbcî! M, de Itallisamhuuïen à Strasbourg.
(2) La Maurerttub ou l'oélc des Mat,'ons, se trouvait, dans la nie
des Juifs ; on y avait installé une salle de sfiectncle en \&X± ; elle
bniln en 1700, parsii)lecriin|>niden,-e. a|irésla représentation d'une
pièce de Molii^i-c Ce fui l'mgteuips le seul Ihêatre exislnnl A
Strasbourg.
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CORHRSPONDANGB ENTRB ULtllC OBRECHT ET J.-B. KLINGLIN 171
lumières à la Cour sur le sujet de votre voyage, mais pour
9'ètre fait fête ici, dans la Ville, d'un secret dont le magistrat
croyoit être en droit de prétendre en devoir être le maître et
en espérer seul tout l'honneur auprès du Roy et ses ministres.
Car effectivement, si Guntzer ne s'éloil trahi luy-mème envers
les magistrats de s'être laissé tirer les vers du nez par l'abbé
Hennequin, et si celuy-ci ne s'étoit vanté en plusieurs occa-
sions d'avoir (roi. 5J ■>) prévenu vos négociations par ses avis,
l'un et l'autre auroient été exempts de la haine publique el
l'on auroit en tout cas attribué les discours qui se sont tenus
chez Mr le Prince de Soubize au peu de sens que tout le monde
croit que la dernière maladie a laissé k GuntKer. Je suis très
parfaitement, etc.
Du 3 décembre 1692.
Monsieur,
Je n'ay pas présentement le lems de répondre à tous les
chefs des lettres que vous m'avez fttit l'honneur de m'écrire
le 26 et le 30 du mois passé (fol. 52 »). Je vous dirny seulement
que pour exécuter le dernier avis de Mr de Chninlay au sujet
du P. il faut que vous me renvoyiés incessament la lettre que
je vous ay adressée pour Mr de Pontcharlrain, Le scélérat
pousse les choses à un tel point de fourberies et d'impostures
que je ne puis plus balancer k l'entreprendre ouvertement. Et
je prendray la route qui m'auroil d'abord paru la plus natu-
relle et la plus efllcace, qui est d'écrire en même tems au Roy
par Mr de Chamiay et à Mr de Uarbezieux en droiture. Je vous
supplie de (fol. 52 ^) m'envoyer en même lems quelques pro-
visions ou autres pièces contenans les devoirs d'un Procureur
du Roy, afin que je puisse montrer d'autant plus clairement
de quelle manière le P. s'en acquitte. Je tiens k un grand bon-
heur que l'aiïaire n'a pas encore été entamée pendantque
son jumeau, Mr le (îrand-Vicairea été encore dans son lustre,
qui ne s'offusquera pas peu, si je ne me trompe, entre ceey
et le temps que mes lettres viendront en cour, el je ne les
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472 BEVUE d'alsici
retarderay pas un momenl, (fol. 53*) d'abord qnej'auray
reçu celle do Mr de P.onlchartrain dont j'ay parlé cy-dessus.
Vous veirés du reste k quoi m'a poussé notre bon pasteur fl),
par In copie cy -jointe de la lettre quej'ay adressée par la poste
^ Mr de Barbezieux, et que je vous prie de montrer k Mr de
Chamiay et à Mr d'Huxelles Je l'ay fait partir lundy dernier
et vous me ferés plaisir de sonder si elle est arrivée à bon
port et de quelle manière elle a été reçue. Ce n'est pas que
ses extravagances me fassent de la peine ; mais je suis pour-
tant curieux (fol. 53 ''} de savoir de quel côté penchera la
balance auprès du minisire. Je suis avec tout l'attachement,
Du 8 dZ-cembre 1692.
Monsieur,
Ce mot n'est que pour vous donner avis que J'uy mis k la
poste, sous l'adresse de Mr le Curreur, des échantillons de nos
monnoyes. J"ay écrit au dos du pacquet que ce sont des
monnoyes de la Ville de Strasbourg pour Mr le Pelletier, Ainsi
il ne pourra pas manquer, à ce qu'il me semble, d'arriver à
bon port. On a récrit de la part du magistrat h Mr de {fol. 54 ■)
Barbezieux pour obtenir la permission de vendre quatre mil
sacs de blé, et l'on devoil vous envoyer une copie de la IcUrc.
Hais je viens d'apprendre qu'elle n'est pas encore partie, à
cause d'une indisposition survenue fi Mr Gambs. Je la feray
partir demain sans faute. On s'est plaint en même tems que
Minville (â) a acheté sur les greniers des particuliers six mil
sacs, sans avertir les magistrats, sous prétexte des ordres de
Mr de Pilles (3), et que cela a fait enchérir considérablement
les grains au marché. Je ne sçay quel compte il en tiendra à
(4) Le vicaire-général do Ilennequin. Il doit s'agir d'une autre
leKre que celle du même au môme sur ce personnage, érrite le i
octobre et donnée plus haut.
(3) MuDÎtionnaire de l'armée du Rhin,
(3) Inleodanl gonër&t de l'armée.
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COHHESPONDAl'CB BNTRB ULBIC OBHBGHT ET J.-B. KLINOLIN 173
Mr de (fol. 54'' ) Pilles, mais je sçais bien qu'il a payé de la
paire huit écus b Guntzer, quoique parlout ailleurs on ne les
luy ait vendus qu'à vingt et trois livres au plus (i). C'est une
nouvelle espèce de concussions. Je suis très passionnément.
Du 9 décembre 1692.
Monsieur,
Je vois par celle que vous m'avés fait l'honneur de m'écrire
le 4 de ce mois que j'ay été un peu trop proml k vous envoyer
des échantillons de noire monnoye, puisque vous en avez
trouvé chez les banquiers (fol. 53 •) de Paria. Cependant les
dits échantillons serviront k faire voir à Mr le Pelletier quelles
monnoyes nous avons fabriquées autrefois, parlicutièrement
en or, pour lesquelles il est bon que vous lui fassiés ronnottre
que nous avons àes lettres patentes des Empereurs.
Puisque vous avez toutes vos expéditions, il n'est pas besoin
que vous attendiez l'issue de l'alTaire de la monnoye, ni de
celle du commerce et il dépendra absolument de vous de
reprendre le chemin de Strasbourg quand et comment vous le
jugerés à propos.
(fol. as"- )
On n'a pas encore expédié a notre misérable chancellerie
la copie que l'on devoit envoyer de la lettre du Magistrat îi
Mr de Barbczieux, touchant la vente des grains. Et je croy
même qu'il n'est plus tem^ de la faire partir, puisqu'avant
qu'elle puisse vous dire rendue, il faut que la chose soit réso-
lue de l'une ou de l'autre façon.
Nos négociana se font fort de prouver ce qu'ils ont avancé,
touchant des étoffes que l'on doit fabriquer (fol. 50') en
Suisse, de la façon d'Angleterre. C'est à eux de voir de quelle
manière ils s'y voudront prendre, et ii moins que Mr le mar-
quis d'Iluxelles ne soit d'un autre avis, il ne faut pas* que
(1) On ne Toil pas l'intérêt qu'aurait eu Minville à faire gagner
cet argent à Guntzer, ni comment celui-ci aurait pu en profiter.
IzedbyGOQt^lC
474 HBVtJB d'alsack
cela vous arrête un seul moment. Il m'a témoigné qu'il soti-
haiteroit fortement de voua rencontrer encore en ce pays là,
mais il ne m'a pas dit quelle raison il en avoit.
Je vous souhaite un prompt et heureux retour, et suis très
pnssionément, etc.
Ici s'arrèlc, pendant plusieurs années. In correspondance
d'Obrecht avec Klinglin, soit que l'avocat-général n'ait plus
quitté Strasbourg pendant qu'Ubrecht y résidait (1), soit que
les lettres du préteur aient i^té perdues. Le document de notre
dossier le plus rapproché date de la fin de 1695. Le préteur
royal allail avoir la satisraction de se voir enfin d*51ivré de
son rival détesté, non par uu acte du pouvoir royal " qui
avait trop intérêt k prolonger cette surveillance jalouse pour
sacrifier absolument l'un des adversaires k l'autre — mais
parla mort. Le syndic Gilntzer meurt en effet le 11 décembre
1695, pendant qu'Obrechl est « la Cour, et le 12 le Conseil
des XIII notifie le décès à M. de Barbezieux et demande la
permission de désigner lui-même un successeur et de repren-
dre le maniement des revenus de la chancellerie dont le feu
syndic « s'^X^ilimptiironisé ex propria aulhorilate «(XIII,
15 déc. 16<JS). C'est quelques jours avant le décès de son
intime ennemi qu'Obrecht écrivait h Klinglin le billet par
lequel s'ouvre une nouvelle série de ses lettres.
(A suivre.) bod. Rbuss.
(1) (fol. 56 b) Autres lettres de Mr Obrecht, de Pans, de
Versailles et de Fraurfort, depuis le 5 décembre 169S — t avril
1701.
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LE CHAPEAU DE SAINT-CHRISTOPHE
LA BOURSE DE SAINT-DENIS
DE BELFORT
Voici deux Saints qui tiennent beaucoup de place dans
l'histoire de Belfort. Christophe est le premier occupant,
Denis ne vient que de longs siècles après lui s'y fixer assez
opulemmentet éclipser, enquelque sorte, la renommée de son
compagnon. Mais l'éclipsé ne sera pas éternelle, car, il faut le
reconnaître aujourd'hui, Christophe a un peu repris le rang
qui lui appartient et, h son tour, Denis est descendu dans
l'ombie, pour ne pas dire dans l'oubli.
Cbrislophe a sa légende (a) au canton de Itelfort. La voici<
telle que nous la détaillait, il y a vingl-huit ans, une bonne
femme du voisinage :
Ai y uTai enne foi — ai y é 1 11 y avait une fois — il y a
binlontemp.bin lonlemp!! — - de ça bien longtemps, bien
D saint hanno que vcgoai de longtemps I ! — un saint honi-
(n) J. de Voragine, Légende dorée. Il (Christophe) se voua après
ta coDvcrsiiia, k transporter les voyageurs d'une rive b l'autre d'un
grand fleuve. Un jour un enfant sollicite te passage. Christophe le
prend sur ses épaules, mais au milieu du fleuve il se sent fléchir
comme écrasé par un fardeau accablant. Quand il eut atteint le
bord opposé, il dil à l'enfanl : n Tu m'a mis en grand danger, car
si j'avais porté le monde entier sur mes épaules, il ne m'aurait
point pesé plus lourd que toi. a L'enfant répon I it : « Ne l'étonné
point, car lu as porté te monde et celui qui l'a créé.
Ce récll valut à Si Christ, une immense popularité en France,
Allemagne, Espagne et lla|,ie.
. Gt>(.:)t^lc
476
Té Lion chu le Rio. Ai a'erralé
tôt pré d'enne petèle veile
qu'eu aipelfti Arcn'que.Céiai
JD Ermile et lé djens d'Arcn-
que djagin enne Atre laoguc
que lai sine, ça po quoi quai
l'ain reuToyie po meotre ai
Bai piaice in oomé Morant
que vegDai di pays dei Diaices.
Not Ermite, que s'aipelai
Criitof rcpregnet le tchmiD
de Lion et a bou d'eDDcgrande
djoÎDai de merlsche, e! airri-
ïèt chù enne lairdje revière
que u'aivai pe de pon el que
foyai pesBai po entrai dain lai
Telle quC'tai de l'àtre seul. Ai
j ftÏTai achi in boueba, que
B'aipclai Criste, et que o'oue-
geal entrai dain l'ave po alai
daio la Telle. Dinlàà, Crisluf,
son gro bâton ai lai main, le
prcgniet chù ses épales el le
poitschel dain lai velle. Cria-
tof V a achi demoïrai, y n fait
enne magcnate, enne Ischai-
pèle, y a praylc bin des an en
Ermile, j a moue el y l'eut
enterrai. Ça po quoi cl a deTe-
gnu le Patron de Béfoue.
me. Tenu de vers Lyon sur le
Rhin. 11 s'arréla tout près
d'une pelile TÏlIe qui s'appelait
Allkirch. C'était un hermrte
et les gens d'AlIkirch par-
laient une autre langue que la
sienne ; c'est pourquoi qu'il
l'ont renToyé pour mettre à
la place un nommé Morand
qui Tenait du pays des glaces.
Notre hermite, qui s'appelait
Christophe, reprit )e cbemin
de Lyon et au bout d'nne
grande journée de marche, il
arriTait sur une large rivière
qui n'aTait pas de pont et
qu'il rallail traTerser pour
enlrer dans la Ville qui était
de l'autre cdlé. Il y aTaïl aussi
un jeune gardon, qui s'appe-
lait Christ, el qui n'osait
ei.trer dans l'eau pour aller
dans la ville. Alors Christophe,
son gros bâton à la mnin, le
prit sur ses épaules et le porta
dans la Ville. Christophe y est
aussi resté, y a fait une petite
maison, une chapelle, y a prié
bien des années en hermite,
y est mort et y fui enterré.
C'est pourquoi il esl devenu le
Patron de Belfort.
L'histoire locale nous dit que dès l'arrivée de Denis, en 1342
jusqu'en 1750, les deux Saints vécurent, côte, à côte, en assez
bonne intelligence et que si, en 1756, des diflicultée surgirent
dans !e ménage commun, ce ne fut pas la faute des deux
Patrons, mais le fait de leurs lieutenants. Denis, il est vrai,
fut toujours absorbant, quoique dernier venu au pays, ou
peut-être parce que dernier venu ; tandis que Christophe eut
la sagesse de se contenter de la portion dont ou voulut bien
lui laisser la jouissance. En fait, Denis ne tarda pas à devenir
le Patron des citadins, le protecteur intéressé des paysans,
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LB cHAPBAU DB ST-CURISTOPHE KT t.\ BOURSE ÙH âT-DEN[S i"
alors qut! Christophe ne cessa point d'èlre leur modeste servi-
teur. Mais sa bonhomie alla si loin que citadins et paysans
durent enfin prendre fait et cause pour Christophe, néglig<<,
oublié en quelque sorte, et k propos d'un couvre-cbef, d'un
toit dont la vétusté et les intempéries avaient Tait une loque
absolument délabrée.
Christophe était venu au pays en pauvre pèlerin et dans les
temps lesplus sombresduChristianisme.tandisqueDenîsy fut
apporté beaucoup plus tard«t opulemment installé par Jeanne
de Montbéliard, devenue Comtesse de Katzélenbogen, par sa
troisième étape matrimoniale. Sans doute il y avait dans les
esprits égalité parraile entre les deux saints au point de vue
religieux, mais en était-il de même au point de vue tempo-
rel? — Une simple question de couvfe-chefdevait suffire pour
troubler profondément la circonscription paroissiale et ame-
ner le Conseil-Souverain de l'Alsace, siégeant k Colmar, k
formuler un arrêt qui mécontentera les paroissiens de Saint-
Christophe et satisfera les bénéficiaires de Saint-Denis. Voici
donc la cause de ce conllit.
En 1751, le chapeau, ou toiture, du chevet de l'église Saint-
Christophe, était arrivé h un degré de détérioration si grand
que l'on dut reconnaître l'urgence de le remplacer par une
coiffure neuve, ou tout au moins, par une grosse réparation
de l'ancienne, La dépense était assez importante pour éveiller
les esprits et les amener à poser la question : à qui devait
incomber cette dépense? — Les paroissiens de Saint-Chris-
tophe, qui étaient alors les habitants de Valdoye, Offemont,
Cravanche, Salberl ainsi qu'un certain nombre de Belfortains
et surtout ceux des faubourgs, déclarèrent qu'elle incombait
au curé de la paroisse, lequel n'était autre que le Prévôt du
chapitre, fondé par la comtesse de Katzenellenbogue. Somma-
tion lui fut fnilc d'y pourvoir. Les paroissiens basaient leur
demande sur les usages de la Province et sur des arrêts du
conseil d'Etal qui mettaient k la charge des curés l'entretien
du chœur de l'église paroissiale dont ils percevaient la dhnc.
Or l'église de Saint-Christophe, ou de Brace, était, selon eux
et de temps immémorial, éghse paroissiale et, 6 ce titre, le
curé demeurait essentiellement tenu de pourvoir aux frais
d'entretien et de décoration du chœur, tandis que l'entretien
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i19 tIfiVLE D'AU-iACB
et la décoration de la nef étaient h la charge (les paroissiens,
ou de la fnbriquo. I^e Prévôt et le chapitre de Saint-Denis ne
furent pas embarassés pour répondre aux exigences des
paroissiens de Saint-Cbristophe: ils alli^guèrent que depuis
1342, ou la fondation de la collégiale et l'institution de son
Prévôt comme curé de la paroisse, l'i'glise de Brace avait
perdu sa qualité paroUsiale, au profit de Saint-Denis et
qu'ainsi, quoique décimateur ecclésiastique, le curé, Prévôt
du chapitre, n'avnit rien à fournir pour les réparations et
l'entretien du chœur de Brace, Engagé dans ces termes, le
différend ne pouvait être résolu que par l'autorité judiciaire.
On dût y avoir recours sans tarder, car le chef de Saint-
Christophe ne pouvait demeurer plus longtemps k découvert.
Cependant, on eut d'abord recours aux moyens de concilia-
tion, mais ils n'aboutirent pas. II fallut donc plaider et l'on
arriva au Conseil Souverain, devant lequel les deux thèses
furent défendues et développées très amplement. Dans son
mémoire de défense, la fabrique de St Christophe soutint que
son église n'avait pas cessé d'être l'église paroissiale de
Belforl ; que si les fonds baptismaux et le Saint Viatique furent
transférés en ville, ce fut pour être en quelque sorte dans la
main du curé, sous le toit de Saint-Denis, mais que cette
mesure de convenance personnelle ne dépouillait pas l'église
mère de sa qualité d'église paroissiale. Le conseil de fabrique
ajoutait ;
« On a toujours dit à Brace (a) une messe paroissiale, tous
les dimanches et fêles, depuis Pdques jusqu'à la Toussaint,
pour la commodité des paroissiens externes ; on y fait, en
carême, le cnthéchisme trois fuis la semaine pour préparer
les enfants des paroissiens externes h leur confession et
communion pascales. Les lendemains de PAque et de Pente-
côte, on y va proce^sionellcment et le service solennel s'y
célèbre. On y fait le prône, on y offre le pain héni, on y va
à l'offrande, on y publie les bans, on y pn>che et tout service
de paroisse cesse en ville ; on y célèbre l'oflice paroissial le
jour des morts. Saint-Christophe, patron de Brace, y est fêté
dans toute l'étendue de la paroisse ; la vigile et le service du
(a) Extraits dea pièces de procédure.
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I.B CIIAI>eAU DB ST-OHRISTOPHK ET LA BOL'llSB DR ST-DBNIS i7H
jour du patron, ainsi que l'ofTice de la dédicace, le dimanche
suivant, se font k Drace et tout service solennel et paroissial
cesse en ville, au lieu que Saint-Denis, patron de la collégiale,
n'est fèié que dans l'intérieur de la ville, sans l'être dans le
reste de la paroisse, pas même par les paroissiens des fau-
bourgs situés devant la ville.
a 11 y a dans Brace d'anciennes chapellenies. Le Seigneur,
le Chapitre et le Magistrat y ont leurs bancs. Le Chapitre y
perçoit les oITrandes ; il tire seul la nHribulion qu'on pnye
pour les Fosses dans !e chœur, et il partage avec la Tahrique
celles de la nef.
« En un mot, hors les fonds baptimaux et le Saint- Viatique,
il n'est aucun caractère d'Eglise paroissiale qui ne se rencon-
tre dans Brnce depuis un temps qui excède toute mémoire
d'hommes.
a Aussy est-elle reconnue et qualifiée pour telle dans le
pouillé du diocèse et dans toutes les visites diocésaines dont
les procès- verbaux existent, el c'est dans ce principe, qu'en
1686 M. l'archevêque de Besaufon a fait, contradictoi rement
avec le Magistrat et le Chapitre, un règlement des droits
curiaux relativement au service qui se fait dans les deux
églises paroissiales, o
Le o février 4752, le curé. Prévôt de la collégiale, fournit
défense alléguant de nouveau que l'église de Brace n'était
plus paroissiale, que la demande tendait, à (orl, h lui imposer
une charge qu'il n'avait jamais supportée et h laquelle de
droit, il n'était pas plus tenu que ses codéimateurs de la
paroisse, M'"* la duchesse de Mazarin, les Sieurs de Stnal,
Klinglin et te curé de Danjuutin.
Celle défense continuant, en apparence du moins, à mettre
en problème la qualité paroissiale de l'église Saint-Christophe,
le Couseil-Soiivorain ne crut pas pouvoir se prononcer sur la
question sans entendre les codécimateurs du curé el du cha-
pilre En conséquence, il ordonna, par un arrêt du 22 juin
1752, la mise en cause des dits codécimateurs.
M"" la Duchesse soutient qu'étant décimalrice laïque elle
ne peut être tenue li rien, tandis que les autres dirent que
lesdlmes qu'ils percevaient « étaient par leur nature exemptes
de toutes charges. » Les habitants des quatre villages, avec
izedbyGoOQlC
4bU IIEVL'I! D ALSACE
le Magistrat Je Belfort, restèrent fermes sur le point de fait
que Brosse n'avait pas cessé d'être leur église paroissiale.
Une année avait passé en préparalions chicanières et le eticf
de Saint-Christophe demeurait exposé aux intempéries et
aux détériorations qui s'en suivent. Maison était prêt, de part
et d'autre, h cmmencer le débat et ce fût le Magistrat de la
ville qui, dans un intérêt de salubrité, formula une requête
ur^nte, concluant k ce que, provixioneUement, les décima-
teurs soient condamnés, conjointement ou séparément, à
faire les réparations nécessaires. Le Conseil-Souverain ne
pouvait manquer de donner salisfaclion provisionnelle aussi
au Magistrat, sauf à aviser ensuite qui paierait les pots cassés.
L'n arrêt du 9 mars 1753 condamna le chapitre décîmateur
ecclésiastique ;i faire réparer le chœur, sauf à récupérer, s'il
y avait lieu, après arrêt définilif.
Deux années de discussions et de manœuvres procédurières
avaient donc abouti h. ordonner que des mesures seraient
prises par le Chapitre de Saint-Denis pour préserver désor-
mais Saint-Chiistophe du rhume de cerveau et de l'anémie :
po voidjai saint Crichelof die reuckena et de lai pieuvre.
Mais enfin l'arrêt provisionnel était rendu ; il ne restait plus
qu'à se mettre k la besogne pour abriter convenablement le
chœur de l'une des plus anciennes églises, sinon dcréglise
primitive, du val de la Savoureuse.
Il semble que ce n'était pas une grosse affaire que d'édifier
une coiffure neuve ou seulement de procéder au raffiBlolage
de l'ancienne. Eh bien ! l'on se trompe : le chapttre avait '
toujours négligé de se constituer une réserve qui lui permit
de faire face à des besoins éventuels, de sorte qu'il fallut
boursiller pour couvrir Christophe, fort honoré sans doute
au spirituel, mais en ce moment i;i fort ennuyeux au tempo-
rel. La plupart des chanoines n'apparaissaient que rarement
nu chapitre, dont ils se partageaient religieusement i'intigra-
lité de la dfme, et dont le Prévôt, (^uré de la paroisse, avait
double part, sauf à participer aussi pour double part dans la
dépense. On comprend que ces circonstances n'étaient pas
favorables k une prompte réalisation des ressources néces-
saires pour commencer les travaux. Christophe dut donc
patienter, et il patienta jusqu'à ce qu'il plût aux chanoines
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LB CHAPEAU DB ST-CBQISTOPHE ET 1^ BOl'RSB DB ST-DBMS 481
de lui accorder, occasionnellement, une petite part delà com-
pétence de chacun d'eux. Or, la nouvelle période d'altente et
de privation devait être plus longue encore que la période
préparatoire; commencée en janvier 1734, celle-ci aboutissait
ài'arrêt provisionnel du 9 mars 1753, c'est-^-dire après deux
ans et deux mois de manœuvres et de discussions intéressées,
mais peu intéressantes ; puis. Messieurs de la collégiale,
condamnés h faire les frais du couvre-chef, sauf k les récu-
pérer sur qui de droit, s'il y avait lieu après arrêt défmitif,
n'eurent terminé la besogne que dans les premiers mois de
1730, c'est-à-dire plus de trois années après la condamnation.
Ce n'est pas le délaut de ressources qui occassionna ce
retard dans la marche des travaux, mais la difficulté de les
faire sortir des mains qui en disposaient. Aussi, dès que
l'œuvre fut achevé. Messieurs les chanoines s'empressèrent de
mettre en demeure le Conseil -Souverain de dire »on dernier
mot dans la question dont il était saisi depuis près de six
années. Ce dernier mot fut prononcé le 6 juillet 1756 et
signillé le 7 août suivant par un arrêt condamnant le Magistrat
delà ville de Helfort à restituer au Chapitre tous les frais delà
couvertureduchefdeChristophe, de l'entretien et de ladéco-
ralion de son chœur; et cela, a l'exclusion de ses paroissiens
des communes de Cravanche, V;ildoie, Snlbert et OITemont.
Une lettre d'un avocat de Bilfort h un avocat de Colmar
exprime le mécontentement du Magistrat de sa ville el se livre
h la critique de l'arrêt du Conseil-Souverain. Selon lui, et
il avait raison, le Magistrat de Belfort n'était pas en cause,
mais bien le conseil de fabrique de Saint-Christophe ou les
habitants des quatre village», de la paroisse. D'un autre cAté,
un des cinq juges qui ont rendu l'arrêt, M. de Boug, est le
neveu du Prévit du Chapitre, intéressé pour deux parts. A ce
litre, il aurait àù se récuser ; ne l'ayant pas fait, il fournit un
moyen décisif de cassation.
Nous ignorons si lo magistrat de la ville eut recours ii ce
moyen, car toutes nos recherches aux archives de la ville sur
ce sujel, et beaucoup d'antres concernant son territoire, ont
été peine perdue. Quoi qu'il en soit, nous constatons que la
guerre entre Saint-Denis et Saint-Christophe de Belfort fut
aussi une Guerre-de-Sepl ans. i. Liblin.
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THÉOPHILE CONRAD PFEFFËL
ESSAI BIOGRAPHIQUE
DEUXIEME l'AUTiE
L'Œuvre eo prose ((in) (I)
LIVRE IV
V. 1. Charlotte Hellborn élait Ja Htle d'un pasteur du
Ilolstein et d'une descendante de réfugiés huguenots. Son
demi-frf^re, Gustave Sommer, fruit d'un premier mariage de
M"* Hellborn, interrompant ses études à Kiel, g'embarqu&it
pour les Indes comme secrétaire d'un voilier danois, au
moment oii celle-ci suivait son second mnri dans In. tombe.
Devenue orpheline et presijue sans ressources, Charlotte
gagna d'abord sa vie comme apprentie modiste à Hambourg,
puis comme femme de chambre chez Emilie Woldemar, fille
unique d'un riche négociant de Copenhague. Emilie et Char-
lotte deviennent bientôt d'excellentes amies, au grand déplai-
sir de In mère, femme orgueilleuse et mondaine qui n'attend
qu'une occasion pour congédier la dernière. Celle occasion se
présente au bout d'un an, à la visite d'un jeune millionoaire
d'Altona, Edouard Osten, auquel on espère marier Emilie, et
(!) Voy. pp. 107 à lîi, 197 à Î06, 343 à 3tiî,
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THÉOPHELB CONRAD PrSFFBL 483
qui n'a d'attention que pour sa suivante, dont l'éducation et
les qualités forment un sîn^lier contraste avec ses humbles
fonctions. Mais Charlotte a une généreuse amie qui lui
ménage une paisible retraite, où elle peut se remettre h ses
travaux de modiste. Osten vient l'y surprendre par l'offre de
sa main, que l'aimable jeune ûlle n'accepte que pour le
moment où Emilie serait mariée, afin d'éviterjusqu'k l'appa-
rence de lui enlever un prétendant. Comme elle refuse aussi
la subvention trimestrielle décent thalers qu'il veut lui faire,
il prend ses dispositions pour que le fruit de ses travaux soit
aussitôt acheté k bon prix et qu'elle retrouve tous ces objets
chez lui. Au bout de six semaines, Emilie se (iance avec
Gustave Sommer, qui vient de revenir de l'tle de Ste- Croix,
où il a fait fortune, et qui ne tarde pas h reconnartre sa sœur.
Leti deux heureux couples se marient en même temps.
P. 09. Lex Eiclnvet. Histoire de corsaires et de renégats.
Rosalie Négroni, voguant de Palerme vers Naples pour s'y
marier, est enlevée avec son frère et son Hancé par un pilote
tripolilain, qui, par un hasard certes peu commun, se trouve
être le plus vertueux des hommes. Si te récit était authen-
tique, il faudrait avouer que
Le vrai peut quelquefois n'âlrc pas vraisemblable
Malgré cette teinte d'invraisemblance et la banalité dn sujet,
l'honnéleté et la cordialité du style pfeffélien, qui embellit
tout ce qu'il touche, lui donne un cachet et un charme inat-
tendus. Après une série de péripéties ou merveilleuses ou
touchantes, Rosalie et ses compagnons retrouvent dans leur
martre Omar le frère de leur père et par conséquent dans
Sélim, son (ils, qui les a capturés, leur propre cousin.
Francesco, frère de Hosalie, se fiance avec sa ravissante cou-
sine Sofana, et les deux heureux couples (comme dans le
récit précédent) s'en vont ii la première occasion se marier à
Home accompagnés d'Omar, qui s'empresse de reprendre,
avec sa fille, la foi de ses pères.
LIVRE V
P. 1 . Lettres de l'époque de la Terreur. Ces douze lettres
retracent l'histoire du chevalier de Reaumont, officier de
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484 Etavi'B d'al^^acb
marine sous l'ancien régime, et de Clémentine de Roch«rort.
orpheline d'un fédéré de Lyon. Tous deux sont obligés de se
cacher pendant la Révolution, lui comme soldat du train des
équipages puis comme secrétaire d'hôpital h DelemoDt,eIle 11)
comme ftlle adoptive de la veuve qui la logeait et la nourris-
sait.
Les jeunes gens s'aiment sous leur humble déguisement,
sont brusquement séparés par les événements et se retrou-
vent à Paris après le 9 Thermidor, qui leur permet de
reprendre leur rang dans la société et de s'épouser.
P. 158. Waller de Géroldseck tombe dans un guet-apens
préparé par un méchant voisin, qui le jette dans une oubliette
du chftteau de Liitzelhardt, en faisant croire à la femme et aux
fils de sa victime que celle-ci a péri sous le poignard des bri-
gands. Mais Walter parvient îis'échapp'sr au bout de deux ans
d'une horrible captivité et réussit à se faire reconnaflre de son
épouse après avoir été repoussé parses fils comme un impos-
teur. — L'épisode est emprunté à la Chronique de Bernard
Herzog, publiée à Strasbourg en 1SÎ92.
P. 169. L'enfant trouvé. Le prince Salomon de Géorgie,
fuyant devant le Schah SéS, abandonne son fils unique k la
générosité du négociant arménien Théodore, auquel il laisse
ignorer son rang, et revient le chercher au moment oii .Vlexis
(c'est le nom de l'enfant) va épouser la lille de Théodore.
P. 178 Ewnld et Lina. Encore une histoire d'amoureux,
dont les vœux, contrariés par les hommes autant que par les
événements, finissent par se réaliser en leur permettant
même de témoigner leur graliluJc envers ceux qui leur ont
été secourables. Le lieu est le château de Lenzbourg en
Thuringe.
P. 205. liéiir et lédida. Scénette biblique du temps de
Salomon.
( I ) Son frérc échappe aux masBacres de Lyon el se soustrait aux
poursuites en s'cngageanl dans un régiment de cavalerie, tout
comme Joseph de Gérando.
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p. i. Ernetline. Uéveloppement un peu long et assez
semblable k ceux qui précèdent, cependant point du tout
banal, de la Bitualion d'une jeune veuve qui.de séjour dans
une ville d'eau, est recherchée par deux prétendants bien
difTérenl3 d'esprit et d'origine. Le contraste de ces deux natures
ressort nettement, bien qu'en général l'esquisse des caractères
ne soit pas le cAté saillant du talent de PfefTel. Les person-
nages sont trop uniformément vertueux et ses portraits de
femme notamment sont d'une simplicité qui est toutà l'hon-
neur de son entourage, auquel ils les a empruntés, mais
qui permet à peine de les distinguer les uns des autres et qui,
surtout, ne trahit pas une étude psychologique bien appro-
fondie. Gervinus ne se fait pas faute de reprocher à notre
auteur et à son ami Jacobi le ton doucereux et fademcnt
sentimental auquel ils ont accoutumé leur cercle de lecteurs
ou plutôt de lectrices. Car la Flora était surtout une revue
pour dames, presqu'autant que l'avait été la première Iris
de Jacobi, Le reproche nous semble exagéré. Chez Pfeffel du
moins, ce ton est parfaitement naturel, il répond à son senti-
ment intime, et quand on y est familiarisé, surtout quand on
a pénétré dans l'intimité du poète et du cercle féminin qu'il
sut créer autour de lui dans la dernière période de sa vie, on
oublie la critique pour se laisser aller au charme de cette voix
toujours honnête, profondément vertueuse, qui ignore le fard,
les apprêts et les réticenses et vous transporte dans un monde
idéal où, si l'on n'en sort pas meilleur, l'on oublie du moins
un moment les misères du monde réel.
P. 168. Charité. Courte pastorale écrite dans le goût du
temps, mais où rien ne blesse le nfitre.
P. 19i>. Phanor et Dina. Scène de la captivité de Baby-
lone, avec reproduction très réussie du style et des idées
bibliques.
LIVRE Vil
P. \. Henriette ou l'enfant trouvée. Les descriptions que
Gérando, Périer, Jordan firent h Pfeffel du siège de Lyon ont
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486 HEVL'fi d'alsacb
dû bien impressionner le vieil lard, pour lui fournir le a
Ue tant de scènes touchantes. Car voici encore une nouvelle
dont le point de départ et le cadre sont fournis pur ce tragique
«événement. Comme les récits analogues qui le précèdent,
celui-ci a gardé pour nous tout son intérêt et sa fratcheur,
grAce à l'attrait irrésistible et irraisonné qui se dégage <le
toute allusion aux grands faits et personnages historiques,
surtout au fait capital des temps modernes, la Révolution,
dont les suites réagissent encore ai vivement et si directement
sur notre vie et notre pensée d'aujourd'hui.
La trame authentique du récit est founiiu par ta prise de
Lyon, les excès qui en furent la conséquence, la fuite des
proscrits sous divers déguisemenls, la surexcitation de»
passions politiques el autres, jusqu'aux plus basses, l'exploi.
tation des circonstances par les intrigants inconscients,
représentés ici par l'ex-capucin Morant devenu prèlre
constitutionnel, puis président du comité de surveillance
du village où habite Henriette (I) Dufort avec son vieux père
infirme, vétéran de la guerre de Sept ans, Celui-ci est affecté
par les horribles nuavelles venues de Lyon au point d'en
mourir, laissant sa fille seule au moment où elle aurait le
plus besoin d'assistance, pour échapper aux poursuites de
Horant, type de l'ambitieux sensuel, dont les événements
viennent attiser le désir el favorise les projets. .\ côté du traî-
tre dont les manœuvres louches ne sont que trop bien
secondées par la propre servante d'ilenriclte, congédiée après
la mort de Dufort, il y a nécessairement l'honnête homme qui
protège la vertu el se dévoue même pour elle. C'est le rAle du
voisin Robert, qui est la Providence d'IIenrielte dans sa
détresse, en lui apportant de l'argent et des consolations dans
sa prison de Lyon, oii Morant l'a fait jeter, parce qu'elle
repousse ses avances, et où elle fait la connaissance de la mère
et des sœurs de celui qu'elle finira par épouser, après avoir
été abandonnée par son fiancé Ménard, qui ajoute foi aux
(t) Ce nom est emprunté à relie de» Deiie< de Berckheim quifut
tiinK ^ig. Piirier la (^rdadc-taiile du i'- préslilent de noire
RépublJi|uc.
■iritttti
THÉOPHILE GOKlUn l'I^EFFEL 487
cclomnies de Horant. Nous laissons forci^menl de côlé bien
des détails touchants, surtout ceux qui ont Irait a l'enfant
Iroiiv** qu'lleùrielte recueille et soigne comme sa propre fille
et qui se trouve être la nièce de son futur ôpoux. En somme
celle nouvelle est une des plus captivantes et des plus habi-
lement exposées, parmi toutes celles qui sont sorties de la
plume de Pfeffel. Nous en recommandons tout spécialement
la lecture à ceux qui voudraient juger par eux-mêmes le
talent du narrateur.
P. U7. Réginald et Pauline est te titre d'un récit tiré de
l'histoire de Lorraine. En effet, Réginald de Vassy, garde du
corps de Charles le Téméraire, est blessé au siège de Nancy
et soigné chez les Béguines de Lunéville par une novice,
Pauline, orpheline d'un marchand flamand ruiné. C'est
encore l'histoire d'un amour conlrarié, dénouée par un
heureux mariage.
LIVRE VIII
P. I. Lina de Sanlen. Extraits de son Journal et de
diverses lettres. Nous revoici en Allemagne. Le premier
fragmetil, emprunté au journal intime de Lina, nous trans-
porte h Mannheim. le 14 janvier 1788 ; le dernier, de la même
source, est du 30 avril. Le récit, bien qiie relativement long,
se trouve ainsi resserré dans un laps de temps de trois mois
et demi. L'histoire est un peu plus mondaine que les autres,
Lina, la fille d'un uflicier recruteur d'Ileilbronn.qui est de
passage dans un hùtel de Mannheim, y est remarqué par le
lieutenant Charles de Dorneck, que les suites fdcheuses d'un
duel ont obligé de quitter momentanément son régiment Ji
Strasbourg, et qui communique ses impressions par lettre à
son cousin demeuré k Strasbourg. Le capitaine de Saaien est
joueur, perd non seulement tout ce qu'il a, mais encore des
sommes qui lui sont confiées, et fuit en Hollande, laissant sa
fille presque sans ressources. Elle se réfugie cach''-^ sous le
nom de sa mère, Roland, chez une modiste, M<°* M.iller, dont
ta fille Frédérique, devient son amie, et où Dorneck trouve le
moyen de la découvrir pour lui avouer son amour. Mais sa
famille veut le marier k une IK"* dePalmfeld.lInepeut donc
encore dévoiler son amour. Dans ces conditions. Lina remet
son oITre à des temps meilleurs et accepte une pince de lectrice
chez M"" de Sonnenstein à Waldingen. D'ailleurs elle n'a pas
dis-huit ans et il n'en a pas vingt-et-un. On devine le reste;
plutôt non, on ne peut deviner queDorneck n'est qu'un nom
d'emprunt, que le vrai nom du lieutenant est Sonnenstein,
que Lina gagne par sa seule présence l'aiïeclion de ses futurs
beaux-parents et que tout finit par s'arranger selon les désirs
des divers personnages.
P. 170. La vengeance fraternelle, légende alsacienne.
C'est l'histoire bien connue de Gofitz et Sej-rried de Lichten-
berg et du prêtre Benno, qui après avoir trahi GoStz auprès
de Seyfried, est obligé par celui-ci de partager avec lui la
mort qu'il cherche dans l'abtrae au pied du château, pour
échapper aux tortures de sa conscience.
P. 183. Kenan, C'est le nom du seul Israélite qui d'après
la tradition, reste en Egypte au moment de l'Exode, et dont
un descendant accorda l'hospitalité ii Joseph et Marie fuyant
devant Ilérode. PfelTei raconte son histoire, qui est mêlée &
h celle de MoTse.
P. 1. Correspondance d'Agathe. Trente-trois lettres de
ou à Agathe Léonhard, fille d'un hOtelier allemand qui veut
la marier contre son gré. Elle finit par se résigner à celte
union, lorsque la mori subite de sa mère vient en retarder la
réali sation . Pendant une visite de quelques jours qu'elle fait
chez son amie Joséphine, son père se brouille avec le préten-
dant, qui est congédié, dès qu'elle revient, et remplac é dans
lecneiir d'Agathe par Charles, le frère de Joséphine, nommé
b ailli dans le voisinage. Léonhard surprend des signes de
c ette inclination et juge le moment veau de révéler h. Agathe
qu'elle n'est pis sa fille et qu'il d'sire l'épouser lui-même.
Epouvantée d? cette perspective, la jeune fille s'enfuit dans
la nuit. En route elle fait la renc ontre (par trop miraculeuse.)
de sa véritable mïre qui lui révèle son vrai nom de Léopoldine
CONRAD PFEFFBL 489
et toute son origine. Cette mère, orpheline, à seize ans d'un
secrétaire de chancellerie viennois, et trompée par nn simn-
laci-e de mariage, se laisse séduire par un oITicicr véronais,
de Bonaldi, qui l'abandonne au bout de deux ans. Elle en
devient folle et c'est alors que son enfant est recueillie par
Léonhard qui avait joué le rôle de témoin dans la cérémonie
nuptiale simulée, et dont la mère guérie, après trois ans,
cherche en vain les traces de Vienne & Munich.
Par contie, elle rencontre dans celte dernii^re ville une
tante, dont elle savait ii peine l'existence et q^ii lui lègue en
mourant la petite propriété où Agathe, devenue désormais
Léopoldine, trouve dans sa fuite un refuge si inespéré. Le
merveilleux déborde partout : une bataille est livrée dans le
voisinage et le colonel Bonaldi, grièvement blessé, est trans-
porté chez le bailli Charles, auquel il se fait connaître en lui
dictant son testament en faveur d'Agathe, et qui lui apprend
l'existence de cette lllle qu'il désespérait de retrouver. 11
meurt en mariant Charles et Agathe.
1*. 118. La harpiste nous reporte au moyen Age alsacien.
Albert de Lùtzelbourg, fiancé à Hélène de Landscron, est
parti pour l'Italie avec Reinold. son futur beau-frère, et oublie
ses serments auprès d'une belle et astucieuse Romaine.
Hélène, prévenu par son frère, essaied'oublier l'infidèle au cou-
vent. Mais ce couvent n'est qu'une retraite temporaire et non
le tombeau de la vie; c'est le cloître noble d'.\niJlau, dont
l'abliesse, Berlrade, est la tante d'Hélène ; et d'oii cette dernière
peut ressortir, lorsqu' Albert repentant vient lui demander son
pardon. Elle le lui accorde après avoir mis sa sincérité à
l'épreuve en allant l'observer elle-même au chAteau de
Lutzelbourg sous le déguisement d'une harpiste ambulante.
D'où le titre du récit.
1'. 150. A'Ieline. Cette nouvelle nous est présentée sous
In forme d'un petit drame en douze scènes el nous introduit
également dans un couvent, où Adeline de Schœnau se réfu-
gie pour échapper à un mariage auquel son beau-père veut la
contraindre. Elle a été fiancée b .Adolphe d'Helmar, Jeune offi-
cier hollandais parti pour le Cap et dont on lui a conOroié la
mort. Mais cette nouvelle est fausse, et il vient la retirer du
couvent dès le lendemain.
490 RBvuB d'alsace
1'. 171. La grotte de Crolone. Scène de l'expulsion des
Pythagoriciens par lu tyran Cylon. L'un deux, Agénoi-,
retrouve miraculeusement son amante Zoé dans la grotte qui
avait servi de rclraite it Pythagore méditant sursa philosophie.
Celui-ci accourt de Métaponte à Tarente pour bénir l'union
de son disciple favori avec la fille de son meilleur ami .
CONCLUSION
Si aprèslarevuedecesdivers récils, revue sommaire sansdou-
le,mais cependant, croyons-nous, complète en ce sens que nous
nous flattons de n'y-avoir rien omis d'essentiel et d'y avoir
réuni les matériaux d'un jugement raisonné sur le talent nar-
ratif et descriptif, ainsi que sur le style de notre auteur, si,
dis-je, nous essayons de formuler ce jugement, en analysant
l'impression esthétique que la lecture des Nouveilex produira
sur l'esprit d'un lecteur de notre temps, nous aurons ù faire
la part de l'éloge comme de la critique.
Répondons d'abord aux exigences de cette dernière cl
avouons que le plan en est trop uniforme et Irop simple, que
le merveilleux et l'invraisemblable y jouent un rùle trop
marqué, que la plupart des caractères ne sont pas creusés et
onlun trop grand air de famille, surtout les types féminins ou
plutôt le type féminin — car nous n'en voyons guère qu'un,
qui est charmant, il c^l vrai, mais Unit par lasser eu se repro-
duisant constamment. Tout au plus pourrait-on distinguer le
type de la jeune fille, de la mère, de l'épouse et de la veuve.
En un mol du tout se dégage une conception naïve de la vie
et de l'art ; les NouveUex nous transportent dans un monde
enfantin, inachevé, celui d'un infirme qui n'entre en contact
avec la réalité que par l'intermédinire de cœurs amis habiles
H ménager ses nerfs et son impressionnabilité.
Kt voilîi le secret de la vogue qu'elles ont eue auprès des
femmes, qui y ont retrouvé, comme peut-être nulle part
ailleurs, leur manière particulière d'envisager et de compren-
dre la vie, leur tendance à juger les hommes et les choses par
leur petit côlé et sous un angle étroit; leurs instincts de
compassion et de dévouement y ont aussi trouvé une ample
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THÉUPUILE CONRAD PFEKFEL 491
satisfaction, leur psychologie rudimcntaire et leur logique
capricieuse ne s'y sentaient pas moins k l'aise, enfin les
invraisemblances et les excès de merveilleus qui nous cho-
quent ont dû au contraire les attirer et les flatter. Partout
d'ailleurs, elles se retrouvent enire elles, dans leur monde
d'amour, de charit<^, de sacriQce; les personnages masculins
ne font qu'y passer, ne servent pour ainsi dire que de
repoussoir, n'agissent que dans la mesure indispensable et
que dans leurs rapports avec la femme, comme amants ten-
dres ou odieux, comme époux dévoués ou tyranniques, comme
pères affectueux ou chagrins.
Mais à cûté île ces ombres — ombres subjectives, si l'on
veut nous permettre l'alliance de ces deux mots, qui s'éton-
nent sans doute d'être unis — que de gracieuses cchappées,
que de ravissants coups-d'œil dans ces frais tableaux ! A c<!)t<^
de ces faiblesses — infirmités de malade et inexpérience de
solitaire ^ quelle droiture, quelle candeur, que d'enseigne-
ments profonds et utiles ! l'feffel ne connaît ou du moins ne
révèle la connaissance que d'un calé de la vie et du cœur
humain imaîs ce côté spécial, comme il le dévoile el l'éclairé!
On prend plaisir, api-ès un premier moment de surprise, à
vivre dans ce cercle choisi, honnête et compuiissanl, à respi-
rer cette atmosphère saine et vivifiante, au sortir de notre
morbide lin de siècle qui exhale la décomposition d'une
littérature naguère si ilorissantc, et qui trahit la décadence
d'un grand peuple. Combien ces Nouvelle» mériteraient de
passer dans notre langue, si pauvre en productions simples,
et naïves, capables d'élever le cmur de la jeunese vers un
idéal haut placé, de lui inspirer des sentiments virils et des
aspirations généreuses, alors que tant de publications autour
de nous travaillent à la dégrader, en flattant son égolsme el
sa vanité, en lui préchant la basse satisfaction de toutes ses
passions.
PfefTel aurait certainement réussi en français comme il a
réussi en allemand, et nous ne pouvons qu'exprimer notre
vif regret de ce qu'il ji'a pas cru devoir s'y essayer. Les solli-
citations ne lui ont cerlainemenl pas manqué de ce côté; car
il comptait dans les lettres françaises plus d'un ami qui
partageait l'avis de Marmontel adressant à Pfeffel du fond de
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492
RBVUB D ALSACB
sa relraite d'Abbeville (Eure), le i" février 1793, cel éloge
qui n'est pas un vain compliment : « Votre lettre m'annonce
une plume exercée, et celui qui écrit fii purement et si élé-
comment le franjais, doit le bien traduire » H).
L'auteur des Contes moraux, de Bélisaire et des Incax
n'exagérait rien en disant cela, la correspondance de PfefTel
nous le prouvera.
(^1 suivre).
Th. Schikll
(1) Voir la lettre entière dans tpt Souvenirs biographiques
conaacréa par Mme Hcck-Bernard à son arnèrc-grand-përe
(Lausanne, lS(i6).
LA VIE A STRASBOURG
commencement du XVII^ siècle
Suite H)
CHAPITBE CINQUANTE-NEUVIEME
De la sage-femme
Que faut-il a nostre voieine, qu'elle enlle h. veue-d'œil de
jour k autre? Auroil-elle bien l'hydropisie?Ce aeroit dommage.
Bien prèsl c'est une enneurc, qui se passera plus aisément
h t'aide de Dame Elisabeth, quedu docteur. Vous estes encore
bien de vostre pays, ne voyez-vous pas qu'elle est enceinte ou
grosse d'enfant?
Je ne pensois pas que ce pust estre cela, h cause qu'il y a
desja six ans qu'elle est en mariage sans devenir grosse,
mais est demeurée stérile Jusques icy.
Ceik n'est rien de nouveau. J'ay une coueine, qui est
enceinte du premier enfant, bien qu'il y aye desjà dix ansi
qu'elle est mariée.
Comment s'appelle-elle ?
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494 REVUE d'alsacb
Vous la cognoissiez très bien. C'est la cousine Geneviève
qui (l<;meure auprès de la Honlée des Chate (I).
Il n'y a toutesfois guère d'apparence qu'elle aye quatre
pieds (Icins deux souliers (2).
Si esl-ce qu'elle ne conte plus : car il y a quinze jours
qu'elle asseura une sage-femme, et me dit, en retournant de
chez elle, qu'elle n'avoit plus que douze jours de terme. Elle
ne conte plus, son mari attend k chasque heure qu'elle crie
les petits pastez, et face pieds neuTs (3). Ils ont desjà au logis
la selle à accoucher, de In chair fresche, de l'eau de lys
blancs, un cuveau II bain, uae esponge, et la boSette au
castoreum. Le berseau n'est pas encore fait, mais le menuisier
le doit aujourd'huy achever. (Juant au reste, il est tout prest,
la paillace remplie de paille un baie, uu bien de menuiis rabo-
teures, k la mode du pays, les coussinets, maillots et la
bandelette avec le cercle.
Qui est-ce qui lèvera l'enfant ?
Je ne sçaj , si ce n'est moy : car il y a longtemps qu'ils m'en
font tous deux la feste, et disent que puis que ie fay tant de
bien à mes lilleuts et filleules, qui ne sont pas mes parens,
ils ne veulent point d'autre marraine que moy pour leur pre-
mier enfant: ni d'autre parrain que mon mari pourte second;
car ce n'est pas la coustume en ceste ville, que le mari levé
un enfant avec sa femme (4).
D'où vient cela 1
C'est un reste de superstition venue de l'Eglise de ceux.
(1) Le Katsemteg élaîl un poni jeté sur le canal du Khin qui se
détache du fleuve en amont du pelil poot du Rhin el rejoint l'Ill
en plein Strasbourg. Il a. été comblé peu de temps après ia guerre
et forme auj. larae de Zurich. De sinialreB légendes se ratlachaieat
à ce iiuarlicr de la ville ainsi qu'à la vieille tuur ^ui se dressait a
l'angle dii quai el qui a disparu également. (Pilun II 14. Sevbolh
Alte SlrassbgSi;!).
(2) Dois sie mil vier Fàixen um den llerd heram gehe.
(3) Dots sie xerfallen oder eu hauffen fallen solle.
(4) Cette défense a été faite par le concile de Majcnce 813. Voir
pour plus de détails l'étude de l'abbé î. Corblet : Parrains et mar<
raines (dans Hevue de l'art chrétien )88t) el à part: Paris, J.
Uaur, 1881, iu-8°48pp.
L.\ VIE A STRASBOURG 495
qui en font une parenté spirituelle, et tiennent pour inceste
l'habitation et le mariage d'un compère avec sa commère, A
pi-opos de quoy ie vous raconteray combien servit ccste
doctrine à une grande putain nommée Krédégonde. Les histo-
riens racontent qu'un Roy de France nommé Chilpéric ou
plutost Hilprich (ou IlUffreich, c'est-k-dire Riche en secours)
estant en voyage, la Reine accoucha d'une fille, laquelle la
pauvre simplette tint sur les fonts, par l'induction des ecclé-
siastiques corrompus par la dicte Krédégonde, qui estoit une
belle courtisane, rusée au possible, dont le Roy se servoit.
Celi fait, et le Roy de retour en cour, les gens d'Eglise
l'avertissent de ceste parenté spirituelle, et lui remonstrant
l'inceste, qu'il commeltroit s'il avoit charnellement à faire
avec la Reine, luy conseillent par mesme moyen d'en prendre
une autre, et luy annonçant la Une Frédégonde, de laquelle
sans cela il estoit coëfTé, ou embeguiné. Ainsi fut la simple
Dame désarçonnée et recluse en un monastère : et la fine
matoise ayant heureusement ioilé au boute-hors ou \ vostre
place me plail, fut mise en son lieu, mais comme une peste
mortelle en la Maison Royale; car le Roy estant un matin
entré en sa chambre, et l'ayant doucement frappée d'une
houssiné sur la teste, comme elle se peignoit et avoit les
cheveux espars sur les yeux, la fausse femme pensant que le
Roy fut desjîi allé à la chasse, et que ce fust son estallon
Landri (ou Landreich, c'est-à-dire, riche en pays), qu'elle
entretenoil secrètement, dit : 0 Landri Landri, tout bon
cavalier frappe (on attaque) par devant, et non pas par
derrière (1).
Que dit le Roy la dessus ?
Rien du tout: car la Reine s'estanl retournée et devenue
muette d'estonnement, le Roy le devint aussi de colère, et
après un hochement de teste, pour secouer ses cornes en bas;
il s'en alla k la chasse, plus to^t pour penser aux moyens de
prendre et chastier convenablement les adultères, que le
gibier ordinaire. Mais Frédégonde ayant adverti de bonne-
heure son Landri du Qui-pro-quo, qui leur cousleroit la vie,
(1) Ce réi^il est tout à fait fantaisiste. Grégoire de Tours (liv. VI)
n'en parle pas.
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496 - HBVUB d'alsacb
s'il ne prevenoit le Roy, il apposta en haste des assassins,
qui masâaci'èi'ent le misérable Ililpérik en un lieu escarlé, et
dénué de secours, contre la significalion de son nom.
Muis pour en revenir k nos moutons. Qui est-ce qui fournit
la lavayole (l), et le beau lange avec quoy on porte l'enfant
k l'Eglise ?
La sa^e-femme, si les gens, qui font la nopce de paille
(comme on l'appelle icy), n'en ont point.
Je plains ma bonne cousine, si elle a autant de peine, que sa
sœur il allaicler son enfant. Sesmammelles (ou poictrines) se
sont endurcies comme pierres enflammés, cl fenduSs de sorte,
que l'enfant teltant, le pur sang en sorloit avec une douleur
extrême. Par ainsi elle a esté contrainte de le sevrer, et de
luy donner à boire de l'eau avec une tulcrolle('Z.K//A:(F7in-
lein), dans quoy estoient dissoutes des tablettes de manus-
Christ.
Selon que ie puis iuger à ses bouts, que i'ay veus, elle ne
tombera pas en cet inconvénient.
tjue vous semble de vostre nifpce, qui crache de travers,
et est desgouté ? Voudroit-elle bien multiplier le monde, ceste
jeune femmelette avec son vieux mnri ?
Elle a, sans doute, beu ri la bouteille. Son homme n'est pas
si vieux, que vous scauriez bien dire : outre cela on dit en
allemand, un vieillard et une jeune femme font asseure-
menf des enfant.
Vous en appercevez-vous d'aujourd'huy? Elle est k plus de
demi-terme, et a fait auparavant une desnharge.
0 que le bon vieillard seroit resjouy si elle accouchoit d'un
gardon ou fils.
Vous le pouvez bien penser, puisqu'il traictoiten princesse
sa première femme en ses couches, ou durant sa gésine :
bien qu'elle n'aye iamais fait son chef-d'œuvre, mais toutes
fillettes, qu'en France on appelle Pisseuses, mi compagnons
fendus (2).
C'est un fort bon homme & femmes: les poulus boQilIeg ne
luy manqueront point, et deussenl-elles renchérir de trois
(1) Taufftuch.
(ï) Die man FeiverOlaaen. Schlil:gabetn unnd dreif Ifeller
X ahr heUsI.
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LA VIB A STIIASBOL'HO 497
schillings sur pièce, et coueterun florin. Elle n'aura qu'à dire.
Bouche, que veux-tu ? Quand son terme sera proche ou
passé, il demeurera de pied ferme en la maison, pour tuy
assister, lors que les douleurs d'enTantemenl seront vernies,
et qu'elh sera en travail d'enfant, et iors on le verra de fois
h autre se retirer en une chambre Ji part pour prier Dieu de la
vouloir bien tost et heureusement délivrer. Une pauvre
femme estant en ces angoisses, a grand besoin d'aide Divine
et humaine : c'est pourquoy l'Escriture Saincte parlant d'une
extrême douleur, l'accompare à celle de l'enfantement. Cause
qui m'a cent et cent fois fait esmerveillir, moy, qui ay si
souvent passée par les piques, et ay tant de fois esté assise
sur la selle d'angoisse, comment ces pucelles a In mode (qui
font de si petits enfants, qu'ils ne scavent encore ni marcher
ni parler) se peuvent délivrer et accoucher toutes seules,
sans aide pu consolation d'aucune personne. Il est à présu-
mer, et vrny semblable, que l'Esprit immonde, qui les a
induit k fcire des membres d'une paillarde de leur corps,
qui doit eslre le Temple de Dieu le Sainct Esprit, leur presta
la main : alln que ces filles dessillées en estans eschappées îi
la sourdine et h la desrobbée, deviennent aussi par après
(comme tlères lionnes desnaturées) bourrelles damnnhles de
leur misérable fruict, qui las I n'en peut mais. En suite dequoy
la vengeance divine les saisit au collet, pour les tirer sur un
eschaffaut, afin de rendre sang pour sang par la perte de leur
teste: ou bien faire la culbute du haut en bas du pont des
Escorcheurs (i) en la rivière, pieds et mains liez, avec un
(1) La SchiDdsbruck auj. P* du Corbeau s. 139 lire son nom
allemand du fait qu'il aerrut de lieu d'exécution pour les crimi-
nels condamnés h être noyés. Jadis il j avait d'uu côté quelques
maisons adossées contre la Douane et vis-A-vis des cassines,
occupées plus lard par des boutiquiers, dont la. partie de derrière
reposait sur des pilotis. L'une de ces caasinea, servait alors de
chapelle où les pénitents faisaient lejrs prières devant une très
belle croix, arlislemcnt sculptée qui se dressait sur le pont ; dans
l'autre qui portait le nom de Scheuchkaut, on plaçait les con-
damaÉB a mort dans un panier suspendu au-dessus de h' ilviëre et
auquel on faisait faire la bascule pour précipiter le condumné dans
l'eau. Dans notre ancienne législation ce supplice était réservé aux
parricides et aux infanticides que l'on jetait dans l'Ill après les
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bâillon en la bouche : comme i'en vis noyer une en ceste
ville l'an (si ie ne me trompe) mille six cens dix sept ou dix
huict. Que si la longue patience, el inépuisable misi'ricordede
l'Oeil tout-voyant, permet qu'un te! fait demeure cacbé
devant le monde, ces carognes font bonne mine en mauvais
jeu, se disent pucelles triées sur le volet, el à l'espreuve,
bien qu'elles ayent pissé des os (1), portent la couronne
virginale en allant aux nopces, et morguent les mesdisans :
tellement qu'un pauvre malheureux s'embarquant h yeux
clos, et teste baissée sur l'Océan du Mariage avec une telle
pièce de chair, el pensanl passer Is première nuict au
destroict de Gibraltar, se trouve ietté dans les basses de
Hollande (c'est-k-dire, pays creux) et de Va en un large pays,
qui est la route ordinaire de Cornoflaille.
Parlons (l'autre chose, H'amie: Ce discours m'est ennuyeux.
Hé pourquoy ?
Parce qu'il me gratte où il ne me dt^mange pas, en me
ramentevant la lourde faute de ma nièpce N. qui sous pm-
messe de mariage s'est laissée abuser et engrossir par un
Escolier: mais le vilain putier a bien monstre qu'il enten-
doit/e mariage de Jean des Vignes, tant tenu tant payé:
Car ayant emprunté de la pauvre sotte un pain sur la fournée,
il a pris la clef des champs, comme c'est l'ordinaire de tous
mauvais garnemens.
avoir cousus lout Tivants dans un sa ; ; les femmes c<
d'adultère aubissuient également celle peine. Au XVI* siècle
l'adultère était puni pour la première fois de quatre semaines de
prison, au paiu et à l'eau et d'une amende de cinq livres pfen. ;
la seconde fois la punition était doublée, le coupable ne pouvait
plus être élu à aucun emploi public, el s'il en avait un, il en était
dépossédé ; aux femmes il élail interdît de se présonler au\ ba1«,
noces, festins el en toute honorable réunion publique aux poêles
des diverses tribus, comme aussi de porter des vêtements en soie
et des panires en or. La troisième fois ils étaient incarcérés,
exposés sur le dit ponl el transportés bors du territoire de la ville
el de l'évécbé ; le condamné qui y revenait sans l'aulorisaliou du
Magistral était décapité si c'était un homme ; si c'était une femme
on la uovail du haut de ce ponl. (R. Reuss. La justice criminelle...
h Strasbourg, p. Sfl8-9).
(1) Wieirol aie ein /tuff'eiten abgerennet kaben.
LK VIS A STRASBOURG 499
Comment est-ce que ces rusées font pour cacher leui^ gros-
sesse, que leurs mères mesmes, beaucoup moins les gens de
la rue, n'en npperçoivenl rien? tellement qu'il arrive par
fois qu'une mariée réputée puceile : et allant h l'Eglise avec
le turban virginal, accouche le lendemain, el mesme le jour
de ses nopces.
Elles font des bourrelets, qu'elles grossissent par derrière
h mesure que le ventre croisl, jusques à tant qu'elles ressem-
blent k des tours rondes. Quand donc vous voyez de ces gros
culs ù courts habits, et un visage maigret et décoloré, sachez
que la vache est preste k veeler, ou ie n'y entends rien. Les
dames et demoiselles fran^oises (car sachez que chaque pnys
a ses villaines) aroient à ceste mesme fin inventé les vertu-
gadin»! (Reiffschûrls).
Dien que ie ne puisse nier quece fait de vosire niepce ne
soil une tache ternissant le lustre de vostre honorable race ;
ioutesfois il ne vous en faut pas beaucoup afiliger ou avoir
honte, puis que les Empereurs, Kois el Princes n'en sont pas
exempts : lesmoing ce grand Empereur, qui voyant ii
Nuremberg [comme i'ay entendu de plusieurs) une eacritare
de ceste teneur, Cetuy, i/ui n'a putain ni larron en sa race,
avance icy namain, et l'escriture eff'ace, se voulut mettre en
devoir de l'effacer, mais il en fui destourné par un seigneur
il luy familier, qui luy chuchetant en l'oreille, luy rameutent
la faute d'une sienne tante ou cousine (car le mot allemand
signilie tant l'une que l'autre) qui avoit fait la folie aux
gardons.
Changer de propos resjouït l'homme, (disent les François).
Et les femmes aussi, ainsi que ie l'expérimente en moy-mesme
el en d'autres. Car quand ie suis moy troisième ou quatrième
sur nostre banc devant la porte, ou ailleurs en lieu lenable,
où il ne face ni trop froid ni trop chaud, l'enfileun discours
bigarré de cent diverses couleurs, sautant du coq h l'asne à
chasque bout de champ.
Mes compagnes, qui sont mes sœurs d'alliance, n'ayans pas
la pépie, mais des langues habiles et bien pendues, mi; secon-
dent courageusement avec leur Tiquetaque-liqui^.nque : el
encor que les hommes disent que plusieurs peuvent bien
chanter tous ensemble, mais non pas parler, si trouvons-nous
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la règle fausse entre nous, veu que ce bruit confus est si
mélodieux et barmonieux en nos oreilles, qne rien plus.
Qui vous fournit le subject de tant du discours? De quoy
parlez-vous si longtemps (i) ?
Comme nous estions hier en nostre caqueloir (2), ie racon-
tay comment i'avois une fois fait enrager nostre voisin le
savetier du coin, en luy demandant si sa paille estoil .i
vendre : car le bon compagnon faisant l'estonné, et deman-
dant d'où luy pouiroil venir de la paille, ie lui repartis, qu'il
en devoit bien avoir, puisqu'il avoit battu le jour de devant.
Or sachez qu'il avoit battu sa femme. J'avois à peine achevé
de parler qu'une autre mît sur le bureau une liste des défauts
de son double-Jean (car Jean est son nom de baptesme), dit
qu'il avoit les dens langues et aiguës, les maschoires souples,
et le gosier ample, le tout bien disposé k manger en homme
sain, et boire en malade, mais que l'estomac ne pouvoit
digérer le travail : qu'il vit de son bien qu'il n'avoit pas une
bonne chemise, lorsqu'ils se marièrent, qu'elle l'a relevé de
gueuserie, et en a fait une honneste homme : que quand it
mourra les cendres ne demeureront pas sur l'atre : mais
qu'elle a envie de se tenir it son apport, et le laisser placarder
comme saffranier (liankrotierer).
Une autre interrompant le discours de ceste femme, (qui de
colère cnmmençoil it escumer, et planter les deux pouces sur
ses hanches pouf faire le pot à deux anses) se prit à nous
demander de quoy elle se devoit servir, d'autant que son
enfant faisoit si dillicilement des Jens, qu'il crioit presque
jour et nuict depuis six semaines, et si n'apparoissoient
encore que deux petites dents. L'autre, sans attendre que
nous missions en avant nos receptes, et luy conseillassions de
luy acheter on hochet avec une dent de loup, pour en frotter
(I) Warvon papell ihr bo lang J" Voici un exemple assez
curieux d'une vieille loeatiou slrasbourgeoise qui s'est maintenue.
On en trouve un autre exempte au chap. IX : Halle dich nil aiitT
der liasscD ein slund laag mit papeln auff. Daus Moactaerosch
(I>hi]. Ton Sillewald II. 354^ on trouve : Was hasi vtel mit diesem
altca Narreu zu bapplen. AuJ. on dit babble qui vient de babiller.
(Scbmidt Wuerlerbuch der SIrassburger Muodart V" Babble).
(î) Schtcœttplatt.
LA VIE A STfiASBOUHG 501
ses gencives, se iette b la traverse nous racontant la plaisante
fiirce, qu'elle avoit veu ioCler depuis quatre ou cinq jours en
la ilaute-rue, devant le Poite des Mareschaux (i), c'est qu'un
railleur de paysan regardant la maison d'un boulenger
grande et nouvellement bastiu, se seignoit, faisoît de grands
agios et signes d'estonnement, et estant enquis d'un autre de
quoy il s'esbahissoit si fort, respondit qu'il s'esmerveilloit
comment les petits pains pouvoient bastir de si grandes
maisons.
Toc toc toc.
Regarde, Apollonie, qui c'est qui Trappe ainsi en sourd,
l'ay toute tressaillie (2), le sang en a rougi dans mes veines.
C'est uns vieille h large baratte de drap (Scklapphut) ,qui
semble avoir autrefois esté noir ; elle tient un papier long et
cstroict en une main, et du crayon-rouge (ïtœdel&tein) en
l'autre.
C'est sans double N. la semonneuse de baplesmes, qui me
veut prier h quelque nopce de paille, comme on dit en ces
quartiers. Elle n'en fait point d'autres, c'est unevraye llurlu-
burlu (Rillze).
Laisse-moy mettre la teste h. la fenestre pour ouyr sa
harangue.
Madame, i'ay charge de la part de Mad. N. de vous prier
d'assister demain à une heure et demie au baptesme de son
enfant que l'un portera au Monstier.
Qu'est-ce que Dieu luy a donné, un nis ou une lille, ou bien
tous deu:i en deux gémeaux ?
C'est un beau gros garçon.
Dieu )e vueille garder. |e m'en resjuuys pour l'amour d'elle
Ah ! ie vous prie, ne manquez point d'y venir.
le ne monqueray pas, si Dieu me preste vie et santi^ A Dieu.
(1) AuJ. Grande rue, portail succcsaivement les noms de Ober-
slrasse (Ii49 au XVUh siècle) Strata superior (1230, 1283, 1296)
puis au XVIII« s. me Haute et Grande Rue (Schmidl Strassb.
Gassen n. Hreusernamea ISO-I — Scybolh Dasalte Slrassbg. 78).
Le poêle des maréchaux se trouvait aolcricurement au XV* siicle
au a» 129 actuel. Dès 1427 nous 1c Irouvons établi au a<> 138
actuel (Pilon 1, 203).
(2) [ch bin gantt in einander gefakren.
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602 REVUE d' ALSACE
Regardez, voisine, comme cesle halebreda courl en veirier
deschargé (i).
Pour fournir aux frais des repas, la vieille redouble le pas.
Je n'ay jamais esté à aucun baptesme, ie ne sçay comment
il s'y faul comporter. Inslniiaez-moy un peu, ie vous prie.
le n'y fay pas beaucoup de chimagrées, si losl que le suis
entrée au poiJe de l'accouchée, ie m'en vay dioict a son licl,
luy présente la main (i'eusse quasi dit la patte (die dappe),
et use de ce compliment raccourci, car si i'aime quelque
chose de long, ce ne sont pas les discours) Madame, Dieu
vous donne ioye et tout contentement en l'enfant qu'il vous
a donné de sa gr&ce: le faisant croislre en tous biens tant
spirituels que temporels.
Pour féliciter la marraine ie dis : Madame, ie vous souhaite
tout bonheur en l'action saincte, où vous avez esté jugée digne
d'estre employée : et prie Dieu que par le prolongement de
vostre vie, et la continuation de vostre bonne santé, vous la
puissiez souvent réitérera vostre honneur et ioye.
Qu'est-ce qu'elles ont accoustumées de respondre lii -dessus ?
Elles payent quasi en mesme monnoye celle, qui parle k
elles, souhailans de la voir bien tost en leur place, si c'est
chose qui luy soit aggréable. Quand c'est un baptesme, où ie
sçay qu'il y viendra beaucoup de braves dames, et glorieuses
paonnes (2), ie me retire du poile en l'antichambre, là où, au
retour de l'Ëglise, les femmes de bas estât boivent k l'alle-
mande, sans retenue (3).
Quoydonc, les femmes de qualité ne boivent-elles point ?
Si font bien, car on porte un gobelet ou une grande coupe
d'argent pleine d'excellent vin {Butsetwein) ou d'hypocras-
à l'entour, que l'on leur présente à la ronde, mais elles ne font
quasi que l'altoucber du bout des lèvres.
i Schuttcr der den
(2) Da ick iDeiss dat viel ttattUche Fraicen und Sperrlœ-
cher oder itoUte Sprâtten kommen sollen.
(3) Anlichanibre — Haussœhr Ohn schew sau/fen wie die
Biirstenbinder. Voir plus haut au cbap. ÏSfrfe ia /afflnrfrtrpV un
autre exemple du goùl exagéré des femmes de la basse classe pour
le vin.
LA VIE A STtlASBOCRG 603
Qiielques-uDes ne rentrent pas en la i
relournent nu logifi, ou bien dès l'Eglise mesme se joignent k
une autre partie, reconduisans un enfant des fonts ao logis,
après en avoir conduit un autre au bapteeme.
Je croy qu'il nie.faudra bien tost tenir un enfant: dites
moy comment i'auray h faire devant l'autel.
Quand le Pasteur sera au milieu, ou vers la lin de sa
lecture louchant l'institution de ce Saincl Sacrement, la sage-
femme vous présentera l'enfanl, avec lequel vous vous
tiendrez deboutdevanirautel, jusqu'à Amen. Alors vous vous
approcherez du Pasteur, qui ayant pris l'enfant d'entre vos
bras, pour le baptiser, vous vous retirerez en vostre place,
d'où vous pourrez voir que l'enfanl estant baptizé, le prin-
cipal parrain le reprendra du Pasteur, et le présentera au
second parrain (si c'est un dis), lequel le vous viendra rendre,
afin que vous le r'apporLiez en la maison de sa mère. Or
avanlque de partir de l'Eglise, assavoir après la bénédiction
du Pasteur, les deux parrains vos compères vous viendront
féliciter vos honneurs, et en mesme temps poseront sur
l'enfant leurs médailles, ou présens baptismaux {Schaw-
pfenninge oder Pfet(ergeld) en quelque pièce d'or ou d'ar-
gent. Pour la marraine (Gœltel), elle diffère h le donner
jusquea à ce qu'estant de retour vers l'accouchée, elle prenne
congé d'elle: car alors en la remerciant de l'avoir estimée
digne d'un tel honneur, elle luy met, comme par mesgarde,
ledit présent U la main. Que si l'enfant est une ûlle, il n'a
<|u'un parrain, mais deux marraines, et en ce cas le parrain
doit rendre l'enfant baptizé k la seconde marraine, pour le
reporter (comme dit est) au logis.
11 ne me reste plus qu'un doute. Qui est-ce qui déclare le
nom de l'enfant au curé, ou ministre ?
C'est la marraine, qui luy présente l'enfant.
l'avois quasi oublié de vous advertir, que celles qui ont
envie de faire faire un pellissonnet ou robbette (Pelttlein
oder liœcklein) k leur tilleul ou filleule, ne donnent qu'une
pièce de trois sols à l'accouchée. Si la dite accouchi^e est de
plus basse qualité que lu marraine, on luy doit envoyer une
poule, du pain blanc, des œufs avec un bon pot de vin vieux :
les riches veulent Seulement estii: visitées de fois k autre
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504 BSVUB d'alsacb
durant les six semaines de leurs couches ou purification,
après quoy elles se font accompagner à l'Eglise par quelque
dame de bonne cognoissance, avant que de sortir pour
d'autres affaires.
CHAiniIlE SOlXAiNTlEME
Du Marchand de bestail
tjuel traffique est ce que meine vostre père ? De quoy se
inesle-il i De quoy s'enlretienl-il ?
il est marchand <le bestail (Viehelreiber); pourtant a-il
fait baslir une grande maison ou plus tost haie distinguée en
plusieurs eslables pour mettre chasque espèce à part. Il y a
une vacherie ou estable & vaches, veaux, bœufs et taureaux;
une à chèvres, houes et cahrils ou chevreaux : une bei^erie,
ou estable à brebis, moutons, belliei-s et agneaux ; un lect k
pourceaux, truyes, verrats et cochons.
Où est-ce que se tient le marché aux bestes ?
Devant la porte des boucher!».
Puis que vous oyez tous les jours parler de ceste marchan-
dise, et que vostre grand-pèro estoit boucher, vous vous
entendrez bien, sans doute, en babines de vaches, et me
pourrez bien dire quel est le plus profitable et avantageux
d'acheter un porc à la livre sur le pied et vivant, ou tué.
le vous asseure (bien qu'il vous semble incroyable) qu'un
porc vif avec sa foye, ses trippes, boyaux, llentc et sang, est
plus léger qu'un tué, bruslé {ou pelé) ouvert et vuidé de aang
et d'entrailles, ou habillé.
D'où peut provenir la cause de cela ?
Cela vient de l'ame vivante, du souflle, et esprits de la
beste, qui soulèvent en partie le corps, et le rendent plus
léger; comme il s'en void un petit eschantillon es corps sans
àme, qui sont poreux ou spongieux, contenant de l'air en
eux ; car à ce sujet ils sont légei^s ; et les massifs sont pesans,
comme l'or, le plomb.
LA VIE A STHASBOURO 505
Vous estes quasi trop savant philosophe pour demeurer en
la ToCHtion de vos anceslres. Uites-moy un peu les propres
termes concernans la gént'ration des bestes : car ie croy qu'il
y n des mots divers pour diverses espèces
le vous diray ce que i'en sçay. Le masie du beslnil est dît
saillir ou monter sa Temelle: la vache vcele ; la chèvre
chevrette; les brehis agnellent; les tniyes cochonnent; les
asnes baudouinent ; les béliers belinent. Et ai vous voulez
savoir ces actions en d'autres bestes, i© vous les diray. Les
chiens couvrent les chiennes, lesquelles puis après chienent
ou chieiieltent ; les jumens poulinent ; les chattes ayans esté
k marcou, chatunnent.
Racontez-nioy tout d'un train le nom propre de leurs voix,
Le cheval hannit; le taureiu et le bœuf beugle; la vache
meugle ; l'asne brait ; le pourceau grogne ; les grands chiens
clabaudent, les moyens abayent, les petits jappent et tous
ensemble grondent; les renards glapissent; les cerfs bra-
ment; les lions rugissent; les chats miaulent; les bi-ebis
beelent.
Puis que vous en estes venu si avant, achevez de dire
quelque chose des autres bestes à quatre pieds.
Le sanglier est un manger de prince, principalement la
hure, qu'on doit servir une fois à la table d'un Empereur,
deux fois à celle d'un Roy ou Prince, et jusques k la fin k
celle d'un gentilhomme. Le marcassin est aussi un manger
royal : sa mère s'appelle laye ; les longues dens sont défenses
ou armes. Un quartier de cbevreul ou biche vaut mieux que
la cuisse d'un mulet (n'en déplaise aux Espagnols), ou d'un
buiïle. Les chameaux sont bestes de somme ou charge, dont
se servent les Turcs en leur caravane, allans en pèlerinage,
au sepulchre de leur faux prophète Mahomet. Pouf les
singes, babion ou babodines, et guenons, ce sont bestes de
bateleurs, comme aussi les ours qui savent danser. Les lièvres,
i»>nnins ou lapins sont fort souvent hermaphrodites, car tel
est masIe une année, qui l'autre est femelle portant des
levrauts ou levreteaux, et levreteant comme haze, ou faisant
des connilleaux, ou lapreaux, comme connille. Les bestes
farouches deschirans les autres, et parfois les hommes pour
s'en repaislre, sont outre les susdits, le loup qui aligne la
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506 HSVUB d'alsaci
louve, pour Taire des louveteaux; le loup-garou ; la hyenc,
qui fait la civette, k ce qu'on dît ; le tigre, la panthère ; on
parle aussi fort de la férocité du loup-cervier, qui est comme
un chai sauvage de la grandeur d'un léopard, et a une vefle
si aiguë et perçante, qu'il peut voir à travers une muraille.
Je le croy fort bien pourveu qu'elle soit percée a Jour, à
peu près comme le clocher de Strasbourg.
Si vous ne le croyez, charbon nez- le.
11 y a encore d'autres bestes dommageables ou nuisibles,
mais non si dangereuses, comme la martre, la belette, la
fouine, le putois, qui mangent les pigeonneaux etpoullels, et
hument les œufs dans les bougeotles des colombiers, et nids
des poullailliers. Pour les rats, souris et mulots, ils mangent
le grain ; les loirs et les laupent gastent les jardins et rongent
les racines dessous la terre. Les daims, chamois, elends,
hérissons, porc espics, taissons, hermines, soublines, loutres
sont bestes, que le n'ay, pour la plus part, ia mais veOes vives;
mais seulement les peaux ou la fourrure. Les escurieux ont
ce nom des Grecs, par ce qu'ils font ombre h loul leur corps
et le couvrent de leur queue. Le furet est une beslelelte, dont
on se sert à la chasse, comme s'ensuit: On luy pend une
sonnette au col, et si on le fourre dans le trou d'un lièvre, ou
d'un clapier, alors courant d'une lanière h l'autre et visitant
tous les recoins, il fait sortir les lièvres ou lapins, qui y sont,
lesquels les chiens attendent au sortir pour se ruer dessus;
de là vient qu'on dit fureter pour chercher exactement partout
comme furets, ou fures en latin.
A quoy pensez-vous d'avoir oublié les deux plus puissantes
et grosses bestes du monde, la licorne et l'êléphtint ?
i'ay tort, ie l'advouë: les peignes d'yvoire faits des dents
d'éléphant, et la corne de licorne d'admirable grandeur, que
i'ay veuë icy dans la Thrésorerie (1), m'en devroient bien
(1) Celle corne de licorae avait èlé achetée en IS65 parla ville
de Strasbourg d'Adam de Clermonl, bourgeois d'Aivers. Le certi-
ficat d'aulhenlic.ité en lalin qui l 'accompagnai l a élé donné par
Schiller (KœnigBhoven éd. 1698 page 1115). Cesdéfoosei <le narval
ont jqué \>n grand rrtle au moyen Ape, éUient ronsidérées i^oinme
des objets eslrêniernenl précieux et soigneuse menl conservés dans
les trésors. La cathédrale de Straebo-jrg en conserva également
dbydoot^le
LA VIB A STBASBOCHIi 507
avoir fait ressouvenir. Hais à propos de la grandeur de \'û\é-
phant avec son énorme trompe; il faut que ie concilie ce
chapitre par ce récit, assavoir qu'une fille se voulant deffaice
d'un importun discoureur, luy demanda quelle esLoit la plus
grande besle du monde: luy ayant respondu que c'estoit un
éléphant, elle luy repartit: Allez-vous-en donc arrière de
moy, monsieur l'Eléphant.
Foin de la pauvre mémoire! si ie n'eusse jette l'ieit sur vos-
tre chapeau, i'eusse mis toutii fait en oubli la beste, du poil
de laquelle il a esté fait, assavoir le Castor, qui a receu ce nom
deTHebrcu Kotsar, couper, rogner (partransposition Kaslor),
parce qu'estant chassé et près d'estre attrappé, il se coupe
les couillons pour sauver le reste ; sachant par un
instinct naturel, qu'il est poursuyvi pour l'amour d'iceux,
dont on se sert en médecine sous le nom de Casloreum,
comme escrivent les docteurs en médecine.
CH.VPITRE SOIXANTE-UNIE-ME
Du Ferronnier
Uon jour. Monsieur.
Soyez le bienvenu Monsieur. Que demandes-vous'? Que
voulez- vous acheter ?
Du fer de Elotau, si vous en avez.
Vrayement on n'en peut recouvrer en toute la ville, quand
on en donueroit six sols de la livre. Mais il y en a bien de
celuy de N. de toutes sortes, du dur et du mol.
Combien vendez-vous le cent de celuy de N Celuy de N.
est tri'p dur pour moy.
le ne le vous surferay pas, puisque vous estes mon chaland :
ie vous le laisseray pour six florins.
une dans son Iréior. Voir sur ces cornes la note de F. Iteiber
dans: L'histoire naturelle des eaux sti-asbourgeoiscB de Léonard
Baidner p. H5 et suivantes.
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508 RBVUB B jLLSACK
C'est trop cher, ce seroit assez de cinq florins et un quart,
le ne sçaurois donner ma marchandise k ce prix. Vous
l'aurez à cinq florins cinq schillings.
le n'y mettray pas un denier d'avantage : i'en auray bien à
ce prix ailleurs. Ne perdez pas ma marchandise pour peu de
cas.
Choisissez, ie ne sçaurois longtemps barguigner
Hais est-ce du fer de N. ? Je ne voy pas la marque.
La voilà.
Pe3e.z-raoy ces trois barres.
Elles pèsent cent vingt-cinq livres*
A combien montent-elles?
.\ six florins et demi, sept liards et un heller (qui est un
denier et maille).
Voilk l'argent, il ne s'en faut que les septpfcnningsetle
heller.
Quel argent est-ce \k ?
N'est-il pas donc bon ?
le nesay: mais puis qu'on ne le veut pas prend le de moy,
aussi ne le veux-je pas prendre d'un autre.
.\h ! c'est le meilleur argent de nostre pays, l'ay encore six
cens florins en pièces de cinq sots. S'il en va ainsi il mêles
faut changer, avant qu'elles soient aussi descriées en nos
quartiers. A quel prix prenez-vous cet or f
Les pîstoles h. cinq florins et huict schillings.
le les ay receuës h six florins.
[e ne les y prendray pas : ma marchandise m'est plus chère
que de l'argent à si haut prix.
le les retiendray donc. Voilà treize testons, qui font juste-
ment vostre conte.
Ué bien, cet argent est bon, ce sont testons de France.
N 'achetez-vous point d'autre marchandise t
Nenny, pour l'heure. le prendray bien d'avantage de mar-
chandise, mais ie n'ay plus de voicturier, chartier, ou en
Lorraine charion. Quelle marchandise avovous donc t
Avez-vous de toutes sortes d'acier, de barre el de ballon ^
Il y a fort peu d'acier de ballon icy.
Avez-vous aussi de toutes sortes de fil de fer, comme des
vergetles, fil d'apraphes, et de Bohème ?
jy Google
509
Ouy, il y en a. Voilà qui seroit bien voslre fait, toutes sortes
de fourneaux, comme l'histoire de Susanne, d'Absalon, la
luslice, etc. larges eslroicts, longs, courts, hauts, bas, moyens
et petits, des cruches h eau, pots de coins, ou coins de fer, pla-
tines de fer, toutes sortes de plaques, courtes, noires, doubles
et simples, et blanches, qu'on appelle fer-blanc.
Excusez-moy, ce n'est pas marchandise pour moy, elle est
de trop grand coust. Qu'est-ce que vaut une Susanneavec les
viz et les listes ?
Trente florins.
C'est trop cher. Toutesfois s'il y avoit paix, et que les
paysans peussent se rétablir aux villages, nous tomberions
bien d'accord, car ils seroient de dt^bit : parce que les soldats
ont enfoncé et emmené tous les fourneaux, aussi bien que les
serrures, gonds et pivots des portes, les cremailliers des che-
minées, les chenets ou landiers. l'ay aussi de beaux fers de
chevaux de trois, deux et une marque, doux de mareschaus,
bandet de roufs, et doux de charrettes, grands, moyens, et
petits, k rondes testes et quarrées.
Desfoncez moy un tonneau.
Voilk un lieau tonneau.
Ouy, ie prendray cesluy-lk quand ie reviendray. N'avez-
vous pas aussi des paeles, doubles et des simples, des faux,
faucilles et contres?
Ouy dîi, tout est icy, et aussi des fers de charrue.
Que vaut la bote?
Quatre florins : mais^ la double bote, sept florins et demi.
l'aurois aussi volontiers de la colle.
l'en ay de très belle de Cologne et de Haguenan .
Monsirez la moy.
Lh voilk.
Qu'elle est moite t
Si ceste colle est moite, il n'y en a point de sèche en ceste
ville. Elle est tousjours icy à l'air, et non en la cave, comme
l'y tiennent quelques espiciers.
Elle n'est pas aussi belle et claire.
Que dites-vous I Elle est transparente ou diaphane, comme
un crystal.
Ouy, elle reluit comme une escarboude au trou d'un four-
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510 REVUS n'ALSAGIi
neau, dit l'Allemand, ou comme dit te François, ainsi qn'uii
estronc dans une lanterne, sauve- correct ion.
l'aime beaucoup mieux qu'on me méprise ma marchandise,
que de la louSr.
A quelle occasion? Cela semble eslre contre toute raison.
Parce que le voy par là qu'on a envie d'acheter; mais
quand on la lou?, c'est un signe qu'on n'y veut pas mordre.
Que pèse bien une cordelette ?
Selon que vous la prendrez.
N'avez-vous point de potiers en vos quartiers ? l'ay de
toutes sortes de marchandise pour eus, comme de l'escume
de fer du paye-bas et de la II au le- Allemagne, gros et petit
airain, cendres de cuy vre, couleur de fer, de la simple et de
la meilleure. Il y en a plusieurs, mais ils viennent eux-mesmes
en ceste ville pour acheter ce qu'il leur faut.
Venez avec moy en la chambre aux stocflsches ou merlus
secs, ie vous monstreray de bonne marchandise pour le
Quaresme, où nous allons entrer. Voilà de toutes sortes de
rouleaux de slocfisches, grands et petits, comme vouslcs pour-
riez désirer. Voilà aussi des plies (i) : il est bien vray qu'il
n'y en a plus que cini:( ou six contes, l'uy aussi de belles
rayes (2) ; quelques tonnes de laperdans, merlans, lamproyes.
harengs-sorez : il y a aussi des harengs, mais plus des cer-
cles, mais seulement de petites mai'ques.
le verrais volontiers une de ces caques ouverte : car K. B.
est ordinairement fort défectueux, et est piètrement empa-
queté, cnquoy nous autres graissiers, qui la débitons, avons
une insigne perte.
Si vous les voulez voir, il vous faut venir avec moy à la
Douane (3) : mais ie vous monstreray premièrement mes fro-
mages : Voilà du fromage de Hollande, Friselande, d'Embden,
(1) Platteitslein. D'après V. tteiber il s'agirait Ici du (let
(Plalessa fleius) très goûté au XVII* a. en Alsace mais complète-
ment délaissé de nos jours sauf pur les Allemands qui l'ont ramené
avec eux eu 1870 sous le n«m de Flunder. (Kûchenzettel and
Itegeln einei strassburger FrauenkloâCers des XVl Jhr, p. 48-
43).
(ï) Hochen, Laperdan, Meinfigch, Pricking, Bicking-Baring.
(3) Le Kaufkaui actuel date de t3S8 el 1389. (Seybolh. /. c. 508)
izedbvGoOQle
Lh VIB A STRASBOUHG 511
Parmesan, de Mflnster, de Suisse. Voilà aussi des jambons
de Mayence.
Hé Lien, toute ceste marchandise est bonne : Allons donc
k ceste heure voir les harengs.
En voilà une caque ouverte : ce sont de beaux harengs i
mais ie doute si on en laissera passer une tonne. Il le faut de-
mander.
Où le dois-Je demander ? En la doUane, ou au bureau de ta
gabelle ?
Ne savez-vous pas encore cela ? vous qui avez desjh si
longtemps traffiqué en ceste ville. Il vous faut payer l'acquit
en la doflane, et puis le faire seeller en la cave de la ga-
belle. (1)
La guerre est cause qu'il y a longtemps que ie n'ay esté
icy. l'y vay donc, et de là au Coin-des-Fripons (2), quérir un
cheval k deux pieds (X) pour mener le fer ii la Grue (4) dans
le bateau.
Quand il viendra, laisse-le luy prendre.
Bien Monsieur.
CHAPITRE SOIXANTE-DEUXIÈ.ME
De rOUelear
Comment est-ce qu'on appelle ce quartier de I» ville de Ik
l'eau auprès des moulins ? (5)
<l) Im Ungeld.
(3) Le Bubeneck, se trouvait entre le Pont du Corbeau et la
Dounne qui n'irrirait pas encore alors jusqu'au pont. Il doit son
nom a une famille du nom de Bube déjà litée en 1386. (Schmidt
I. c. 117.) D'après Scybotb re nom viendrait de ce que les commis-
sionnaires, porle-faix, etc., slaiionnaienl là aux abords de lu
grande halle et oiïralent leurs services aux marchands (Strasbourg
hist. p. 509.)
(3) Etn Kœrcheliieher.
(4) Voir plus haut.
f5J l'/ier der Preùch nahe liei den i/û/ilen.
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312 MtVUB k'aljacb
On l'appelle le Hameau des Pinsons (f) : lii demeurent
{comme î'entends) force oiseleurs et vendeurs de pigeons.
Ne vendent-ils donc que des pinçons ?
Ouy-dk : ie les ay souvent vens devant le Palais contre la
court de la Chancellerie (2), et le dimanche dessous la haie
aux pois (3) avec des voliers remplies de pigeons, coulombs et
colombes par paires : Item des cages ayant leurs iucs ou iu-
choirs, baquets, abbreuvoirs (4), pleines de toutes sortes
d'oiseaux et oiselets, comme fauvettes, tarins, serins, char-
donnerets, verdmontans, loriots, hochequeues, mésanges,
moineaux, roitelets, gorgerouges, grosbecs, linottes, cou-
cous (5).
Comment prennent-ils ces oisillons ?
Au trébucbet, k la glu, ou avec des filez (6). Ils engluent
une quantité de vergetlesi^qu'on appelle gluaux ou gliions (7i
lesquelles ils arrangent sur le t>ord d'un ruisselet ou fontaine
avec un appellant auprès, qui appelle les pauvres altérez
{{) Finckweyler, quartier de la ville ainii nommé d'après les
nombreux pinsons qui nichaient Jadis dans les arbres. Ancienne'
ment hors des murs et s'étendaDl jusqu'au Heirilz la moitié fut
englobée dans la nouvelle enceinte de 1228. Pendant très long-
temps encore il y eut dans ce quarlier de vaates jardins et des
maisons habitées seulement par les jardiniers comme dans le
Bruecb. Au XV^ s. ils furent assez Dombreui pour avoir un polie
particulier. Zitm Holtzapfel. La partie située près des Ponis
r^urerls s'appelait la Tenn (Scbmidt I. c. 65-06) A. Se.vbolb
Slrasbg. bist. p. 583).
(2) Vor der PfalU an der CanttUy Iloff.
(5) f/nter der Erbilauben. Ancleanemenl le marché aux pois
so tenait Ik (lobium pisarum 13^il). Les pois étaient au mojeo âge
un aliment de première importance. Peu à peu les boutiques ftirent
oooupées par d'autres denrées et le sens primitif s'oublia et deviDl
llewerbslauben (les Grandes-Arcades). Toutefois le peuple emploie
parfois encore la forme primitive. (Scbmidt l. c. 83-84).
(4) Mit lampl den stœngefn odrr sprengelntrerglein, trinck-
getckirrlein,
(5) Gratmucken, ceissle, sitrinle, ditlelfincken oder sliglitz,
grûnfincken, golâkammer oder hœmmerling, bachiteltsen
meysen, apatsen, zaunkaeniglein oder taunschlupff'erlein, rolk-
brûêllein, kirtcAfincken, flachsfincken, gukœuch.
(6) Mit dem VogeUchlag. mit leym odergame.
(7) Leimruthen.
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LA TK A STHASfiOtnû 8l3
pour engluer leurs pattes et ailes, et être pris ù la maio en
pensant eslancher leur soif.
Comment prend-on les canards, oyes sauvages, francolins,
vaneaus, corneilles, geais, corbeaux, cormorans, ou corbeaux-
pescherets, coqs de bruyère, poulies de bois, poulies d'eau,
perdris, beccassei, pluviers, faisans, grives, estouroeaux,
plongeons, grues, hérons, hérons blancs, dont viennent les
plumes nommî-es aigresles, torcols, pigeons ramiers, pelli-
cans, pies ou ngasses, pivers ou becbos ou becliebois, austra-
cbes, oustardes, et huppes (I) t
Quelques-uns sont tirez à l'arquebuse de chnsse, avec des
balles coupf'es en quartier, des postes et de In dragée (2).
D'autres sont prix aux ûlez, il'aulres h la pipée avec une
chouette, chat-huant ou hibou attaché sur un arbre garni de
gluaux. Le rossignol (que le Canarin contrefait) est pris par
sa curiosité avec un ver dans une fossette. Quant aux cigognes
et arondelles ou hirondelles, elles ont un passeport pour
n'eslre point guettées et arrestées. l'ay veu attrapper les
chauve-souris avec un espée nue remuée, k l'entour de
laquelle elles viennent voleter, alors elles sont aisées à blesser
et ietter parterre.
Quels oiseaux sont-ce qu'on appelle oiseaux de proye ?
Ce sont ceux qui mangent de la chair, et vivent lie rapine
ou proye: comme l'autonr, l'esmerillon, l'espervier, le mou-
chet, l'aigle, le sacre, le corbeau, le faucon, le grilfon, le
milan, le vautour, le gerfaut, le lunier i3).
Et les oiseaux passagers ?
Ceux qui l'hyver approchant quittent le pays.
(1) Antvœgel, wUde gan»a, Hmelliùner, GyiciUen, Krœhen,
Htftren. Raben oder Krappen, Wataerraben, Ahruan, Waldhû-
ner, Wasterhûner, Rebkûner, Scknepfen, Regenvœgel, Fatanen
KrameUvatgel, Staaren, Taitcher, hrœnch, Reijger, weiue
lieyger davon die weisse ipitafedem kommen, Drahalz, Holtc-
taaben, Lœff'elgœni, Atzeln oder Helîen, Gruntpecht, Straui-
sen, Trappgœmi und Widhopffen oder Kothienen.
(i) iVil dem barjtrohr to min mil ujeloirleln, ichrœteau nd
duntt geladen.
(.t) fier ffabk/i, Schmirlin, Sperber, Sprints, Adjer, Sacker-
faitk, Rabe, Falck, Greiff, Wethe, Geyer, Geyrfalck, Laneten-
falck.
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814 «KVCk u aLs;^CB
N'y a il point d'autres oiseaux que les susdits ou susmen-
tionnez ?
It y en a possible quelques uns, dont i'ny parl4 au chapitre
du coquetier, atisquels il faut adiouster ceux-cy, assavoir une
buse ou un busart, un butor, un martinet, alcyon, cygne,
paon, perroquet, phénix (IJ, que l'on dit estre unique en son
espèce, dont on dit aussi qu'estant parvenu en son extrême
vieillesse, it amasse un las de bûchettes et aulre matière
combustible et qui prend aisf^menl feu, sur quoy il se couche,
Gt se hrusie, tes rayons du soleil ayans allumé le dit buscher,
et que de ses cendres naist un ver, qui à la longue derient
oiseau et nouveau phénix.
Dispensez-moy de ne pas le croire, ie vons prie Geste
matière est didicile ù digérer en l'esprit d'un parent de l'in-
crédule Thomas.
le vous le rends pour le prix, que ie l'ay rcceu, vous avez
le chois de le croire ou de le laisser : vous ne serez pas
damné pour une telle mescrèance.
Il noe sou vient encorequevousm'avezditcy-dessDS quelques
proprielez des voix des bestes & quatre pieds ; faites en de
mesme es bestes qui ne pettent ni ne pissent.
le ne suis pas chiche de ce peu, que ie say, mais aussi vous,
ne soyez pas insatiable, ains vous contentez de ce qui s'ensuit :
la colombe roucoule, le coulomb caracoule, la perdris cacabe,
te corbeau croaille ou croasse, le coq chante ou coquelique,
te coq d'Inde glouglotte, la poulie glosse et caquette, le poullet
pépie et piaule, la caille courcaille, le geay cageole, le rossi-
gnol griugotle, le grillon gresillonne, l'arondelle gazoiiille, le
milan huyt, le iar jargonne, la grue craque ou trompette, le
pinçon fringotte, le hibou hue, la huppe pupule. le merle
siffle, le perroquet et la pie causent, la tourterelle gémit,
l'alotiette tirelire (2). Pour la bonne bouche ou le surcroist,
ie vous nommeray quelques parties des oiseaux. L'humidité,
qui se change en pissat es autres bestes. se tourne en plumes :
les plumes it gros tuyaux s'appellent pennes, comme sont
(1) Einbuashard, rokr reyer, tpirschwalb, eittvogel, soAwan^
pfaw, papegay, phénix.
(3) Non traduit parD. Martin.
La VIB A STRASBOUltC Slâ
celles des ailes : les menues el molles se nommenl duvet. La
matière des dens se tourne en la coine du bec. Ce qui est
eslomac es personDes.et pance au bestail, se dit gi^sier es
oiseaux, où leur viande se digère en sortant de leur poche ou
jabot. Les pattes s'appellent griffes, et serres es oiseaux de
proye.
CHAPITRE SOIXANTE-TROISIEME
De l'exerceor dea soldats appreotifs
Marchez avec la rourchelte en la main. Marchez, et portez
la fourchette ioincte au mousquet. Prenez le mousquet en la
main gauche, el portez la fourchette ioincte au mousquet.
Prenez la mèche en la main droicte. Laissez haisser la four-
chette; el prenez le mousquet de dessus l'espaule. Tenez le
mousquet haut de la main droicte, et le laissez couler en la
main gauche. Soufflez la mèche et la tenez bien. Mettez la
mèche sur le serpentin. Compassez ou essayez la mèche.
Soufllcz la mèche, et ouvrez le bacinel. Tenez haut le mous-
quet el enjouëz, ou couchez en joue. Tirez. Reprenez le
mousquet, el le portez ioinct h. la fourchette. Reprenez la
mèche, el la remettez enlre les doigts. Soufflez le bacinet.
Secouiez le bacinel. Tournez le mousquet. Tirez la baguette.
Prenez la baguette courte. Bourrez et battez la poudre. Retirez
la baguette hors du mousquet. Prenez la baguette courte.
Remettez la baguette. Ramenez le mousquet en devant avec ia
main gauche. Tenez le mousquet droict avec la main droicte,
cl reprenez la fourchette. Mettez le mousquet sur l'espaule.
Marchez, el portez la fourchette ioincte au mousquet. Tenez
le mousquet sur la fourchette en contrepoids de la main
gauche seulement. Couvrez le bacinet et vous tenez presl.
Tenez le canon haut.
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T«rmez da l'exercice de la piqae
La pique étant plantée, portez la haute en trois temps.
Remettez, ou plantez la pique. Mettez la pique sur l'espaule,
et la portez platte. Portez la pique de biais. Baissez, ou pré-
sentez la pique par la porte. Portez la pique haute en trois
temps. Présentez la pique en un temps. Prenez la pique k In
poinule. Traînez la pique. Présentez la pique en paUniant en
trois temps. Posez la pique contre le pied droict, et tirez
l'espée. Ayant la pique sur l'espaule, présentez là en arrière
en trois tennps.
L'exercice des soldats as moDvemens
A droicte. Remettez-vous. A gauche. Remettez-vous. Demi-
tour k droicte. Demi-tour à gauche. Serrez vos rangs. Remet-
tez-vous. Ouvrez vos rangs k double distance. Serrez vos flies
a droict. Remettez- vous. Serrez vos files à gauche. Remettez-
vous. Ouvrez vos fîtes. Serrez vos rangs el vos fîtes. Doublez
vos rangs k droicle. k gauche. Doublez vos files k droicte, h
gauche, louer ou faire de la pique. Manier te drapeau ou
l'enseigne.
CHAPITRE SOIXANTE-OUATRIÈME
De t'Arqaebnsier
l'ay une bonne paire de pistolets : mais il y a si longtemps
que l'on ne s'en est servi, qu'ils sont tous enroilillez.
Faites-les démonter, et nettoyer le canon dedans et dehors.
Qui est-ce en ceste ville qui le voudra faire k la hasie : car ie
n'ay pas le loisir de beaucoup attendre après
Un pauvre arquebusier, qui n'aye guère h faire, ou un
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LA vu A STRASBODHO 517
monteur d'arquebuses, ou bien un serrurier (1).
Obligez-raoy donc de tant que de les luy envoyer, et iuy
bien encharger qu'il n'y change ni rouët, ni coq, ni pierre k
feu, ni visse, ni baguette : car comme le canon, qui a un gros
calibre, et l'afTust sont bons par excellence, aussi l'est le
surplus.
Que vous semble de ce mousquet?
Il me semble beau et bon, la croce ou la couche est bien
faite, le serpentin et le bacinet bien travaillez, la doQille si
grande qu'elle peut servir de charge, k laquelle on peut atta-
cher un tirebourre, tirabelle, et un racloir maie la pesanteur
veut une fourchelte.
Avez-vous un fourniment on un flasque {2) ?
Nenny, ie n'ay qu'une bandoliëre, à laquelle pend une
douzaine de charges, à y mettre la poudre et le poulverin
pour amorcer, et un petit fer poinctu à nettoyer la bouche du
poulverin.
Qu'est-ce qu'on appelle la garde-serre?
Ce qui empesche que le pistolet ne se desbande contre la
volonté de son maistre. La clef ou le bandage est ce avec
quoy on bande et desbande le rouët. Le fourreau sert à
mettre le pistolet et les cartouches. Avez-voua un moule
il ietter des balles t
Guy, et aussi des postes et de la dragée pour tirer de gros-
et petits oiseaux,
Nommez-moy un peu les outils d'un arquebusier, et autres
appartenances.
le me confesse incapable de vous satisfaire en cel&, n'ayant
point eu de familiarité avec telles gens en leurs boutiques. le
vous diray ce peu que l'en tiay, qui est presque commun k
tous les forgerons, qui manient le marteau. Ils ontune forge
avec les soufflets, un baquet d'eau-de-trempe, du charbon ou
de la houille (ie n'ay pas ouy dire qu'ils bruslent des tourbes),
une enclume, des estocs, limes, pour limer le fer, et faire de
la limeure ou limaille. Puis que vous demeurez desja court,
recompensez ie reste par quelques proverbes tirez de telles
(1) Ein armer Rûchtentchmidt, etn Bdchtetuchiffter oder
aller ein Schlo*»er.
(8) Pulverflasch.
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5i8 BKVUS d' ALSACE
boutiques. En forgeant on devient forgeron. Chascun est
forgeron de sa propre fortune, li faut battre le fer, pendant
qu'il est chaud. Il ne faut pas mettre le doigt entre l'enclume
et le marteau. C'est une vraye lime sourde.
CHAPITRE SOIXANTE-CINQUIÈME
Mon maistre, ie say que les noms de toutes les pièces d'ar-
tillerie vous sont cognus, avec les appartenances d'un canon ;
c'est pourquoy ie m'addresse à vous pour en estre bien
informé.
Excusez-moy, Monsieur, vous me prenez pour mon frère,
h que ie ressemble fort de visage et d'habits. Toutesfois si
V0U3 voulez prendre en-gré ce que i'en ay appris par ses
discours, ie vous le communiqueray très volontiers.
Vous m'obligerez de le recognoistre îi la première occasion.
Escoutez donc bien. Pour forcer une place, qni, comme un
mauvais chat, monstre les grifTes, et ne se laisse pas prendre
-sans mitaines, il faut avoir des pièces de batterie, des demi-
pièces, des morliers, pour y envoyer des grenades (les
canons-perriers ne sont plus en usage), des coulevrines dou-
bles, coulevrines ou dragons es pervters, faucons, fauconneaux,
piêces-de-cam pagne, coulevrines bastHrdes, aspics, pellicans,
basilics ou serpentines, pétards, arquebuse-à-croc; les feux
d'artifice, traînées, fusées, et semblables appartiennent aussi
k un canonnier.
Hacontez-moy tout d'un Iratn les parties et appartenances
d'un canon.
I! y a les bras, les daulpbins, les frises, la culasse, le calibre,
l'Ame, la bouche ou emboucheure,le niveau-de-l'Ame, la lumiè-
re, des ballesou boulets, le bouschon, une eu il lier-de-charge ou
un chargeoir, une caque de poudre, un quintal de poudre,
la portée, une canonnade ou une volée de canon, un marti-
net, guindal, eschellette, pied-de-chevre, rouleau, levier.
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LÀ VIS A STBASBOUBG K19
l'afTiist. Les actions du canonnier sont braquer ou poJncter le
canon, charger, faire joiier rarlillerie, faire brèche sufTisante
ou raisonnable, de sorte que six cavalliers y puissent monter
de front, miner un rempar, faire ioiler la mine, battre une
ville en ruine, attacher un pétard, pétarder une porte et l'en-
foncer, dresser une batterie, charger de doux, cailloux et
chaines. On ne peut mettre le feu h. un canon encloQé. Je
conclurois volontiers ce chapitre par une plaisante et vraye
histoire, que i'ay depuis environ huict jours ouy raconter k
un de mes escohers, qui en a esté tesmoing oculaire.
Commun iquez-Ia-moy, ievous en prie.
L'an mille six cens trente-six, au mois de may, les Impé-
rialistes ayant fait amener quantité de grosses pièces
d'artilleries du pays ou de la Duché de Wilrtemberg Ji
Schwœbische Hall pour les fondre, et en faire de plus
petites, qu'on appelle pifices de campagne, ils en firent faire
n"uf entre autres avec les armoiries de France, et les montè-
rent d'affusts parsemez de Heurs de lys blanche k fond bleu,
A quel dessein cela ?estoit-ce pour en faire présent au Roy
de France ?
Bien près! ils les envoyèrent k l'Empereur, comme un
trophée de ses ennemis.
On appelleroit cela en France, hefller un Seigneur, le mener
par le nez, luy faire accroire que vessies sont lanternes, luy
passer la plume par le bec, le repaislre de bayes et de
bourdes.
Celle plaisante farce me ramenloit le semblable tour des
traistres ligueurs du temps passé, lesquels ayans esté bien
frottez, et souvent batus îi platte cousture par Henri qua-
trième ou le Grand, père de nostre Louys le Juste, faisoient
néantmoins faire k la haste plusieurs drapeaux semblables k
ceux de leur dit ennemi, et les envoyent k Messieurs les
Parisiens leurs partisans pour les embabouïner, el pour une
fausse ioye de la desroule du Béarnois (comme ils l'appel-
loienl) lirer une bonne somme d'argent de leurs bourses pour
les frais de la guerre.
0 que la sentence est bien vraye 1 qui dit que La vérité est
un rare melt à la table des Grands, où l'on ne l'apporte que
fardée, ou bien que les bourdes et la flatterie sont les vian-
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BSO BtTOK D'JkLSACB
des ordinaires, dont on repatst les Rois et Princes.
Que pouvoient bien penser les bourgeois voyans ceste
drollerie?
Us ne pensoient pas seulement, cor ils disoient selon leur
patois que ces gens vouloienl vendre un chapeau poinctu à
leur Haistre, mais ie n'entends pas bonnement que veut dire
ceste façon de parler.
CHAPITRE SOIXANTE- SIXIÈME
Dd Fonrblsseiir
Mon maistre, i'ay icy une tionne lame d'Espagne, de Solin-
gue, de Vienne, ou une lame au vieux loup, que ie voudrois
faire monter d'une bonne garde à coquille, ou d'une autre à
'a mode avec un pas d'asne artistement fait, et une poigix-e
de fii d'argent avec un pommeau à iour à la mode toute
nouvelle.
Où est ceste lame ? Voyons que c'est .
La voitîi en ce fourreau.
A la voir par dehors, elle ressemble h une vielle rapière de
palrouillarl ou vieux sergent. Il n'y a point de bouterolle & la
gaine, ou plus tosl au fourreau : la garde est faite à l'antique :
la croisée elles branches sont torLues, et si tout en est enroQillé :
ie ne say si elle sera mieux qualifiée par dedans.
Tirez-liivous le verrez.
Là voilà dehors k toute peine. C'est dommage qu'on l'a
ainsi laissé manger ii la rouille, le voy bien qu'elle est excel-
lente et de bonne trempe. Ne l'a vez-vous jamais esprouvée ?
Ouy d.i, et plusieurs fois. le I'ay frappé trois fois de suite
sur une table, sur un licl et sur l'eau et si elle n'est pas
faulsée .
11 la faudra esmoudre, fourbir et aiguiser un peu la poincte.
Où avez-vous pesché ceste antiquaille ?
le I'ay prise en l'arsenal de la villette de N. qui dernière-
ment nous fut donnée en pillage. Il n'esloit guère bien fourni
d'artillerie, mais il y avoit force mousquets, cuiraces, et de
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LA va A STHASBOUHO S21
toutes sortes d'armes de vostre métier aux rasleliers, savoir
est des espadons ou espées-k-deux-mains, un estoc, espée de
duel, item une espée de cheval, une espée de chasse, un bra-
quet, un malchus, un sable ou cimeterre, une espée rabbalue
ou fleuret, une bayonnelte, dague et poignard. Une halebarde
une parthisane ou pertuisane avec la crespine de soye, et la
hante parsemée de doux à testes iaunes, un espieu, une
iaveline ou iavelot.
CHAPITRE SOIXANTE-SEPTIÈME
De nngénienr
Vous entendez-vous bien k la rortification ?
Si peu que rien, la plus-part de ce que i'y sjay est de sca-
voir discerner les parties par leur figure, et les nommer par
leurs noms.
Obligez-moy de me les raconter.
Premièrement ce qui rend une place forte est l'assiette, les
rempars, avec les murailles, parapt'ts, plattes-formes, terre-
pleins, faussebraye, escarpe, bastions ou boulevarts, caval-
liers, casemattes, tours, tourions, demi-lunes, cornes, fossez
en dos d'asne ou en laïus, k fond de cuve, au-delk desquels
sont les palissades, la lontrescarpe, le corridor ou chemin
couvert, le banquel, tes barricades, st-ccades, l'esplanade, les
fortifications de dehors que l'on nomme en quelques lieux les
dehors, comme forts royaux et esloilles, retrenchemens.
Quelles sont les parties d'un bastion ?
La face, les espnules, les dancs, qui flanquent la courtine.
J'ay oublié de vous dire les tenailles, les canonnières, corps-
de-garde et cschauguellcs on sentinelles, Une ville qui a toutes
ces parties, et n'est commandée d'aucune montagne semble
imprenable. Si est-ce quelle ne l'est pas, car ce que les mains
des hommes peuvent fiiire, elles !e peuvent aussi desfaire par
des inventions et ouvrages, dont voicy les noms Pour assié-
ger une vilte et In prendre, on lait les approches, trenchées,
travers, redoutes, batteries pour faire la brèche, des galleries,
pour miner le rempar et le faire sauter, le fossé estant comblé
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639 nevuK d'alsacb
de fascines et saulsices (si on n'en est empesché parune
conlremine), et puis monter à r»ssaut.
Quelles gens a-on pour faire tout cela ?
Des pîooniers avec leurs pics, paeles, sappes, boyaux,
hottes, brouettes et clayes. Si le terroir est marescageux, ou
a des poseracques pour le mettre ik sec, comme Messieurs
les Estats avoieot devant Boisleduc, qu'on prononce Bolduc.
Pour bien faire ceeouvrages et coramodf^ment plan ter le camp
du siège, il faut bien recognoislre la ville, ou en avoir le plan
bien tracé.
CHAPITRE SOIXANTE-HUICTIÈME
Da Serrarier
Allez quérir un serrurier pour lever la serrure de la porte
de mon cabinet (1) ; car ni crochet, ni passeparlout ou rossi-
gnol ne la sçauroient ouvrir, parc€ qu'elle est double, et a de
bonnes garnitures.
Avez-vous enfermé la clef dedans ?
Ouy, comme l'en suis sorti en haste.
Pour remédier h cet inconvénient, on fait en noslre pays
des serrures, qui ne se peuvent fermer qu'avec la clef: par
ainsi on ne la peut oublier dedans, et n'est besoin d'envoyer
quérir le serrurier, si non quand un larron a faulsé ou pluslot
forcé la serrure en la voulant ouvrir avec quelque ferrement,
ou clef, qui ne s'y rapporte pas.
Voicy le serrurier.
Bonjour, Monsieur. Qu'y a il ii faire icy ?
Mon maistre, i'ay derechef oublié, comme la semaine
passée, la clef de mon cabinet au comptoir, pendue à mon
poulpitre : mai» pour obvier à l'avenir h ce fréquent incon-
vénient, ie l'osteray hors du clavier, et la sépareray de celles
du pulpilre et du coffret.
I'ay donc bien fait d'avoir apporté mon marteau, mes
tenailles et des doux: car tous mes engins, que voicy, n'en
(1) .■ichveibttûblein oiier Cavetlein.
,yGotiglc
LA TIB A STHASBOnnO 5z3
sçauroient venir J» bout sans lever la serrure.
Combien prenez-vous pour la façon d'une clef?
Selon qu'en sont les gardes : trois sols, six sols ; selon l'ar-
gent l'ouvrage.
l'ay une vieille serrure, dont le ressort est gasté, et la clef
enroilillée. le voudrois que vous me la desroûillassiez, et
racommodassiez comme il faut.
CHAPITRE SOIXANTE-NEUVIÈME
Du Verrier
Va quérir le verrier de dessus la place des Deschaussez., ioî-
gnant l'appenli et le vendeur de farine sourdaut (1), pour
refaire nos vitres. Il y a deux ou trois rondeaux cassezen
noslre poille et quatre losengesen noslre chambre.
Oui les a cassées lîi-hnut ?
Les mescbants garsons de la rue en iottant 'a la balle.
Vos fenestres sont garnies par-dehors de bons eventil-
lons (2), mais non les nostres : elles n'ont que des volets par
dedans.
Le voicy, Madaim, avec son panier plein de rondeaux,
losenges, quarrcaux et triangles. Il a aussi son esmery (3),
Qu'y a-il à refaire icy. Madame ?
Voyez vous-mesme ce qui manque à ces vitres.
(4) Au/fm Parfùêserplalt nebendem Vberhang. Place Kléber
actuelle. Son nom sncieD lui venait d'un couveiiL de cordelicrs
fondé en lâ30 A l'endroit oi) se trouve acluellemeal l'Aubelle. La '
parlic poslérieiire du couvent louchait au Fosaii dea Tanneurs sur
lequel élaitjclé un poni: non loin de là se irouvail le Rintburge-
tor (porta boum, porte dalanl de l'ancienne enceinte el par laquelle
on faisail sortir les Iroupeaus de la ville) qui fui démolie en 1321
et sur son emplacement on éleva le Pfenniytkarm pour conser-
ver les deniers de la ville et les archives.
(2) Ltpden. Uans te Icxie allemand D. Marlin ajoule que les
Tolels inlérieurB étaient en usage à Paris.
(3) Mit veinent bogenkorb voll sc/ieiben, rauten, vierteln und
kornaffen. Er haï auc/i ein schmirgtl hey aick.
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BU
BIWB D ALS&CB
En vérité elles sont bien malades, vous en devriez faire
faire de neuves en la place : car encor qu'il n'y aye que trois
ou quatre rondeaux de caasez tout-à-fait, la plus part des
autres sont feslez, le plomb est vieus, et ne lient plus
guère (i) : les vergettes sont destachées, et le premier tour-
billon de vent qui y viendra heurter, enfoncera tout dedans.
Despendez les donc, et les portez en vostre logis, pour les
refaire comme il faut, les châssis sont encore bons, l'ay veu
cesle semaine un char, venant d'une verrière, arreslé devant
vostre maison, quelle belle marchandise vous a-on amenée.
Des verres communs de feuchère (2), d'autres de crystal,
des verres k distiller, des bouteilles de toutes fafona, petites,
moyennes et grandes, de rondes et quarrées, des attrape-
mousches, des bouteilles clissécs, des pistolets, trompettes,
fourchettes et gargoililies pour les biberons (3). Nous avons
aussi des verres si espais, que les bons compaignons les ayans
vuidez, jettent pardessus leurs testes ou derrière la porte sans
les casser, si d'advenlure ils ne tombent trop rudement sur
un clou ou quelque autre fer.
CHAPITRE SEPTANTIÈMG
Bu Sorcier et de la Sorcière (4)
Quelles gens sont-cc qu'on appelle sorciers t
Ce sont proprement des hommes, qui ayans renonces k leur
baplesme et k leur Créateur, et receus la marque du Grand-
Guillaume, du Diantre (5) ou on bon François du Diable d'un
(1) Undhebt nick mehr.
(2) Gemeine t/lœser von farenipgchen.
(3) Muckenglttter, (letieunte Glceser, pistolen, trommrten,
gabeln, und engster oder gutter fur die Weingitryeln
(4) Pour plus de détails voir reicellenle étude de It. Rciiss. La
Sorcellerie aa XVI et au XVII" siècle (l'uris 1871), puis Slœber
die Hej:enprocesieimElaass{\\Mi\B.\^iï). — Y^^:\t Hexeitwahn
iind ffe^enprocease inderehenalitfi-nHeichsstadl und /.andoog-
tei Hagenau (Hagenuu 18fl3) — Levrault Procès de torcellerie
en Alsace (Revue U'AlBace t8;-t3).
(5) Teuhencket.
U Vu A STRASBAURO SiS
coup de griffe profondément empreinte en quelque endroict
de leur corps, en signe qu'ils sont devenus ses esclaves,
s'addonnent par son commandement à destruire les œuvres
de Dieu, faisans mourir, ou du moins estropians gens et bes-
tes par le moyen des drogues et poisons diaboliques, qu'ils
mettent ou jettent en un lieu par-où doit passer celuy qu'ils
veulent faire mourir ou maléllcier, appelans cela ielter le sort
sur quelqu'un, et de ce mot sort (en latin sort) est venu
sorcier, sorcière, sorcellerie, ensorceller.
Ne se servent-iU point d'aulrea moyens ?
Ouy dà: ils estropient au font clocher un cheval en le
frappant de la main ou d'une houssine. Une sorcière ayant
un jour donné un morceau de tourteau à une autre, icelle
après l'avoir mangé, fut trouvé avoir un couteau, des doux,
de la bourre, des cheveux, etc. dans une apostume, qui s'éleva
en son corps. Telles gens aussi font (à leur advis) élever des
tempestes, geler les vignes.
Quel plaisir prennent-ils & celk ? puis qu'ils sentent eux-
mesmes une partie du dommage par la cherté du blé et du
Par l'instigation de Satan (qui est à dire adversaire haineux)
ils se bruslent pour eschauiïer leur prochain, et prennent
plaisir Ii destruire les œuvres de Uieu, à l'exemple de leur
maistre-mousche Beelzebub, qui s'appelle aussi Sathan avec
un H, du mot hébreu Nalhas renversé, qui signilie destruire,
par ce qu'il est l'Ange Destructeur.
Quel loyer leur donne en ce monde te Prince des ténèbres,
pour récompense de leurs services si fidèlement rendus ?
Rien autre que des danses et banquets imaginaires, qu'ils
font en leur sabat (1), qui est une assemblée nocturne de
sorciers et sorcières de divers pays, en un bois ou sur une
montagne
Comment s'y peuvent rendre si tost des gens de si loing î
car en telles assemblées se trouvent souvent des personnes
éloignées de plus de cent lieueus de li.
Ils se graissent d'un onguent diabolique, se mettent
ji-chevauchons sur un manche de balayou queuS de ramon,
(I) Die aie auf ihrem Beyberg hatlen.
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S26 * BSVDB d' ALSACE
et là-dessus (romme par le chevalet de Pacotel) sont emportés
par la chemiaée, comme en un instant, au lieu assigné. Lk
ils font hommage au Diable en forme de bouc, le haîsans au
derrière: puis se metlei>t à table bien couverte de quartiers
de chevreux, de grives, cailles et perdrix en apparence, dont
quelques-unes ayant rapporté ans morceaux enveloppez en
leur mouchoir au logis, on a trouvé que c'estoit de la cha-
rogne de la voierie, des grenoililles et crapeaux. et le tout
non salé.
C'est donc de \h que vient le proverbe, dont on use envers
les servantes, qui oublient de mettre la salière sur la table,
lorsqu'on leur dit, comment carogne nous veux-tu faire faire
un repas de sorcières, sans sel t
Vous avez raison. Après ce beau repas, ils s'empoignent
tous par les mains, et dansent un branle ou une danse en
rond, les visages tournés en-dehors au son de quelque mes-
chant violon, cornemuse ou sifflet.
Quelles gens sont ce ceux qu'on appelle magiciens et
négromantiens?
Ce sont sorciers scavans,usansdeconjuratioas,faisansdes
cernes (i) et invoquans les esprïls malings en lisant dans un
grimoii'e (2).
Quelle fin prend une telle vermine ?
Ue telle vie telle fin. Ils meurent ordinairement du chaud
mal, ou de la (leuvre chaude, pour avant-ieu de la fournaise
infernale ; car il n'v a ni apparence, ni espérance que
celuy, qui a commis félonnie contre son Créateur et Seigneur,
pour se rendre esclave d'un bourreau, qui attend luy-mesme
son supplice, doive eslre fait cohériiier du Fils de Dieu,
Que vous semble des Egyptiens qu'on appelle aussi
Bohémiens el Irlandois en France, en Italie Zingari, en .\lle-
magne Zigœiner ou Hei/den qui disent la bonne adventure
k la sotte populace, ne sachanspas la leur propre.
Je les tiens pour cousins-germains des susdits (3).
(i) Circ/cel
(2) Ein achwarUkûnttlersbuch.
(3) Sie seind vier hoten eintt tuchê.
db, Google _A
LA. VIB A STtlAgBOtniC S2?
De qnoy est-ce que ces vagabonde se nourrissent; n'ayans
nulle demeure asteun^e ?
Ils savent iouër des tours de passe-passe, et faire passer
l'ai-gent de la bourse des gens en la leur: desrobent à toutes
mains, gaignenl de l'argent a dire les vérîtez aux curieuses et
lascives gurses, et volages garnemeus.
Tout beau. Monsieur. 11 y a de braves gens qui leur vont
monstrer leurs mains, afin que par l'inspection des lignes
d'icelles, ils puissent apprendre ce qui leur doit arriver.
0 que vous estes simple I Pensez-vous donc qu'il n'y ait
que les ge:is de bas estât capables de folie? le tiens et soustiens
tout le contraire, savoir est qu'il y a plus de fols de qualité
que d'autres, el le prouveray quand la nécessité le requerra,
il est bien vray que c'est un paradoxe, par ce que la sagesse
d'un pauvre est estimée folie el qu'au rebours les folies d'un
riche s'appellent sagesse, ou du moins galanteries, j,
Sont-ils Egyptiens, comme ils se disent, et que leur couleur
le semble tesmoigner ?
Nenny, autant que moy ou vous ; mais ils se graissent tout
le corps d'un onguent composé pour la plus-part (comme on
dit) de graisse d'oye, qui les noircit de la sorte el rend insen-
sibles au froid, tellement qu'au cœur de l'hyver ils courent
nuds, mesmes descbaux parmi la neige, avec leurs enfantons
qu'ils traînent de mesmes après eux. Or, encepoinct void-on
bien qu'ils savent plus que leur pain manger, qu'estant logez
dans une grange, ils lonl du feu grand et clair, dont la llamme
louche les gerbes, la paille et foin sans rien allumer, et cepen-
dant demeurent sans aucune appréhension assis ou dormans
à l'entour.
De quel pays sont-iis donc?
le ne siy, ils parlent ordinairement la langue du paysdvec
les cstrangers, mais entre eux ils ont un langage particulier
qu'on appellejargon (i).
Et de ceux qui vont aux devins, ou font tourner le tamis,
quand ils ont perdu quelque chose, pour savoir qui l'a
trouvée ou desrobbée, qu'en dites-vous ?
le le mets au nombre des novices et apprentifs de Lucifer.
(1) Rot/noeUck.
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Sz8 HBTDK D ALSACX
Pourquoy cela? voua estes bien rigoureux en vos ju^-
menst: est ce si grand mal de dire quelques mois de nulle
importance, après lesquels si on nomme le nom de celuy, quj
» la chose perdue, le crible ou tamis posé en balance sur la
poincle d'une force, tourne de soy-mesme ?
Ne croyez pas celï : un corps inanimé ne se peut mouvoir
de Boy mesme, si non vers son lieu naturel, et siège de son
élément. C'est pourquoy il faut tenir pour asseuré que ce
tamis n'ayans pas plus d'inclinalion k se mouvoir de caste, et
se tourner au son delà prononciation d'un nom que de l'autre,
il s'en suit qu'il est poussé par un esprit, non de lumière,
mais de ténèbres : puis que nous n'avons nulle promesse fin
\a saincte Escriture, ni nul exemple que les bons anges de
Dieu comparoissent au gré de chasque galefrelier (1) bartto-
tant des paroles barbares, pour leur faire retrouver une pièce
d'argent ou de ménage.
CHAPITRE SOIXANTE-ONZIÈME
Dn Berlandier (2)
l'ay souvent ouy parler des berlandiers sans entendre que
c'est ; rendez-moy un peu plus savant, ie vous en prie.
Vous estes encore bien de vostre pays (3) comme ie voy :
c'est un fripon, qui du ieu en fait un mestier: h qui on trouve
plus tosl un ieu de caries dans la poche, qu'un livre de prières
ou de psea urnes, qui n'os^ sortir en rue sans avoir sur soy
une couple de dez, de peur que le Diable ne le prenne sans
verd: qui est quasi jour et nuict es brelands, que profané-
ment ils appellent Académies ou Cadcmles de ieu : comme les
bordeaux ou bordels, Académies d'amour.
Mais que veut dire ce mot Berland ? car ayant la racine, ie
viendray bien au Ironc et aux branches.
(1) EinKahler Bernheiter.
(8) Vont Rasster oder ex-profeaao Spieler.
(3) Ihr itt/d nicht weit her fripon — tchlemmer ; poche —
futtertack.
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U VIE A STRiSBODRG OZU
C'est proprement un recoin caché, ou logis secret, où les
fainéants, garnemens, Tripons, filous, escrocs (1), et sembla-
bles canailles, gens de sac et de corde s'assemblent pour
joner, et attraper l'argent les uns des autres en trichant.
Hais quand ils entrent en dispute ou castille qui est ce qui
les met d'accord, n'y a-il personne, qui par son authorit^
décide leurs dilTérens.
Es disputes du berland le Diable y est président. Le Père
de discorde en voyant deux piquez, l'un contre l'autre, pour
avoir pipé les dez(2), oujoué quelque autre tour de souplesse,
excite ces pendards l'un contre l'autre, les pousse k renier,
renasquer, maugréer et diablasser, et (inalement à ruider la
querelle k belles gourmades, coups de couteaux, poigualadcs
ou estocades.
Où pensez-vous que ces Ames acharnées l'une contre
l'autre, vont, s'estant ainsi délogées de leurs corps.
Le jugement n'en est pas k nous, qui devons estre jugez;
toutesfois il est ti présumer qu'ayans suyvi la piste ou trace
du vieux Dragon ou Serpent iusqu'au dernier souspir, elles
n'arrivent pas au sein d'.\brËhan], mais vont se loger chau-
dement pour leur hyverau poile, où se rostissent les pomn-es
sur la fenestre (3), au logis appelle Nebenauss par les
Allemands.
Pour conclusion dites moy d'où vous penses que puisse
avoir son origine ce mot de Berland,
le ne say, s'il ne vient pas d'adventure de l'bébreil Borlal,
c'est k dire fosse cachée.
CHAPITRE SOIXANTE-DOUZIÈME
Du Joaenr de quilles
Ponrquoy avez-voas la mine si endormie ?
C'est pitr ce que ie n'ay pas dormi mon saAul cette nuict ;
car ie me couchay hier k une heure après minuict, et me suis
(i) Betchisiene diib und ichmaroUer.
(2) Wegen Knùpfung der Wûrfet; pendard — Galgmtvœgel;
diablasser — den Teufel im Maul herumbfû/trtn.
(3) Dcerinnen mandieœpffelauffm timbter brœtet.
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530 RBvuB d'alsacb
levé k six heures ; voilk pourquoy ie suis d'advis de me ieeler
en chausses, et pourpoint sur mon lit incontinent après le
disner pour faire un petit sommeil (1).
L'escole de Salerne enseigne que le sommeil est mal sain
après midi. 11 vaudrait beaucoup mieux vous divertir, et
chasser le sommeil par quelque exercice du corps.
Et quel exercice ? ie ne monte point à cheval, ne tire point
des armes, ne fay point de la pique, et ne say jouSr à la
paume, ni au ballon.
l'ay envie de faire une promenade hors de la ville après le
disner, si vous en voulez estre, nous cberclicixtus une couple
de bons amis pour passer le temps ensemble h jouEr aux
quilles en nostre jardin; par ce que ie ne suis pas aujour
d'huy en bonne humeur d'estudier.
le suyvray voslre conseil, puis qu'il est profitable à ma
santé, et vous iray trouver en vostre logis entre midi et une
heure.
Hé bien, i'envoyeray un peu devant nostre servante à mon
compatriote N. le prier de venir chez moy, et d'amener son
camarade (2) avec eoy, pour pouvoir iouër deux à deux.
Qui est-ce qui dressera nos quilles? Quant & moy, ie suis
trop lasche et paresseux aujourd'huy pour me baisser si
souvent.
l'y mettray ordre, c'est à faire à un sol que nous donne-
rons au premier garçon que nous rencontrerons.
A Dieu donc iusqu'au revoir.
A Dieu, Monsieur, ne manquez pas de venir; nous vous
attendrons.
Dieu vous gard' Monsieur, me voicy desjh. Les autres ne
sont-ils pas encore venus ?
Nenny, mais ils m'ont fait dire que nous allassions devanl.
et qu'ils nous suivroient bien tost après. Ils savent bien où
est ie jardin. Allons devant. Voicy tout k propos un garçon
mendiant qui sera très aise de gaigner un sol, et un morceau
de pain à dresser nos quilles.
(1) Ein nickerUin.
(î) Stubengetellen.
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LA VIB A STRASBOURG 531
Garçon, veux-tu dresser des quilles en un jardin ? et nous
te donnerons un sol, grand-blanc ou douzain avec un bon
morceau de pain pour ton gouster.
Ouy-dà, Monsieur, où est-ce t
Suy-nous un peu de loing, nous y allons. Voicy le jardin :
la porte est ouverte, il y aura desjk quelqu'un. Entre, et va
quérir les quilles et boules, qui sont en la maisonnette, et les
dresse sur le quillier de pierre de taille, qui est sous ceste
treille (1). Voicy venir nos gens. Soyez les bien venus,
Messieurs, vous venez tout à propos. Nous ne faisons que de
quitlei les manleaux.
Nous en ferons de mesme, cor la haste et la chaleur du
soleil, nous ont lassez et eschaufTez.
Reprenez un peu haleine sur ce banc k l'ombre : et cepen-
dant nous adviserons comment nous iougrons.
le n'y say point d'autre difTiculté que de iecter la boule, et
quiller h qui sera le plus près, aQn que les deux plus proches
soient ensemble et compagnons, et ayent la boule, et que les
deux autres monstrenl le icu. Outre cela il nous faut tomber
d'accord, à combien nous louerons : si la Dame vaut neuf ou
non: si celuy, qui brusle, perd leieu, comme en France, ou
recule de neuf, n'en ayans plus que quinze, comme en
Allemagne.
le suis d'advis de ne rien innover auxcoustumes d'icy,
car la maxime publique chante, qu'il nous faut trouver et non
apporter les loix et coustumes en un pays, que tout change-
ment est dangereux : partant nous Jouerons h vingt-quatre, la
dame vaudra neuf, pour proche que soit le ieu : qui brusiera
n'en aura plus que quinze: qui ne fera rien de venuG, ne
pourra rabbattre. La question est seulement de ce que nous
louerons, car il n'y a point de plaisir de se peiner pour néant.
loUons un pot de vin, s'il vous plaît.
Excuaez-moy, Monsieur, il vaut mieux ioûer de l'argent;
car i'ay desia mis ordre qu'on nous apporte de nostre logis
une bouteille de vin avec une miche de pain.
l'en suis content: pourveu que nous ne joûyon^ pas trop
gros ieu, car ma bourse est bas percée.
(1) Rebheld.
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532 REVUE d'alsace
Nous jouerons seulement un plappard, ou dix-huict deniers
h chasque ieu, nous ne ioflous pas pour ravarir".
Soit, i'en suis bien content pour ma part.
Et moy aussi, quillons, iectcz la boule. Gare les iambes.
Elle est quasi trop loing : toutesfois nous avons de bons bras.
Le premier va devant, ie m'en vay quilier. Courage, me voilà
tout auprès de la boule.
Et moy guère loing ; j'espère que nous serons compagnons.
Aussi sommes-nous. Monslrez le ieu Heijsieurs.
louez de là, c'est un beau ieu pour faire la Dame.
Hé bien, i'y viseray. LS voilk par terre. Neuf à rien.
l'y viseray aussi ; mais ie ne say si ie seray si adroict que
(le l'assener toute seule.
La voilà aussi bas, mais elle a deux compagnes. C'est tout
un, i'cn ay trois à neuf, l'addresseray, peut estre. In seconde
fois.
C'est à moy îi rabbattre. En voilà cinq. Quatorze k trois.
Vous courrez bien visle, si vous nous T'atteignez. Rabattez
aussi, mais pietez bien.
Ne vous en mettez point en peine, et ne comptez Jamais
quatre, que vous ne les ayez dans le sac. le ne vous donne
pas encore gaigné. En voilà six, qui avec les trois font neuf.
Si mon compagnon me seconde bien, nous rendrons te jen
bien douteux, et si le vostre, qui n'est pas grand abbatteur de
bois, pouvoit faillir de venue, ie ferois mon conte de gaigner
par ce que nous aurions sur vous l'avantage, que vous avez
sur nous.
louez donc. Monsieur.
Geste boule est trop pesante, j'ay grand peur de ne rien
faire.
Roulez-la seulement droict au quillier, le chemin est uni :
vous serez bien maladroict si vous n'en faictes une, pour
pouvoir rabbattre.
A lasl la boule m'est échappée: elle n'ira pas iusquesaus
quilles.
Si fera : mais elle passe sans rien faire.
le serois bon roulier, ie charrie droict : mais i'en suis mal
salarié, car i'en perds le rabbat.
Courage, compagnon: ils ont perdu leur avantage: ne vous
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LA VI£ A STBASBOrilG S33
amusez point h la Dame, mais abbattez le plua de quilles que
vous pourrez.
le suis de votre advis, il vaut mieux ioûer au seur. En
voilà cinq, qui avec nos oeuf en font quatorze : oous sommes
tant k tant, et si ay encore mon rabbat de bon. En voilà
encore cinq. Contez, pendant que i'aideray k dresser mes
quilles.
Nous en avons dix-neuf h quatorze.
Donnez-moy vostre boule, faible compagnon : ie ne voudrais
pas qu'elle fust plus légère pour moy. Il me faut faire la
Dame encore une fois, autrement nous sommes décrottez, et
avons perdu. La voilà derechef abbattuS, mais ma boule est
bien éloignée des quilles : ie doute fort si l'en pourray rabbattre
une toute seule de si loing.
Compagnon, ie vous prie de ne vous point éloigner du
quillier, et n'en faire qu'une ou deux : car ie sayasseurémenl
que Mr N. bruslera de là où il est, s'il piëte bien, ou ne fera
rien du tout.
Hé bien, en voilà deux, nous en avons vingt-une, et ay la
main aux quilles; ie ne saurois manquer d'en faire trois, si
nostre contre partie manque à faire sa quille.
Prenez bien garde h vous, M. c'estuncoup départie. Prenez
cesle-Iîi par la poincte.
La voilà bas. Hé, courage ! vous devez Messieurs.
Il est vray, nous le confesson=, prenez l'argent : mais laissez
vostre enjeu ; car nous voulons avoir nostre revenche. Peut
esire que te ieu nous en dira mieux à ceste heure que nous
avons la boule.
CHAPITRE SOIXANTE-TREIZIEME
Du Joueur de dez
Qnelle est vostre opinion louchant le ieu des dez f
C'est un ieu de laquais, soldats, goujats et berlandiere,
inventé pour attraper le bien d'autniy. Uu tel gain et acquest
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S34 RRVUB n'ALSACK
ne vaut guère mieux qu'un larcin, car ces Joueurs usent de
toutes sortes de ruses pour dupperles simples en cbarmaDt
et escamotant les dez, qui sont de petits os en forme cubique.
C'est pourquoy ces pendards ne se flans plus les une aux
aux autres ne laissent plus manier les dez à la main, mais
les iettent dans un cornet (1), et avec iceluy les lancent sur
la table.
On auroit tort de me mettre au rang de ces gens-là : car ie
n'en ayiamais manié que pour iouër au trictrac, et mesme il
n'y a pas plus de trois sepmaines que ie say (2) que c'est
d'ambezas, double deux, ternes, quadernes, quines, senes, et
un poinct.
Une telle ignorance vous tourne plus « loQange qu'à
blasme; cari'ay leu un proverbe latin, qui dit que Quo
peritior aleœ magisler, eo vir improbior, c'est h. dire, tant
meilleur ioQeur de dez, tant plus meschant bomme.
CHAPITRE SOIXANTE-QUATOKZIÈME
Dn loueur de caries
Que direz-vous du ieu des cartes? il me semble que c'est
un ieu d'addresse, au quel louent plusieurs honestes gens.
Pour le couper court, ie vous diray qu'il vaudroit mieux
qu'il n'y en eust iamais eu au monde : car cent hommes s'y
sont plustot appauvris, qu'un enrichi. En l'espace de quarante
trois ans ou environ que Dieu m'a fait la grâce de vivre, ie
n'en ay cognu qu'un saul, qui y ay fait sa bourse: encore ne
say-je pour l'heure si ceste richesse est parvenue jusques &
ses enfans, car il y a plus de vingt ans que ie n'ay ouy
nouvelles de luy.
(1) Ein Kuckenkaat, scharnùtxel oder dutte.
(2) DoM ich weû» icas tey, te»» aile, dauai aile, oder aile
dœuieralle drey, aile quatuor, aile cinç, aile secht und einaug.
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LA VIE A STRASB0DR6 535
Que si l'on manie les cartes, comme un iouët et amusoire
pour charmer les pensées chagrines (ce que toutesfois pour-
roît beaucoup plus utilement faire la lecture de la parole de
Dieu) et qu'on, n'en face pas des outils à gaigner par la perte
et dommage de son prochain, encore passe: comme quand
on iouS au trente et un, à la triomphe, au piquet, etc. et qu'on
ne couche pas gros ieu, mais seulement quelques liards pour
faire prendre garde au ieu, autrement il n'y auroît aucune
attention, ni plaisir. Hais la grimpe est un ieu pour rendre
un homme de moyens, gueux en peu de temps, en enviant et
renviant: car outre l'enieu l'on peut perdre pour une fois
vingt ou trente risdales, ou autant de pistoles, selon la
qualité des loueurs.
l'y ay quelques fois ioué par cy-devant, mais peu gaigné :
parce que ie m'opiniastrois à tenir, et renvier sur un dus, ou
une grimpe de neuf, mon adverse partie ayant un flus de trente
un, une grimpe de quatre ou cinq un tricon, ou bien la main
en ieu égal. Le lansquenet est un ieu de lansquenets, goujats
et laquais, duquel ie fay gloire de ne savoir aucune particula-
rité. Pour le jeu de l'homme, qu'on appelle icy la Beste, i'y
ay souvent ioué, taotost à gain, tantost à perte. C'est celuy
qui me plaît le mieux, pourveu que l'on ne iouë pas pour
l'avarice. Le plaisir est de faire la beste à celuy, qui entre-
prend de jouer sans bon ieu, ou bien sans l'addresse de le
bien conduire. Tel fait les dejx premières mains, qui ne
gaigne pas pourtant: h cause qu'un autre prend les trois
dernières.
Pourquoy appelle-on cela faire la Beste f
Pour le bien entendre, il faut que vous sachiez que Beste
estant dit d'une personne, signifie sot et lourdaut, partant
faire la beste c'est faire le sot, entreprenant de iouer : sans le
moyen ou l'addresse de gaigner.
Monstrez-moy le ieu de trente et un.
il est bien aisé k comprendre, c'est un ieu de femmes et
d'enfans. Coupez, nous louerons un ieu ou deux.
Ne regardez pas rous la coupe, il est défendu, car cela
importe de beaucoup.
Qui brusle perd. Tenez en voilk trois. Contez bien, les testes
valent dix poincts, l'as n'en vaut qu'un, et non onze : autre-
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536 HBVtB d'alsacs
ment on en pourroit avoir trente et un en Irois cartes. En
voulez- voua encore T
Nenny, ie m'y tiens.
Sans doute vous en avez trente, ost bien près.
l'ay ce que i'ay : prenez-en pour voua.
le ioueray à descouvert ; en voilk vingt-cinq, ce n'est pas
assez : il m'en faut encore. Çh, un six. Foin ! c'est un sept,
i'ay bruslé. L'apprentir a gagné le maistre.
Monstrez-m'en autant au ieii de la triomphe, et première-
ment Dommez-moy les quatre plus hautes cartes avec leurs
couleurs.
Il y a l'as de coeur, le Itoy de quarreau, la Dame de pique
et le Valet delrefUe. On coupe pour voir qui fera, celuyqui
a la plus basse donne. Qui mesdonne perd. Après qu'on a
donni! neuf cartes k chacun, on tourne ta première qui suit,
laquelle est tenue pour la triomphe. Celuyqui a l'as de ceste
couleur, pille ceste triumphe, et tant qu'il s'en ensuit immé-
diatement, en la place de quoy il en faut remettre autant
d'autres meschanles par un profitable eschange, et cela
s'appelle cscarler: si on oublie de le faire, on perd le ieu.
comme aussi quand on renonce. Qui a le plus de poincts,
gaigne. L'as en vaut quatre, le Roy trois, la Dame deux, el
le Valet un: le reste des cartes n'est conté pour rien. La
triomphe s'appelle aussi de l'atout, et ietter de la triomphe
se dit autrement iouër k tout. Quand chascun a un meschant
ieu, on refait, si tous si accordent. On dit deceluy, qui a tout
pris, ou fait toutes les mains, qu'il a fait la volte, et gaigné
deux ieux d'un coup, ou l'a fait double. L'as emporte le Roy,
et une triomphe pour basse qu'elle soit, emporte toutes
autres couleurs.
Faisons-en l'apprentissage avec ce beau ieu de cartes toutes
neuves et tarautées. 11 en a deux, qui s'entrebaisent, remet-
tez-les. Frotlez-les sur le tapis elles couleront mieux.
Comment est-ce que les prophanes berlandiers appellent
les cartes ?
Un livre descousu, ou le livre des Roys.
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LA yU X SnUSBODBG
CHAPITRE SOIXANTE-QUINZIÈME
Da iea des galets (1)
Voilk une belle table à iouër aux galets. Voulez-vous y
iouër pour une pinte de vin ?
Ouy, si vous me voulez donner de l'avantage, car il me
serait impussible de vous iouër but fa but avec espérance de
gaigner : vous me mèneriez viste comme le vent.
Hé bien, ie vous donneray deux coups de vingt.
C'est trop peu, donnez m'en six.
0 que ie m'en garderay bien : vous voudriez que ie vous
donnasse à demi gaigné avant que de commencer k iouër.
Donnez-m'en donc cinq.
Non feroy, s'il vous platt : vous en aurez quatre, pour
vous monstrez qu'avec vous la perte et le gain me sont choses
indifTérentes.
Où sont les galets ? Ah I les voilà dans le tiroir. Les uns
de fer, les autres d'airin ou de laiton. Lesquels voulez-vous?
Four mon regard, ce m'est tout un.
le prendray ceux de fer. louons à croîs ou pile h qui com-
mencera, lettez en haut.
Que prenez-vous î
Croix. Poin t C'est pile. Commencez.
Courage, le premier est noyé.
Ouy, mais vous ne dites pas que te second est si franc qu'il
en vaut bien deux, et que vous ne sauriez le devancer.
Hé bien, ie le débuteray.
Ouy bien, si le pouvoir seconde le vouloir : mais du dit au
fait y a grand trait.
(1) Vont Spiel auff der ScMestta/fet oder Bitckeiuteinen-
tpiel.
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RBVO* d'aLSACB
CHAPITRE SOIXANTE-SEIZIÈME
Da ira des Danua
Voulez-vous passer une heure de temps b iouâr aux Daines?
Voilk un Damier pendu à ce croc.
Pardbnnez-moy c'est un tablier h ioûer au trictrac.
Ouy bien par dehors, mais par dedans il y a un ieu de
merelles d'un costé, el un de Dames de l'autre, sur lequel
on peut aussi ioûer aux eschets.
Comment l'ouvre-on t
Donnez-le-moy, i'en say bien l'adresse.
Or ça, comment est-ce que nous ioûerons ?
But à but, et à toute rigueur, c'est-i-dire. Dame touchée,
Dame iouée. Oui oublie à prendre, perd le ieu. Qui gaigne
sans que son adversaire aye esté à Dames, l'a double .
l'accorde tout, horsmis que ie veux qu'il soit permis de se
laisser soudler le pion, où ta Dame, qui pouvoit prendre.
Soit, poussez donc.
lofiez Tous-mesme, ie ne fay point d'avantage en la pri-
mante.
Tenez, faisons une pour une pour avoir plustost fait.
Comment vous desdamez-vous desja.
Il m'est bien force.
le seray par ce moyen bien lost b Dames.
le ne saurois qu'y faire.
Damez ce pion : [a, k ceste heure par derrière. Voilà désia
une besace : l'un ou l'autre ne me peut eschapper.
A qui me suis-je frotté ?
A votre maistre, comme vous voyez : ie vous feray faire la
vieille.
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LA VIS A STRASBOtBG
CHAPITRE SOIXANTE-DIX-SEPTIEME
Dn lea desBcfaecs
loQez-vous, ou, gavez-vous bien iofler aux eschecs ?
Nenny. Ce ieu me semblant trop sérieux long et mélanco-
lique, qui sont quelitez contraires k !& récréation, ie ne me
suis pas mis en peine de l'aijprendre : toulesfois les termes
m'en sont assez bien cognus.
Les pièces ont ces divers noms-cy.
Le Roy, la Heine ou Dame, les deux fols, deux Chevalliers,
deux Rochs ou Tours, et huict Pions. En tout, il y a seize
pièces de chasque costé. Le coup de la partie est donner
eschecs et mat.
Les proverbes que les François ont tiré de ce ieu sont mé-
morables. Les rolssontordinairementauprèsdes Rois, pour dire
qu'il y a des gens plus heureux que sages, et qu'en l'hospital
sont les bons ouvriers, et en dignité les gros asniers. 11 ne
craind ni Koy ni Roch, pour lequel les allemands disent, il ne
craind ni.I^ Diable ni sa mère. La vie des hommes est un ieu
d'eschecs, lequel estant achevé, on ielte Roys, Reines, fols,
cavalliers, rochs et pions pesle-mesle dans le sac.
CHAPITRE SOIXANTE-DlX-aUlCTlÈME
Da len da Bsllon
Où allez-vous, faiseur de ballons ? Que vous avez la miné
altérée.
R y a quatre ou cinq estudiants, qui veulent passer l'après
disnée à louer au ballon sur la place des Deschaussez : ié
m'en vay chez tels et tels voir s'ils veulent estre de la partie.
l'en serois moy-mesme, si i'avois un bon brassail .
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S40 BBVUB d'alshck
Trouvez-vouB à une heure sur la place, ie tous en appor-
teray un, et en mesme temps la syringue à enfler le ballon.
le ne suis pas encore grand iofleur : dites-moy quelque
bonne addresae pour ne me point faire mal au brax : derniè-
rement ie l'avois tout meurtri.
Entortillez vostre bras d'une serviette par dedans le bras-
sait : frappez le ballon iustement entre le coude et le poignet,
plustot plus haut que plus bas, et l'attendez au bond, laissant
la volée aux maistres.
Pour ioUer aussi plus commodément, vûus pouvez apporter
votre calotte, ou bonnet de paysan verd : c'est maintenant la
mode .
CHAPITRE SOIXANTE-DIX-NEUVIÊME
Do Fermier, Censier on Métayer (1)
l'ay ouy dire que vous avez une belle censé, ferme ou mé-
tairie à trois lieues d'icy.
Vous avez ouy dire la vérité, c'est la plus belle fleur de
mon bouquet. C'est ce qui fait boQitlir ma marmite. Il y a une
belle maison avec lesestables, la grange, le charreti, et des
iardins k herbes et à arbres, sans les terres qui rapportent
environ deux cens sexliers de froment, cent cinquante d'or-
ge et de seigle et quatre-vingts d'aveine, sans le fruict et les
légumes.
Y avez-vous un censier ?
Voue le pouvez bien penser : car ie ne saurais prendre le
soing et la peine du labourage en la charge où je suis.
Vous paye-il bien vos cens ?
Assez bien, si non depuis dix ans qu'il me doit vingt cinq
ou trente sextiers d'arrérages: par ce que les soldats, et gens
d'armes, par une courtoisie outrageuse luy ont fait ce fascheux
et importun honneur de luy aider à batU^ son blé, et mesme
& le seyer ou moissonner. Vous eussiez esté estonné de voir
(4) Vom Gultmann ader Mayer.
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t^ VIB A STRASBOURG S41
l'année passée lesgarses des soldats, les goujats, et mesme
les manteaux d'escarlatle venir (en ^iee de caravane) en ceste
ville assis sur des sacs de blé, pour le vendre au marché:
ayans la faucille pendue d'un costé et le fléau de l'autre.
Mais ceux qui n'avoient point de van, comment pouvoient-
its le vanner et nettoyer f
Il9 le secouoient, comme ils pouvoient, dans leurs man-
teaux, ou quelques linceux, pour séparer les graine de la
balle ou paille, n'ayans point de crible.
CHAPITRE QUATREVINGTIESME
Du Bluehiuear (1)
Monsieur mon voisin, vous platt-il me tenir compagnie
ceste après disnée ?
Où voulez-vous aller ?
Ma femme veut, avec sa servante, porter quelques pièces
de toile en 1a Prairie Robert (2), pour les soleiller, et m'a
prié de l'accompagner : mais ie ne suis pas volontiers en
compagnie de femmes, si îe n'ay un homme avec qui te
puisse deviser d'autre sujet que de taster les poulies, filer,
faire la buée, combien on donne d'œufs pour un schilling,
ou à qui il appartient, ou n'appartient pas de porter des
souliers veloutez, et des grenats sus poignets, etc.
Si vous voulez que i'ameine ma femme avec moy, ie vous
tiendray volontiers compagnie, aussi bien luyay-ie au disner
donné parole de la mener faire une promenade.
Ma femme en sera tres-aise, et moy fort content.
Elle se pourrontentretenirdudiscoursde leur lin, chanvre,
estoupe, filé, et comment leurs servantes filent du vray lUé
de putains, comme elles le nomment, lorsqu'il se rompt k
tous coups : et quels tisserands sont les plus grands larrons.
Les voicy toutes deux. Allons devant, et marchons douce-
(i\ Vont Bleicher.
(i) La Koberlsau près de Strasbourg.
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542 RBVUR D' ALSACE
ment, comme en conUnt nos pas, afin qu'elles nous puissent
suyvre.
Madame ma voisine, hastons-nous un peu pour r'atleindre
nos marie : ils se baslent comme s'ils estoient de loing.
Nous les r'attrapperons bien au giJste, notre traicte n'est pas
si longue que nous les puissions perdre de veOe.
A propos, que donne-oD au blanchisseur pour sa peine ?
Deux liards pour aulne, si ie ne me trompe.
C'est un cher blanchissage, car l'aulne d'icy n'i^st pas en-
core une demie aulne de Paris.
Ils ont aussi beaucoup de peine sans les frais.
Quoy donc ? y font-ils autre chose que de l'estendre sur
l'herbe au soleil, l'arrousser avec un arrousoir de cuyvre ou
de terre, et la laisser sécher ?
Ouy dk. Il la faut aussi souvent huer, laver et battre, com-
me le linge sale : k quoy sont requis force servantes et valets,
comme aussi de gros mastins et chiens d'attache, comme
dogues d'Angleterre, qui sont encliainez de iour, et laschez
de nuict pour donner la chasse aux larrons, et les deschirer,
si quelqu'un estoit assez osé que de mettre le pied dans l'en-
clos où les pièces de toile demeurent estendues à millieurs sur
l'herbe, tant la nuict que le jour.
Tout bien conté, il me semble qu'on gaigneroit plus d'ache-
ter de la toile toute faite : car premièrement la fliace est sou-
vent aussi chère que le filé megme : puis le loyer du tisserand
est grand, outre ce que quelques uns desrobhent, le pain et le
vin qu'il leur faut porter, quand on leur porte le filé en pelo-
tons pour ourdir Mais ce qui me fasche le plus est qu'ils em-
ployent quasi tout mon DIé à la chaîne, ou l'estaim, et qu'il
me faut derechef dévider d'autres escheveaux pour la trame
ou traime.
l'estime que les gens de ce mestier ne seront pas plus
consciencieux que ceux des autres, et que la navette saura
aussi quelques tours de soupplesse, aussi bien que les ciseaux
des tailleurs, les quatre doigts et le pouce des douaniers et
gabelleurs, la maict des boulengers, l'aulne des marchanda-
drapiers, la balance des etc.
Vérité, demeure en ma bouche,
Que malheur ma teste ne touche.
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LA TIB A STRASBOURG
GHAPITIW OCTANTE-UNIËME
De quoy doit estre fourni un charretier ou chartier, qu'en-
tre Paris et Orléans on appelle roulieur, et en Lorraine
chartoD ?
D'une bonne charrette neuve, dont les roQes soient hien
graissées de vieux-oingt, aftn qu'elles tournent aisément et
sans crier à l'entour de l'aiasieu : l'assier doit estre fort et
bien attaché, de peur que la charrette cahotant, il ne sorte et
que les rodes se desjoignants ne tombent. En outre, il doit
estre bien attelle, avoir un bon limonnier ou cheval de limon,
un fouet ou escourgée avec quelques chassoirea, et roesme
un martinet, des hasts et colliers et une boflette & vieux-oingt.
Il doit aussi bien entendre les termes et divei-g ions de voix ù
gouverner les chevaux, comme Hay, Dia, Hurre ou Hurhau,
Ou ou ou da (1).
Poorquoy dit-on ordinairement d'un grand iureur, qu'il
iurc comme un chartier.
Parce que quand leur charrette est embourbée, ils lurent
furieusement, diablassent, et maugréent horriblement.
A quoy bon est cela ?
Pour chasser les chevaux et les encourager : pendant quoy
le malinEspritpousse à la roâe, aQnqueces maudisseurs et
maudite eslans desbourbez imaginairement parce moyen, ils
lurent encore de plus belle une autre fois.
Lequel est-ce qui lire mieux d'un cheval ou d'un bœuf?
C'est le cheval : car le bœuf pousse seulement du front, et
n'a point de traits.
On s'en sert en dos quartier h mener des bennes de char-
bon, d'autant qu'ils charrient doucement el sans secousses {2).
{i) Hieh, hotta, hietsch, tchwa da hoooo.
(S) l/ngetchockeit.
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CHAPITRE OCTANTE-DEUXIEME
Da Gordier
le vous proposeray un énigme, voyez si vous le pourrez
bien soudre. Quelles gens sont-ce qui gaignent leur vie à
reculons?
Qui a'auroit iamais veu de cordier filer ses cordes auroil de
quoya'alembiquer l'esprit là-desBUE. 11 me semble que c'est
un mesUer aisé k apprendre : ie serois d'advis de le faire
apprendre k mon pupille, qui n'est pas fort spirituel, et n'est
pas du bois de quoy l'on fait les grands docteurs.
Vous ne ferez (ce me semble) que très bien, en considéra-
tion du peu de bien qu'il a, qui toutesfois luy suffira & ache<
ter du chanvre, dont il pourra faire de toutes sortes de cor^
dage, des chables, des cordes à puits, des traicts de cbevaux
des cordelettes, des chassoires, de la ficelle, de la mèche.
Comme aussi des sangles, licols, muselières, et sondes, des
cordes k pendre, et des trenchefiles à eslrangler, qui est la
sauce.
Les proverbes tirez du cordier sont :
A longue corde tire, qui mort d'autroy désire.
Les pères et mères indulgens sont aussi cordiers, car ils
Qlentla corde pour pendre leurs enfans.
(La fin prochainement) Chaklbs Nbrlingbr.
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HISTOIRE D'UNE VILLE D'ALSACE
SES ENVIRONS
DURRWELL
DBi;\tËUK PARTIE
CSuiti>)(i)
FELDKIRCH
La Tbar et Pulv6rsb«im — Staffelteldea
V'eldkirch : son histoire. — L'église de Feldkirch el sod
cimctiËre. — La Thur : souvenirs d'un pécheur A la ligne. —
Piilversheim : aourenirs d'un gourmand -- Le couvent de
ScbœDeD-Steinbacb, Staffelfelden et son histoire.
A deux pas de Bollwiller, de l'autre cûté de la ligne du
chemin de fer, qui traverse sur un double viaduc la route
d'Ensisheim et le ruisseau, se trouve située la petite commune
de Fedikirch. La paroisse formée par le village est la plus
(1) Voj. pp. 333-339 et 490-406 de l'année IS97.
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iii
RBVCK D ALSAdli
ancienne de la contrée; son église a été, pendant longtemps,
la seule qui se soit élevée entre Marbacb et En'^i'sheim. C'est
Même dans celte particularité qu'il faut rerheroher l'origine
du ndnl dii village, en le traduisant par « i^glise qui dessert
loutéa les canlpagnes environnantes « feld-Kirch ». Le palro-
rtage de Cette église a appartenu jusqu'au commencement du
quatorzième siècle au comté de Ilorbouig, qui le vendit en
1319 k l'abbaye de Marbacb (1). Quant à la comtriune elle-
même, elle dépendait de la seigneurie de Bollwiller qui la
tenait en flef de la Maison d'Autriche. Une ancienne babita-
lion appelée le« ChAtelet », qui parait avoir servi de rési-
dence aux ducs d'Autriche, existe encore dans le villuge. Les
armes de feldkirch consistaient en trois fers à cheval.
Le territoire de la petite commune, aujourd'hui si paisible,
a servi jadis de Champ de bataille aux gens de Colmar et de
ItoufTach. C'était k l'époque de la lutte de l'empereur
Frédi^ric II avec le comte Guillaume de Hollande. Frédéric
ayant été excommunié par le pape Innocent IV, et déclaré
déchu du trône, la cour de Home avait offert sa succession
au prince Guillaume ; et deux partis s'étaient aussitôt
formés dans l'empire. En Alsace, les habitants de Colmar
étaient restés fidèles it la cause de l'ancien souverain, tandis
que l'évéque de Strasbourg s'était déclaré en faveur du
candidat papal. Profitant de ce diUérend, l'évéque Henri de
Slahleck, que la prospérité de la nouvelle cité inquiétait,
ian^a sur Colmar ses gens d'urmosdu mundat de HoufTach.
Les deux petites années se rencontrèrent, en 1248, aux
environs de Feldkirch ; cl la lutte se termina par une victoire
complète des partisans de l'évéque. Ajoutons que Colmar prit
sa revanche quelques années plus tard, et infligea à son tour,
en 1236, aux gens de Koutl'ach, une sanglante défaite nii
Tieffenbach.
{I) I. 'abbaye de Marbacb, fondée en lOSi par Mangold de
Lullenbnch (Lautenbach), s'élevait entre le Tillage de Vœf^llia)»-
hoiïen el relui de Ihisseren, dans le canton de Winlzenbeim, ii une
dizaine de hilomëlres de Colmar. Il n'en resie plus aujourd'bni
que quelques ruines.
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HISTÛIRB D'UNS ville D'aLSACB ET DE SBS ENVIRONS 547
Feldkirch est presque uniquement composé d'une longue
rue formée par les maisons Je paysans qui bordent la roule
de Bollwiller k Ungersheim. L'église, en forme de croix
latine, avec son clocher surmonté d'une flâche hardie et
lancée, est fort élégante.
Selon la coutume du bon vieux temps, et contrairement h
toutes les régies modernes de l'hygiène, le petit cimetière
campagnard, toul vert de cette verdure grasse des sépultures,
entoure le aanctuaire: les braves paysans dorment Ih leur
dernier et paisible sommeil au milieu même de ceux qu'ils
ont aimés; et l'on peut voir leurs tombes de toutes les
maisons environna ntes-
A sa sortie de Bollwiller, après avoir traversé la voie
ferrée, la route de Mulhouse ne tarde pas k gagner les bois
qui bordent la Thur. Que de souvenirs ce nom me rappelle
encore, et combien de joyeuses parties de bains dans les eaux
transparentes de la jolie rivière ! Et la pèche I je ne parle pas
des grandes battues au filet, qui ne sont que des massacres
d'un pur intérêt gastronomique, des hécatombes de truites
et de brochets ; mais de la douce et tant poétique pèche à la
ligne, dont je me déclare sans fausse honte un amateur
passionné. N'en déplaise au sceptique qui a inventé la sotte
âéRnition qu3 tout le monde sait, et auquel la confrérie atta-
quée peut retourner son compliment, ce paisible exercice a
des charmes infinis. Mais il faut pour cela que le cadre s'y
prête ; que la rivière soit belle et claire ; que ses eaux coulent
à l'ombre de grands arbres bien verts; et que la capture
souvent problématique d'une friture ne soit enfin qu'un
prétexte et qu'un accessoire. Peu de rivières peuvent, à ce
point de vue, être comparées k la Thur, qui joint k l'agré-
ment du site, l'incontestable avantage de nourrir un peuple
nombreux de poissons exquis, .\llez y taquiner le goujon et
l'ablette, incrédules endurcis, et vous reviendrez convertis.
Un magnifique pont en fer est jeté sur la rivière. Parfois,
par les belles journées d'été ou d'automne, les lavandières
des environs viennent étendre, sur les sables et les i^nlets des
deux rives, leur lessive d'une éclatante blancheur; et donnent
à ce petit coin de paysage une gaieté et une animation
toutes particulières.
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S48 REVUE o'm.saok
De l'autre calé du pont, les bois, plus touffus et plus hauts,
rejoignent presque la route, dont ils ne sont Sf^parés, <le
chaque côté, que par une simple bordure de prairies. On ne
tarde pas arriver à Pulversbeim.
Ce petit village, auquel le joli ruisseau qui court tout le
long de sa rue principale, donne un charmant aspect de
fraîcheur, est un des buts de promenade les plus appréciés
des gourmets des environs. A l'extrémité du pays, vers
Mulhouse, se trouve, en effet, au milieu d'un jardin bien
aménagé, une bonne auberge campagnarde, dont rh<>tes»e,
véritable cordon bleu, a su se créer uno spécialité qui
fait une active concurrence à la fameuse carpe frite
d'Uffholtz.
Pulversheim s'est appelé jadis Wulfersheim, puis Bulvers-
heim. La commune dépendait, au moyen-&ge, de la
Seigneurie de BoIIwiller qui la tenait en sous-ûef de. In
maison de Ribeaupierre : elle avait été précédemment cédée
k cette dernière par le comte de Wurtemberg. Elle apparte-
nait enlin, au moment delà révolution, aucomtedeForbach,
qui y avait une résidence.
Ne quittons pas celte partie de la plaine sans nous arrêter
en passant, au hameau de Schœnen-Sleinbach, qui dépend
de la commune de Wittenheim et est ailué Ii proximité de
la croisière des roules de Guebwiller \ Lucelle et de Mulhouse
h Colmar. H s'y trouvait autrefois un couvent de Domini-
caines, fondé en 1135, par NoUtjr de Wittenheim: et dont
les religieuses suivaient originairement la règle de l'ahbaye
de Cilcaux. Les vastes bâtiments de l'ancien monastère sont
aujourd'hui convertis en auberge.
Sur la Thur, en amont de Pulversheim, et dans la direc-
tion de Cernay, se trouve la commune forestière de StafTel-
felden, tout entourée de praieries et de bois. L'ancien
chAleau de Staiïelfelden a appartenu d'abord h la maison de
Ferrelte qui l'offrit en fief, en 1310. au duc Léopold d'Autriche,
landgrave de Haute-Alsace. Dix années plus lard, en 1321,
le comte Ulrich de Ferrelte le sous-intéoda, avec le village,
aux nobles de Masi'vaux. Puis il passa successivement de
Jean -Rodolphe Bopst aux Reding de Bibereg pour .'ohrucr
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HUiTOIRR D'U^E VILLB D'àLSACB CT DE SB!> ENVIRONS 549
enfin aux Peschery ({), qui le possédaient au moment où
éclala lu révolulion française. Un bel élablissemenl industriel
s'élève aujourd'hui sur l'uniplacenient de l'ancien manoir
féodal.
(A suivre.) G. Dukrwill.
(1) La famille de l'erchcrj, installée en Alsace après les traités
de WeBlphalîc, possédait., en outre, les ofTicea de ReichsTogl à
Kaysersberg, et de prévôt à EasiBhe|m.
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NOTE
SUR UN PASSAGE DE LA BROCHURE
« "WISSEMBOURG »
PAR LE
GÉNÉRAL DUCROT
C'est une bien petite rectification que je propose : le géné-
ra! Ducrot est arrivé à Lembach le 4 août 1870 k huit heures "
du matin et non à midi (I). C'est peu : mais en guerre
souvent les minutes sont des heures. Ici, il n'en était pas
ainsi. Le général ne pouvait plus porter secours k la division
Douai et s'il avait été à Wissembourg, il aurait peut-être
rendu le malheur plus grand. Il alla reprendre son ancienne
position à f rœsuhwiller et il fit bien.
Mais laissons le parler :
« Le lendemain, 4, de bonne heure, nous nous mimes en
route pour Lembach (2), et il était midi environ quand nous
arrivâmes sur l'emplacement du bivouac ; nous étions encore
à cheval occupé de l'établissement de nos troupes, lorsque
nous reçûmes la dépêche suivante du colonel de Franches-
sin (3), commandant le 96* de ligne :
{i) Guerre des Frontières. Wissemboni^. Réponse du général
Ducrot à l'Elat-major allemand. Paris, 1873, ia-S'^ 32 p. p. Le
général déclare n'avoir dunné aucun ordre au général Douai et
c'est la vérité.
[i) Lembach est à 14 hil. de Wissembourg et a 3 de Klimbach.
Ci) Le colonel de Fraifcbessin occupait depuis la veille Klim-
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NOTE SUR UN PASSAGE DE LA BIIOCHURB « WISSBUBOtRG » 5ol
« Klimbach, le 4 août 1870, h. 11 heures.
« Mon Gén^nl,
« J'ai l'honneur de vous rendre compte que l'ennemi tire
« sur Wissembourg; on me dit que le feu s'est déclaré dans
K plusieurs maisons. Cet avis nous est donné par le poste du
K Pigeonnier,
« Le 78* vient d'arriver; Je fais plier mes bagages et lever
« le camp. Je ne me mettraien route qu'à midi. »
« Je suis, etc.
Le colonel db Fhanchessin.
« Immédiatement nous fîmes mettre sac au dos, pdmes
DOS dispositions pour marcher au premier signal et de notre
personne, nous courûmes k la redoute du Pigeonnier, d'où
l'on découvre toute la vallée de la Lauter.
« Nous y arrivâmes justement pour voir nos troupes
débordées de toutes parts et obligées d'évacuer le Geisberg,
en se repliant dans les directions de Cléebourg et de
PfalTenschlick. »
Nous ne comprenons pas que le Général Ducrot dise qu'il
prit « ses dispositions pour marcher au premier signal ».
Car le général Douai, commandant la 2" Division du Corps
(l'armée de Mac-Mahon, était sojs ses ordres et il n'avait par
conséquent aucun signal k lui donner. On sait que la plue
grande partie de la division battue rallia par Cléebourg le
général Ducrot à Klimbach et que tous, le lendemain, ils
étaient campés k PixBschweiler et dans les environs.
La mémoire du général Ducrot lui fait défaut pour l'heure
de son arrivé à Lembach, il n'arriva pas dans ce village k
« midi environ », mais bien entre huit et neuf heures du
malin.
Et voici mes preuves :
Ayant montré vers 1874 la brochure du général Ducrot au
docteur Bierk, maire de Lembach en 1870 et alors médecin
bach, le Pigeonnier et PfafFenschlick. Le colonel tomba glorieuse-
meul deux jours après à Frœschwiller. Le 78* faisait, partie de la
dimioD Douai : il venait relever le !IJ< <|ui devait se porter eu
aranl vers N^lhweiler. Uq escadron <lu 3e hussards était aussi à
Klimbach.
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Soi RBvuB d'alshce
h Fénétrange; celui-u, après avoir tu me ilt de suite cette
réflexion: « Le général fait erreur, il est venu chez moi en-
a tre huit et neuf heures du malin ; je m'en souviens comme
a si c'était aujourd'hui et ma femme lui ayant demandé s'il
K voulait déjeuner, le général lui dit qu'il viendrait prendre
a du café au lail dés qu'il aurait visité l'installation de ses
« troupes. »
Cette assertion du docteur Bierk (mort depuis quelques
années) est corroborée parle récit qu'un habitant deLembach
nommé Georges Millier fait des événements passés dans son
village en 1870. C'est écrit avec nsTvelé, mais avec un grand
air de vérité. (1)
- Voici ce qu'il dit page 67 :
«Aujourd'hui, i août, il fait très beau temps et tout le
monde est levé de bonne heure, parce qu'il y aura beaucoup
à voir et à entendre.
H Déjà, le général de Bernis (i) est à l'auberge du Mouton
et hier le cuisinier du général Ducrot est arrivé et a apporté
des pigeons et des pelils coqs pour être préparés dans la cui-
sine de M. le Maire.
V Le général arrivera avec deux régiments venant de
Frœschweiler ; cela va commencer, dit-on. A huit heures du
matin, le général s'arrête devant la maison du docteurBierk,
échange quelques paroles, disant qu'il va faire un tour au
camp et qu'il reviendra déjeuner chez lui.
M L'idée que le général était venu de si bon matin, fait
penser à quelques uns qu'il pourrait bien avoir une rencontre
aujourd'hui. Nous ne lapeiisions passi proche. Mais voilîiqu'un
hussard du 3» régiment arrive comme une flèche en criant ;
«L'ennemi est lii«! et tout le monde de répéter: «L'ennemi est
là» I Un voit des soldats sortir de toutes les maisons et se di-
riger en toute hàle au camp ou nous nous rendons en obser-
vant tristement que tout k l'heure on criait : Victoire I et que
maintenant on dit : L'ennemi est là !
(1) 1879. Krieges ErioneruDgen elnes Elsasaers. Weissemburg,
189i, in-fio, 287 p.p. Ouvrage très intéressant.
(2) La brigade de Bernii arriva une dea premières à Niederbroon
avec le S** hussards. lies tentes des offleiers furent dressées sur la
promenade.
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DE LA BROCHURE « WISSKHBOUBG » 553
« Au camp, tout est en mouvement ; on bat In géiférnle ;
les soldais mettent sac ao dos ; l'artillerie attelle et un régi-
ment part.
« Un autie cavalier arrive et remet une dépêche au général,
qui se trouvait devant l'auberge du Mouton. On le voit après
l'avoir lue se promener d'un air très agité dans la cour de
l'auberge ; il donne une réponse au cavalier qui retourne Ii
Klimbach.
« Le propriétaire du ^o«/on (M. Schilleins-Licht) voyant
le général k cheval, lui demande : Est-ce que le combat prend
une mauvaise tournure î — Laissez-les venir, lui répond vi-
vement le général, nous leur réglerons leur compte. Et il par-
tit vers le Galgenfeld ou l'artillerie était campée.
a Pendant toutes ces péripéties, nous oublions d'aller
dtner, et la femme de M. le Maire et le cuisinier préparaient
un bon dtner ; on rôtissait les petits coqs, mais ils ne devaient
pas être mangés par le général, mais bien le lendemain par
les soldats bavarois.
(( Le général attendait une nouvelle dépêche, mais vers
midi, il ordonna au docteur Bierk de se rendre à Klimbach,
pour soigner les blessés du combat de Wissembourg ; te doc-
teur trouva dans cet endroit soixante-dix blessés dont beau-
coup de Turcos ; il resta k les soigner Jusqu'il dix heures du
soir.
s Avant de partir, le docteur avait ordonné de faire char-
ger les bagages de la troupe sur des voitures et de les conduire
à la Schcrholl oii se trouvait alors le général. Les soldats
quittèrent alors le campement de Lembach. ■ Frœschweiler
fut le point de ralliement.
Ainsi d'après le docteur Bierk et Georges Millier, le générai
Ducrot n'arriva pas k Lembach à « midi environ » mais bien
entre huit et neuf hèui'es du matin. A midi ou environ, il se
retirait sur Frœschweiler. 11 ne pouvait rien changer à l'issue
du combat de Wissembourg ; mais il n'était pas loin de cette
ville, de même que le surlendemain, 6 août, les trois divi-
sionnaires du maréchal Bazaine n'étaient pas loin du général
Frossard, occupé alors à Spickeren ! Mais il y a une diffé-
rence....
Aimi. BBNorr.
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BULLETIN
HISTORIQUE ET PHILOLOGIQUE
DU COMITÉ
- DB8 TRAVAUX HISTORIQniS ET SdEffTIFIQinS
m
Miniftire de l'Instruction publique et des Beaux-Ans
ANNÉE 1897
N" 1 et 2
Cet in-S" de 554 pages est publié par le Ministère de
l'instruction publique et sort, comme de règle, de l'imprimerie
nationale. C'est une série nouvelle qui correspond k la
transformation de nos sociétés savantes en Académies
régionales; ce qui n'tjmpéche pas l'ancien Comité des
travaux historiques et scientifiques, établi précédemment,
decuesister, de prcâidereo quelque sorte les groupes Torains,
d'analyser el même de publier les communications directes
qui lui arrivent, de se réunir chaque mois et île publier son
Bulletin à la fin de chaque année. Le Couiité a, comme
autrefois, ses Président, Vice -président, Secrétaire et ses
membres, soit ensemble 21 hommes de sciences, et compte
37 membres honoraires lésidenlE, 59 non résidents, t^ Corres-
pondants honoraires et 200 Correspondants actifs, soit
ensemble une famille de 400 membres, ou hommes de savoir
e) relativement laborieux.
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BULLETIN HfSTUniOUB RT FHaOLOGIQUE 355
Quand oa se met en présence de cette statistique, il semble
que son Bulletin doit offrir une grande série de travaux variés
et instructifs au suprême degré, Eh-bien!ou éprouve une
déception quand on a parcouru l'ensemble des travaux qu'il
renferme ; mais cette déception disparait à la première consi-
dération que les nombreuses notabilités dont on a lu les noms
sur les listes du Bulletin ministériel, font partie des Acadé-
mies régionales et donnent & celles-ci l'éminent contingent de
leur savoir, de leurs recherches et de leurs travaux. C'est
donc dans ces diverses publications qu'il faut puiser les
éléments d'une appréciation équitable du mouvement
littéraire et scientifique de l'époque.
On serait encore dans l'erreur si, de ce qui précède, on
concluait que les rapports dont les procès-verbaux des
séances mensuelles sont remplis, offrent peu d'intérêt, peu de
vie, peu de variété. Il y a, an contraire dans ces laconiques
analyses, toute la substance hisloriqne qui ne se dégagerait
que coofusément d'une dissertation ptusélendue^ plusQeurie.
Ici, la compétence est presque toujours d'une lueur, d'une
clareté qui coupe court au doute et h toute contestation. C'est
la science, non la littérature, qui a la belle place dans notre
Bulletin ministériel.
Cependant, en fait de littérature, ce Bulletin n'est pas plus
exempt qu'un Procès-verbal de police judiciaire n'est exempt
de la formule imposée au commencement et à la fin aussi de
toute pièce impliquant autbenticité. Cette enseigne nous a
toujours paru nuire h l'examen d'un livre ne relevant que du
savoir, du goût et de l'intelligence de son auteur. Si nous
avions obéi k ce préjugé, nous n'aurions certes pas l'avantage
d'appeler particulièrement l'attention des lecteurs de Ui
Revue d'AUace sur un travail extraordinaire, que te Comité
minialériel a. l'avantage et l'honneur de lancer au grand-
jour. Ce travail est dû h M. Jban Guibeaud, archiviste de la
ville de Perpignan. Il a pour lUre : Etude tur les nomt de
baptême à Perpignan de 1516 à 1738.
Cette étude se compose de 148 pages dont une notice
critique et explicative fort claire et bien écrite, initie, le
curieux, le chercheur au système et à la pensée de l'opérateur.
pes tableaux, au nonibre de 117, savamment étages, captu-
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566 HEnia d'alsacb
rent t'allention et démontrent h l'esprit le plus indifTèrent
que la statistique, ainsi comprise, devient une source
extrèmenient riche en déductions irréfutables, k l'appuide la
vérité de fait et ne laisse aucune place à la contradiction.
Nous ne pouvons que renvoyer le penseur h l'examen de ce
beau et excellent travail de M. l'archivisle de la ville de
Perpignan et féliciter, encore une fois, le Comité des travaux
historiques et scientifiques de lui avoir réservé une belle
place dans son Bulletin de 1896.
PROGRAMME
DBS PRIX A DÛCERNBH BH 1898-99 PAR LA SOaÉTÉ IMDUSTRIBLLK
DB UULHOUSE
« Ce programme des prix parait chaque année » et celui
que nous signalons « annule les éditions précédentes ». Les
modillcations résolues se rapportent à la suppression de trois
questions concernant les arts chimiques et une quatrième
relative aux beaux arts. Sept autres propositions se rappor-
tant aux fondations, aux arts chimiques et k l'utilité publique
ont été modifiées par la Société, de sorte que les concurrents
feront bien de réclamer le programme k la Société indut-
Irielle, qui s'empressera de les satisfaire, sans frais à leur
charge.
Les grandes divisions de ce concours pour les prix à
décerner en 1898-99, embrassent donc les fondations, les
généralités, les arts chimiques et ses nombreuses subdivi-
sions, les arts mécaniques, l'histoire naturelle, le commerce,
l'histoire, statistique et géographie, l'utilité publique et les
Beaux-Arts. Les questions formulées et bien défloies pour
chacune de ces grandes divisions, sontau nombre de 140 et
oITrent ainsi un vaste champ d'exploration à toutes les
connaissances du travail humain. Ou ne peut qu'applaudir
aux efforts de la Société industrielle pour exciter et
récompenser l'émulation des travailleurs dévoués au progrès
de la civilisation,
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Bl'I.LBTlN HISTORIQUE ET FtlILOLOCIQUli 557
PRÉCIS ANALYTIQUE
DKS TRAVAUX DK L'aGAD6uIB DBS SC[BNCBS, BKLL8S-LKTTRBS KT ARTS
DB ROUEN PENDANT l'aNNÉE 1896-1897
Le volume que l'Académie de Rouen fait paraître en 1898
contient le réBunié de ses travaux et la liste des prix qui
seront distribuas pour la période correspondante de 1898-
1899 et 1900. Ce volume, in-8», se compose de 349 pages,
embrassant, outre les discours et réponses de réception
ainsi que les procès-verbaux des séances, des notices spéciales
concernant l'bisloire et les intérêts de la Normandie. La liste
(les prix qu'elle distribuera n'est pas aussi longue que la
liste du même genre présentée parla Sociélée industrielle
de Mulhouse dont il vient d'être question ; mais elle est assez
convenablement dotée pour stimuler les concurrents et les
encourager dans leurs éludes et leurs recherches.
La Classe des Belles- Lettres et des Arts occupe la plus
grande place des travaux de l'Académie dans le Précis
analytique que la Revue d'Alsace s'empresse de signaler.
LA SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE
KT LE VERSANT ALSACIEN DES VOSnES
M. Henri Bardy, Président de la Société philomatique
vosgienne, nous doune, dans un in-12 de 20 pages, un rapide
aperçu des travaux réalisés par la société qu'il préside et
tlont la création du Musée de Saint-Dié est le principal
résultat tangible. 11 saisit celte occasion pour faire une rapide
et bien intéressante excursion sur les sommets de la Vosge
des lieux arrondissements de Saint-Dié et de Remiremont,
qu'il sait par cœur, et ne peut se dispenser de prolonger son
voyage sur le versant oriental, partout enfin où le versant
occidental, l'abbaye de Uemiremont notamment, étalent
intéressés avant 1789.
Bonne et utile remémorance, remplaçant avantageusement
un discours de fin d'année, fréquemment ennuyeux.
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CLUB ALPIN FRANÇAIS
SECTION DUS HAUTK3-V0SGES
(Belfort-Epinal)
BulleliD N" 40
Ce Bullelin est annuel. li est publi<^ par le groupe des
Alpinistes de Belfort. On ne devine pas pourquoi les Spina-
liens sont associés, ou figurent comme têts, au groupe de
Belfort plutôt qu'au groupe Nancéien, fondateur de ces
réunions àès le lendemain de la nouvelle frontière k l'Est,
vers Is Rhin, il n'y a vraisemblablement d'autre cause fa cette
anomalie apparente que le recrutement du grand nombre des
Belforlains établis k Epinal et le département des Vosges; de
sorte que la remarque n'a d'autre portée que la constatation
d'un fait en passant.
Le Bullelin du groape de Belfort est donc annuel. FI est
imprimé par Devillers, 23 et 23 rue Thiers. C'est un bel in-12
de 72 pages. Il contient le compte des recettes et celui des
dépenses de l'année, les procès- verbaux des réunions et du
banquet; les discours, les allocutions, les toasts et autres
manifestations d'usage. Il y a, en outre, une notice sur les
dernières années de l'abbaye de Masevaux et une légende
sur le moulin de Délie.
Le Bulletin du Club générateur, c'est-à-dire du Club de
Nancy, est hi-mensuel et ses trois premiers numéros de
l'année, formés de 52 pages, demeurent dans la donnée
primitive des excursions projetées ou accomplies et des
diverses voies de communications améliorées, rectifiées, créées
ou h créer sur ces hauteurs et leurs versants. La question
forestière n'y est point déplacée et y est toujours traitée avec
toute la compétence des excursion istes appartenant à
l'administration.
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Hi'LL^iN Historique et philolMiOUE Sud
CORRESPONDANTS
DE 6RANDIDIBR — DOH LA FOHCADB ET DOU POIRIER
On trouve, parmi les manuscrits conservés k la Biblio-
thèque nalioDale, trois lettres de Grandidier dont Hr l'abbé
Ingold a fait l'objet d'une intéressante brochure de 22 pages
in -8. Le nom de l'imprimeur est oublié ou passé sous silence,
ce qui permet de penser que ces vingt-deux pages font
partie de VÀhatia tacra annoncée et peut être en cours
de composition.
Les trois lettres deGraDdidierdemandenl.k DomIaForcade
et Dom Poirier, copie des pièces qui existent aux archives
bénédictines de Saint-Denjs concernant les prieurés de
Lièvre, au val de ce nom, et de Saint-llyppolyle, près de
Scblestadt, prieurés dont Saint-Fulrade fut le fondateur. Ces
copies furent livrées et il est probable que Grandidier les
indique dans la note du tome VI, p. 20 et suiv., des œuvres
inédites de 1865.
La brochure de M, l'abbé Ingold est accompagnée delà
reproduction d'un a double dessin de l'ancienne église de
Lièvre, qui existe aux archives de Calsruhe ». On aurait bien
fait de donner la traduction Française des légendes allemandes
dont ce double dessin est orné el dont certaines parties, de
seconde main, sont d'une lecture presque insaisissable à
cause de leur extrême ténuité.
ALSATECA
' ou CATALOGUB K" i D'OUVRAORS SUR l'aLSACB
En Alsace, le collectionneur ne fait de différence entre les
livrets de ce genre qu'en faveur d'un catalogue concernant la
bibliothèque d'un particulier, d'un concitoyen, d'un compa-
triote tout au moins et se composant de livres voués h la vie,
aux faits, h la chose, en un mot, de l'ancien Duché de la rive
gauche du tthin. Dans ce cas, le catalogue a sa place dans une
section de la bibliothèque alsatique, lorsque la mort ou
□ igitizeaby Google
SdO REVUE d'aLSACE
autre événement de force majeure, condamne ta colleclion
h être déposée sur les tables du marché local.
Est-ce le cas dans la circonstance qui nous dicte ces quelques
mots î . . Assurément non ! Et cependant, il y a des raisons,
ayant leur origine dans \-. pas^é, pour que nous nous
montrions, cette fois, moins exclusif, un peu plus libéral que
la doctrine généralement professée dès les premiers jours du
désastre national.
Et d'abord M. J. Noriel, libraire k Strasbourg, avait, en
quelque sorte, le privilège de la spécialité des livres concer-
nant l'Alsace. Son successeur, M. F. Slaat, a jusqu'à présent,
suivi les traces de M. Noriel et c'est sous l'invocation
commerciale et permanente de ce nom que le catalogue vient
de paraître.
En second lieu, après avoir parcouru es livret de 1984
numéros, J'y ai renouvelé connaissance avec de bons et
vieux amis dont le sympathique et salutaire idéal a suffi pour
me décider à revivre un instant avec eux, et me promettre
encore de revenir quelques fois dans leur instructive et
agréable société. D'autres aussi feront de même.
On ne rencontre plus, dans le petit groupe du successeur de
Noriel, les principales notoriétés littéraires de nos premiers
temps d'aisatiqueur, mais assez de titres sonnants donnés k des
produits de minces dimensions. Le prix de ces brochures se
trouve imprimé k la queue de leur enregistrement et empêche
l'amateur de se tromper sur l'importance de l'objet. Bref, le
catalogue est bAti un peu à la façon d'outre Rhin et dans le
système alphabétique, quant aux noms des auteurs.
attifa
UNE PAGE DE BIBLIOGRAPHIE
M. Marckweld bibliographe
La doctflar Kassel — Les Beitroge
C'esl de quelques publications faites récemment en Alsace
même, et pour la plupart en langue allemande, que nous
désirons parler ici.
I
Voici d'abord, pour commencer par la bibliographie de la
bibliographie, la suite des utiles travaux de M. le bibliothé-
caire Marckavald, qui donne depuis plusieurs anni^es dans la
Zeitschrift fftr Geschichte de» Oberrheins, après l'avoir
donné dans le Jahrbuck des Voigesen - Clubs, l'exact
inventaire de tout ce qui a été imprimé sur l'histoire de
de l'Alsace. Sun dernier talilea», paru ce printemps
(Zeitschrift etc XIII, p. 302), comprend les publications de
l'année 1896, classées comme dans les tableaux précédents,
sous les XVII rubriques suivantes ;
1) Dix-neuf périodiques, dont cinq français {Annales de
l'Est et de la Société d'émulation des Vosges, Bulletin de la
Société belforlnine démulalion et de ta Société phHomati-
que vosgienne, Revue d'A Isace) et quatre alsaciens en langue
française (Bulletin de la Société des monuments historiques
et du Musée historique de Mulhouse, le Passe-Temps et la
Re9ue catholique d'Alsace). Le T'ou/'isre, journal hebdoma-
daire illustré paraissant depuis 18S9 chez Sailé ,'i (^olmnr,
dans les deux langues, a malheureusement disparu avec la
Qn de l'année 1895. C'était l'organe ofUciel de l'association
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362 HBVUE DALSACB
des bateliers d'Alsace. 11 mérite bien que nous lui consacriond
un souvenir et un regret.
2) Douze bibliographies ou catalogues lii^a que celui de la
collection Reiber, ou les Notes ei documents publias ici-
mème, le Répertoire méthodique du moyen âge français
par Vidier, etc.
3) Vingt-sept écrits divers sur l'histoire générale, par
exemple un extrait du liull. oftkegeogr. Club of Philudel-
pkia, intitulé Some facls about Alsace und Lorraine; le
Guide pour Strasbourg rt les Vosges d'E. Kœnig, en trois
langues ; celui d'A. Stegmuller pour Si Dié et ses
environs, elc.
4) Epoque préhistorique et romaine onze numéros, dont le
Guide pour les recherches archéologigues de l'Est de la
France par Bleicher el Beaupré, et La guerre Germaniche di
FI. A. Guiliano par L. Oberziner.
5) Moyen âge. Citons ici en première ligne YHitloire de
Nancy de M. Pllster, dont la Revue d'Alsace a parlé l'année
dernière (p. 289).
Gj Temps modernes : Les premiers combats de 1814 par
P. Bouvier. L'invasion austro-prussienne (1792-94) par L.
Pingaud, etc.
7) Historiographie locale : G . Keru, Geschichle des Colma-
ter Vernhfenerungsvereins : Ch. Lenoir, Les trois sièges
d'Nuningue (Extrait de la Revue du Génie militaire) ; P.
(iirard. Excursion à Ferrelte (Extrait de l'almanach des
Kneippistes de Mulhouse), etc.
H) Etudes biographi([ues, telles que celles de Maurice Bloch,
Femmes d'Alsace, analysée ici-ménie il y a deux ans (p. 12")
et de Henri Jouve dans les Dictionnaires déparlementau.r.
Articles nécrologiques de la Revue de l'Art chélien, M\
Journal de la Société d'Arrhéoloi/ie Lorraine, âe l'Alma-
nnch d'Alsace el de Lorraine, du Cenlralblnlt der
R'tuvericfiltang et de la Deutsche Bauseitung sur l'archi-
tecte strasbourgeuis K. Bœswillwald ; ceux que les ilnnn/ef
des mines et La Nature ont consacrés à M. Daubrée et
celui que L. Mtmgerot a tracé sur J, Macé dans La ligue de
l' Enseignement . Essai deE. LienhardsurMoscherosch dans
Dus :iO Jahrhundert : communication d'E. Muller dans la
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USB PAGE DE BIBLIOGRAPHIB 563
Zeitschrifl fi'ir rergleichende IJtleraturgeschkhte sur
Pfeffel im Urleil sioeia Zeilycnossen; Biographie de
Quinten:, l'invenleur de ta bascule décimale, et origine de
l'Usine de Grafenstaden, pur F. Brauer, an Bulletin de la
Société des Sciences, Agriculure et A rts de la Passe- Alsace;
Lettres inédites de Ramond publiées parTainisey de Larroque
dans la Revue des Pyrénées; enfin Mémoires da général
Bapp, revus et annotés par U. Lacroix.
«) Histoire ecclésiastique et 10) des JuiTs.
tlj Art et archéologie.
12] Histoire savante et littéraire, arcliives etimprinnerie.
A ciler surtout Das Markcken von OÔerkirch, cette piécette
de Gcclhe qui évoque un souvenir de la Terreur à Strasbourg
et qu'Erich Schinidt n étudiée dans Cosmopolis (Elle figure
au 18* vol. des œuvres de Guethe, que G. Itocke vient de
publier;, puis les drames imités des Anciens par Wolfnrl
Spangenberg (1) et Isaac KiTcreisen, représentés- sur le
Theatrum academicum du Gymnase et publiés maintenant
dans la Bibliotkek des litler Vereins de Stuttgart.
13) Histoire de la civilisation et des mœurs.
14) Légendes et folklore.
15) Linguistique.
16) Héraldique cl nLinaismatii{ue.
17) Cartographie. Celte rubrique reste aussi vide en I8DC
qu'en 18D5 et en 18!U.
Il
Voici maintenant quelques nouveaux travaux du docteur
Auguste Kassel de HochTelden, dontles Notes sur Ingiriller
aux XV'II' et XVI II" siècles ont été résumées ici même l'an
dernier (p. 62). Depuis, il a complété ces Notes, nu dernier
(I) Fit imprimer à Strasbourg son lïécube {llîO-^>) el son Amfi-
(rMo{l60«) et trmJuitl'/tjrtx de Sophocle d'après le Ittlij.L'Scalij^vi;
fui un niileur dramatique Tort apprécié de son temps. Frœreisen
traduisit le Ci'ësus de trusius, V Andromède de Bralovius, les Xaérs
d'Aristophane, etr. Pour plus de détails sur rrs deux éLTivaius
alsaciens, voir Genlinus III , y. 71 et suivantes.
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S64 nevuK d'alsacb
Jahrbuch des Vog.-Clubs (et en tirage à part), dans une
éliiJe sur les familles nobles d'Ingwiller du XV[« au XVIII*
siècle, dont il a puisé les mati^riaux auxîirniiives de Stras-
bourg, Ingwiller, iN'iederbronn, Dunzenhcim, Oberhronn, etc.
et qui donne des renseignements nouveaux, absents du
Deutschfis Adelslexicon de Kneschke (1861), du Grosse»
Wappenbuch de Siebmacher (1871), du Goldenes Buch von
Slrassburg de Kindler d? Knobloch (1885), ainsi que de
V Alsace noble de Lehr et de V Histoire d'Ingwiller récem-
ment écrite par l'insLituteur Charles Delz. H. Kassel nous
fournit des détails inédits plus ou moin î (^tendus sur cent
qualre-vingt-sept familles qui ont deiu«urn ou passt' à
Ingwiller. Celles doot il pnrle le plus longuement sont les
Bernhold, Bœcklin, Callpnstein, Kreudeiislein, Haiiau-Lich-
tenberg, Hoym,Kippenheim,LœbeLi, Nelspach, Scbmidiburg,
Simmern, Waldtnianshausen, etc. Un appendice renseigne
sur les résultats des fouilles opérées dans les caveaux de
l'ancienne église d'Ingwiller, qu'on démolissait au moment
même où s'imprimait l'élude du docteur Kassel.
Rappelons aussi qu'il a communiqué au Jahrbuch de 1893
une contribution Zur \olkskunde im alten ffanauerland,
où il parle de la curieuse « planchelteii tonnerre «employée
dans beaucoup de villages d'Alsace pour désigner l'habitanl,
qui devait sonner les cloches au prochain orage et briser
ainsi la force de l'éclair (fiilgura frango dit la Cloche de
Schiller), selon l'opinion populaire bien connue. La plsn-
cbelte de Minversheim (canton de llochfelden), dont M. Kassel
s'occupe spécialement, fut retrouvée en 1868 ; elle est en bois
decbène, longue de vingt-lrois cenlimètres, large de quinze.
Il mentionne ce même village de Minversheim au Jahrbuch
de ISyfi, pour prouver par de nombreux textes que le w
(double v) iiilroduil dans l'orlogrnphe du mot estapocryplie.
Cette lettre, en eifet, n'iipparait qu'en 1810 dans les titres du
Recueil ofitciel des Actes de la préfecture du Bas-ltbin, et
elle ne figure que sporadiquement dans les documents locaux
de 1818 il 1831, Les formes primitives sont Mumfredouilla
(en 711) eiMunifredeshein (743).
l'n autre travail de M. Kassel est inséré dans la S{ra*sb.
Post des 16 et 23 Janvier derniers sous le titre de Ans den
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[INK PAGB DE BIBLIOCBAPHIK 565
« gulen allen Zeiten ». Cet appoint à l'étude des mœurs
alsaciennes au 'XVIII* siècle tend à montrer que le « bon
vieux temps » si vanté ne valait guère mieux que le nôtre.
Les documents utilisés k cetelfel sont notamment les Actes
presbytéraux de Miltelhausen, conservés pour les années
^737, 1740-42, 1756-70. Ce sont les comptes rendus des
séances et des jugements du tribunal ecclésiastique, composé
du pasteur et de deux anciens, qui Tonctionnait dès t6S9au
Hanauer Lœndet et qui, sa juridiction étant tombée en
désuétude, fut réorganisé en 1736, c'est-à-dire aussitôt que
la région devint hessoise. Les censures publiques qu'il eut à
prononcer dans la période qui nous occupe visent notamment
les jurons, l'ivrognerie, l'immoralité, les querelles, fréquenta-
tion des danses, transgression du repos dominical, etc. Les
punitions consistent en amendes, rétractations et pénitences
publiques. Pendant ces dix-neuf ans, il se produisit à Mittel-
hausen vingt, cas graves d'immoralité, dont un seul adultère,
il est vrai, et dont un seul autre ne put être réparé parle
mariage, parce que le jeune homme qui avait compromis deux
jeunes lllles, ne put évidemment pousser le repentir jusqu'il
les épouser toutes deux.
D<Hail curieux : la sage-femme aussi était soumise à ce
tribunal ecclésiastique.
Enlln notons ii l'actif de M. K^'.ssel le feuilleton des 6, 8, Il
et 13 janvier du IVetier Zorntkal-Bote, organe officiel du
cercle rural de Strasbourg, paraissant à Brumath trois fois
par semaine et qui se trouve dans la quatorzième année de
son existence. Le feuilleton en question est intitulé : Âus
dem Nolisbuch eines hanauixchen Schreinerx (17ft5-94):
Ce mattre menuisier eut en sept ans vingt apprentis, dont
sept catholiques ou, au point de vue de la nationalité, neuf
Allemands (de Hatislionne, Hechingen, Berlin, du Palatinat,
deux de Hambourg, deux Wilrtenbergeoîs). L'époque était
importante pour le brave menuisier de Miltelhausen ; car
c'est lie 1788 k 1790 qu'on restaura l'église et que notam-
ment on en renouvela le mobilier. Le local rénové fut inau-
guré le 14 février 1790 par le pastor loci Pétri, ceux de
Pfaffenhofen, (i. J. Schaller, et dtr Brumath, Martin Barth.
Ce dernier nom a son importance; car sa présence sert
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k rectifier une erreur faite par M. Kiefer h ta page 121 de son
Pfarrbuch der Grafschaft Hanau-Lichtenberg. Autres
détails: l'înlroduclion en 4790 de la monnaie française
permet de donner d'utiles indications sur la valeur changeante
des assignats, qui dès Juillet 1793 valent moins que la moi-
tié du numéraire (3 Horins en argient — 7 11. 5 ss. en papier).
I.e 4 octobre 1792, 3500 prisonniets de guerre traversent
Brumalh pour aller se loger h. la caserne de la Finkmatt.
m
Nous arrivons & une collection de publications alsatiques
qui paraissent depuis onze ans à des intervalles indétermi-
nés. « Elle se compose d'études détachées sur l'biBtoire
proprement dite, sur l'histoire littéraire, sur la langue de nos
anciennes provinces de l'Est a (Annales de l'Est III, 598).
Chaque fois que cinq de ces études ont paru, on en forme un
volume. C'est ainsi que les Beitrœge sur Landet-und
Votkexkunde von EUass-Lothringen, c'est le titre de la
collection, comprennent déjà quatre volumes, analysés
successivement par les Annales de l'Est (lil, 59S. Vi, 483.
XI, 455), auxquelles nous nous permettons d'adresser le lec-
teur désireux de puiser des renseignements précis sur les
Beilrœge. Quant au 5* volume, en voie de formation, nous
allons rendre compte ici des trois fascicules qui en ont déjà
paru et qui portent dans la collection complète les n"' 21, 22
et 23(1).
N° 21
Théodor Vulpinus, Ritter Friedrich Kappler 1896,
m pages.
On sait que Vulpinus est l'ingénieux pseudonyme de M.
Renaud, inspecteur scolaire, qui cache sous ce transparent
voile latin son nom si français. Cela rappelé passons k l'ana-
lyse de son œuvre.
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UNE PAGE DB BtBLIOGRAPHIR 567
Les frères Frédéric et Guillaume Kappler sont connus
surtout par le rrtle qu'ils jouèrent aux côtés de Pierre de
llagenbach lors du drame de Brisach (Voir Annales de l'Est
V, 62-76). Frédéric fut * l'un des plus grands capitaines de
son temps », (Ravenez) « vaillant chevalier et bien expi'ri-
menlé tant en France qu'en Italie » (Commines); Sébastien
Brant le cite avec éloge.
Le village d'où sa famille semble tirer son nom est au
canton de Landser el apparaît en 1144. En 1284, les frères
Otton et Jean Cappeler sont cités comme bourgeois de
Mulhouse; et dnns une procuration donnée pour Brunon de
Ribeaupierre (Luxeuil, 20 janvier 1381), un messire Cappe-
laire ligure parmi les témoins. Mais voici le père de nos deux
frères, Henri, conseiller du Landvogt, Jean de Thierstein à
Ensisheim en 1422, bailli !i Masevaux en 1430, vassal du
sire de Ribeaupierre, qui l'investit de la colonge d'Eguis-
heim(l441). Un an après, il guerroie, avec d'autres chevaliers,
contre Mulhouse. La lutte, interrompue par l'invasion des
Armagnacs, est reprise de plus belle et ne cesse que par
l'intervention de l'empereur qui écrit îi Henri Copier une
lettre conservée au Carlulaire de Mulhouse (1446). Mentionné
encore en 1452 comme conseill irde la régence d'Fnsisheim,
il a dû mourir bientôt après. Sa veuve, de la famille des
Ferrette, se retira à Gildwiller (non loin de llagenbach) avec
ses deux lils, dont l'alné, Frédi'iic, avait environ vingt ans,
IlériLier de la haine de son p^re contre Mulhouse, il prit part
au Plappert/crieg (1465), en quahlé de vassal de Ribeau-
pierre, et à l'incursion du chevalier Bock de Stautlenbourg
en Lorraine. En (471, il est, d'après Schœpflin, prœfeclus
Etitishemio. Un an avant, il était déjà au service de Hagen-
bach qui, les 17 et 19 septembre 1470, réclame de Mulhouse
le paiement d'un cheval appartenant à Kappler et tué par
des buurgeois de la ville. Cette réclamation est renouvelée le
H novembre \\ la diète de Colmar. Les négociations qui s'en
suivirent et la situation offlicielle de Kappler à Ensisheim
l'empêchèrent de prendre part à l'expédition contre Ortem-
berg (Annales- de l'Est V'IIJ, 32) et Ji la levée de troupes
faite le printemps suivant contre Louis XI, Son frère, par
contre, partagea l'emprisonneniciit du grand bailli à
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Oberkirck (tbid. III, 529).
Lorsque le Téméraire vint & Brisach le 24 décembre 1473,
Frédéric y commandait déjà les lansquenets allemands. C'est
lui qui parait avoir été le boui^mestre noble que Hagenbach.
revenant après son mariage, mit à la place du bourgmestre
roturier .Stéhelin (l'auteur de la Aei/icAroniA: d'après Moue)
et qui fut destitué à son tour avec tout le conseil après
l'attaque nocturne des Fribourgeois. Lorque, le 6 avril, le
bailli arriva à la lèle des mercenaires picards et ordonna aux
lansquenets de leur faire place, Kappler et ses officiers
demandent leur congé, ne restent à Brisach qu'à la prière
d<:s bourgeois et interviennent de leur mieux entre ces
derniers et Hagenbach. Les révoltés l'emportent, le mardi de
Pdques 11 avril, et veulent mettre la main sur le bailli.
Kappler obtient qu'on le garde simplement prisonnier dans
sa maison et il est des quatre chevaliers qui partagent avec
quaire bourgeois et quatre lansquenets la surveillance du
captif. Lorsque ce dernier fut enfermé dans la tour le vendredi
suivant et qu'après l'arrivée des députés de Sigismond (et de
la ligue de Constance) annonçant le rachat du pays, un tribu-
nal fut institué pourjuger son ancien chef, Kappler quitta la
ville pour ne pas devoir figurer comme témoin à charge et ne
retourna sans doute à Gildwiller qu'après avoir conféré avec
Guillaame de Ribeaupierre, auquel il avait déjk envoyé, de
Brisach même, un rapport que Mone date du 15 ou du 16,
mais qui ne peut pas avoir été écrit avant te 20. Son frère
resta auprès du bailli et reçut ses dernières volontés (flecue
d'Alsace, 1893, p. 386).
Leur mattre mort, les deux frères furent un moment sans
ressources. Comme on leur devait un arriéré de solde, ils se
payèrent eux-mêmes, d'après l'usage de l'époque, en allant
piller la seigneurie de Hlamont (l'f juillet), provoquant ainsi
les représailles des Bourguignons qui. le mois suivant,
ravagent le Sundgau pendant quatre jours. La Basse-Union
entre en campagne: Kappler prend part il la victoire de
Chénebier {\'à novembre), au siège (8-16 nov.) et à la prise
d'II^ricourt, dont il est nommé commandant. Laissé seul
pendant l'hiver avec deux cents cavaliers et autant de lans-
quenets, il soutient plusieurs escarmouches victorieuses>
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UNB PAGE DG BISUOaRAPKtB 569
s'empare le 10 juin 1473 du ch&teau de Lomontprès de Lure
el, en novembre, de Luxeuil. Sa dernière expédilion
(3 mars 1476) le mène h. Monlbozon sur l'Oignon el à Gram-
moat près Rougemont, où il se heurte k Elienne de
Hsgenbach.
Le malin du 2i juin, il la lisière de la forêt de Horat, leB
deux frères sont frappés chevaliers par !e Landcogt Oswald
deThierstein, en même temps que René de Lorraine, Wecker
de Bilche et plus de cent nobles deSundgau et de Brisgau.
Après la victoire, ils poussent jusqu'au pays Je Vaud avec
la plupart des chevaliers d'Alsace el ne sont de retour à B&le
que le 6 juillet. Etant vassal de Guillaume de Ribeaupîei're,
qui succéda à Thierstein el conduisit le contingent alsacien
contre Nancy, Kappler a dû assister à la mort du Téméraire.
Ses autres expéditions nous intéressent moins. Disons
seulement que, dans la campagne de 1487 contre Venise, il
fut commandant de la ville de Trenle, et défit, le vendredi 10
aoAt, à Calliano, un ennemi beaucoup supérieur en nombre,
ayant sous ses ordres Christophe de Hallstal, Louis de
Ueinach, Caspar BLBcklin, Henri d'AndIau, Simon de
Ferrettc, llermann Waliiner. Cette brillante victoire lui
rapporta la possession du village de Gildwiller el le titre (que
son père déjà avait porté) de bailli de Hasevaux.
Le 19 janvier 14D3, il fut encore vainqueur à Dournon près
de Salins, contre Baudricourl, le commandant de la place de
Poligny. Son succès, chanté par Sébastien Brant, ne contribua
pas peu k la conclusion de la paix de Senlis, le 23 mai.
Le 26 mars 1495, tous les vassaux wurtcmbergeois assis-
taient ik la diète de Worms, oli le comte de Wurlenberg était
proclamé duc. Kappler figure parmi eux. soit comme homme
lige de Ribeaupierre, soit qu'il détint directement quelque fief
wurtem berge ois. De Worms, il alla en Italie, où il commanda
les troupes autrichiennes au siège de Navare. Après l'issue
malheureuse de la guerre dite de Souabe, au moment même
(sept. 1499) où la paix de Bàle rompait les derniers biens
qui rattachaient encore celte ville à l'empire, il entra au
service du Wurtemberg et devint bailli de Monlbéliard, tout
en restant, semble-t-il, celui de Masevaux. Pendant la guerre
de la succession de Bavière (1504), il commanda la cavaleriç
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670 BBVUB d'alsack
wurtembergeoise et contribua à la prise de Besigbeim et de
Weinsbergr. Après la mort du dernier sire de NeucbAtel, il
fut chargi! d'occuper la seigneurie de Ulamont (oct. 150S), ce
qui l'entrafna dans deî démêlés avec le bailli d'Ënsisheim.
Quatre mois après, il mourait, ne laissant qu'une fille qui
épousa d'abord un Reich de Ileichenstein , puis un Landeck,
mais noD pas Simon de Ferrette comme le veut Kavenez, qui
rattache aussi la femme de Kappler à la famille de Waldner,
tandis qu'elle appartenait k celle de Hattstadt.
Guillaume Kappler, le frère de notre héros, eut une
descendance illégitime qui garda le nom et dont la dernière
représentante entra dans un couvent d'Ënsisheim au début
du XVil» siècle.
m 22 (1)
Cette 3* édition, quoiqu'augmentée, ne dilTère pas, pour le
fond et la tendance, d- la première, que M. Pfister a briève-
ment appréciée dans les Annale» de l'Esc (II, 427j. On y
trouvera d'abord un aperçu géographique (p. 4-8) et admi-
nistratif (lO-lSj de l'Alsace en 16i8 et l'exposé des articles
du traité de Munster relatifs h celte province (16-21) ; puis un
des jugements sur la politique française vis-à-vis de la déca-
pole (22-25, 28 30, 35-36), sur la diète de Ratisbonne
(Annales de l'Est III, 309) et l'activité du Conseil Souverain
érigé en (Ibambre de Réunion (39-42J (2) ; enfin une nouvelle
(1) De Hulleaheim, Bechberg, die Annexion de» EUata durck
Prankreih, 1896, 73 p.
(3) A celle ocxaaion, l'auteur fait une erreur qui a di'jà été
relevée par la Zeitschrift fur die ffeschichle de» Oberrhein»
(1897, p. 374). Pour prnuver les droits ilesouverHiiielc de la France
■ur toute l'Alsace, l'aTocal général Favier avait ra.'welé qu'en IttâS
l'èvËque de Strasbourg, cq sa qualité de Laudgravo, coovoqua les
Ëlata de Basae-AUace à Schlesladl. Le roi, héritier des adribulions
du landgrave, avait donc, concluait Favier, les droi'sde souverai-
neté sur tes Etais de Basse-Alsace. M. de Mullenheint objecte que
cette conrocation, sans précédent connu dans l'bistoire, n'est à
considérer que comme la démarche d'un homme inHueiit désireux
de conférer avec ses égaux, et non comme l'acte officiel d'un
supérieur réunissant ses subordonnés en diète provinciale.
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VHS PAGB DK BIBLIOGR&PHIR S71
relation de la capitulation de Strasbourg et de ses conséquen-
ces, surtout religieuses (43-63 ; opinion de Fénelon p. 48) et,
en guise de conclusion, quelques remarques sur la politique
du gouvernement allemand en Alsace.
(A tuivre.) F. B. Baltiwbilkb.
En réalité, celle confocation, loin d'Être un fait isolé, se renou-
velait chaque année depuis le début du XVl" siècle et était bien,
comme l'enleDdait Favier, un des derniers vestiges de l'autorité
souveraine exercée jadis parle landgrave.
inclinons-nous, en quittant le livre de M. de Hullenheim,
devant l'esprit de louable imparlialilé (|ui a dicté i, la Zeitichrift
celle note rectificative.
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TABLE DES MATIERES
Année 1898
JANVIER — FÉVRIER — MARS
Arth. Bbnoit. — Strasbourg et VieHX-Bri«ach, d'après un
auteur du XVllo siècle. — Alsace. — Strasbourg. —
Brisach. — Fort-Mortier. — Neur-Brisach .... 4-Î5
D' H. WRtSGERRRB. — Mémoire inédil de l'Intendance. —
1,'Alsace au commeacenieiit du XVIII" siècle. —
Noblesse et fiefs. — Présidial de Basse-Alsace — Droits
et corvées. — Corvées aui évêquea . — Strasbourg. —
Juridiclions — Tribus. — Bâtiments publics. — Univer-
sité. — Monnoyes. — linposilions, elc 26-46
Auo- Gasskr. — Ville et bailliage de Souitz. — Inslilulions
communales. — Privilèges rommunaux. — Domaines
et rentes. — Droils de la ville. — Sceaux. — Offices. —
Fiscal. — Greffier.— Prévôt.— Conseil. — Rérormes. —
Gardes des portes. — Forestiers. — Veilleurs de nuil. —
Posie, etc., etc 47-82
Ch. GoiTZWiLr.ER. — A travers le passé. — Poriraita. —
Paysages. — Grad, — Ueichstag. — Pèlerinage à
Lourdes. — Panama. — Famille Herzog. — Miniatu-
riste Hertricb. — Le chanoine Haimbourg. — Colosse
de New-Yorck. — Monde de la féerie, etc., etc. . . . 83-lft6
Th. Sch(ell. — Essai biographique. — Théophile Conrad
Pfeffel. — Récréations théiltrales. — Essais poétiques. —
Fabuliste J<l7-iîl
Ahth. BBNorr. — Notes et documenta pour servir k l'his-
toire de la presse en Alsace -Lorraine. — Périodiques de
la Heurthe et appendice des Vosges IS3-1X9
Cu. Behobllé. — Traduction de quelques poésies d'Aug.
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fABI.R DBS UATikRES
Slœber. — A. Guillaume Tell. — Gulenberg. — Les
Héroi. — Dana les monlagnes. — En automne. — En
Fêïrier. — La mère. — Les œufs de Pâques. . . . I
I. LmuN. — Hôtel de l'ancienne Douane de Colmar par
André Wallz. — ÉmulaUon de Belfort. — Église d'Alsace
en 1769 par Schikelé, curé de la Madclalnc Slras-
boui^. — Thèse au Ductorat de M. Rod. Reusj. . . i
AVRIL — MAI — JUIN
1. Ubli.n. — Alsace et Réj^ionsToisines CD temps de guerre
— 1794 ~ (kimmissairc des guerres — Réquisition et
. Répartition — Alimentation ciTile — Admonitions
ministérielles — Anniversaire de la mort du tyran —
NouTelles réquisitions — Landau — Brïsach — Toiles
peintes — Onirihution — Poudres et Salpêtres — Im-
portations et Exportations — Mission Mairan de
Relforl — Dons patriotiques — Efacualion du Palatlnat
— Armes de Guerre — Assistance interdépartementale
— iFer blanc — Années du Rhin el de la Moselle —
Rassemblement séditieux en Suisse 14S-ltiO
Ch. lioi'TzwiLLRR. — Excursion de di'ui Alsaciens en Bel-
gique et Hollande — Musées de Bruxelles, Uand, Bruges,
Anvers — Impressions du touriste — Flandre A vol
d'oiseau — .\rchiteoture des Jésuites — Harlem et ses
tulipes — Artistes — Diamants — Lahaje — Trésor
d'un musée — Fayence de Delfl, etc., ctc 16l-19(i
Tii, ScHoei-L.— Essai biographique — Théophile (imrad —
PfelTel 197-206
Ch. Nerlingeh. — La vie à Strasbourg au commencement
du XVIIe sièi'lc — De l'écorclieur el cureur de privez —
Du Colpotciir — Do Cordonnier — De l'Knlerreur de
morts •- De l'Escujer-Tranchant -- Du Faquin - Du
Fendeur de Bois — Du Revendeur d'amorces et de fusils
— Du Jardinier — De la Lavandière — Du Larron —
Delà Lingère- Du Sellier el Soliloque -Du Maquignon
— Du Mareschal -■ Du Prédicateur - Du Relieur de
livres - Du Mari 207-it«
Aie. Gassrr. — Histoire de la ville et du bailliage de Soullz
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ftï4 RHVCK D*ALSaCE
PagM
— Bourgeoiaie — Tribut — ManaolB — Juifs, etc., etc. . S69-S9i
Fréd. Kuhte. - NouTelles (euvres iaédiles tie Grandidier—
Tome 2< — Ce qu'il RODlient -- Le Joujou du chanoine
Métrol ~ Tomes en préparalion — Aperçu de ce qu'ils
contiendront 295-299
P. B. Batzwdlleb. — Le premier Jubilé de l'Ancienne
Université de Slrasboui^ 300-304
JUILLET — AOUT — SEPTEMBRE
0^ H. Wbisrgehbbr. ~ Les mines de Sainle-Harie. —
Reprise des travaux de recherr.lie. ~ Historique. —
Causes de l'abandon. - Eugène Kœcblio. -- Abbé
Haaauer. - Leberthal. — Fouilles. - Vieilles galeries, . 30S-31X
S. Druerkan. — Bibliographie des mines el du val de
Lièpyre 313-315
Ch NBBLLfOBR. - Le surnom de Maùetocker donné aux
Strasbourgeois. - Pipeurg de Mésanges. — Surnoms
fréquents en Alsace. -- Jeux de mots. - Exemptes. --
Canon appelé Meytêenlocker. — Point de départ d'une
légende. - Explication élymologiquo. -Appendice . . 316-327
Arth. Benoit. Notes d'un voyageur anonyme sur Bïle,
BHsacb et SIraabourg vers IU88. - Bâle. - Cabinets
particuliers. — Anciennes peintures. -- Bibliothèques
publiqjes. ~ Huniugue, Fribourg, Vieux-Brisach,
Sdielestat, Strasbourg. ete.,etc .S2S-342
Th. Schcell. ~ Théophile-Conrad Pfeltel, L'œuvre litté-
raire. ~ Fabuliste. - Au lecteur — Le ver luisant. —
La noix ~ Harpagon ~ L'œuvre en prose ai.1-.')6S
Al'u. GikSSBH. — Histoire de la ville el du bailliage de
Soullï. — Enquôle sur l'usure des Juifs. - Arrestations.
- ElTervesceucf: en 1848, ~ Pillage dans le Sundgau. ~
Fortificatione de la ville. — Milice bourgeoise. — Arque-
busiers. -' Incendies. - Haute et basse justice, . . . 363-384
NovvBLLB Europe. - Une page de l'histoire contemporaine
de l'Alsace. ~ Véritables causes de la réunion de Mul-
house à la France :t85-.199
Lb Temps. — Jean-Jacques Henner. ~ Esquisse biogra-
phique, ~ Son cenvre pour la médaille d'honneur au
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TABI.B DKS UATlKREâ
Ôïft
salon de 1898 400-403
P. A. GniNDioiER. -- Origine du Lulhéraaisme à Stras-
bourg. - Sur Martin Lulher. ~ Sur Erasme. - Sur les
mariages. — Sur Zwingle. ~ Sur les réformateurs. ~ Ls
doctrine sacrem eu taire. -- Le t^élibat des prêtres. —
Purgatoire. - Extrait d'uue lettre de Capilon à Fare
SOQ ami 403-418
J. LiBU.'f. ~ Alsace et Régioas voisines en temps de
guerre. .-- l'reTÔts et l>oyens de Saint- Pi erre-le- Vieux de
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OCTOBRE — NOVEMBRE — DÉCEMBRE
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Conclusion 482-492
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— L'oiseleur. — Le soldat apprenti. — L'arquebusier.
— Le canonnier. — Le fourbisseur. — L'ingénieur. —
Le serrurier — Le verrier. — Le sorcier. — Le joueur
de quilles. — De i>ez. — De caries. — Me Galets. — De
Daines. — Aux échecs. — \a ballon, — Le fermier, —
Le blanchisseur. — Le charretier 49!{-S44
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S76 BRVCB d'alsacb
fi, DuRRWRu,. — Histoire d'une Ville d'Alsace el ses cdW-
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Staffelfelden. — Son histoire. — L'église de Feldliirrh
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Marckwald, bibliographe. — Le docteur Kassel. — Les
Beitrœge 561-571
Tablr BBS MATiàHBS .■I7î-57tî
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